‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 67 sur 144 · AS · texte numérisé non relu

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de pluies, ou pour recevoir l’eau, ou crainte d’être noyée dans son trou, ou peut-être pour chercher les insectes dont elle vit et qu'elle ne pourrait guère attraper qu'à demi noyés.

La Salamandre, outre la propriété merveilleuse de vivre dans les flammes que les anciens lui ont attribuée, est encore regardée et par eux et par la plupart des naturalistes modernes comme l'animal le plus dangereux. Si nous en croyons Pline, elle fera périr toute une contrée.

Les grandes pluies du mois d'octobre passé firent sortir plusieurs Salamandres qu'on m'apporta avec toutes les précautions qu'on peut prendre contre l'animal le plus terrible. .-

La première expérience que je fis fut celle du prodige attribué à la Salamandre. Toute fabuleuse que parait l’histoire de l’animal incombustible, je voulus la vérifier, et quelque honte qu’ait le physicien en faisant une expérience ridicule c’est à ce prix qu'il doit acheter le droit de détruire des opinions consacrées par le rapport des anciens.

Je jetai donc plusieurs Salamandres au feu. La plupart y périrent sur-le-champ; quelques-unes eurent la force d’en sortir à demi brûlées, mais elles ne purent résister à une seconde épreuve.

Cependant il arrive quelque chose d’assez singulier lorsqu'on brûle la Salamandre. À peine est-elle sur le feu qu’elle paraît couverte de gouttes de ce lait dont nous avons parlé, qui se raréfiant à la chaleur ne peut plus être contenu dans ses petits réservoirs; il s'échappe de tous côtés, mais en plus grande abondance sur la tête et aux mamelons qu'ailleurs, et se durcit sur-le-champ, quelquefois en forme de perles.

1. Ce lait est venimeux; c’est un poison violent pour les animaux à qui on l’injecte sous la peau ou dans les veines.

Il y a quelque apparence que cet écoulement singulier a donné lieu à la fable de la Salamandre; cependant il s’en faut beaucoup que le lait dont nous parlons sorte en assez grande quantité pour éteindre le moindre feu, mais il y a eu des temps où il n’en fallait guère davantage pour en faire un animal incombustible. L'on pourra même encore, si l’on veut, croire que l'animal dont les anciens ont parlé n'est point celui-ci, et là-dessus je m'en rapporte à l'envie que chacun peut avoir de justifier l’antiquité, ou de convenir qu'elle a quelquefois cru légèrement.

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