‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 72 sur 144 · TOR · texte numérisé non relu

TOR

et s’envola aussitôt en poussant des cris féroces.

La femelle continua à donner ses soins à l’oison. Au matin du quatrième jour après le départ du mâle, l’on vit dans un champ voisin une grande assemblée de Cigognes. Celles-ci étaient au nombre de 500 environ, et Jacassaient avec volubilité, en écoutant les harangues d’une autre, en face d'elles. Pendant de longues heures, il se détacha successivement du groupe diverses cigognes qui haranguërent tour à tour leurs camarades, et enfin, toute la bande, poussant de grands cris, s'éleva, et, dirigée par le mari mécontent, à ce que l’on suppose, s’en vint au nid, où la femelle était restée, évidemment fort effrayée, et extermina successivement la malheureuse mère, l’oison, et enfin le nid.

H. DE VARIGNY

Un oiseau qui donne du lait.

Il y a une variété infinie dans les moyens par lesquels la nature pourvoit à l'alimentation du petit dans la seconde période de la vie animale. Chez beaucoup d'insectes, ce devoir est rempli d'avance par la femelle, qui instinctivement dépose l’œuf ou la partie quelconque qui renferme les rudiments de l'animal dans une situation telle qu'après l'éclosion celui-ci ait à sa portée la nourriture qui lui convient. D'autres animaux, comme l’Abeille sauvage et la Blatte orientale, recueillent et conservent une substance particulière qui sert en même temps de nid pour l'œuf et d'aliment pour le petit ver lorsque l’embryon arrive à cet état. La plupart des oiseaux et plusieurs animaux de la tribu des abeilles rassemblent de la nourriture pour leurs petits : à une époque plus avancée,

Me nc:

le mâle et la femelle s’acquittent du devoir d'alimenter ces derniers. Toutefois, il faut faire une exception pour l’Abeille commune, dont les petits ne sont nourris ni par le mâle, ni par la femelle, mais par les Abeilles ouvrières, qui remplissent les fonctions de nourrices. Il est aussi un grand nombre d'animaux qui peuvent fournir immédiatement, aux dépens de leur propre corps, l’aliment approprié à leurs petits pendant cette seconde période. Jusqu'à présent, on à considéré ce dernier mode d’alimentation comme appartenant exclusivement à la classe d'animaux que Linné appelle mammifères; et je ne pense pas qu’on ait soupçonné qu'il existât dans aucune autre classe.

Cependant, dans mes récherches sur les divers modes d'alimentation des petits des animaux, J'ai découvert que tous les animaux de la famille des Colombes sont doués d’une faculté semblable. Le petit pigeon, comme le petit quadrupède, est nourri, Jusqu'à ce qu'il soit capable de digérer l'aliment ordinaire de son espèce, par une substance qui est sécrétée, dans ce but, non comme chez les mammifères par la femelle seule, mais aussi par le mâle qui peutêtre même fournit cette substance plus abondamment que la première. Un caractère qui est commun à tous les oiseaux, c’est que le mâle et la femelle concourent également à l’éclosion des œufs, et à l’alimentation des petits dans la seconde période de leur vie. Mais ce mode particulier d'alimentation au moyen d'une

substance sécrétée dans le corps même des parents,

ne s'observe que dans certaines espèces, et c'est le

Jabot qui est le siège de cette sécrétion. Outre l'espèce

Colombe, j'ai quelques raisons de supposer que les

Perroquets sont doués aussi de la propriété de nourrir

leurs petits avec une substance sécrétée dans leur

jabot, car ils ont la faculté de faire remonter dans 12,

leur bec les matières contenues dans leur jabot et de se nourrir l’un l’autre. J'ai vu le perroquet mâle nourrir régulièrement la femelle en remplissant d'abord son jabot et en lui présentant la nourriture avec son bec. On voit également les Perroquets, les Papegays, les Kakatoës, etc., quand ils ont beaucoup d'affection pour la personne qui les élève, faire en sa présence le mouvement par lequel ils font remonter leurs aliments, et souvent même ils font remonter réellement ces derniers. Le Pigeon mâle, quand il caresse sa femelle, fait le même mouvement que lorsqu'il nourrit son petit; mais je ne sais pas si, en même temps, il fait sortir quelque chose de son jabot.

Quelle que soit la consistance de cette substance au moment de sa sécrétion, 1l est très probable qu'elle se coagule promptement en un caillé blanc et granuleux, car je l’ai toujours trouvée sous cette forme dans le jabot. Si l’on tue un Pigeon adulte au moment même où les petits éclosent, le jabot se présente tel qu'il vient d'être décrit, et l’on trouve dans sa cavité des fragments de caillé blanc mélangés avec une certaine quantité des aliments ordinaires du pigeon, comme de l'orge, des fèves, etc. Si on laisse les parents nourrir la couvée, et qu'on examine le jabot des petits pigeons, on remarque quil contient la même espèce de substance caillée, qui de là passe dans l'estomac où elle est digérée.

Le jeune Pigeon n’est nourri que pendant un court espace de temps avec cette substance seule; en effet, vers le troisième jour, on la trouve mélangée avec une certaine quantité de la nourriture ordinaire de cette espèce d'animaux. À mesure que le Pigeon avance en âge, la proportion des aliments ordinaires augmente, de sorte que vers Le septième, le huitième, ou le neuvième jour, la sécrétion de la matière caillée

cesse dans le jabot des parents, et, par suite, on n’en trouve plus dans celui des petits. C’est un fait curieux, que le Pigeon ait d'abord la faculté de faire remonter cette substance sans aucun mélange avec les aliments ordinaires, bien qu'ensuite ces deux espèces d’aliments remontent ensemble dans la proportion requise pour l’alimentation des petits.

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