‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 73 sur 144 · JOHN HUNTER · texte numérisé non relu

JOHN HUNTER

Les infamies du Coucou.

Chacun sait que le Coucou à pris l'habitude de ne point couver ses œufs : il abandonne ce soin à d'autres oiseaux dans le nid desquels il les dépose. Le propriétaire du nid - les couve, et le jeune coucou éclôt. Vous allez voir comment il s’y prend pour remercier ses parents d'adoption...

Le 18 juin 1787, j'inspectai le nid d’une Fauvette d'hiver qui se trouvait contenir quatre œufs, dont un de Coucou. Le jour suivant je m'aperçus que l’éclosion avait eu lieu, mais qu'il n’y avait au nid qu'une seule jeune Fauvette, et le Coucou. Comme d’ailleurs la nature du lieu se prêtait à l’observation, je eontinuai à regarder, et, à mon grand étonnement, je vis le jeune Coucou, si récemment éclos, se mettre en devoir de faire vider la place à sa compagne.

Sa manière de s’y prendre était fort curieuse : à l’aide de son croupion et de ses ailes, il se mit la Fauvette sur le dos, la maintint en place en élevant les coudes, et gravit à reculons la paroi du nid. Arrivé en haut, il prit un temps de repos, puis, rassemblant ses forces en un soubresaut, 1l lança son fardeau de manière à le dégager complètement du

1. Œuvres complètes de John Hunter, traduction de G. Richelot, t. IV, p. 194.

nid. Puis après être resté quelque temps à tâtonner du bout de ses ailes, comme pour s'assurer qu’il s'était bien acquitté de sa besogne, il se laissa glisser dans le nid; j'ai souvent eu l'occasion de constater que le bout des ailes est pour les jeunes Coucous une sorte de main avec laquelle ils examinent un œuf ou un oisillon avant de se mettre à l’œuvre, et dont la sensibilité paraît suppléer à la vuc qui leur manque encore. J'ai également, à plusieurs reprises, mis un œuf dans différents nids contenant un jeune Coucou, et chaque fois j'ai vu le petit animal manœuvrer d’une facon analogue à celle qui vient d’être décrite. Souvent, en grimpant sur le bord du nid, il lui arrive de laisser retomber son fardeau, mais 1l ne se laisse pas rebuter et recommence jusqu’à réussite complète. Ce qui est curieux, c’est de voir la manière dont il se démène lorsqu'on lui adjoint un jeune oiseau dont le poids est au-dessus de ses forces; c’est l’inquiétude et l’agitation personnifiées.

Au bout de deux à trois jours, cette tendance à éliminer ses compagnons commence à diminuer, et disparait entièrement, à ce qu'il me semble, au bout de douze jours. Même avant cette époque, il semble tolérer la présence d’œufs dans le nid, car j'ai souvent vu un jeune Coucou, éclos depuis neuf ou dix Jours, rejeter un oïisillon placé dans son nid en même temps qu'un œuf dont il ne s'offusquait pas. Sa forme singulière se prête, du reste, à ces manœuvres; à l’encontre des oiseaux lorsqu'ils viennent d’éclore, il a le dos très large à partir des omoplates, et muni vers le milieu d’un creux considérable, qui semble destiné par la nature à recevoir l’œuf ou loiseau qu'il cherche à éliminer.

Au bout de douze jours, cette cavité disparait et le dos prend la forme commune à la généralité des

Jeunes oiseaux... C'est peut-être dans le fait d’une conformation qui rend le jeune Coucou si apte à charrier les jeunes Fauvettes que se trouve lexplication du choix que fait la femelle du nid d’une si petite espèce pour y déposer son œuf; les jeunes, d'une espèce plus grosse, seraient probablement trop lourds pour être maniés, et le jeune Coucou ne pourrait, par conséquent, accaparer le nid à lui seul. (Je me rappelle le cas d’une Fauvette d'hiver, dont un œuf vint à éclore cinq jours avant celui qu'un Coucou avait déposé dans son nid. Il fallut deux jours au jeune Coucou pour rattraper l’avance que la jeune fauvette avait sur lui, et acquérir assez de force pour la rejeter au dehors. Mais-kes œufs ne lui avaient pas causé le même embarras, car il n’en restait plus qu'un).

27 juin 1787. Ce matin, deux Coucous et une Fauvette d'hiver vinrent au monde dans le même nid; il restait un œuf encore intact. Quelques heures après les deux Coucous commencèrent à se disputer la possession du nid; la lutte, longtemps indécise, finit par se terminer en faveur du plus gros, qui mit à la porte l'œuf et la jeune Fauvette, aussi bien que son adversaire. Rien de curieux comme de voir ces deux oiseaux aux prises : tantôt l’un, tantôt l’autre, réussissait à pousser son rival jusque vers le bord du nid, pour fléchir au dernier moment sous le poids, et retomber. Ce ne fut qu'après maints efforts que la victoire resta au plus fort qui devint, dès lors, l’unique nourrisson des Fauvettes.

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