Les Oiseaux, p. 168. J.-B. Baillière
2. On donne le nom de migrations aux déplacements réguliers ou occa-
lieues par heure, six fois plus que les trains express. L'Hirondelle va en huit jours d'Angleterre en Guinée. Le faucon de Henri Il parcourut en vingt-quatre heures la distance de Fontainebleau à Malte. Celui du duc de Lerme revint en seize heures d’'Andalousie à Ténériffe, et les pigeons font trente lieues par heure. L’organe visuel destiné à diriger l’oiseau dans sa course vertigineuse a vingt-cinq fois la portée de celui de l’homme.
Une paupière supplémentaire transparente préserve l'œil de la force du vent et de La vivacité de la lumière. L’organe de l'audition, très délicat, perçoit pendant la nuit les moindres bruits, avertit l'oiseau du danger, et le renseigne sur la nature des lieux, forêts ou plaines.
La tactique varie suivant les espèces : les Rougesgorges, les Fauvettes s’en vont le jour, de fourrés en buissons, et isolément. L'Étourneau s’en va en décrivant ses spirales, qui déconcertent le chasseur. D’autres passent en familles sous la direction des anciens de la tribu. D’autres se réunissent en bandes innombrables qui se succèdent à de courts intervalles. Les plus prudents se reposent le jour et marchent la nuit. Tous les migrateurs ailés ne se servent pas de leurs ailes, les Dindons sauvages par exemple.
En octobre, quand l’abondance a diminué, ils se dirigent vers les riches plaines de l'Ohio et du Missouri. Les mâles voyagent par groupes, les femeiles vont de leur côté avec leur famille.
Quand une rivière les arrête, ils semblent délibérer ; les plus vieux choisissent les points élevés pour de là se jeter sur l’autre rive; les plus jeunes les imitent de leur mieux.
sionnels d'animaux d'une contrée à l’autre. Notre hirondelle, la caille, ete., émigrent régulièrement du nord au sud en automne.
Le Pigeon passager d'Amérique se rencontre depuis le Canada jusqu’au golfe du Mexique, et parcourt par bandes ce vaste continent. Ces bandes ont souvent un kilomètre de large et dix ou douze kilomètres de long. Wilson évaluait à plus de deux milliards le nombre des individus composant une de ces agglomérations, qu'il vit passer dans le voisinage d’Indiana. Audubon, qui habitait sur les bords de l'Ohio, traversant un jour d'automne des terrains incultes près d'Hardemburv, vit un vol immense de ces pigeons se dirigeant du nord-est au sud-ouest, « la lumière du soleil de midi en était obscurcie, et la fiente tombait dense comme des flocons de neige. Avant le coucher du soleil, j'arrivai à Louisville, situé à cinquante-cinq milles, et les pigeons passaient toujours en rangs serrés. Le défilé de cette immense colonne dura trois jours encore, et pendant ce temps, toute la population du pays était occupée à en faire la chasse. »
Les oiseaux descendent plus ou moins vers le sud, suivant leur tempérament, leur facilité pour le vol, les obstacles qu'ils rencontrent. Telle espèce passe la Méditerranée, telle autre, comme les Hirondelles, franchira l'Équateur; beaucoup s’arrêtent dans le midi de l'Europe. Le retour se fait en sens inverse. Les mêmes dangers, les mêmes obstacles ne déconcertent pas les voyageurs. Partir est une affaire importante; les hirondelles d’un quartier s’assemblent, délibèrent, et pendant plusieurs jours semblent se préparer à un acte important, et puis elles disparaissent. Comme dans les armées en marche, l’ordre le plus parfait règne dans ces convois ailés. Ainsi les canes du Lapeland et beaucoup d’autres forment dans l'air un triangle volant; on dit que chaque oiseau se place tour à tour à la pointe, et qu'un autre le relève aussitôt qu’il se lasse. Les grues, formées aussi en tri-
angle, passent bien au-dessus des campagnes et des villes.
Les Cigognes pacifiques quittent leurs demeures respectées, les villes où elles sont en honneur, pour aller passer l'hiver en Afrique. Voici l’armée des cailles, tumultueuse et sans discipline, qui ne s'arrête pas en chemin. Le jour, elle passe de buisson en buisson, de prairie en prairie, voletant, picorant ici et là, les vieux aidant les jeunes, ceux-ci devançant les premiers. La nuit, toute la bande s'élève dans l’air et regagne en vitesse le temps perdu. Cette multitude arrive un jour au bord de la Méditerranée et, aussi surprise que les foules naïves qui suivaient Pierre l’'Ermite quand elles furent devant le Bosphore, les cailles vont et viennent, ne comprenant rien à cet obstacle imprévu. Alors elles se partagent, les unes par les Baléares, le détroit, vont en Afrique. Les autres par la Corse, la Sardaigne, la Sicile, Malte, l'archipel, gagnent encore l'Afrique et la Syrie. Toutes n'arriveront pas; tous les croisés aussi ne saluërent pas les remparts de Jérusalem. Au siècle dernier, on prit en un jour 400,000 cailles aux environs de Nettuno, dans le royaume de Naples.
Le temps n’est pas encore éloigné où l’évêque de Capri, nommé pour cette raison l’évêque des Cailles, affermait 25,000 livres la chasse de ces oiseaux.
A. COUTANCE
La psychologie de la Poule.
M. B. Karr et son frère ont raconté il y a peu de temps un certain nombre de faits observés par eux sur les mœurs et la psychologie de la basse-cour.