BRIOT
Le gaz pour rien.
C'est là un des nombreux souhaits de beaucoup d'hommes, mais il ne se réalise que rarement. Il est toutefois exaucé dans-.une région des États-Unis, celle qui entoure Pittsburg. Depuis quelques années, -on s’est aperçu que les puits creusés pour chercher le naphte (ou pétrole) donnaient non du pétrole, mais des gaz qui s’échappaient avec un ronflement bruyant. On constata avec surprise que ce gaz brûlait parfaitement bien. Naturellement on capta ce gaz, c'est-à-dire qu’on adapta à l'embouchure du puits des tuyaux et des robinets, et au lieu de le laisser continuer à brûler pendant des mois ou des années avec une flamme de 15 ou 20 mètres de haut (la hauteur d'une maison à cinq étages) comme une torche colossale, on l’envoya dans les maisons et les usines où on l'utilise actuellement tout comme le gaz artificiel de la houiïlle. Ce gaz est excellent ; il ne diminue pas, il est même en excès, et on est obligé d’en brûler beaucoup sans l'utiliser, par prudence, pour n’avoir pas de trop fortes pressions dans les tuyaux, et cette ressource nouvelle et inespérée a beaucoup contribué à la richesse de la région de Pittsburg. Des puits
1. Conférence faite aux Soirées Scientifiques de la Sorbonne, en 1866.
à gaz analogues existent autour de la Caspienne où les Guëbres — ou adorateurs du feu — leur rendaient autrefois un culte.
H. DE VARIGNY
Quelques chiffres sur les Océans.
« L'eau est ce qu'il y a de plus grand », écrivait Pindareil y a vingt-quatre siècles. Quel corps, en effet, se trouve en telle quantité à la surface de notre globe? L'atmosphère en renferme de notables proportions, et nous vivons dans la vapeur d’eau tout autant que dans l’air; qu'on creuse le sol en un endroit quelconque, on rencontre, à une profondeur souvent très faible, une nappe d’eau souterraine; presque tous les corps dont nous sommes entourés contiennent de l’eau : animaux, plantes, terres en sont également imprégnés; 1l n’est pas jusqu’au feu lui-même qui ne la recèle dans ses flammes les plus éclatantes.
Et tout cela n'est rien à côté de la masse formidable des neiges éternelles, des glaciers, des torrents, des fleuves, à côté surtout de l’immensité de l'Océan.
Les mers couvrent en effet les trois quarts de la rondeur du globe; un simple regard jeté sur une carte nous montre les masses continentales occupant moins de la moitié de l'hémisphère du nord et abandonnant la presque totalité de l'hémisphère méridional aux eaux accumulées.
De plus, le relief continental est, dans son ensemble, beaucoup moins haut que la mer n’est profonde.
Dans la Manche, la profondeur des eaux salées ne dépasse pas 30 mètres; mais entre les îles Britanniques et l’Amérique, le lit marin descend jusqu’à 8,000 mètres au-dessous des vagues.
La Méditerranée a, en certains endroits, plus de 4,000 mètres de profondeur.
Enfin, on a trouvé en 1874, au large du Japon, la profondeur de 8,573 mètres: c’est à peu près la hauteur du Gaurisankar, la plus haute montagne du globe. Les anciens sondages de 13,900 et de 15,900 mètres, exécutés, le premier par le capitaine Denham, et le second par Parker, doivent être rejetés comme inexacts. Quant à la profondeur moyenne de toute la masse des eaux, on ne la connait pas encore exactement. Mais, d’après les derniers calculs de M. Otto Krümmel, elle doit être voisine de 3 kilomètres 1/2, tandis que la hauteur moyenne des continents est à peine de 500 mètres. La masse totale des terres émergées serait donc seulement la vingt-deuxième partie de celle des eaux salées. L’imagination reste confondue dans la contemplation d’une telle immensité.
Regardez le plus majestueux de tous les fleuves, celui des Amazones. Son débit moyen est de 80,000 mètres cubes par seconde, 160 fois le débit moyen de la Seine ; il roule parfois à lui seul, dans ses terribles inondations, le cinquième des eaux douces de la terre entière. « Il est si profond que les sondes de 50, de 80 et même de 100 mètres ne peuvent pas en mesurer tous les gouffres ; il est si large qu’en certains endroits on n'en distingue pas les deux bords, et qu’on voit l'horizon reposer au loin sur les eaux, comme si l’on se trouvait en pleine mer. Quand on navigue dans l'estuaire de l’embouchure, sur les eaux grises descendant rapidement vers l'Atlantique, on se surprend à demander si la mer elle-même ne doit pas son existence à ce fleuve qui lui apporte incessamment l’immense tribut de ses flots. »
Et pourtant, qu'est-il, le courant des Amazones, auprès de la masse des flots océaniques? Figurez-vous
tous les fleuves du monde réunis en un seul : ce cours d’eau prodigieux, véritable « Méditerranée coulante », devrait rouler ses flots sans cesse pendant plus de cinq millions d'années avant d’avoir fourni autant d’eau qu’il y en a dans l'Océan.
La surface totale des mers est de 386 millions de kilomètres carrés, leur volume approximatif 1,284 millions de kilomètres cubes, soit à peu près la 840° partie du volume du globe terrestre.
E. BouanT ‘.
L'art de faire travailler le Soleil.
L'idée d'utiliser la chaleur solaire est née pour ainsi dire en France. Salomon de Caus tenta le premier de l'employer à élever les eaux. Vers 1784, Ducarla, profitant des belles recherches de de Saussure, fit cuire sous des cloches de verre su perposées des fruits et de la viande, ainsi que le rapporte Bosc, un des témoins de cette curieuse expérience.
Plus récemment, Franchot, l'inventeur de la lampe qui porte son nom, eut l’heureuse idée de remplacer les miroirs ou les verres ardents qui réunissent les rayons solaires en un point, par des miroirs métalliques à foyer rectiligne, et d'installer à ce foyer une petite chaudière noircie; malheureusement la chaudière, en s’'échauffant à l'air libre, finissait par émettre autant de chaleur qu'elle en recevait du miroir, en sorte que la concentration des rayons solaires n’était pas suffisante.
Dès l’année 1860, un professeur de l’Université, M. Mouchot, se mit à l'œuvre, en partant de ce fait