‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 70 sur 144 · Mangeurs d'autruche · texte numérisé non relu

Mangeurs d'autruche

ples d'Afrique la font de la même manière avec le secours de chevaux tarbes. D£& LAFRESNAYE .

Un Perroquet qui mange du mouton.

Le Kéa (Westor notabilis) est un curieux perroquet, habitant les chaînes montagneuses de l'Ile centrale. de la Nouvelle-Zélande. Il appartient à la famille des perroquets à langue en brosse, et se nourrit naturellement du miel des fleurs, et des insectes qui les visitent, en même temps que des fruits ou petites baies qui se trouvent dans la région. Jusqu'à un temps fort rapproché de nous c'était là tout son régime; mais depuis que tout le pays qu'il habite est occupé par des Européens, 1l a contracté le goût de la viande, et les résultats en sont alarmants. II commenca d’abord par picoter les peaux de moutons en train de sécher, ou la viande exposée à l'air. C’est vers 1868 qu'on l’a vu, pour la première fois, attaquer des moutons vivants, trouvés souvent le dos labouré de plaies vives et saignantes. On a constaté, depuis, que cet oiseau se fait un véritable terrier du mouton vivant, se frayant avec son bec une route sanglante jusqu'aux reins qui sont sa friandise préférée. Par une conséquence naturelle, on détruit cet oiseau le plus rapidement possible, et bientôt un des membres les plus rares etles plus curieux de la faune de la Nouvelle- Zélande aura sans doute disparu. Ce cas montre d’une façon remarquable comment des pieds grimpeurs et un bec crochu, puissamment développés pour un but donné, peuvent s'adapter à un autre but entièrement

1. Article AUTRUCHE du Dictionnaire d'Histoire Naturelle de d'Orbigny. Le Vasseur, Paris.

différent ; il nous prouve aussi combien peu réelle est la stabilité de ce que nous croyons être les habitudes les plus fixes de la vie.

A.-B. WALLACE {

Nos Edredons.

L'oiseau qui est la richesse et la providence des Islandais, c’est l’Eider (Anas mollissima) * dont le duvet fournit l’édredon : nous nous sommes appliqué à l’étudier aussi complètement que possible.

La ponte de l’Eider est une chose fort intéressante : lorsque la femelle a choisi le coin du sol où elle veut déposer ses œufs, elle s’arrache à elle-même de la plume pour en garnir le fond et les bords de son nid, puis elle pond six œufs généralement, rarement plus. Pendant ce temps, le mâle, excellent père de famille et plus jaloux de sa progéniture que César ne l'était de l’impératrice, ne cesse de surveiller sa compagne, et la ramène immédiatement lorsqu'elle fait mine de vouloir partir. Le naturaliste du voyage de la Recherche avait déjà constaté ce curieux phénomène d’un mâle plus dévoué que la femelle à la conservation de Pespèce; mais n'y aurait-il là qu'un fait de simple jalousie ?

Le lendemain, le propriétaire de la terre vient et enlève à la fois duvet et œufs. Le couple infortuné, qui parfois a fait toute la résistance possible en se précipitant sur l'homme, et en s’accrochant du bec à ses habits, s’exile un peu plus loin pour recommencer; mais de nouveau le bündi (fermier) arrive et prend le précieux dépôt. Infatigable, la mère se remet encore

1. Le Darwinisme, trad. par Henry de Varigny. Lecrosnier, Paris, 1891. 2, L'Eider est une espèce de canard.

à l'œuvre, et cette fais on ne lui volera qu’une partie de ses œufs, car si l’on désirait tout avoir, on perdrait tout en voulant trop gagner. Mais le ménagement se borne aux œufs, car une fois par semaine on enlève le duvet, et la pauvre mère continue à se dépouiller, jusqu’à ce qu'enfin elle se trouve si nue qu'elle n’a pas de quoi garnir les rebords du trou humide qui contient sa ponte. Le mâle accroupi près d'elle vient alors à son aide en s’arrachant, lui aussi, un duvet que les Islandais distinguent facilement de celui de la femelle parce qu'il est blanc, et ne vient que des côtes de l’animal.

C'est un spectacle fort curieux que d'examiner au pied de chaque motte de terre ces oiseaux couchés sur leurs œufs, et si familiers maintenant qu'ils se laissent caresser.

Il est vrai que les habitants prennent grand soin de ne jamais les effaroucher, et les traitent avec beaucoup de circonspection pour ne pas les obliger à quitter les fjords, et à gagner le large. C'est pour ce motif que les navires ne saluent jamais la place à coups de canon, mais seulement en hissant le pavillon; le bruit de la détonation pourrait effrayer les Eiders, et nuire à leurs couvées.

Il y a également une amende très forte et même de la prison pour celui qui se ferait prendre à tuer au fusil un de ces oiseaux.

Après cinq ou six semaines la ponte est terminée, et à peine les petits sont-ils sortis de l’œuf que la mère leur enseigne le chemin de l’eau, en employant une méthode fort ingénieuse. Elle va devant, les encourageant à la suivre par de petits cris d'appel; puis, aussitôt arrivée au bord de la mer, elle les prend sur son dos, et nage jusqu à une certaine distance de la terre; arrivée là, elle plonge, de sorte que

les jeunes, subitement abandonnés au cours de l’eau, sont bien obligés de se tirer d'affaire eux-mêmes. Nous nous sommes amusés bien souvent à observer cette scène; la mine effrayée du jeune Eider cramponné aux ailes de sa mère et semblant protester contre ce plongeon forcé est comique à voir.

À partir de ce moment ils ne reviendront plus à terre, mais se poseront sur les rocs basaltiques que le fjord mouille continuellement, et qui sont couverts d'une végétation marine.

Dès que le duvet est tiré des nids, on procède aux diverses opérations nécessaires au triage. La méthode la plus ancienne consiste à le faire sécher au soleil pour le remuer ensuite afin d’en séparer l'herbe ou l’algue qu'il contient. D’autres, plus habiles, tendent plusieurs cordes, dans un endroit abrité du vent, sur lesquelles ils posent le duvet et forcent les impuretés à tomber en imprimant à tout le système des secousses répétées. Avec un grand nombre de fils on peut ainsi épurer une grande quantité en peu de temps. Les habitants distinguent deux sortes de duvet : le {hangduum qui contient des algues et le græss-duum qui ne renferme que de l'herbe. Ce dernier est bien plus prisé, car, outre quil est plus facile à nettoyer, le duvet d’algue conserve souvent de l'humidité. = L'édredon vaut actuellement quinze francs la livre, il était beaucoup plus cher jadis: Quant aux œufs, c'est un mets fort délicat, et que l’on est sûr de trouver comme entrée sur la table des fermiers de la côte.

Leur couleur est presque toujours verdâtre, leur volume double de celui d’un œuf de poule, et on y trouve souvent deux jaunes.

Les habitants ne se contentent pas, du reste, de manger les œufs d’Eider; ils font également entrer dans leur alimentation ceux d’une foule d’autres

oiseaux de mer; entre autres ceux du perroquet de mer, ou Zunden, qui sont tout blancs. Ils vont les dénicher, au prix de mille dangers, dans les crevasses profondes des rochers, et dressent même leurs chiens à chercher les cavités où se trouvent ces oiseaux.

H. LABONNE‘.

A quoi sert le gésier des Oiseaux.

Le gésier ou véritable estomac des Oiseaux granivores est doué d’une force étonnante; il brise des corps d’une grande solidité, il émousse des instruments pointus ou acérés. Réaumur avait introduit dans l'estomac d'un de ces animaux six boules de verre remplies d'orge : ces boules furent brisées sans qu'il restât de fragments visibles lorsqu'il examina les parties. On calcula, par comparaison, que la force emplovée pour produire un tel effet avait dû équivaloir à près de douze livres. Le même gésier aplatit ou brise des tubes de fer-blanc, et jusqu’à des tubes de fer ou de cuivre d’une épaisseur médiocre ; et l’on a supputé qu'il avait fallu pour cela une force équivalente à 80 et même à 535 livres. C’est de la sorte que l'estomac des poules et des oies, etc., brise des noix, des noisettes, qu'il use des tubes de plomb, des médailles, du verre, des pièces de monnaie, ainsi que Borelli, Duverney, Fontenelle, Réaumur, en citent des exemples. Un dindon a divisé fort menu, de la sorte, jusqu'à vingt-cinq noix entières qu'on avait introduites dans son tube digestif. Des perles introduites dans l'estomac des oiseaux gallinacés n’ont point été brisées, mais elles sont devenues plus belles,

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