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SECTION V

L’'Autruche.

L'Autruche se couche en pliant d’abord le genou, puis en s'appuyant sur la partie qui recouvre le sternum !, et qui est calleuse à cet effet; ensuite elle se laisse tomber sur la partie inférieure du corps. Elle court avec une telle rapidité qu'un cheval au galop ne peut l’atteindre que lorsqu'elle est fatiguée. Son instinct la porte, lorsqu'elle est poursuivie de près, à lancer en arrière avec ses robustes pieds, tout en courant, des pierres sur son ennemi. Elle pond dans les sables exposés à l’ardeur du soleil une quinzaine d'œufs qu’elle couve dans Les régions les moins chaudes de l’Afrique, mais qu'elle abandonne sous la zone torride à la chaleur solaire pendant le jour, ayant soin de les couver la nuit. Du reste, la femelle veille avec sollicitude sur sa nichée dont elle ne s'éloigne pas beaucoup: et si elle est surprise par les hommes, au lieu de fuir en ligne droite, elle se contente de courir en faisant de petits circuits et déployant ses grandes plumes, ce qui annonce que son nid est dans le voisinage. Ce nid est un enfoncement formé par l'oiseau dans le sable, de 3 pieds de diamètre à peu près, et de quelques pouces d’élévation, entouré d’une rigole où l’eau de la pluie se rassemble. La durée

1. Os qui se trouve à l'avant de la poitrine, et correspond au bréchet de la poule, du pigeon, etc.

ordinaire de l’incubation est de six semaines, du moins dans les contrées où l’Autruche couve à la manière des autres oiseaux, comme dans l'Afrique méridionale. Ses œufs fort gros, de forme arrondie et raccourcie, sont d’un blanc légèrement nuancé de couleur paille, et couverts de gros points enfoncés qui leur donnent l'air d'être piquetés de points bruns. Ces œufs sont, dit-on, un assez bon manger et d’une grande ressource aux voyageurs.

On voit souvent les Autruches réunies en grandes troupes; elles sont herbivores. On les rencontre quelquefois au midi de l'Afrique, paissant de compagnie avec le Zèbre et le Couagga. Elles ont l’ouïe fine et la vue perçante, mais en même temps les sens du goût et de l’odorat extrèmement obtus et presque nuls, à ce qu'il parait. Car, en domesticité, on les a vues avaler non seulement toutes les substances végétales et animales, mais encore des matières minérales, même les plus pernicieuses, telles que du fer, du cuivre, du plomb, des pierres, de la chaux, du plâtre, tout ce qui se présente, enfin, jusqu’à ce que leur grand estomac soit rempli. Il est donc d'une force si digestive et si dissolvante qu'elles rendent les métaux qu'elles ont avalés, usés et même percés par le frottement et [a trituration.

L’Autruche, malgré sa force, a les mœurs paisibles des Gallinacés; elle n’attaque point les animaux plus faibles qu'elle, et ne se soustrait au danger que par une prompte fuite.

Dans les pays cultivés, elle dévaste les moissons en dévorant les épis et ne laissant que la tige. Son cri ressemble à une sorte de gémissement plus fort chez le mâle que chez la femelle; mais tous deux, quand on les irrite, font entendre un sifflement analogue à celui des oies.

On est parvenu à réduire pour ainsi dire les Autruches en domesticité dans leur contrée natale. On les y fait parquer én troupeaux, afin de s'assurer la récolte de leurs plumes qui, comme on sait, sont un objet considérable de commerce, car chez tous les peuples, on a su tirer parti de l'élégance de ces plumes gracieuses, soit pour orner la tête des femmes. ou les coiffures militaires des hommes, l’encolure même des chevaux, au temps de la chevalerie, soit pour décorer les ameublements des riches ou des dignitaires. Leur peau est assez épaisse pour fournir aux naturels, qui savent l’apprêter avec beaucoup d'intelligence, un cuir solide dont ils se font des boucliers et des sortes de cuirasses pour leurs combats.

La chair en est médiocre; cependant des nations entières de l’Arabie s’en nourrissaient autrefois; ce qui leur avait valu de la part des anciens le nom de Struthiophages !, et plusieurs tribus africaines s’en nourrissent encore aujourd'hui.

Secondé par ses excellents coursiers, l’Arabe parvient à s'emparer de l’Autruche après une poursuite des plus opiniâtres où l'oiseau finit par tomber de fatigue, victime de son habitude de décrire, en fuyant, de grands cercles que le chasseur sait couper à propos, épargnant ainsi à son cheval une grande partie du trajet. Lorsqu'il a répété ce manège un bon nombre de fois, il parvient enfin, mais seulement parfois après huit ou dix heures de chasse, à s'emparer de l'oiseau, dont la course est plus rapide que celle du cheval le plus léger. S'il emploie des lévriers à cette chasse, elle devient moins pénible et moins longue. Les peu-

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