Revue des Sciences naturelles appliquées, 1891, p
produit de sa sécrétion dans un réservoir, qui peut éjaculer son contenu au dehors, par le moyen de dents en crochet et canaliculées. Ces dents, qui ne servent pas à la mastication, et qui dans le serpent au repos sont dirigées d'avant en arrière, se projettent en avant quand la bête ouvre son énorme gueule. A ce moment, la tête est lancée contre l'ennemi, les pointes dentaires pénètrent dans les tissus, et le poison est inoculé : deux secondes suffisent.
En tête des plus dangereux, il faut placer les Crotales. L'homme, le cheval, le bœuf sont tués en quelques heures par leur affreux poison; les petits animaux succombent plus rapidement; il suffit de quelques secondes pour les oiseaux.
Halm a expérimenté l’action de ce redoutable poison. « On livre à un Crotale un premier chien qui meurt en quinze minutes, un second après deux heures, un troisième qui succombe au bout de trois heures. Quatre Jours après, le même Crotale pique un chien qui meurt en trente secondes, un autre chien qui ne survit que quatre minutes. Trois jours après, il piqua une grenouille qui mourut en deux secondes, un poulet en huit minutes; peu de temps après, un serpent Amphisbène fut tué en huit minutes, et le Crotale lui-même s'étant mordu, succomba en douze minutes. » (Van Beneden.) On n’a pas oublié l’histoire de l’Anglais Drake qui fut piqué à Rouen par un Crotale de ménagerie et succomba en neuf heures. Les Crotales sont lents; ils ne mordent l'homme que quand ils sont surpris, mais se servent de leur venin contre les animaux qui forment leur pâture.
Les Najas ne sont pas moins redoutables; les anciens les connurent parfaitement, et les bateleurs égyptiens savent jongler avec eux en les rendant inoffensifs à l’aide d'artifices particuliers. L'homme
et les plus gros animaux meurent en peu d’'instants quand ils ont été piqués. A la ménagerie de Londres, un gardien mourut en une heure et demie de cette piqûre terrible; c’est à cette dangereuse tribu qu'appartenait l’Aspic de Cléopâtre. Mort rapide, fuite impossible, lutte inutile, quelle puissance! IT semble résulter de quelques observations, que certaines espèces, sortes de Mithridates, seraient rebelles à l’action de ce poison et pourraient braver les serpents. Rien d'étonnant à ces exceptions; nous savons que la Belladone ne tue pas les lapins, que la mouche Tsétsé est inoffensive pour l’homme. Le Hérisson serait, d’après quelques auteurs, un remarquable exemple de cette immunité. Lenz avait dans une caisse une femelle de Hérisson qui nourrissait ses petits; il y mit une grande Vipère commune qui s'enroula dans le coin opposé. Le Hérisson s’approcha lentement, flaira la Vipère et se retira quand elle se dressa pour lui montrer ses dents.
Comme il approchait une autre fois, sans précaution, il fut mordu au museau; il recula, lécha sa blessure, puis revint à la charge, il reçut une seconde morsure à la langue. Sans se laisser intimider, il saisit le serpent par le corps : les deux adversaires étaient furieux; le hérisson grognait et secouait souvent; la Vipère, de son côté, lançait morsure sur morsure, et se blessait aussi souvent que Le hérisson; tout à coup, celui-ci lui saisit La tête, la broya et dévora la moitié du reptile, puis retourna tranquillement à ses petits.
A. COUTANCE ‘