Manreurs de criquets
3. Traité de Zooloyie Médicale, t. II, p. 424, 1890. J.-B. Baillière.
La piqûre du scorpion.
Le Scorpion est un habitant des régions chaudes : on le trouve déjà dans le midi de la France, dans le Gard où Maupertuis le vit il y à cent ans, à Souvignargues, où je Pai maintes fois rencontré, et aux environs de Banyuls par exemple. Il a la forme d'un crabe fort petit, et pourvu d'un abdomen allongé en forme de queue, très mobile, segmenté, flexible, que l'animal redresse en l'air, au-dessus de sa tête, quand il craint un danger. Cet abdomen est terminé par un long aiguillon creux par l'extrémité duquel le scorpion fait sortir à volonté une ou plusieurs gouttes d'un liquide clair qui est son venin, et qui est fabriqué dans une glande spéciale renfermée à l'extrémité de l'abdomen.
Le Scorpion pique toujours en avant de lui : il lance des coups d'aiguillon de deux manières distinctes. Veut-il se défendre quand on l'attaque ou l'excite, il se contente, pour ainsi dire, de chercher à effrayer : son abdomen relevé en arc au dessus de lui, il décoche brusquement un coup d'aiguillon et revient aussilôt à sa position première; le venin apparait alors rarement à l'extrémité de l’aiguillon. Lui présente-t-on, au contraire, un animal dont il fasse habituellement sa nourriture, une araignée par exemple, 1l se précipite sur sa proie, la saisit fortement entre les pinces de ses pattes-mâchoires, puis relève son abdomen, et la tâte avec la pointe de son aiguillon, comme pour chercher le point vulnérable; souvent alors on voit sourdre une gouttelette de venin. Dés qu'il a trouvé l'endroit propice à la piqüre, le Scorpion imprime à son appareil à venin un mouvement de bascule grâce auquel la pointe perce le tégument et s'enfonce dans le corps de la victime. Elle y séjourne un certain temps, pendant lequel les glandes à venin se vident par une série de contractions soumises à la
volonté de l'animal; quand l’aiguillon ressort, la victime est déjà inerte et paralysée.
L'inoculation ! du venin est toujours douloureuse et arrache souvent des cris au patient. Cette douleur, qui dure un certain temps, doit être attribuée à une action directe du venin sur les nerfs voisins, et non au fait même de la pénétration de l’aiguillon; une épingle est plus grosse et cause pourtant une douleur insignifiante.
IL s'écoule toujours quelques instants entre le moment de l’inoculation du venin et celui de l'apparition des premiers symptômes de l’envenimalion; pendant cette première période qui est d'autant plus courte que l’animal est plus sensible au venin, celui-ci passe dans le sang. puis se répand dans l'organisme. | Quand il se trouve dans le sang en quantité suffisante la période d’excitation éclate brusquement.
Elle est marquée de convulsions violentes, qui ressemblent beaucoup à celles que produit la strychnine : comme celles-ci un choc frappé sur la table suffit à les réveiller ; elles s'accompagnent de vives douleurs qui arrachent souvent des cris; la sensibilité est intacte.
La période de paralysie fait toujours suite à la précédente. Elle débute par un engourdissement des membres, que l'animal a de la peine à ramener dans leur position première. L’engourdissement s’accentue de plus en plus, et l'animal perd la faculté d'exécuter le moindre mouvement. Le cœur continue à baitre, mais les mouvements respiratoires sont suspendus, et la mort arrive par asphyxie, par impuissance du diaphragme et des autres muscles inspirateurs.
Le venin du Scorpion est donc essentiellement un
1. Inoculer, c'est introduire une parcelle ou une goulte de substance sous la peau, en la piquant légèrement. La vaccination est un exemple familier d’inoculation.
poison du système nerveux : il n'agit ni sur les muscles, ni sur le cœur, ni sur le sang.
La période de paralysie est seule mortelle; elle n'apparait Jamais d'emblée, sans avoir été précédée par une période d'excitation. Tant que celle-ci ne s’est pas manilestée, rien n'indique si l’envenimalion doit ou non éclater.
Les auteurs apprécient d'une façon très inégale le danger de la piqûre du Scorpion. Ehrenberg, piqué cinq fois par le Buthus quinquestriatus !, n'éprouva aucun accident sérieux. Mais les douleurs qu'il ressentit furent assez vives pour lui faire admettre que les femmes et les enfants pourraient y succomber. Lucas, piqué maintes fois en Algérie, assure que la douleur
est moins vive et moinsirritante que celle qui résuite d'une piqûre d'abeille. Guyon a vu la piqûre de deux espèces algériennes, Buthus europaeus et B, anthalis, donner promptement la mort à de petits animaux (oiseaux et rongeurs); il cite encore deux cas de mort chez de jeunes Arabes âgés de trois et neuf ans; mais
il ne connait aucun cas mortel chez les adultes, bien que ceux-ci soient fréquemment piqués. Perdalle, qui a fait un séjour prolongé dans la région de Biskra, rapporte que les indigènes parlent souvent de piqûres mortelles, mais il n'en a observé lui même aucun cas: sans douter de la possibilité du fait, il croit donc à sa grande rareté.
R. BLANCHARD *?
Ce qu'indiquent les couleurs des chenilles.
Les Chenilles sont, chacun le sait, des larves de papillons. Les papillons produisent des œufs d’où naissent de petites