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La Sélection Naturelle, p. 118. Reinwald

plantes aquatiques croissent en grand nombre : c’est là qu'elle fixe sa demeure. Cette araignée sécrète une matière soyeuse qui s'étale et prend facilement la forme qu’on lui donne. Gette matière lui sert à construire sa cloche.

Elle vient à la surface de l’eau, se courbe alors un peu en arc, replie ses pattes, et, rentrant précipitamment dans l’eau, emporte avec elle une grosse bulle d'air qui la fait paraître toute argentée; elle va aussitôt placer cette bulle d'air sous quelque feuille de plante aquatique, en s’en débarrassant à l’aide de ses pattes. L’Argyronète alors entoure sa bulle de matière soyeuse et transparente de façon qu'elle lui sert de moule pour commencer sa cloche, qu'elle fixe, au moyen de quelques fils, aux plantes qui l'entourent. L’araignée revient bientôt chercher une nouvelle provision d’air qu'elle ajoute à la première et, en même temps, agrandit sa cloche en étendant avec ses pattes la matière soyeuse qui sort de ses filières. Répétant le même manège une dizaine de fois, sa cloche se trouve au bout de quelques heures entièrement achevée, et elle atteint alors presque la grosseur d’une petite noix. Ordinairement la forme en est parfaitement régulière, et le sommet très bien arrondi, mais quelquefois elle est un peu réniforme ou légèrement irrégulière. Elle est toujours fermée en dessous, et n'offre qu'une ouverture étroite pour l'entrée de son habitant.

Les Argyronètes vivent d'animaux qu'elles saisissent dans l’eau à l’aide de fils tendus aux alentours de la cloche. Quand on jette une mouche ou quelque autre insecte à la surface de l’eau, elles vont bientôt s’en emparer; l’attachant par un fil, elles l'entraînent ainsi dans leur retraite pour s’en nourrir. Elles se dévorent même entre elles; aussi, généralement, on les ren-

contre à une assez grande distance les unes des autres. Quand on en place plusieurs dans un vase, la plupart sont tuées, et quelquefois il n’en reste plus qu'une seule.

L'Argyronèle femelle forme un petit cocon de la soie la plus fine, la plus blanche, la plus éclatante ; elle place ses œufs dans ce cocon, qu’elle fixe dans sa loge avec quelques fils. Au bout de peu de jours, les petites araignées aquatiques éclosent, et à peine ontelles vu le jour, que toutes s’agitént dans l’eau, vont s'approvisionner d'air et commencent à se construire une cloche.

Quoique les Argyronètes ne sortent jamais de l'eau, elles peuvent vivre encore plusieurs jours à l'air libre;

- mais elles dépérissent promptement, et ne tardent pas à mourir.

L'Argyronète aquatique se trouve quelquefois en grande abondance dans certaines localités. Mais on la rencontre aujourd'hui assez difficilement. Autrefois on Ja trouvait communément à la Glacière près de Paris, dans les environs de Charenton. Mais depuis un grand nombre d'années elle semble en avoir entièrement disparu. On la trouve encore dans quelques parties de la France, mais plus particulièrement dans le nord de l'Europe, jusqu’en Suède et en Laponie.

E. BLANCHARD !

Quarante mille hannetons valent un cheval.

Un savant qui porte un nom aujourd’hui doublement illustre, Plateau, a mesuré, il y a quelques années, la

1. Article ARGYRONÈTE du Dictionnaire d'histoire naturelle de d'Orbigny, Le Vasseur, Paris.

force musculaire des Insectes. Il a expérimenté sur des Carabes, des Hannetons, des Nécrophores, des Donacies. Ses travaux eurent un retentissement mérité. Rien de plus ingénieux que ses procédés. Il confec- Hionna pour ces petits animaux de petits harnais et s’assura, par des expériences préalables, de la manière la plus avantageuse de leur attacher le trait qui les unissait à leur charge. Il les déposait ensuite sur un chemin qui leur était préparé d'avance et qui ne leur permettait aucun écart. Là, sous l’aiguillon de leur conducteur, ils cheminaient, élevant par lPintermédiaire d'une poulie, un léger plateau de balance. Ce plateau était par lui chargé progressivement de sable, jusqu’à ce que la résistance fût égale à leur maximum d'effort.

Il a résumé le résultat de ses expériences dans les deux lois suivantes :

1° À part le cas du vol, les Insectes ont, par rapport à leur poids, une force énorme comparativement aux Vertébrés.

2° Dans un même groupe d’Insectes, la force varie d'une espèce à une autre en sens inverse du poids. En d’autres termes, les plus petits sont les plus forts.

: On est véritablement surpris des résultats mis au jour. Gest à peine si la force d’un cheval pesant 600 kilogrammes, mesurée au dynamomètre Régnier, est des deux tiers de son poids, soit 400 kilogrammes. Or il y a des hannetons pesant un sixième de gramme qui font équilibre à 66 fois leur propre poids, soit plus de 10 grammes. Voilà donc un humble et lourd scarabée 100 fois plus fort proportionnellement que le fier et robuste animal dont nous nous sommes asservi le courage et la vigueur. Avec 40,000 de ces hannetons, on aurait la valeur d’un solide cheval de gros trait. Quelle per-

spective ! Un petit Ontophage, qui pèse un demi-décigramme, va jusquà pousser près de 100 fois son poids. À ce compte, nous devrions Jongler avec des poids de 6000 kilogrammes et l'Éléphant devrait remuer des montagnes.

Tenez un Géotrupe ! dans votre main fermée, vous serez frappé des efforts qu'il fera pour l'ouvrir. Qui n'a vu des fourmis trainer des objets deux, trois et quatre fois aussi gros qu’elles.

M. Plateau a déterminé, au moyen d’un dispositif fort simple, l'effort de traction nécessaire pour provoquer l'ouverture des valves des mollusques, c’est-àdire pour vaincre la contraction des muscles adducteurs qui les maintiennent fermées. Les expériences ont porté sur un ‘assez grand nombre de mollusques lamellibranches; la façon de procéder est des. plus simples. Deux crochets en métal sont introduits entre les bords des valves : l’un de ceux-ci sert à suspendre le mollusque, l’autre soutient un plateau de balance que l’on charge graduellement de poids, jusqu’à ce que les valves commencent à bâiller et s’écartent nettement d'un millimètre. Comme on devait s'y attendre, les valeurs que l’on obtient par ce moyen sont énormes. Ainsi, c'est un spectacle des plus curieux de voir une Autre pied de cheval (Ostræa hippopus) soutenir sans s'ouvrir une masse de poids de cuivre et de fonte de plus de 17 kilogrammes! La Venus verrucosa, la Clovisse du Marseillais, porte au delà de 5 kilogrammes, et la moule peut résister à des efforts de traction de 3 kilogrammes; ces mollusques supportent ainsi plusieurs centaines de fois leur propre poids. Le rapport le plus élevé a été fourni

1. Genre d’Insectes Coléoptères qui vit dans la fiente des bestiaux des pâturages.

par le Pectunculus glycimeris et par la Tellina solidula*.Les exemplaires de la première espèce supportèrent en moyenne 492 fois leur propre poids, tandis que la seconde fit équilibre à 346 fois son poids, coquille comprise.

M. Plateau a fait sur la pince des Crabes une série

de recherches physiologiques du plus haut intérêt,

et dont nous allons rapporter les résultats. Il a constaté que la force de contraction de la pince pouvait, chez le Carcinus mœænas, dépasser 2 kilogrammes. Il a trouvé 2522 grammes comme poids moyen auquel la contraction des muscles fléchisseurs de la pince gauche fait équilibre, et 1959 grammes pour la pince droite. Si nous rapportons ces valeurs au poids de l'animal nous trouvons que la pince droite du Crabe (la plus faible) est capable de soutenir près de 30 fois le poids du corps tout entier, tandis qu’un homme adulte {du poids de 70 kilog.) serrant le dynamomètre avec la main droite ne dévelappe qu'une force de 50 kilogrammes environ, c’est-à-dire d’un peu plus des deux tiers de son propre corps.

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