‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 16 sur 144 · DE GESLIN DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

DE GESLIN DE BOURGOGNE

1. Cité par A. Chèvremont : les Mouvements du sol sur les côtes occidentales de la France, 1882, d'après le Congrès Scientifique de France, 1872, XIE:

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Une mort singulière.

Un voyageur égaré dans une des profondes forêts vierges de l'Amérique du Sud et souffrant de la soif, eut l’idée de couper, pour se désaltérer, une de ces branches d'arbre qu'on trouve fréquemment dans la zone intertropicale, et qui fournissent une sève rafraichissante. Après avoir absorbé le liquide séveux, il eut la malencontreuse idée de | « appuyer » par une gorgée de rhum. Peu d’instants après, il se tordait dans d’affreuses convulsions, et mourait après une agonie atroce. Son corps fut rapporté à l’hôpital, et l’autopsie fit découvrir qu'il avait les intestins littéralement « scellés » par du caoutchouc. Le malheureux avait absorbé Ia sève liquide du Mimusops Balata, qui présente la propriété de se coaguler et de se durcir dans l’alcool. Avis aux voyageurs explorateurs des contrées lointaines: ils ne devront s’aventurer à consommer les produits végétaux naturels qu'après avoir suivi l'expérience des indigènes du pays *.

Le poison des pommes de terre.

La Pomme de terre renferme un principe toxique appelé solanine, dont la production semble liée à la présence de la chlorophylle ?. On le trouve assez abondamment dans les germes que donnent au printemps

1. Revue Horticole, 1883, p. 28. Nul n'ignore que le caoutchouc est le sue, qui se dureit une fois sorti de ses vaisseaux, du Siphonia elastica et de quelques autres végétaux d'Afrique et d'Amérique.

2. La Chlorophylle est la substance qui donne aux plantes leur couleur verte.

ou en hiver les pommes de terre enfermées en caves, dans les épluchures des vieux et des très jeunes tubercules, dans la tige encore peu développée, en mai ou en juin. Quand un tubercule, insuffisamment enfoui en terre, a reçu les rayons solaires et que son enveloppe a verdi, celle-ci est dangereuse. Les pommes de terre sont des fubercules d'une nature spéciale. Ce ne sont pas des racines comme on pourrait le croire. Ce ne sont pas non plus des appendices ou des renflements des racines : ce sont des renflements de branches qui au lieu de se diriger à la surface et à l'air, plongent sous terre.

Le tubercule proprement dit est la partie qui en renferme le moins, mais elle n’en est pas complètement dépourvue.

Lorsqu'on soumet la Pomme de terre à la cuisson, la solanine n’est point détruite, elle passe dans l’eau de cuisson.

Bien qu'il ne soit ni extrémement actif, ni très abondant, le principe vénéneux de la Pomme de terre occasionne néanmoins des accidents, car il s’accumule dans l'organisme, ou plus exactement, 1l s’élimine lentement.

Pourtant, il n'est point à ma connaissance que des intoxications se soient produites dans l'espèce humaine. Cette immunité tient à plusieurs causes : l'homme ne consomme que le tubercule, c’est-à-dire la partie la plus pauvre en solanine ; il l’'épluche et jette l'écorce qui en contient Le plus, 1l le fait toujours cuire, et enfin il est rare qu’il en fasse sa nourriture exclusive pendant un laps de temps bien considérable : il l’'associe à d’autres aliments, ne fussent-ce que des galettes ou du pain. On s'explique donc sans difficulté que les accidents qu'on prédisait à Parmentier comme devant résulter de la consommation de la

pomme de terre, ne se soient point réalisés sur notre espèce.

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