ALPH. DE CANDOLLE
1. Origine des Plantes Cultivées, par A. de Candolle, Bibl. Scient. Internationale. 1882, Alcan.
Une pluie de pollen.
Le Pollen est la poussière jaune qui sort des anthères que supportent les étamines des fleurs. Elle consiste en une quantité de petits grains qui jouissent de la propriété de féconder, c'est-à-dire de déterminer le développement en graine et en fruit d’une petite cellule nommée ovule, renfermée dans l'ovaire des fleurs.
Chaque jour, on le sait, des faits surprenants de fécondation et d'hybridation se produisent entre plantes séparées les unes des autres par des distances considérables. Le pollen de certaines espèces est tellement léger qu'il peut être transporté par les vents à des distances immenses.
L'American Naturalist cite à ce sujet un exemple curieux.
En avril 1883, un botaniste américain, en récoltant des plantes aquatiques dans un étang de l’Iowa Central, constata que toute la surface de cet étang était recouverte d’une couche de pollen de Pin.
Aucun doute n'était possible, et, cependant, les forêts de Pins les plus rapprochées, et qui seules avaient pu produire une quantité de pollen aussi grande, étaient éloignées d'environ 600 kilomètres du point où l'observation était faite.
Le vent avait donc fait franchir cette énorme distance aux masses de pollen s’échappant des fleurs déspins !; |
1. Jiev. Horticole, 1883, p.362. — Ces pluies de pollen, soit dit en passant, ont été souvent prises, il n’y a pas bien longtemps encore, pour des pluies de soufre absolument inexplicables, et auxquelles la croyance populaire, peu éclairée, attachait une signification redoutable,
Les Forêts sous-marines.
Les côtes des Continents et des Iles présentent souvent de très lents mouvements d’affaissement ou d’exhaussement; le rivage s'élève ou s’abaisse, la mer gagne sur la terre, ou au contraire se relire. Un mouvement marqué d’éffaissement s’est produit depuis quelques siècles sur les côkes de Bretagne et de Normandie (Mont Saint-Michel), et par suite des forêts étendues du rivage ont été peu à peu submergées et détruites. C’est d’une de ces forêts qu'il s’agit ICI.
Lorsqu'on parcourt les rivages du cap Fréhel au Bec de Ver, on rencontre parfois de larges taches brunes qui tranchent sur la couleur des sables dorés. Ces taches sont formées par des croûtes tourbeuses, en quantité et en dimensions variables, d’une épaisseur de quelques centimètres. Elles se laissent facilement couper à la bêche, et sont formées d’un détritus végétal presque arrivé à l’état d'humus. Au-dessous de cette première couche, on trouve des feuilles, des brindilles, des fragments d’écorce, des graines, dans un état de conservation qui permet de reconnaître facilement les espèces auxquelles ces débris ont appartenu. Nous y avons fréquemment trouvé de la graine d’If, des glands, des faînes, et surtout des noisettes. Ces restes légers de la forêt paraissent avoir surnagé au moment de l’envahissement des eaux; ils ne sont pas usés, brisés comme ils ne pourraient manquer de l'être s'ils avaient été roulés un certain temps. Au-dessous de cette deuxième couche de peu d'épaisseur, on trouve des arbres entiers, renversés perpendiculairement au flot, et adhérant encore au sol par leurs racines. Souvent ces arbres accusent de forts diamètres et une hauteur considérable : ainsi
nous avons mesuré un Châtaignier portant plus de 6 mètres de bille. Les jeunes plants ont été parfois soulevés par le flot et roulés sur les grosses pièces; ce sont généralement des Sapins et des Bouleaux. Les essences à fibres dures, les Ifs, les Chênes, sont les mieux conservées; il est même souvent possible de reconnaitre leur âge aux couches du tronc. Rien n’annonce dans cet abatis une plantation régulière ; on dirait plutôt une luxuriante mais toute naturelle végétation. Malgré leur état apparent de conservation, ces bois sont très friables quand on les dégage de la vase dans laquelle ils sont fixés. Les précautions les plus minutieusés n'ont jamais pu m'obtenir jusqu'ici des fragments de plus de deux mètres de longueur. Par des mers calmes, j'ai fait moi-même dégager, à marée basse, de beaux arbres très intacts : la marée montante les soulevait doucement, mais ils ne tardaient pas à se briser sous leur propre poids. Ces bois, soumis à l'action atmosphérique, se raffermissent peu à peu, et finissent par présenter des fibres dures, tantôt noires, tantôt rougeûtres, tantôt d’un gris foncé. On dit qu’il en a été fait des outils, des meubles, des barrières. Des espaces assez étendus ont été occupés par des arbustes légers, que je crois de l’Ajonc épineux ou du Genêt. Les racines, semblables à des piquets tordus, sont encore en place, mais les arbustes ont disparu, enlevés sans doute par le flot.