‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 43 sur 144 · P.-J. VAN BENEDEN · texte numérisé non relu

P.-J. VAN BENEDEN

La récolte du miel par les abeilles.

Une récolte bien importante pour les abeilles est celle du miel.

1. Les Commensaux et les Parasites dans le règne animal, p. 118-120. F. Alcan, Paris.

M. Linné a mieux observé qu'on ne l'avait fait avant lui, que les fleurs ont au fond de leurs calices des espèces de glandes pleines d’une liqueur miellée. C'est dans ces glandes nectarifères ! que les abeilles vont puiser le miel, et c'est dans leur estomac qu’il se faconne. On avait cru autrefois que le miel était une rosée qui tombait du ciel : on ne le croit plus aujourd'hui; on sait, au contraire, que la rosée et la pluie sont très contraires au miel. De tous temps, les abeilles ont connu les glandes que nos botanistes modernes ont découvertes; de tous temps elles y ont été chercher leur miel. Quelquefois, elles trouvent cette liqueur épanchée sur des feuilles : un observateur attentif peut voir au printemps des arbres, et l’érable entre autres, dont les feuilles sont toutes enduites d’une espèce de miel ou de sucre qui les rend luisantes, et si l'on pose une de ces feuilles sur la langue, on y reconnait bientôt la saveur mielleuse : soit que cette liqueur réside encore dans les glandes, soit qu'elle en soit sortie, elle est la matière première du miel : c’est ce que l'abeille cherche et ramasse pour se composer un aliment propre pour sa nourriture et pour celle de ses compagnes. La trompe lui sert à la récolte du miel, et le conduit dans le premier estomac, qui lorsqu'il est rempli de miel, a la forme d’une vessie oblongue. (Les enfants qui vivent

1. Le suc sucré produit par ces glandes des fleurs s'appelle généralement nectar, si on donne le nom de nectaires aux glandes mêmes. Fe nectar sert à attirer les insectes, et les visites des insectes favorisent la fécondation des fleurs; le pollen s'accroche à leurs corps et à ieurs pattes, -et ils le portent sans s’en douter sur d’autres fleurs ou sur le stizmate de la même fleur, produisant selon le cas une fécondation directe ou une fécondation croisée : cette dernière est plus avantageuse, et un grand naturaliste a pu dire que presque toutes les fleurs sont construites en vue de la fécondation croisée qui s'opère surtout par l'intermédiaire des insectes. Je rappellerai que, sauf de rares exceptions, une fleur ne peut être fécondée que par le pollen d’une fleur de même espèce. (H. de V.)

à la campagne, connaissent bien cette vessie : ils la cherchent même dans le corps des abeilles, et surtout

dans celui des bourdons velus, pour en sucer le miel.) Il faut que les mouches parcourent beaucoup de fleurs pour ramasser une quantité suffisante de miel,

qui puisse remplir leur petite vessie. Quand les

vessies sont pleines, les abeilles retournent à la ruche. À les voir rentrer sans récolte de cire aux pattes, on les prendrait pour des paresseuses ; mais toute leur récolte est dans l’intérieur de leur corps; car elles ne trouvent point toujours occasion de faire ces deux récoltes ensemble. Aussitôt qu'elles sont arrivées, elles vont dégorger le miel dans un

alvéole; comme le miel qu’une abeille porte à la fois

n'est qu'une petite partie de celui que l’alvéole peut

contenir, il faut le miel d’un grand nombre d’abeilles

pour le remplir.

Quoique le miel soit fluide et que les alvéoles

soient comme des pots couchés sur le côté, elles ont

cependant l'art de les remplir. Qu'il y ait peu ou beaucoup de miel dans un alvéole, on remarque toujours dessus une espèce de petite couche épaisse qui, par la consistance, empêche le miel de couler. L’abeille qui apporte du miel dans l’alvéole, fait passer sous cette pellicule les deux bouts de ses premières jambes et par cette ouverture, elle lance

et dégorge le miel dont son estomac est plein : avant

de se retirer, elle raccommode la petite ouverture

qu’elle avait faite; celles qui suivent font de même.

Comme la masse du miel augmente, elle fait reculer la pellicule, et la cellule se trouve, par cette industrie, pleine d’un miel fluide. Les abeilles ont soin de couvrir d’un couvercle de cire les alvéoles'où est le miel qu’elles veulent conserver pendant l'hiver; mais ceux où est le miel destiné à la nourriture jour-

nalière, sont ouverts et à la disposition de toutes. Le miel qu'elles réservent pour l'hiver est toujours placé dans la partie supérieure de la ruche. Souvent l'abeille, au lieu d’aller vider son miel dans une cellule, se rend aux ateliers des travailleuses; elle allonge sa trompe pour leur offrir du miel, comme pour empêcher qu'elles ne soient dans la nécessité de quitter leur ouvrage pour aller en chercher.

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