L. FRÉDÉRICO
Le Poison des Fourmis.
Au cours de son dernier voyage d'exploration en Afrique, M. H. Stanley a rencontré des sauvages qui empoisonnent leurs armes. Voici comment ils prépareraient le poison, qui a l'aspect et la consistance de Ia poix.
Si l'on peut s’en rapporter au dire des femmes indigènes, il proviendrait d'un arum, plante à larges
t. Deux mollusques marins.
2. La Lutte pour l'Existence chez les animaux marins, p. 122-seg. J.-B.
Bai'lière
rh
feuilles, très commune et très abondante entre le fort Bodo et Inde-Souma. L'odeur du poison encore frais rappelle celle du vésicatoire dont on se servait en notre Jeune temps. Nul doute que ce toxique ne soit mortel. Il tue les éléphants aussi infailliblement qu'une balle explosible. Les vastes approvisionnements d'ivoire d’Ougarrououé, de Kilonga Longa et de Tippou Tib témoignent que la chasse aux éléphants et autre sauvagine est la principale occupation de ces chasseurs. Pour plus de prudence, la mixture mortelle ne se cuisine pas dans le village même. Cest au milieu des halliers qu'on la prépare, qu'on l’étend en couches épaisses sur la flèche de fer ou de bois dur dont la moindre aspérité est enduite soigneusement. À Avissibba, nous découvrimes, sous les pieux qui soutenaient le faitage, quelques paniers pleins de fourmis rouges desséchées, dont l’aspect me remit en mémoire celui d'un autre poison mortel, couleur mastic, que j'avais vu sur d’autres flèches. Il y a tout lieu de croire que les Avissibba l’obtiennent en pulvérisant ces insectes, qu'ils mêlent ensuite à l'huile de palme. Une seule de ces fourmis vous gratifie d'une ampoule du même diamètre qu’un liard : que ne peut effectuer, introduite dans une blessure, l’essence concentrée d'une multitude de ces venimeuses bestioles! Si ce pâle poison a l’origine susdite, certes les ingrédients ne manquent pas aux nabots ! : les longues fourmis noires, par exemple, qui infestent l'arbre à couleuvre, et dont la morsure équivaut à l’application d’un fer rouge.
Quand ces poisons sont à l’état frais, les effets en sont rapides. Faiblesse excessive, palpitations de 1. Il s’agit ici des pygmées ou populations naines dont les anciens his-
toriens nous ont laissé des récits, et que M. Stanley a retrouvés dans la grande forêt du centre de l'Afrique.
cœur, nausées, päleur extrême; la sueur perle sur tout le corps en grosses gouttes, et Île malheureux blessé ne tarde pas à expirer. J'ai vu mourir en une minute un de mes hommes, piqué, comme d'une fine épingle, par une flèche qui traversa le bras droit et se planta dans la poitrine. Un de mes chefs de caravane succomba une heure un quart après avoir été frappé; une femme, après vingt minutes; une de ses camarades n’avait pas été transportée à 100 mètres qu'elle avait rendu le dernier soupir; un de nos hommes mit 3 heures pour mourir, et deux autres plus de 100 heures.
Ces écarts de durée dans l’évolution du virus sont dus à la fraicheur ou à la siccité du produit. On avait lavé, sucé, injecté la plupart de ces plaies, maIs quelque parcelle toxique étail sans doute restée au
fond.