Oiseau de l'Afrique
3. Le ratel où glouton est une sorte de blaireau qui habite la région du Cap, en Afrique. |
rare que les uns ou les autres ne se présentent pas à l'endroit d'où part le cri; alors l’oiseau, tout en le répétant sans cesse, vole lentement et d'espace en espace vers l'endroit où l’essaim d’abeilles est établi.
Il faut que ceux qui le suivent aient grand soin de ne pas effrayer leur guide par quelque bruit extraordinaire ou par une compagnie trop nombreuse, il faut plutôt, comme je lai vu faire à un de mes guides habile à cet exercice, répondre à l’oiseau par un sifflement fort doux, comme pour lui faire connaître qu'on fait attention à son appel. J’ai observé que si les nids d’abeilles sont un peu éloignés, l'oiseau fait de longues volées et se repose par intervalles, attendant son compagnon de chasse et l’encourageant par de nouveaux cris à le suivre; mais à mesure qu'il approche du nid, il abrège l’espace des stations, rend son cri plus fréquent, et répète ses cherr avec plus de force. J'ai vu aussi avec étonnement ce que plusieurs personnes m'avaient précédemment assuré, que si l'oiseau, impatient d'arriver, a laissé trop loin derrière lui son compagnon, retardé par l'inégalité et la difficulté du terrain, il revient au-devant de lui, et par ses cris redoublés, qui annoncent plus d’impatience encore, semble lui reprocher sa lenteur. Enfin, lorsqu'il est arrivé au nid des abeilles, qu'il soit bâti dans une fente de rocher, dans le creux d’un arbre ou dans quelque trou souterrain, il plane immédiatement au-dessus, pendant quelques secondes (j'ai moi-même été deux fois témoin de ce fait), après quoi il se pose en silence, et se tient ordinairement caché sur quelque arbre ou buisson voisin, dans l'attente de ce qui va arriver, et dans l’espérance d’avoir sa part du butin. Il est probable qu'il plane toujours plus ou moins longtemps au-dessus du nid des abeilles avant de s’aller cacher; mais on n’y
fait pas toujours attention, on est au moins toujours assuré que le nid n'est pas loin, lorsqu'’après vous avoir conduits un bout de chemin, l'oiseau s'arrête tout à coup et cesse son cri.
Dans un endroit où nous fimes halte pendant une couple de jours, mes Hottentots furent conduits par un Coucou des abeilles, dont les indications paraissaient obscures et ambiguës; il les fit avancer et reculer plusieurs fois, en les ramenant toujours à la mème place. L'un d'eux, plus attentif que les autres, s’avisa enfin de chercher à cette place même, et y trouva le nid.
Après avoir ainsi déterré ou découvert, grâce à l'oiseau, les nids d’abeilles, et les avoir pillés, les Hottentots, en reconnaissance, lui laissent ordinairement une bonne portion de cette partie du rayon qui contient les œufs et les petits. Ce morceau, le pire à nos yeux, est probablement pour lui le plus délicat, et les Hottentots mêmes étaient loin de le dédaigner. Lorsqu'un homme, m'a-t-on dit, fait métier de chercher des essaims d’abeilles, il ne doit pas d’abord être trop libéral envers l’officieux oiseau, mais seulement lui laisser une part suffisante pour aiguiser son appétit. L’espérance d'obtenir une plus ample récompense l’excitera à conduire de nouveau son. compagnon à un autre nid, s'il en connaît quelqu'un dans le voisinage. |