Variété de Poire
LES PLANTES à)
parmi les peuples de la mer du Sud, que la petite pyramide de brique que des académiciens flatteurs tentèrent de lui élever à Quito, et peut-être que les statues qu'on lui a élevées dans son propre royaume.
Le bienfait d'une plante utile est, à mon gré, un des services les plus importants qu’un citoyen puisse rendre à son pays. Les plantes étrangères nous lient avec les nations d’où elles viennent; elles transportent parmi nous quelque chose de leur bonheur et de leur soleil. Un Olivier me représente l’heureux pays de la Grèce, mieux que le livre de Pausanias, et j'y trouve les dons de Minerve bien mieux exprimés que sur des médaillons. Sous un Marronnier en fleurs, je me repose sous les riches ombrages de l'Amérique. Le parfum d'un Citron me transporte en Arabie, et je suis au voluptueux Pérou en flairant l'héliotrope.
Je commencerais donc à ériger les premiers monuments de la reconnaissance publique à ceux qui ont apporté des plantes utiles; pour cet effet, je choisirais une des iles de la Seine, dans les environs de Paris, afin d’en faire un Élysée. Par exemple, je prendrais celle qui est au-dessous du hardi pont de Neuilly, et qui ne tardera pas, avant quelques années, de se trouver dans les faubourgs de Paris. J'y ajouterais le bras de la Seine qui ne sert point à la navigation, et une grande portion du continent qui l’avoisine. Je planterais autour de ce vaste terrain et le long de ses rivages les arbres, les herbes dont la France a été enrichie depuis plusieurs siècles. On y verrait des Marronniers d'Inde, des Tulipiers, des Müûriers, des Acacias de l'Amérique et de l’Asie, des Pins de la Virginie et de la Sibérie, des Oreilles d'ours des Alpes, des Tulipes de Chalcédoine, etc. Le Sorbier du Canada, avec ses grappes écarlates, Le Magnolia à grandes fleurs de l'Amérique, qui produit la plus grande et la plus
odorante des fleurs, et le Thuya de la Chine, toujours vert, qui n'en porte point d’apparentes, entrelaceraient leurs rameaux, et formeraient çà et là des bocages enchantés. On placerait sous leurs ombrages, et au milieu des tapis de plantes de différentes verdures, les monuments de ceux qui les ont apportés en France.
On verrait croitre autour du magnifique tombeau de Nicot, ambassadeur de France en Portugal, qui est à présent dans l’église Saint-Paul, la fameuse plante du Tabac, appelée d’abord de son nom Nicotiane, parce que ce fut lui qui le premier la fit connaître dans toute l'Europe. Il n'y à point de prince européen qui ne lui doive une statue pour ce service, car il n'y a point de végétal au monde qui ait donné tant d'argent à leurs trésors, et tant d'illusions agréables à leurs sujets : le Népenthès d’'Homère n'en approche pas. On pourrait graver dans le voisinage, sur un socle de marbre, le nom du Flamand Auger de Rusbecq, ambassadeur de Ferdinand I‘, roi des Romains, à la Porte, d'ailleurs si recommandable par l’agrément de ses lettres, et placer le petit monument à ombre du Lilas qu'il apporta de Constantinople, et dont il fit présent à l'Europe en 1562. La Luzerne de la Médie y entourerait de ses rameaux le monument dédié à la mémoire du laboureur inconnu qui, le premier, la sema sur nos collines caillouteuses, et qui nous fit présent, dans des lieux arides, de pâturages qui se renouvellent jusqu’à quatre fois par an.
À la vue du Solanum de l'Amérique qui produit à sa racine la pomme de terre, le petit peuple bénirait le nom de celui qui lui assura un aliment qui ne craint pas, comme le Blé, l'inconstance des éléments et les greniers des monopoleurs. Il n'y verrait pas même sans intérêt l’urne du voyageur ignoré qui orna, à
ne <<
perpétuité, les humbles fenêtres de ses demeures obscures des couleurs brillantes de l'aurore, en lui apportant du Pérou la fleur de Capucine.