Cosmos
2. Nom scientifique des pierres qui tombent des espaces célestes sur terre.
LE
à-dire à plus de 500 kilomètres de distance. D'après des observations qui ont pu être faites dans cette circonstance, en beaucoup de points et avec précision, à cause de la sérénité du ciel et de l’heure peu avancée de la nuit, le globe lumineux a été suivi, marchant de l’ouest vers l’est, à partir de Santander et d'autres localités des côtes d'Espagne, jusqu’au point de la chute finale. La hauteur à laquelle commencent à luire les bolides d’où proviennent les météorites a pu être calculée dans plusieurs cas, au moyen de données simultanément recueillies en différents lieux. Elle à été évaluée à 60 kilomètres et plus : elle correspond donc aux parties supérieures de notre atmosphère. Un autre caractère suffirail pour dénoter une provenance cosmique; c’est leur excessive vitesse, qui surpasse tout ce que ‘nous connaissons sur la terre; tandis qu’une locomotive parcourt 50 mètres à la seconde et un boulet de canon 500 mètres, le bolide franchit de 30, 000 à 60,000 mètres. Une telle vitesse est tout à fait du même ordre que celle des planètes lancées dans leurs orbites.
Après un trajet plus ou moins long, le bolide éclate avec un bruit qui a été comparé à celui du tonnerre, du canon ou de la mousqueterie, suivant la distance à laquelle se trouvaient les observateurs. Rarement la détonation est unique; il y en a deux, bien plus souvent trois. Parfois elles sont assez violentes pour secouer fortement les maisons, de manière à faire croire à un tremblement de terre, comme il est arrivé, le 12 février 1885, dans l’État d'Iowa. Elles se font entendre sur une grande étendue de pays : celles d'Orgueil ont retenti sur plus de 360 kilomètres. Si l’on réfléchit que ces détonations prennent naissance à des hauteurs où l’air très raréfié se prête
fort mal à la propagation du son, on sera convaincu qu’elles doivent être extrêmement violentes. Souvent, on aperçoit une traînée de vapeurs dans les régions de l’atmosphère qu’a traversées le météore.
La configuration extérieure des météorites est avant tout remarquable par un aspect fragmentaire, c’està-dire par des formes anguleuses et une ressemblance constante avec des polyèdres irréguliers dont les arêtes auraient été émoussées. Le nombre de pierres d'une même chute est extrêmement variable : souvent on en a ramassé une seule, quelquefois plusieurs, et dans certains cas des centaines et des milliers.
La chute qui eut lieu en Hongrie, près Knyahinya, le 9 juin 1869, en a fourni environ 1,000, et celle de Laigle 3,000. Le 30 janvier 1868, il est tombé aux environs de Pultusk, en Pologne, une grêle de pierres encore plus nombreuse; 900 d’entre elles ont été communiquées au Muséum. Il y a done comme des essaims ou averses de météorites. Au moment où ces pierres nous arrivent, elles n'ont plus qu’une faible vitesse comparativement à celle que possédait, antérieurement à son explosion, le bolide dont elles ne sont sans doute que des débris. Quand elles sont volumineuses, elles peuvent s’enfouir de quelques décimètres dans un sol peu résistant et y rester inaperçues.
Après des préliminaires aussi intenses de lumière et de bruit, ce n’est pas sans étonnement que l'on constate la petitesse des masses retrouvées sur le sol.
Parmi les plus lourdes, signalons le fer météorique de Charcas, au Mexique, du poids de 780 kilogrammes. Les blocs de fer trouvés au Brésil, à Sainte- Catherine, en atteignaient 25,000; c’est le chiffre maximum connu. ;
Au moment de leur arrivée sur le sol, les météorites ne sont plus incandescentes, mais encore si chaudes qu’on ne peut les manier.
Toutefois cette chaleur est limitée à leur surface ; à l'intérieur, elles sont extraordinairement froides. Lors d’une chute qui eut lieu dans l'Inde, à Dhurmsalla, le 14 juillet 1860, des spectateurs s’étant empressés de briser des pierres, brûlantes à l'extérieur, furent singulièrement surpris de les trouver glaciales dans leurs cassures et de ne pouvoir, pour des causes contraires, les toucher d'aucune manière : suivant la spirituelle expression d’Agassiz, c'était la reproduction de la glace frite des cuisiniers chinois. Une observation semblable à été faite le 16 mai 1883 sur des pierres tombées à Alfianello, non loin de Brescia. Le contraste entre la partie centrale qui conserve encore le froid intense des espaces planétaires et la partie superficielle qui, quelques instants auparavant, était incandescente, se comprend facilement, à cause de la faible conductibilité des substances pierreuses et du temps très court pendant lequel elles ont été échauffées.
A. DAUBRÉE !.
Le climat change-t-il?
De nos jours, le climat moyen de Paris éprouvet-il quelque variation?
Rien de plus simple, au premier aspect, que cette question. La température des souterrains un peu profonds dans lesquels l’air extérieur n'a pas un libre accès non seulement ne varie pas, mais elle est, de plus, égale à température moyenne de l’at-
1. Les Régions invisibles du Globe et des espaces célestes. 1888, Alcan.
mosphère extérieure prise à la surface. De tels souterrains existent sous le bâtiment de l'Observatoire à Paris; ils sont à 28 mètres de profondeur. Depuis un siècle et demi, on y suit la marche du thermomètre. Il va donc suflire de mettre des observations en regard.
Sans remonter aux plus anciens instruments, car leur graduation n’est pas aujourd’hui bien connue, je dois dire qu'une découverte récente a rendu la solution du problème difficile. Il est maintenant prouvé qu'à la longue, presque tous les thermomètres deviennent faux. Le zéro, je veux dire le terme de la glace fondante, monte le long de l'échelle graduée, comme si la boule contenant le mercure se rétrécissait. Le thermomètre arrive ainsi à marquer +- 1°, quand il devrait indiquer zéro; + 2°, quand la température n’est que de + 1°, etc.; l’erreur va même quelquefois jusqu'à un degré et demi. Les nombreuses températures déterminées dans les souterrains de l'Observatoire, à une époque où l’on ne savait pas que les thermomètres doivent être vérifiés sans cesse, sont donc comme non avenues.
J'ai trouvé deux observations cependant, mais deux seulement dont on peut tirer parti. Elles remontent au mois de février 1776. Messier les fit avec un thermomètre construit sous ses yeux et vérifié par lui-même, peu de jours auparavant. Ces deux observations, parfaitement d'accord entre elles, donnent 11°,8 centigrades.
En 1826, un demi-siècle après, on a trouvé aussi FEME
Supposons maintenant que dans les observations de Messier, à raison de la petitesse de l’échelle de son thermomètre, il y ait eu une incertitude d’un vingtième de degré. Les deux températures de 1776
et de 1826 qui nous ont paru égales, différeraient entre elles de cette même quantité. Mais un vingtième sur cinquante ans, c’est un dixième sur un siècle : Ce serait donc seulement un degré entier de variation pour mille ans!