‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 77 sur 144 · La Lutte pour l'Existence, p. 30-31. 1882, Reinwald · texte numérisé non relu

La Lutte pour l'Existence, p. 30-31. 1882, Reinwald

MM. Karr ont vécu dans une telle intimité avec leurs sujets qu'ils les connaissaient tous de vue (il y avait une centaine de volatiles) et presque tous à leur gloussement. Étant données dix douzaines d'œufs, ils pouvaient indiquer exactement la poule qui avait pondu chacun de ceux-ci; ils connaissaient les vingt cogsrien qu’à leur cri. C'est dire qu'ils ont observé de très près. D’après eux, 1l n’est pas une poule sur cinquante dans une basse-cour qui ne sache exactement qui est plus fort, et qui est plus faible qu'elle. Dès la plus tendre enfance, cette hiérarchie de la force est réglée par une série de combats, et chacun sait exactement à quoi s’en tenir sur les capacités des autres volatiles. Les changements sont rares, paraït-il, et les rangs sont conservés. Chaque poule ou poulet a son individualité bien marquée; tel volatile est faiseur d'embarras, important; tel autre, prudent, soupconneux; tel aime la solitude, tel recherche ses camarades. Les caractéristiques morales, bien marquées, de la mère se retrouvent généralement chez les petits, et le courage surtout est héréditaire. Les coqs belliqueux savent fort bien se rappeler les ruses de guerre qui leur ont réussi. Un jeune coq, en luttant avec un dindon, se trouva par hasard sur le dos de son adversaire : celui-ci, terrorisé, s'enfuit aussitôt. A partir de ce jour, le coq n'eut pas de plus grand plaisir que de chercher querelle à tous les dindons de sa connaissance et de se procurer la joie d’une victoire aisée. Dans une ferme il y avait trois coqs principaux. Chacun avait son domaine, c'était chose entendue, et chacun s’y tenait, pour n'avoir pas à livrer des combats désagréables. Mais entre ces domaines 1l y avait des zones neutres où les voisins se rencontraient parfois. L'un d’eux, un gros coq assez lourd, et très rempli de lui-même, se mettait alors à pousser un cri

formidable. L’autre, leste et agile, aussitôt qu'il se voyait défier par son adversaire, courait à lui, et le jetait à bas avant qu'il eût pu interrompre son cri et se mettre en posture de lutte. À la fin, le gros coq s’avisa d'user du même stratagème et s’en trouva si bien qu'il l’'employa désormais dans toutes ses luttes, tombant toujours sur son adversaire au milieu de son COCOrico.

Si l’on met un miroir contre un arbre, et si l’on met devant un peu de grain, on est assuré de voir un spectacle amusant. Telles poules, en voyant leur image, la contemplent un instant, cherchent derrière l'arbre, et puis s'en vont. D’autres donnent des coups de bec. Un vieux coq, en voyant un rival, se hérissa de suite et voulut entamer le combat. Mais en se déplaçant de côté, il perdit de vue son ennemi. Il se calma et revint tout près du miroir pour manger le grain. Aussitôt l'ennemi reparaît très proche : même manœuvre, mais encore une fois, il disparait. Le coq est inquiet; il regarde de tous côtés, ne voit rien, pousse quelques cris et se calme. Il se décide à manger de nouveau et se rapproche du grain : le coq lui apparaît de nouveau, plus proche que jamais. Alors il se jette sur cet ennemi fantastique, et brise le miroir en mille morceaux. « Le mélange d’étonnement, de rage et de triomphe dans l’aspect de cet oiseau, comme il tourbillonnait, effrayé par le bruit de la glace brisée, et stupéfait par la complète disparition de son ennemi, était comique à voir. Il se précipita alors derrière l’arbre, pensant évidemment que le lâche intrus avait pu se cacher là; ne le trouvant pas, le vainqueur se pavana, trop agité pour manger, el poussa de nombreux chants de triomphe à propos de sa victoire sans précédent. » Le coq est très sensible aux mortifications d’amour-propre. Plusieurs coqs

étaient réunis dans une cour. L’un d'eux saute sur le marchepied d'une voiture et se met à pousser son cocorico. La situation de leur camarade inspire de la jalousie aux autres. L'un saute sur un pieu à attacher les chevaux. Puis, le plus beau de tous prend son élan et va se poser sur une barre d’une machine agricole. Par malheur, cette barre pivote verticalement, et à ce moment rien ne la retient. Au moment donc où l’orgueilleux étend ses ailes pour mieux crier, la barre s’affaisse et il se trouve à terre. L'animal ne dit rien, mais s’en va d'un air fort penaud.

Un autre sultan de basse-cour, qui gardait admirablement sa dignité en présence de son harem, était très aisément effrayé dès qu'il en était loin. Nos auteurs s’amusaient à l’attirer dans un coin isolé et à lui produire une vive frayeur ; il fuyait aussitôt, mais tombait au milieu de ses poules. Ce qui était amusant à voir, c'était la précipitation avec laquelle, dès qu'il se trouvait en présence de celles-ci, il ajustait sa démarche, et cessant sa fuite précipitée et sans dignité, tàchait de reprendre équilibre, ravalant ses cris de terreur et essayant de leur substituer un caquetage amoureux en même temps que majestueux. Un coq rossé par un rival essaie presque toujours de se rattraper sur un plus jeune.

H. DE VARIGNY ‘

Ce que mangent les oiseaux.

L’Alouette se nourrit de vers, œufs de fourmis,

chenilles, sauterelles, de la Cécidomye ravageuse du blé.

Page 1