STANLEY
Le poison des Araignées.
La Malmignaitte ? est partout très redoutée.
Aux environs d'Avignon, suivant le F. Télesphore, elle aurait produit plusieurs fois de graves accidents, sans pourtant jamais causer la mort. À la piqûre succède une douleur locale très aiguë, qui envahit bientôt tout le corps; le malade est incapable de se tenir debout et perd connaissance; puis il est pris de violentes convulsions, pendant lesquelles il pousse des cris. Cet état dure environ vingt-quatre heures; les deux jours suivants, le malade est un peu
4. Dans les Ténèbres de l'Afrique, t. II, p. 100-1. Hachette et ce 2. La Malmignatte et le Latrodecte sont deux espèces d'Araignées qu’on rencontre assez rarement en France.
LES INSECTES ai
plus calme, bien que presque incapable de remuer les membres; par moments, il est encore agité de tremblements convulsifs. La convalescence est plus ou moins longue : on peut ressentir les effets de la piqûre pendant deux ou trois mois, parfois même pendant un ou deux ans.
Dax (de Sommières) a observé six individus piqués par le Latrodecte : tous furent indisposés, l’un d'eux même assez gravement; mais les stimulants amenèrent toujours la guérison dans les vingt-quatre heures.
La Malmignatte du sud de la Russie porte le nom de Kara kourt; Motschulsky et Robert assurent qu’elle est extrêmement venimeuse. En 1839, elle aurait tué, dans le bassin inférieur du Volga, 7000 bœufs, dont 4 mort s'explique bien plutôt par une épizootie. Sa morsure serait plus dangereuse encore pour le cheval et le chameau, et, en maintes contrées, elle tuerait Jusqu'à 33 p. 100 des chameaux. Ce sont là d’évidentes exagérations; il n’en faudrait pourtant pas conclure à l’innocuité de Panimal. Robert a prouvé, en effet, que le venin du Latrodecte, mort ou vivant, est également redoutable pour le rat, Le chien, le chat, l'oiseau, la grenouille : le hérisson lui-même, qui à la réputation de résister au venin de la vipère, succombe à son action. Même dilué au millionième, le venin agit sur le système nerveux central et paralyse le cœur, mais à la condition d’être introduit par voie hypodermique : à l'exemple du venin de là vipère et du curare, il est inoffensif par la voie intestinale; ce serait une substance albuminoïde, que la chaleur détruit rapidement. Robert assure encore que le venin est répandu dans tout le corps de l’araignée, même dans les pattes et dans l’œuf non développé, ce qui paraitra peu vraisemblable.
À Berdiansk, sur la mer d’Azov, il se montre par-
fois, au temps de la moisson, une araignée noire venimeuse qui cause une grande panique parmi les travailleurs ; en 1865, elle aurait mordu plus de trois cents personnes, dont trois auraient suecombé.
Un bon nombre de faits plus ou moins bien observés tendraient donc à démontrer le danger de la morsure du Latrodecte, mais cette morsure n’est pas dans tous les cas dangereuse. C'est ainsi que L. Dufour ne croit pas la Malmignatte redoutable pour lPhomme. H. Lucas a été mordu plusieurs fois en Algérie sans en éprouver aucun inconvénient. Simon regarde même le Latrodecte comme incapable de produire aucune piqûre; ses crochets sont très petits et l'animal ne cherche pas à s’en servir quand on le saisit.
R. BLANCHARD !
Les fourmis glaneuses.
J'avais à peine mis le pied sur la garrigue *, que je rencontrai une longue colonne de fourmis formée de deux files, dont chacune suivait une direction opposée. Les unes avaient la gueule chargée, d'autres ne portaient rien.
Il n'était pas difficile de trouver le nid auquel devaient appartenir ces deux courants ascendant et descendant. La longueur de la file était de 24 aunes à peu près. Des centaines de fourmis étaient déjà disséminées, parmi les plantes, sur la terrasse vers laquelle se dirigeait la file, et occupées à assortir les matériaux, tandis que d’autres étaient retenues par les soins domestiques au fond du nid.
1. Traité de Zoologie Médicale, t. IT, p. 366. J.-B. Baillière.
2, Sorte de terrain inculte, généralement pierreux, à herbe courte et
rare, et portant des buissons bas et des arbres rabougris.
Mais ce qui est vraiment étonnant, c'est de voir les fourmis s'emparer, non seulement des grains déjà mûrs, mais aussi rechercher les capsules encore vertes, dont l'enveloppe crevée annonce que les grains vont se détacher de la plante mère. Voici comment elles s’y prennent. Une fourmi monte sur la tige d'une plante chargée de fruits, de la Capsella bursa pastoris ‘, par exemple, et cherche une silique encore verte, mais bien pleine, placée au milieu de la tige, tandis que celles des côtés sont prêtes, à la moindre secousse, à laisser tomber leurs graines. Alors, la saisissant de ses fortes mandibules (mâchoires), et se servant de ses pattes postérieures comme de point d'appui solide ou de pivot, elle se met à en tirer et tordre le pédicule jusqu'à ce qu’elle l’ait cassé. Après quoi elle descend à grand'peine, chargée de son lourd fardeau, dont le poids considérable l’écrase, et rejoint ses compagnes sur la route du nid. Quelquefois deux fourmis réunissent leurs efforts, et tandis que l’une ronge le pédicule, l’autre l’arrache en le tordant. J’ai vu encore plus souvent qu'après avoir détaché des capsules et graines, les fourmis les laissaient tomber à terre, où leurs compagnes s’en emparaient et les emportaient, ce qui est complètement d'accord avec le récit que nous tenons d’Élien.
Il arrive souvent à une fourmi de faire un mauvais choix, et d'apprendre à son retour que ce qu'elle avait apporté avec tant de peine ne peut servir à aucun usage. La chose lui ayant été démontrée dans le nid, on l’oblige à porter dehors son acquisition.
Je me suis souvent amusé à répandre, dans le voisinage du nid, du chènevis, des grains de millet ou d'avoine, et à observer l’émoi avec lequel elles empor-