Propos Scientifiques, p. 204-212. 1890. Paris, Reinwald
Protoptère (Protopterus annectens), qui vit en Sénégambie et dans quelques autres parties de l'Afrique, et qui présente la singulière — et très utile — habitude de s’enfouir dans la vase au milieu de laquelle il sécrète une sorte de cocon, pour se protéger contre la chaleur et le desséchement. Le Protoptère n’a pas de pattes véritables, mais ses nageoires peuvent en tenir lieu dans une certaine mesure. — Le Périophthalme, qui vit dans l'océan Indien et le Pacifique, est mieux doué sous ce rapport : ses nageoires antérieures lui servent de bras, ou pattes de devant ; il les emploie constamment à sortir de l’eau ou à faire la chasse sur la vase ou au milieu des cailloux. C’est à cette dernière espèce (Periophthalmus Koelreuteri) que se rapportent les lignes qui suivent.
J'ai trouvé ces étranges poissons seulement dans les eaux saumâtres, près de l'embouchure des rivières et dans leurs bras latéraux, jamais dans les lagunes salées ; ils paraissent se complaire près des forêts de palétuviers. Sur la côte de Loango, par les temps calmes et à marée basse, on peut les voir par douzaines sur la plage toute humide, étendus le plus habituellement sous les palétuviers, évitant les fonds desséchés, ainsi que ceux dans lesquels pousse l'herbe en abondance. Lorsqu'ils ne sont pas poursuivis, 1ls sautillent en arquant et en détendant leur corps, 1ls se précipitent en avant par de petits sauts, et peuvent ainsi parcourir une étendue considérable sur la vase humide; on les voit parfois sautiller et se poursuivre entre eux. Parfois l’un d'eux s'élance sur une racine de palétuvier et s’y cramponne. J'avoue n'avoir jamais pu voir comment font ces animaux pour grimper; mais, comme ils se tiennent seulement sur les racines les plus faibles, je pense qu'ils se soulèvent comme sur le sol par la fin des nageoires. J'ai observé que lorsqu'ils sont effrayés, ces animaux peuvent se laisser tomber sur le sol de près d’un
mètre de hauteur; J'ai acquis la conviction qu'ils peuvent rester plusieurs heures hors de l’eau. Les Périophthalmes sont, du reste, assez craintifs; ils se mettent en garde d’une manière assez curieuse, en se soulevant sur les nageoires pectorales : si l’on ne bouge pas, mais qu'on les effraye en sifflant ou en produisant un bruit quelconque, ils fuient par des bonds rapides et s’empressent de gagner l’eau dans laquelle ils disparaissent; en sautant ils parcourent le double et même le triple de la longueur de leur corps, parfois même davantage. Dans leur fuite précipitée, c'est en sautant qu'ils traversent les flaques d’eau peu profondes, dans lesquelles ils pourraient parfaitement nager; ils produisent ainsi un clapotement tout particulier, surtout lorsqu'ils sont en certain nombre. Il est difficile de se procurer des Périophthalmes, tellement ils sont agiles; les jeunes nègres s'amusent à les chasser à coups de petites flèches, et nous pûmes par ce moyen nous procurer plusieurs de ces poissons légèrement blessés : ils sautillaient encore très allégrement.
PécaueL-LoOESCHE ‘.
La vessie natatoire des poissons.
La vessie natatoire est une sorte de poche allongée de forme et de dimensions très variables, qui se trouve dans l'abdomen de certains poissons. Elle communique plus ou moins avec le tube digestif et ne renferme que de Pair. Cet air, d’après les plus récentes recherches, est fabriqué, produit par les parois de la vessie. Cuvier va nous dire à quoi sert cette dernière.
1. Cité par M. E. Sauvage, dans Les Poissons, Brehm, édition francaise, p. 310; J.-B. Baillière.
Une des singularités les plus remarquables de l’histoire de la vessie natatoire, est celle qu’elle existe dans certaines espèces du même genre, et qu'elle manque dans d’autres. Ces observations infirment, à notre avis, parmi plusieurs autres, l’importance qu’on a voulu lui donner dans la vie des poissons, en lui faisant jouer un rôle essentiel dans la respiration; elles prouvent au contraire que la vessie natatoire ne doit être considérée que comme un organe accessoire et indirect de mouvement, dont la présence indique une perfection de plus, et dont le défaut peut être compensé par d'autres moyens. On aurait tort, conséquemment, de conclure, dans tous les cas, que les mouvements particuliers qu'elle favorise doivent être mal exécutés par les poissons qui ne l'ont pas. Ceux qui présentent à l’eau une large surface, tels que Les Pleuronectes, les Raïes, etc., peuvent se passer facilement de ce moyen; il pourrait aussi être remplacé très avantageusement par une grande force dans les muscles de la queue, comme chez les Squales, les Scombres, etc. Lorsque l'une et l’autre de ces compensations manquent, le poisson qui en est privé est évidemment destiné à nager au fond des eaux, et même à s’enfoncer dans la vase : telles sont les Baudroies, etc. La vessie natatoire est située dans l'abdomen, contre les vertèbres dorsales, où elle cache ordinairement une partie des reins; mais la manière dont elle est fixée dans cette position n’est pas toujours la même. Son volume proportionnel dans les différentes espèces confirme les réflexions que nous avons faites plus haut sur ses usages. Lorsqu'elle existe dans les poissons qui ont les mœurs que nous venons d'indiquer, c’est-à-dire qui vivent au fond des eaux et s'élèvent peu vers leur surface, elle est généralement très pelite ; les Anguil-
les, ete., nous en fournissent plusieurs exemples; elle a au contraire un très grand volume dans ceux qui ont besoin de nager avec vitesse, dans tous les sens pour atteindre leur proie, ou pour se soustraire à leurs ennemis. Son plus grand développement est même évidemment en rapport, dans quelques cas, avec le poids ou plutôt avec la pesanteur spécifique plus considérable de l'animal.
Le plus général des moyens de diminuer le volume de la vessie natatoire qui font partie de l'organisme du poisson est sans doute l’action des grands muscles latéraux, qui peut avoir pour effet de comprimer cette vessie et de diminuer-sa capacité, soit en chan- geant simplement sa forme arrondie en une forme angulaire, soit en chassant par son canal excréteur, lorsqu'il existe, une partie de l’air qu’elle contient.
Mais, outre ce moyen extérieur, quelques poissons paraissent en avoir d’autres qui appartiennent à cet organe. Il est pourvu, dans quelques cas, d'une ou de plusieurs paires de muscles, dont les fibres parallèles descendent sur les côtés de la vessie natatoire, et se terminent à sa face inférieure. Dans d’autres cas, qui ne s'observent que lorsque la vessie natatoire est pourvue d’un canal aérien, elle a dans la composition de ses propres parois, des fibres musculaires plus ou moins sensibles et puissantes, propres à les contracter et à diminuer son volume.
Lorsqu'on crève la vessie natatoire, le poisson ne peut plus s'élever dans Peau, et il se tient toujours couché sur le dos. Il en résulte que cette vessie donne au dos la légèreté convenable pour qu'il demeure en haut, et que dans son état de plus grande extension elle rend le corps entier du poisson assez léger pour s'élever dans l'eau. Il y a même des poissons dans lesquels la chaleur la dilate tellement que, lorsqu'ils
sont restés quelque temps à la surface de l’eau à un soleil ardent, ils ne peuvent plus la comprimer assez pour redescendre !. Mais, dans l’état ordinaire, le poisson la comprime précisément au degré qu’il faut pour être en équilibre avec l’eau, lorsqu'il veut demeurer dans un plan horizontal; il la comprime encore davantage, lorsqu'il veut s’enfoncer.
Cette compression a lieu au moyen des muscles Jatéraux du corps, qui tendent à rétrécir cette vessie en l’allongeant. Alors, sous une surface égale, elle renferme moins de capacité, puisqu'elle s'éloigne davantage de la forme sphérique. Les poissons qui n'ont point de vessie natatoire ont beaucoup moins de moyens de changer leur hauteur dans l’eau. La plupart restent au fond, à moins que la disposition de leur corps ne leur permette de frapper l’eau de haut en bas avec beaucoup de force : c’est ce que font les raies avec leurs vastes nageoires pectorales, : jui portent avec raison le nom d’ailes, puisque le moyen que ces poissons emploient pour s'élever est absolument le même que celui des oiseaux.