Revue Scientifique du 27 novembre
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plus polies, plus éclatantes. Spallanzani avait introduit dans l’estomac d’un de ces animaux, une balle de plomb traversée par douze aiguilles fort piquantes ; ces aiguilles furent toutes brisées sans que le gésier parût blessé ou déchiré; il en fut de même d’une autre balle de plomb qui était débordée par douze pointes de lancettes neuves et acérées, et même plusieurs de ces fragments d'aiguilles et de lancettes disparurent entièrement sans que l’on püût savoir,ce qu'elles étaient devenues; peut-être avaient-elles été pulvérisées. Il avait suffi de seize à trente-six heures pour obtenir de pareils effets. Un grenat à douze facettes, ou dodécaèdre, avait presque entièrement perdu tous ses angles, et était presque devenu lisse
et sphéroïde, après un mois de séjour dans l'estomac
d'un pigeon. J'ajoute que le gésier commence à exercer son action si énergique sur le corps qu'il renferme, ordinairement au bout de deux heures, et en quelques heures tout est fini.
La trituration opérée par le gésier est donc néces-
saire à la digestion des graines dont se nourrissent
les oiseaux gallinacés. Personne ne nie ce fait aujourd'hui, mais plusieurs physiciens ont attribué cette trituration, non à l’action immédiate du gésier, mais au contact des graviers, souvent fort nombreux, qu'on rencontre dans l’estomac des oiseaux dont nous parlons. On fortifie cette opinion en disant que ces graviers et ces cailloux doivent avoir un usage, et quel autre usage peuvent-ils avoir, ajoute-t-on, si ce n’est de briser les aliments qui les heurtent? Spallanzani a examiné cette question avec beaucoup plus de soins qu’elle ne méritait. Il a vu qu’on trouvait constamment de ces graviers dans les oiseaux granivores, qu'on en trouvait quelquefois jusqu’à deux cents dans le même animal, que le volume en était pro-
portionnel au volume des oiseaux, et que les oiseaux retenus, élevés et nourris par la main de l'homme, avaient moins de ces graviers que les oiseaux abandonnés à eux-mêmes, mais qu'ils en conservaient toujours quelques-uns jusqu'à la mort; de plus, il s’est assuré que les oiseaux tout jeunes ont déjà des cailloux
dans le gésier, leurs parents en mêlant toujours dans
les premières becquées d’aliments qu’ils leur donnent, et le même physicien n’est parvenu à éloigner tout caillou du gésier que dans des oiseaux, dans des pigeons, qu'il avait fait éclore et qu'il avait nourris sans le secours et loin de leur mère. Il a vu, après cela, que ces oiseaux privés de graviers digéraient tout aussi bien que ceux qui en étaient amplement approvisionnés.
C'est donc l’action musculaire du gésier qui opère les effets étonnants qu’on attribuait faussement à des corps étrangers !; c’est par ses mouvements propres qu'il broie des graines, qu'il triture les aliments et les rend perméables aux sucs qu'il contient en abondance.
BourbON *.
La justice chez les oiseaux.
A en croire plusieurs écrivains autorisés, l’homme n’est pas le seul bipède qui se soit arrogé la prétention, d’ailleurs bien extraordinaire, de rendre la justice, c’est-à-dire de traiter ses semblables selon leurs mérites et surtout leurs démérites. Différents oiseaux
1. 1} faut pourtant reconnaître que la présence de ces corps durs facilite l’action du gésier : le gésier en comprimant les grains contre les pierres les broie plus aisément.
2 Principes de Physiologie comparée, 1830, p. 519.
sont dans le même cas. À de certains intervalles, raconte M. Edmondson, les Corneilles mantelées des iles Shetland s’assemblent en grand nombre, dans un champ, sur une colline, et traduisent devant leur barre un certain nombre de leurs pareilles. Après un caquetage infernal, l’assemblée tombe à becs raccourcis sur les malheureux accusés et les écharpe, et, ceci fait, chacun s’en va chez soi. Un autre observateur, M. E. Cox, dit avoir vu ceci. Passant dans des champs, il entend beaucoup de bruit dans des arbres habités par des Corneilles, et va voir ce qui se passe. Il trouve une cinquantaine de corneilles en discussion animée autour d’une de leurs semblables. Celle-ci, au centre du cercle, parait d’abord fort assurée et même impudente, en présence de son jury. (Autour du jury, plusieurs centaines de corneilles formaient un second cercle bien distinct du premier.) Mais au bout de peu de temps, l’accusée se trouble et se démonte; elle parle à peine, s'incline et semble demander grâce. On l’exécute aussitôt et l’assemblée se disperse. Des faits analogues ont été notés par différents observateurs. Les Flamants se comporteraient parfois aussi de la même façon. Un évêque anglais raconte que tous les œufs d’une Cigogne ayant été pris par un chirurgien, et remplacés par des œufs de poule, le mâle se trouva fort surpris en voyant éclore des poussins à la place des échassiers qu'il attendait. Après réflexion, il s’en fut chercher des amis, qui vinrent en force et s’assemblèrent autour de l'infortunée femelle qu'ils exécutèrent bientôt. Aux environs de Berlin, on a pu voir ceci. Un œuf de Cigogne fut pris dans un nid et remplacé par un œuf d'Oie. L'œuf vint à bien, et l’oison fit son apparition. La Cigogne mâle, en voyant le palmipède, fut extrêmement troublée, mais ne fit rien à celui-ci,