‹ Curiosités de l'histoire naturelleChapitre 78 sur 144 · Aevue Scientifique du 2% novembre · texte numérisé non relu

Aevue Scientifique du 2% novembre

Le Bec-Croisé chasse les cloportes, la tordeuse du pin, dont la chenille est si nuisible aux arbres.

La Bergeronnette suit les troupeaux, les débarrasse des taons, et mange les charancons du blé.

Le Bouvreuil détruit les chenilles processionnaires, les œstres, dont la piqüre fait souffrir le bétail.

La Buse, chaque année, dévore des milliers de souris, rats, mulots, campagnols, loirs et lérots.

Le Chardonneret mange la graine du chardon, les mouches.

La Chouette et le Hibou, la nuit, mangent les rats, souris, mulots, loirs, papillons nocturnes.

La Chauve-Souris, dès le soir, remplace l'oiseau. Elle avale papillons et autres insectes.

Le Corbeau se nourrit de vers, sauterelles, petits rongeurs, et des nuisibles matières putréfiées.

Le Coucou est le seul oiseau qui avale les grosses chenilles velues. Du bec et des pattes, il déterre les vers blancs.

La Fauvette avale la cécidomye du blé, la bruche des pois, beaucoup de pucerons et autres insectes !.

Les colonies de Pigeons.

Non loin de Shelbyville, dans l'Etat du Kentucky, il ya cinq ans, il y avait une de ces sortes de colonies, s'étendant à travers Les bois, à peu près du nord au sud, sur une largeur de plusieurs milles et, disaiton, une longueur de plus de quarante milles. Chaque arbre, dans cet espace, était garni d'autant de nids que ses branches pouvaient en porter. Les pigeons y apparaissaient vers le 10 avril, et le quittaient, avec

1. La cécidomye, la tordeuse du pin, les œstres et la bruche sont des insectes.

leurs petits, avant le 25 mai. Dès que les petits avaient grandi, et avant qu'ils n’eussent quitté les nids, de nombreuses bandes des habitants de la région adijacente venaient avec des charrettes, des haches, des lits, des ustensiles de cuisine, beaucoup d’entre eux accompagnés de leur famille, et campaient, pendant plusieurs jours, dans cette immense nursery.

On m'a dit que le bruit y était assez grand pour effrayer leurs chevaux, et qu'on ne s’entendait qu’en se criant réciproquement dans l'oreille. Sur la terre gisaient des branches cassées, des œufs, de jeunes pigeons qui avaient été précipités d'en haut, et que dévoraient des troupes de cochons. Des faucons, des buses et des aigles planaïent en l'air, et fondaient sur les jeunes dans les nids, tandis que, au-dessous, à partir de la hauteur de vingt pieds jusqu'au sommet des arbres, on apercevait des multitudes de pigeons voletants, effarés, dont le bruissement d’ailes mêlé aux craquements répétés du bois qu’on abattait rappelait le grondement du tonnerre; car les bûcherons s'étaient mis à l’œuvre, coupant les arbres qui semblaient le plus chargés de nids, et s’arrangeant de facon à ce que leur chute en entrainât d’autres; de manière qu'un seul gros arbre en tombant püût fournir jusqu’à 200 jeunes pigeons de très peu inférieurs, pour les dimensions, à leurs parents, et tout bourrés de graisse. Sur quelques-uns de ces arbres on trouva jusqu’à cent nids, chacun ne contenant qu'un petit, circonstance qui n’était pas généralement connue des naturalistes !. Il était dangereux de passer sous ces millions d'ailes tendues ou voletantes, à cause des écroulements de branches sous le poids des multi-

1. De plus récentes observations ont prouvé qu’il y a, habituellement, deux œufs qui produisent deux jeunes. Mais il est possible que, dans la plupart des cas, un seul parvienne à la maturité.

tudes, victimes souvent elles-mêmes de cette surcharge ; quant aux vêtements de ceux qui traversaient le bois, les excréments des pigeons en faisaient un dépôt ambulant de guano !.

Je tiens ces détails de plusieurs personnes dignes de foi, et ce que j'ai vu moi-même les a en partie confirmés. Je traversai, sur un espace de plusieurs milles, cette sorte de couvoir, où chaque arbre était moucheté de nids, ou plutôt des restes des nids dont on m'avait parlé. J'en ai pu compter jusqu’à 90 sur un seul arbre. Mais les pigeons avaient abandonné le gite pour un autre, 60 ou 80 milles plus loin, vers Green River, où on les disait tout aussi nombreux. Je ne doute point de l'exactitude de cette assertion, dont les masses nombreuses qui passaient au-dessus de nos têtes dans cette direction étaient une preuve vivante. Tout le fruit avait été consommé dans le Kentucky; les pigeons, chaque matin avant le lever du soleil, partaient pour le territoire d’Indiana, dont le point le plus rapproché était à soixante milles. Beaucoup d'entre eux revenaient à dix heures, et le principal corps d'armée peu après midi. J'avais quitté la grande route pour visiter les restes de la colonie de Shelbyville, et, me dirigeant vers Frankfort?, je traversais les bois, le fusil sur l'épaule quand, vers dix heures, les pigeons que j'avais remarqués, le matin, volant vers le nord, commencèrent à revenir en nombres tellement immenses que rien encore n'avait pu m'en donner l’idée. En arrivant à une clairière, à un détour de la route, où la vue n’était plus interrompue,

1. Le guano est un amas d'excréments d'oiseaux. On en trouve en grande quantité dans certaines iles du Pacifique où les oiseaux de mer ont coutume de se réunir à l’époque de la ponte des œufs.

2. Il s’agit ici d'un Frankfort situé en Amérique. On rencontre beaucoup de noms de villes eurupéens en Amérique : il y a un Paris et un Versailles dans un des États du Centre.

je fus étonné de leur apparition. Ils volaient avec une rapidité et une régularité extraordinaires, hors de portée de fusil, en plusieurs rangées de profondeur, et si serrés les uns contre les autres que si l’on eût pu les atteindre, un seul coup en eût fait tomber plusieurs. À droite, à gauche, aussi loin que l’œil pouvait les apercevoir, la largeur de cette vaste procession s’étendait, partout aussi serrée en apparence. Curieux de déterminer la durée de ce passage, je pris ma montre, et m'assis à les observer. Il était une heure et demie; pendant plus d'une heure, au lieu de constater une diminution dans cette prodigieuse procession, il me sembla qu'elle augmentait, en nombre et en rapidité ; désireux de gagner Frankfort avant la nuit, je me levai et continuai ma route. À quatre heures de l'après-midi je traversai la rivière de Kentucky, dans la ville de Frankfort, et à ce moment le torrent vivant au-dessus de ma tête paraissait aussi fourni, aussi abondant que jamais. Longtemps après, j'observai de grandes bandes qui passaient et qui duraient six ou huil minutes, suivies ensuite d’autres détachements, tous dirigés vers le même point sud-est, jusqu'à six heures du soir. La grande largeur de l’ordre de bataille que maintenaient ces puissantes multitudes semblait indiquer des dimensions correspondantes dans leur couvoir, qu'en effet quelques personnes -qui l’ont récemment traversé, estiment large de plusieurs milles.

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