‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 30 sur 144 · A. WEISMANN · texte numérisé non relu

A. WEISMANN

1. Cité par A. Frédol : Ze Monde de la Mer. Ce phénomène de la régénération des membres perdus se présente chez ous les crustacés (et quelques autres animaux), mais elle n'a lieu qu'à l’époque de la mue, ou du renouvellement de la carapace.

2. Essais sur l’'Hérédité, traduction Henry de Varigny, 1892, Paris, Reinwald. Cette Activie est morte depuis le moment où ces lignes ont été écrites ; elle est mor.e en 1887, âgée de 66 ans au moins, après avoir passé

‘59 ans dans le même bocal. (H. de V.)

Ce que boivent les sangsues.

Les Sangsues sont des vers, parfois de couleurs fort jolies, qui vivent dans les ruisseaux. Elles nagent, en ondulant avec beaucoup de grâce. Elles se nourrissent volontiers de sang animal ou humain : de là l'emploi qu’on en fait dans le cas de maladie où l'on veut opérer une saignée sans inciser de veines. Les sangsues ont un appareil très particulier dans la bouche qui leur permet de couper la peau, si dure soit-elle.

Il est intéressant de rechercher quelle quantité de sang peut prendre une.-sangsue. La question a été résolue par les expériences d'Alphonse Sanson, puis de Moquin-Tandon. Voici le résultat obtenu par Sanson :

10 sangsues grosses pesant 30 gr. absorbent 160 gr. de sang, soit 5,33 fois leur poids.

10 sangsues grosses moyennes, de 12 gr. 50, absorbent 83 gr. 50 de sang, soit 6,96 fois leur poids.

10 sangsues petites moyennes, de 7 grammes, absorbent 33 gr. de sang, soit 4,170 fois leur poids.

10 sangsues petites, pesant 5 gr., absorbent 19 gr. de sang, soit 3,80 fois de leur poids.

Moquin-Tandon est arrivé à des résultats assez analogues.

La quantité moyenne de sang tirée par une grosse sangsue est de 16 grammes, d’après Sanson, de 15 gr. 75 d’après Moquin-Tandon. Si l’on admet que la quantité de sang qui s'écoule après l'application est à peu près égale à celle du sang absorbé, chaque sangsue ferait donc subir au malade une perte de 31 grammes de sang.

Quand la sangsue s’est gorgée de sang, elle reste

immobile et dans une sorte de torpeur: la digestion est

un labeur pénible, dont la durée varie de six mois à un an, suivant la quantité de sang absorbée, et suivant l'âge et la vigueur de l’annélide!. Le sang garde pendant plusieurs mois sa fluidité et sa couleur aceoutumées, et certains observateurs ont même pensé qu'il reste complètement intact.

R. BLANCHARD *

La pèche du trépang en Malaisie.

Le Trépang, ou Holothurie * de la baie Rafles, a à peu près cinq ou six pouces de long sur deux pouces de diamètre. C’est une grosse masse charnue affectant la forme d’un cylindre, et dans laquelle on ne distingue à l'extérieur aucun organe.

Get animal se colle au fond de la mer, et comme il n'est susceptible de prendre qu'un mouvement très lent les Malais le saisissent facilement; le premier mérite du bon pêcheur est de savoir parfaitement plonger, et d'avoir un œil exercé pour distinguer sur le fond de l’eau.

Il paraît que plus le soleil est élevé au-dessus de l'horizon, mieux les plongeurs peuvent distinguer leur proie et la saisir facilement ‘. Les plongeurs paraissaient à peine à la surface pour rejeter dans le canot les trépangs qu'ils avaient saisis et ils replongeaient immédiatement. Lorsque ces embarcations étaient

1. Les Annélides sont un groupe de Vers dont fait partie la Sangsue.

2. Traité de Zoologie Médicale. 1890, t. 11, p. 127. J.-B. Baillière.

‘3. Les Holothuries out la forme d'un sac allongé dont l'extrémité buccale porte des tentacules assez courts, On en trouve dans la Méditerranée près d:: la côte.

4. Cela lient à ce que les rayons lumineux pénètrent mieux dans la mer; le, matin et le soir, quand le soleil est plus bas sur l'horizon, les rayons subissent une réflexion par suite de laquelle il en pénètre moins sous l’eau. alors qu'a l'air la lumière n'a pas sensiblemeut diminué. (H. de V.)

suffisamment chargées, elles étaient remplacées par des canots vides et conduites à la plage de l'ile. Je suivis l’une d’elles pour assister à la cuisson du trépang qu'elle apportait.

Pour le conserver, les pêcheurs le jettent encore vivant dans une chaudière d’eau de mer bouillante, où ils le remuent constamment au moyen d'une longue perche de bois qu'ils appuient sur une fourche fichée en terre afin de faire levier.

Le Trépang rend en abondance l’eau qu'il contient, Au bout de deux minutes environ, on le retire de la chaudière.

Un homme armé d'un long couteau l’ouvre pour en extraire les intestins, puis il le rejette dans une seconde chaudière, où on le chauffe de nouveau avec une très petite quantité d'eau et de l'écorce de mimosa. Il se forme dans la deuxième chaudière de la fumée en abondance produite par l’écorce qui se consume. Le but de cette dernière opération semble devoir être de fumer l’animal afin d'assurer sa conservalion. Enfin, en sortant de là, le trépang est placé sur des claies et exposé au soleil afin de se sécher.

Le capitaine m'offrit ensuite un Trépang préparé en m'engageant à y goûler. Je trouvai à cet animal préparé un goût se rapprochant beaucoup de celui du homard : mes hommes le trouvèrent fort bon, et ils acceptèrent avec reconnaissance l'offre du capitaine. Pour moi, j'éprouvai une répugnance invincible même à le goûter.

. Le Trépang se vend sur les marchés de Chine; d'après les renseignements qu’a pu nous donner notre Capitaine malaïs, le prix de cette denrée serail quinze roupies (trente-deux francs environ) le pikoul ou les

cent vingt-cinq livres. Il estimait son chargement à environ trois mille francs; il lui suffit de trois mois pour le faire.

Naturellement le résultat de leur spéculation dépend, en partie, du prix de l’offre dans ces parages, mais il varie, en partie aussi, suivant la qualité de l'espèce et son mode de préparation.

Le mode de préparation semble aussi différer suivant les localités. Dans les îles Palau, les plus occidentales des Carolines, j'ai pu étudier pendant des mois la capture et la préparation de ces animaux. La plupart des espèces du genre AÆolothuria sont entassées dans des jattes en fer dont le diamètre atteint jusqu’à 3 pieds, et dans lesquelles ces animaux sont agglomérés en masses légèrement proéminentes. On recouvre les Holothuries de feuilles très larges du Caladium esculentum ‘. On les soumet à une véritable coction, puis on les fait cuire à l'étuvée en y ajoutant constamment de très petites quantités d’eau douce. Elles se recroquevillent alors, et une Holothurie qui mesurait un pied de long, au moment où on l’a capturée, se raccourcit au point de mesurer seulement quelques pouces de long. Après la première cuisson on les sèche au soleil sur des cadres en bois exposés à l'air libre; ensuite, on les soumet deux ou trois fois alternativement à l'étuvée et au séchage. C'est alors que les marchands la vendent au poids. Souvent, il faut les soumettre encore à une coction et à un séchage au soleil. Lorsqu'elles sont enfin suffisamment desséchées et débarrassées du sel marin, on les étale en couches minces dans des canots, sur des claies construites spécialement dans

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