Revue Scientifique du 11 février
Un boa apprivoisé.
Le Boa constrictor est un des plus grands serpents que l'on connaisse. Il n’est pas venimeux, mais en raison de sa taille, on préfère l'éviter.. Il avale fort bien un jeune mouton d'un seul trait. Le boa dont il s’agit ici appartenait à un amateur de serpents, M. Mann, qui l'avait apprivoisé.
Après avoir échangé quelques mots avec moi, M. Mann me demanda si J'avais peur des serpents, et sur ma réponse un peu hésitante, je l'avoue, que je ne les craignais pas trop, il tira d'une armoire un gros Boa constrictor, un Python, et plusieurs petits serpents qui se mirent à circuler librement sur la table au milieu des livres, plumes, etc... J’éprouvai d’abord quelque émotion, surtout lorsque je vis les deux gros reptiles s’enlacer autour de mon ami, et me regarder de leurs yeux brillants en dardant leur langue fourchue; mais je ne tardai pas à reconnaître qu'ils étaient apprivoisés, et je me rassurai complètement. Au bout de quelques instants, M. Mann me quitta pour appeler sa femme, et je restai en face du Boa établi sur un fauteuil. Je commencçais à m'inquiéter en le voyant s'approcher de moi, lorsque l'entrée de mes hôtes, suiyis de deux petites filles charmantes, vint faire diversion à mon malaise. Après les formules d'usage, Mme Mann et ses deux filles s’approchèrent du Boa et lui prodiguant les termes de la plus vive affection, se laissèrent enlacer par lui. Tout en causant, je ne cessais de m'’étonner du spectacle que j'avais sous les yeux. Là, devant moi, était assise une femme charmante avec ses deux jolis enfants, tandis qu’un Boa aussi gros qu’un jeune arbre se jouait autour ,de sa taille et de son cou, lui
faisant comme un turban au-dessus de la tête, et recherchant les caresses comme un jeune chat. Les enfants lui prenaient constamment la tête dans leurs mains, et lui baisaient la bouche en écartant sa langue fourchue. L'animal semblait jouir de leurs càlineries, mais il ne cessait de tourner la tête vers moi, avec une expression singulière dans ses yeux, si bien que je finis par lui permettre de glisser sa tête pendant un instant dans ma manche. Rien de plus eracieux que la manière dont ce magnifique serpent glissait autour de Mme Mann, pendant qu'elle circulait dans l'appartement et qu’elle nous versait du café. Il semblait disposer son poids avec une grande adresse, et chaque anneau ressortait vivement avec ses dessins sur le fond noir de la robe de velours.
Les serpents avaient l'air fort obéissant, et restaient dans leur armoire quand on le leur commandait.
I y a près d’un an, M. et Mme Mann s’absentèrent pendant six semaines, ils avaient confié leur Boa à un gardien au jardin zoologique; mais le pauvre animal tomba dans l’abattement, dormant sans cesse et refusant toute nourriture. Quand il revit ses maîtres, il bondit de plaisir et les enlaça avec toutes les marques de la joie la plus vive.