‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 129 sur 144 · PRINCE ROLAND BONAPARTE · texte numérisé non relu

PRINCE ROLAND BONAPARTE

Nuages et pluie à volonté.

Il ne s’agit pas de savoir si l’on aime l’un ou l’autre de ces deux phénomènes météorologiques que les citadins ont coutume de maudire cordialement : les agriculteurs ont besoin de tous deux, et la question qui se pose est celle-ci: peut-on appeler les nuages et la pluie à volonté?

Oui, on peut appeler les nuages. Maïs, entendonsnous, on peut provoquer la formation de nuages d'une certaine sorte, ce qui ne veut pas dire qu’on puisse faire pleuvoir. Toutefois ces nuages sont très utiles dans certains cas. Nous sommes en avril ou mai : le froid revient, et des gelées sont probables. Elles seraient désastreuses pour les bourgeons de la vigne, et les fleurs des arbres fruitiers. Que faire? C'est bien simple. On allume de grands feux où l’on jette des feuilles de l’automne dernier, des morceaux de bois goudronnés, du bois vert, breftout ce qui peut faire de la fumée et de la vapeur; et de la sorte on fait un nuage artificiel qui empêche la gelée, car, interposé entre le sol et le ciel découvert, il empêche le refroidissement du premier, en diminuant le rayonnement de la chaleur de la terre. (Cela réussit... quelquefois.) Et d’un.

Oui, encore, il semble qu’on puisse faire pleuvoir à volonté. Z{ semble, car la chose est encore à l’étude. Mais des expériences ont été faites en Amérique qui

1. Le Glacier de l’Aletsch et le Lac de Marjelen, 1889, p. 9-10-15.

paraissent permettre l'espoir d’une solution favorable. Pour obtenir la pluie, on envoie d’abord dans les airs des ballons chargés d’oxygène et d’hydrogène et on les fait éclater en l’air au moyen de dynamite et de l'électricité. L'hydrogène brûle dans l’oxygène, se combine avec lui, forme de l’eau — en vapeur — puisque l’eau n’est qu'une combinaison de ces deux gaz‘. Et pour obliger cette vapeur à se condenser en gouttes, on détermine encore de fortes explosions de dynamite. La secousse condense-t-elle les molécules de vapeur, ou se passe-t-il quelque autre phénomène? Toujours est-il qu'il pleut — dit-on. L'avenir nous renseignera, et peut-être un jour l’homme saura-t-il faire pleuvoir quand il lui plaira, ce qui sera précieux pour les pays agricoles. Mais il sera bien aussi utile de chercher le moyen d'empêcher les pluies inutiles et souvent désastreuses qui déterminent les inondations, par exemple.

HENRY DE VARIGNY

Effets curieux du feu grisou.

Des expériences nombreuses ont prouvé que l’air de la ville de Liège contient plus d’acide carbonique que la plupart des localités étudiées à ce point de vue. Cette forte proportion tient à deux causes : la ville de Liège est le siège d’une production intense d'acide carbonique par suite de l'énorme combustion journalière effectuée dans les foyers domestiques et surtout dans les nombreux fourneaux de l’industrie: en second lieu, le sol du pays, appartenant à la

1. L'eau est au point de vue chimique du protoxyde d'hydrogène, une des combinaisons que ces deux gaz peuvent former ensemble.

formation houillère, est le siège d’une assez grande production d'acide carbonique.

Un fait étonnant s’est produit à Liège, et montré l'intensité des phénomènes de combustion dont le sol de cette ville est le siège. Pendant plusieurs années, le sol d’une partie du quartier Saint-Jacques s’est échauffé au point que le beurre fondait dans les caves des habitations. L'eau des puits était chaude, et les plantes de tous les jardins de cette partie de la ville ont péri. Les herbes jaunissaient et séchaient sur place, les arbres perdaient leurs feuilles et mouraient; un sol aride et nu remplaça les pelouses verdoyantes: Lorsqu'on fouillait ce terrain, on trouvait à une faible profondeur une élévation de température qui dépassait celle de la main et qui devenait encore plus intense avec la profondeur. La commission nommée pour étudier ce phénomène étrange, et composée de MM. Dewalque, Schmit, et du célèbre physiologiste Schwann, tous trois professeurs à l’Université de Liège, conclut, à la suite de travaux et d'expériences qui durèrent deux années, que l’échauffement de ce terrain était dù à une combustion lente du grisou ! exhalé par le terrain houiller. Elle signala même une explosion qui s'était produite dans une cave au moment où l’on y pénétra avec une lampe allumée.

Il n’est pas invraisemblable que des phénomènes de ce genre se produisent d'une manière continue dans les couches inférieures du bassin de Liège; ils

1. Le grisou est un gaz où l'hydrogène tient une place considérable, et qui se produit dans la plupart des mines de houille. Il est combustible, et quand il existe dans une certaine proportion il prend feu à la lampe des mineurs, d’où des catastrophes épouvantables. Il n'est point d'année, malgré l'invention de la lampe de sûreté, où le grisou ne fasse de nombreuses victimes.

sont trop faibles pour qu’une observation superficielle les saisisse facilement.

L'air de cette ville est plus chaud, par un temps calme, que celui des environs, et la campagne voisine est la région la plus élevée du globe, en latitude, où la vigne prospère encore !. |

L'air est pesant...

Nos méthodes d’expérimentation plus précises que celles dont Galilée pouvait faire usage de son temps, où les sciences physiques venaient à peine de naître, nous ont appris le véritable poids de l'air. Nous savons que 10 litres d'air, dans l’état ordinaire, pèsent 13 grammes, ou, en d’autres termes, que 760 litres d’air pèsent à peu près 1 kilogramme. L'air, dans cet état, ne pèse que la 770° partie d’un pareil volume d’eau.

Puisque l’air est pesant, vous concevrez facilement que les couches inférieures de ce fluide, celles par exemple qui sont les plus rapprochées de la terre, doivent supporter le poids de toutes les couches superposées, et que, par conséquent, en raison de sa compressibilité, elles doivent être plus denses, c’est-àdire peser davantage sous un moindre volume. Mais, puisque l'air est élastique et que ses molécules ont une grande mobilité, vous devez encore comprendre que, nécessairement, Les corps sur lesquels s'appuient les couches atmosphériques supportent le même poids dont celles-ci sont chargées à différentes élévations. On donne le nom de pression atmosphérique à cette force ou à ce poids qu'exerce l’atmosphère, d’une manière uniforme, sur tous les corps qui sont à là surface de la terre. Cette pression varie, comme vous

. 4. Revue Scientifique.

le pensez bien, suivant la hauteur à laquelle on s'élève au-dessus du niveau de la mer; elle diminue avec l'élévation, car il est évident qu’un homme placé au sommet d'une montagne élevée ne supporte pas autant de couches d'air qu’un autre assis à la base de ce mont. La théorie nous indique que cette pression ne doit plus se faire sentir aux dernières limites de l’atmosphère. L’allégement que nous éprouvons en gravissant une hauteur, la facilité plus grande que nous avons à respirer à mesure que nous nous élevons, ne dépendent évidemment que de cette diminution successive de pression.

L'expérience suivante montre la présence de l'air et atteste la pression qu'il fait éprouver aux corps qui y sont plongés. Mettez un flotteur, un bouchon dé liège parexemple, sur un seau plein d'eau; puis, renversant une cloche en verre, appliquez-en l'ouverture à la surface du liquide, de manière à y enfermer le flotteur. À mesure que vous enfoncerez davantage la cloche dans l’eau, vous verrez le bouchon s’enfoncer aussi. La surface de l’eau dans la cloche n’est donc plus au même niveau qu’à l’extérieur : jamais l’eau ne pourra s'élever dans ce vase jusqu’à venir mouiller le fond du côté intérieur, et le flotteur sera toujours écarté de ce fond. Il est visible que c’est l’air qui occupe cette place, et en inclinant un peu la cloche, on le voit en effet sous forme de grosses bulles qui viennent sortir et crever à la surface de l’eau après l’avoir traversée.

C’est à cette pression atmosphérique, dont je viens de parler, qu'est due la permanence des liquides à la surface du globe; c’est elle qui met obstacle à leur réduction en vapeurs. Sans elle, nos conditions d'existence seraient tout à fait changées. C’est elle encore qui produit l’ascension de l’eau dans les corps de

pompe, ainsi que celle du mercure dans le baromètre, instrument inventé en 1643 par Torricelli, élève de Galilée, et qui sert, comme son nom l'indique (mesure de la pesanteur), à mesurer cette pression. Cette force fait équilibre, dans les circonstances ordinaires, à une colonne d’eau de 10 mètres 4 décimètres de hauteur, ou à une colonne de mercure de 76 centimètres. Chaque point de notre peau est pressé perpendiculairement à sa surface par une force égale à celle d'une colonne de mercure de 76 centimètres de hauteur. Or, comme le centimètre cube de mercure pèse 13 grammes et demi, chaque centimètre carré de la surface de notre corps porte sans cesse, et à notre insu, plus d’un kilogramme de charge. Nous sommes donc perpétuellement pressés de toutes parts, en dehors, par des forces dont l’ensemble produit, sur un homme de taille ordinaire, environ 17,000 kilogrammes. Toutes ces forces de pression, agissant dans divers sens, ne s'ajoutent pas, mais chacune s'exerce sur une partie séparée, qui est destinée par la nature à résister à cette charge. Ce poids énorme semble incroyable, mais l’habitude nous y a rendus insensibles. Si on le supprimait, nous ne pourrions vivre, parce que cette pression permanente est nécessaire à notre existence; nous avons été organisés pour cet état de choses. Notre corps plongé dans l'air est, il est vrai, pressé de toutes parts par l’air qui l'entoure. Mais chaque pression en trouve une autre contraire qui réagit et la détruit, parce que tous les solides et les liquides dont le corps de l’homme est formé servent à transmettre cette pression. C’est ainsi qu'une boule de verre soufflé, extrêmement mince et fermée, n'est pourtant pas écrasée par le poids de l’atmosphère, en raison de l'air qu’elle renferme et qui contre-balance l’influence

de la pression extérieure. Lorsque les fluides renfermés dans notre corps n’ont plus une force élastique capable de faire équilibre à la pression atmosphérique, celle-ci fait sentir son influence; c’est là l'origine des effets qu'exercent les variations barométriques sur les phénomènes de la vie organique. » Le savant physicien et minéralogiste Haüy, en rapportant les calculs ci-dessus, ajoutait spirituellement : « Voilà pourtant de quel poids étaient chargés les anciens philosophes qui niaient la pesanteur de Pair. »

J. GIRARDIN !

Le Gulf-Stream.

Il y à une rivière dans l'Océan, pendant les plus grandes sécheresses, jamais elle ne tarit, et lors des plus puissantes inondations, jamais elle ne déborde. Les rives et son lit sont d’eau froide, tandis que son courant est d'eau chaude. Le golfe du Mexique est sa source, et son embouchure est dans les mers Arctiques. Il n'existe pas dans le monde une autre masse d’eau courante aussi majestueuse.

Le cours du Gulf-Stream est plus rapide que ceux du Mississipi et de l’'Amazone, et son volume est plus de mille fois supérieur aux leurs.

Ses eaux, aussi loin du golfe que des côtes de la Caroline, sont d’une couleur bleu indigo. Elles sont si distinctes que l’œil suit aisément leur ligne de jonetion avec l’eau de mer commune.

Telle est la répugnance, si l’on peut s'exprimer ainsi, qu'ont les eaux du Gulf-Stream à se mélanger avec les eaux de la mer, que souvent on peut voir la

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