Espèce de Scorpion
2.. Traité de Zoologie Médicale, t. W1, p. 378, 1890. J.-B. Baillière.
chenilles : celles-ci grossissent, et mangent beaucoup : un beau jour elles se cachent dans un coin d’écorce ou de mur et se font un cocon de soie daus lequel elles se modifient lentement: c’est la phase de chrysalide ; et au printemps suivant le plus souvent, la chrysalide s'ouvre et le papillon en sort. Il est à noter que la vie du papillon est très courte, comparée à celle de la chenille et de la chrysalide.
Un grand nombre de chenilles sont douées de couleurs assez brillantes pour frapper les yeux, même à grande distance, et on a observé que ces animaux se cachent rarement. D'autres espèces cependant sont vertes ou brunes, très semblables aux substances dont elles se nourrissent; il en est aussi qui imitent le bois, et se tiennent immobiles, attachées à l’extrémité d'une branche, paraissant ainsi en être un rejeton. Or les chenilles constituent une grande partie de la nourriture des oiseaux; il n’était donc pas facile de comprendre pourquoi certaines d’entreelles avaient des couleurs et des marques propres à les rendre particulièrement visibles.
Raisonnant par analogie avec d’autres insectes, je conclus que, puisque certaines chenilles sont évidemment protégées par leurs couleurs imitatives, et beaucoup par les épines ou les poils qui recouvrent leur corps, les nuances vives des autres devaient aussi leur être utiles de quelque manière; me rappelant en outre que certains papillons sont l'aliment le plus recherché des oiseaux, tandis que d’autres leur répugnent,et que ces derniers sont pour la plupart brillamment colorés, Je pensai qu'il en était probablement de même pour les chenilles, c'est-à-dire que celles qui ont des couleurs voyantes ont un goût désagréable aux oiseaux et sont par conséquent rejetées par eux. Ce dernier caractère serait cependant par lui-même un faible avantage pour la chenille; car son
corps est si mou et si délicat qu'une fois saisie et rejetée par un oiseau, elle serait presque certainement tuée. Il fallait done qu'un autre caractère constant et évident fit toujours discerner aux oiseaux les espèces non comestibles.C'est précisément à cela que servent des couleurs très éclatantes, jointes à l'habitude de l'animal de s'exposer à tous les regards; ces deux traits font en effet un contraste absolu avec les teintes vertes ou brunes et la vie cachée des autres espèces. J’écrivis au journal Field une lettre dans laquelle, expliquant d’ailleurs le grand intérêt et l'importance scientifique du problème, je demandais que quelques-uns des abonnés voulussent bien contribuer à sa solution, én recherchant quels insectes sont rejetés par les oiseaux. Je ne reçus qu’une seule réponse. Elle venait d’un propriétaire du Cumberland qui me faisait part de quelques observations intéressantes sur la répulsion et le dégoût qu'inspire à tous les oiseaux la Chenille du groseillier : c'est probablement celle du Phalène du groseillier (A braxas grossulariata). Ni les jeunes faisans, n1 les perdrix ou les canards sauvages ne consentaient à la manger; les moineaux et les pinsons ne la touchaient jamais, et tous les oiseaux auxquels elle était présentée la rejetaient avec une horreur évidente.
En mars 1869, M. Jenner Weir communiqua une série d'observations précieuses faites pendant plusieurs années dans sa volière, qui renfermait les oiseaux suivants, tous plus ou moins insectivores : le Rouge-gorge, le Bruant jaune, le Bruant des roseaux, le Bouvreuil, le Pinson, le Bec croisé, le Merle, la Grive, Le Pitpit des arbres, le Tarin d'Europe, le Sizerin boréal. M. Weir observa que ces oiseaux rejetaient toutes les chenilles velues; ils négligeaient absolument cinq espèces distinctes, et les laissaient ramper
impunément durant plusieurs jours dans la volière. Is refusaient aussi lex chenilles épineuses de la Petite Tortue et du Paon de jour; mais, dans ces deux derniers Cas, c'est à cause de leur goût, à ce que pense M. Weir, non à cause des poils ou des épines; en effet quelques chenilles très jeunes d'une espèce velue étaient rejetées, bien que les poils ne fussent pas encore développés, et les chrysalides lisses des papil- Ions ci-dessus nommés l'étaient avec la même persistance que les larves épineuses. Ici, par conséquent, les poils et les épines semblent n'être que des signes indiquant que l'animal n’est pas mangeable.
M. Weir fit ensuite des expériences avec ces chenilles lisses et brillantes, qui ne se cachent jamais, mais paraissent plutôt chercher à attirer les regards. Telles sont, par exemple, celle de l'Abraxas grossulariala (tachetée de blanc et de noir), celle de la Diloba cœruleocephala (d'un jaune pâle avec une large bande latérale bleue ou verte), celle de la Cucullia verbasci (d’un blanc verdâtre avec des raies jaunes et des taches noires) et celle de lAnthrocera filipendulæ (jaune avec des taches noires). Données aux oiseaux à différentes reprises, et parfois mélangées avec d’autres chenilles qui étaient avidement dévorées, elles furent toujours rejetées, négligées même absolument : elles continuaient à ramper librement dans la volière Jusqu’a leur mort.
M. Weir porta ensuite ses observations sur les larves que leur couleur terne semble protéger, et il résume ainsi les résultats obtenus : « Les oiseaux mangent avec avidité toutes les cheniiles qui ont des habitudes nocturnes, des couleurs ternes, avec un corps charnu et une peau lisse, ils goûtent beaucoup aussi toute espèce de chenille verte, et ne refusent Jamais les Géomètres (Chenilles arpenteuses), qui,
attachées à une plante par leurs pattes ovales, ressemblent à de petites branches. »
Ces observations confirment donc d'une manière remarquable l'hypothèse que j'avais proposée deux ans auparavant pour la solution de la difficulté.
A.-R. WALLACE !
Une araignée aquatique.
L'Argyronète aquatique fut observée pour la première fois en 1744 dans une petite rivière des environs du Mans par le P. de Lignac. Le Père de l'Oratoire nous dit, dans un mémoire spécial, que, se baignant un jour dans une petite rivière, il fut frappé d’étonnement en voyant dans l'eau des bulles qui semblaient. se diriger à leur gré, et qu'il eut grand peur lorsqu'il s'aperçut que ces bulles étaient des araignées enveloppées d'air. Il sortit de là au plus vite, et, deux ans après, il avait oublié ces araignées, lorsque, se trouvant à Nantes, une personne de sa connaissance lui demanda si déjà il avait remarqué de grosses araignées aquatiques très abondantes dans la petite rivière d’Erdre. Le P. de Lignac ne se souvenait qu'imparfaitement de cette espèce d’araignée: mais son ami lui en procura plusieurs individus, et les ayant mis dans une carafe remplie d'eau il les observa avec le plus grand soin pendant dix-huit mois.
L'Argyronète, très peu remarquable par ses formes et ses couleurs, est d’un gris brunâtre sombre, et revêlue de poils assez longs. Elle vit dans les eaux dormantes ou peu courautes, dans les lieux où des