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Histoire de l'Eau, p. 1 et suiv. Alcan

découvert par Mariotte qu’une lame de verre incolore, une vitre, laisse passer librement la chaleur du soleil, mais devient un écran parfait pour la chaleur obscure et même pour les rayons émanant d’un bon feu de cheminée. Il établit en conséquence, au foyer d'un miroir de fer-blanc ou mieux de plaqué d'argent, une chaudière noircie extérieurement, mais qui se trouvait protégée contre le refroidissement par une enveloppe de verre mince, et bientôt il put constater les bons effets de cette disposition. Les rayons solaires recueillis par Le réflecteur traversaient sans difficulté l'enveloppe transparente, se convertissaient en chaleur obscure sur les parois de la chaudière et, retenus prisonniers par le verre désormais imperméable pour eux, ils élevaient rapidement la température de celle-ci. M. Mouchot put de la sorte faire cuire en peu de temps au soleil des légumes, de la viande'et du pain. La concentration de la chaleur dans Pappareil était si rapide, qu'un litre d’étain placé dans un bocal de verre au foyer d'un réflecteur de 1 mètre carré se mettait à fondre au bout d'une minute.

‘ Une dernière épreuve restait à tenter : il fallait construire un grand appareil solaire et en apprécier le rendement. Une subvention du conseil général d’Indre-et-Loire permit à M. Mouchot d'atteindre le but et de montrer que le rendement d'un grand appareil, loin d’être moindre que celui des petits, était notablement meilleur.

Maintenant, examinons quelles sont les applications immédiates de la chaleur solaire, laissant de côté les appareils de cuisine, cafetières, petits alambics, etc., appareils qui auront néanmoins leur importance. En ce qui concerne la distillation, on sait quels sont les dangers d’explosion à redouter, surtout dans les pays chauds. Or, les appareils de M. Mouchot sont

affranchis de cette cause de danger, puisque ni l’alcool, ni les éthers ne peuvent s’enflammer directement au soleil; de plus, la régularité de chauffe dispense presque de toute surveillance et donne des produits doués d'un arome remarquable. La rectification se fait surtout avec rapidité et permet de concentrer les alcools au delà de 86° centésimaux.

La fabrication des essences et des parfums se fait aussi d’une façon admirable. N'est-ce pas aussi une charmante et poétique idée que celle d'employer, pour leur extraction, la force qui leur a donné naissance? Et quelle force plus douce et plus régulière que celle-là? Aussi ne sera-t-on pas surpris de la suavité des produits que l’on acquiert ainsi. L'eau distillée, soit produite par l’eau ordinaire, soit produite par l’eau de mer, étant obtenue économiquement, est peut-être appelée à jouer un rôle important au point de vue industriel, voire même à celui de l’alimentation d'une ville convenablement située pour l’obtention d’un tel résultat, qui serait un véritable bienfait pour elle, comme c’est le cas pour la ville d’Aden et bien d’autres villes ou régions de la mer des Indes, et toute la côte ouest du Pacifique, qui n’ont pas d’autres ressources pour l'alimentation publique et les besoins journaliers que la distillation des eaux saumâtres ou de l’eau de mer, opération qui est des plus coûteuses par l'emploi des combustibles ordinaires. D'autre part, on remarquera que, sans pousser jusqu’à la distillation, on pourra très économiquement porter à une température élevée, de grandes masses d’eau qu’on débarrassera ainsi des substances calcaires qu’elles renferment, substances qui sont. éminemment nuisibles dans un très grand nombre d'industries et même à l'alimentation publique; nous rappelons à ce sujet que, dans notre colonie de Cochin-

chine, les eaux ne sont potables pour les Européens qu'après avoir subi l’ébullition qui détruit les animalcules nuisibles qu’elles contiennent.

Quant à la force motrice résultant de la chaleur solaire, il est difficile de prévoir tous les services qu’elle est capable de rendre dans les pays chauds; surtout si on observe qu'à l’encontre des autres forces naturelles comme la chute d’eau et le vent, elle devient maximum à l’époque même où la première est très affaiblie et bien souvent n’existe plus, et où la seconde est devenue presque nulle par suite de la raréfaction de l’air, alors qu’il serait cependant si nécessaire de faire usage d’une force naturelle quelconque. La force solaire est également remarquable en ce qu’elle augmente avec l'altitude du lieu, ce qui constitue un avantage des plus précieux, puisqu’en s’élevant la chute d’eau disparait, le vent est bien souvent insuffisant et que le prix de tout combustible est par là grandement augmenté. Elle peut donc avoir pour conséquence de faire repeupler les hauts plateaux si favorables au développement des populations qui les avaient autrefois occupés par mesure de simple défense, et qui en étaient descendues ensuite par l’adoucissement du temps pour profiter des forces vives de la nature immédiatement utilisables.

Tout d’abord, la question des irrigations se présente à l’esprit, puis la mise en œuvre des petits moteurs industriels et des machines agricoles. Les moteurs solaires seront une des manifestations les plus remarquables de la force à bon marché, et peut-être aurontils pour effet de modifier complètement l'avenir des régions intertropicales, car il est certain que la civilisation s’installera dorénavant dans les contrées où le cheval-vapeur coûtera le moins cher. Aïnsi, par exemple, considérons les immenses avantages qu'est

appelée à recueillir l’agriculture de l'emploi d'une telle force, quand on songe que tous les pays méridionaux, y compris ceux de notre belle France, souffrent horriblement de la sécheresse pendant plusieurs mois de l’année, et que ces mêmes pays, par elle, pourraient devenir d’une fertilité illimitée puisqu'on pourrait irriguer dans de bonnes conditions. Dans ce même ordre d'idées, nous ferons également observer de quel bienfait serait l'obtention, à bas prix, de la glace dans les contrées méridionales et surtout pendant les grandes chaleurs, soit au point de vue du confortable de chaque habitant, soit au point de vue industriel ou agricole.

PauLz BerrT !.

L’aurore boréale.

Pour réunir dans un seul tableau tous les traits qui caractérisent le phénomène, il faut décrire toutes les phases de développement qui signalent une aurore boréale complète. A l'horizon, vers le méridien magnétique du lieu, le ciel, d’abord pur, commence à se rembrunir; il s’y forme une sorte de voile nébuleux qui monte lentement et finit par atteindre une hauteur de 8 ou 10 degrés. À travers ce segmentobscur, dont la teinte passe du brun au violet, les étoiles se voient comme à travers un épais brouillard, puis un peu plus tard, sur les bords de ce segment apparait un arc plus large, d’abord blanc, puis jaune, mais toujours d’une lumière éclatante. Quelquefois cet arc lumineux paraît agité, pendant des heures entières, par une sorte d'effervescence et par un continuel

1. Revues Scientifiques publiées par le Journal la République Française sous la direction de M. Paul Bert, t. 1, 1879, p. 38. Masson.

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