Revue Scientifique
petits morceaux et font griller dans une casserole de fer sur un feu de charbon. Chacune de ces petites galettes, roulée sur elle-même, figure assez bien une écorce desséchée, dont la grosseur varie de celle d'une plume de pigeon à celle d’un crayon ordinaire; la couleur est tantôt d’un gris-ardoise, tantôt de nuance cannelle ou rouge brun.
Ils en font aussi des figurines grossièrement modelées, qui rappellent nos bonshommes de pain d'épice et nos sucreries communes. C'est le même art tout primitif, la même naïveté dans les procédés. M. Hekmeyer, pharmacien en chef des Indes orientales hollandaises, avait exposé à Amsterdam, en 1883, des échantillons de terre comestible à l’état naturel, ou préparée, et une dizaine de figurines variées ; il a bien voulu en mettre une partie à notre disposition et nous donner des renseignements précis.
Grâce à M. Hekmeyer, nous avons pu goûter à ce régal des Javanais. Nous avouons avec humilité n'avoir rien trouvé d’attrayant à la saveur terreuse et un peu empyreumatique de ce singulier aliment. Pourtant une sensation assez douce, légèrement aromatique, qui succède à la première impression, est une circonstance atténuante, et elle vient bien de la terre elle-même, puisqu'on n’y ajoute aucun condiment pendant la préparation. D’après les récits de Labillardière, confirmés par les renseignements de M. Hekmeyer, les figurines sont souvent croquées par les enfants et les femmes auxquelles elles servent de poupées, de jouets, et aussi de tirelires ainsi qu’en témoignent les fentes ménagées à la partie supérieure des gros objets, généralement creux. Nous ne possédons pas assez de documents pour remonter à l’origine de cette tradition, qui fait que, depuis des temps reculés, on donne la forme humaine à certaines pré-
varations alimentaires. Des savants ne sont pas éloignés d’y voir comme un vague souvenir des horribles festins qui succédaient aux sacrifices humains chez les peuples primitifs qui tous étaient anthropophages; à défaut de prisonniers et de victimes désignées, on en serait venu peu à peu à une représentation symbolique qui s’est maintenue en perdant son caractère religieux. Nous nous en tiendrons à l'indication sommaire de ce problème fort obscur, n'ayant pas la prétention de le résoudre.