Natural History of Ceylon
de Jemmapes d'apercevoir leur importun voisin traversant tranquillement la plaine. Aussi la présence du lion dans une campagne ouverte, cultivée et habitée, telle que la plaine de Jemmapes (et tels que plusieurs autres endroits en Algérie fréquentés par le lion et la panthère) prouve une fois de plus combien on se trompe en associant l’idée du lion à celle de solitude et de sombres forêts; c’est plutôt le eontraire qui est vrai, Car ce carnassier n’aime la forêt qu'autant qu’elle abonde en animaux dont il puisse se nourrir; mais ce qu'il aime beaucoup plus, ce sont les régions bien irriguées, où la présence de l’homme suppose celle du bétail, et où la culture exclut les fourrés trop épais et trop-étendus pour empêcher de découvrir la proie et de lui faire la chasse; en un mot, 1l faudra désormais bannir cette locution de lion du désert, accréditée par les poètes et les voyageurs fantaisistes.
Sans doute, avec l’accroissement de la population, la place réservée au Lion ira toujours en se rétrécissant, et finira par disparaître complètement; mais pendant longtemps encore le Lion se maintiendra dans les localités qu'il affectionne sur plusieurs points de l'Algérie, particulièrement dans la province de Constantine qui continue à payer à cet hôte importun un large tribut dont M. Niel calcule ainsi le montant: « Un lion mange ou tue, dit-il, une grosse bête tous les cinq jours, et tous les autres jours un mouton ou une chèvre. La valeur moyenne d’un bœuf, d'une vache, d'un cheval ou d'un mulet est de 150 francs, celle d’un mouton ou d’une chèvre est de 10 francs. Dans un an, le lion s’octroie 75 têtes de gros bétail et 292 têtes de menu bétail, ce qui représente une valeur totale de 13,870 francs. Voilà ce que coûte un seul lion. En supposant qu'il vive trente ans, ce qui
est la moyenne de son existence, on atteint le chiffre énorme de 416,000 francs. On peut évaluer à cinquante le nombre des lions existant actuellement dans le département de Constantine, chiffre qui certes n’est pas exagéré; on serait plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité, en attribuant seulement la moitié de ce chiffre à chacune des deux autres provinces, et, par conséquent, cent lions pour l'Algérie tout entière. Ce prince des animaux ne coûterait donc à la colonie africaine pas moins de 1,387,000 francs par an, sans compter les Panthères, qui sont plus nombreuses que les Lions.
P. DE TCHIHATCHEF !.
Attaqué par un lion.
Il est rare qu’on sorte des griffes d’un lion. Cela est pourtant arrivé au célèbre voyageur et missionnaire anglais, Livingstone, qui a vécu de nombreuses années en Afrique et nous a laissé un récit de ses impressions durant sa rencontre avec l'animal. Est-il besoin d'ajouter qu'on vint à temps mettre fin à celle-ci ?
Tressaillant et regardant autour de moi, j’apereus le lion en train de s’élancer sur moi. J'étais sur une petite éminence ; il me saisit l'épaule dans son bond et nous roulâmes ensemble sur le terrain au-dessous. Grognant horriblement près de mon oreille, il me secoua comme un chien terrier secoue un rat. Le choc me causa une stupeur pareille à celle que parait éprouver une souris après la première secousse du chat. C'était une sorte d’engourdissement, dans lequel n’entraient ni sensation douloureuse, ni sentiment de terreur, bien que j'eusse entièrement conscience de
1. Espagne, Algérie et Tunisie, p. 352-3. Paris, 1880, J.-B. Baillière.
ce qui se passait. Cela ressemblait à ce que disent éprouver les patients soumis en partie à l’action du chloroforme, qui suivent toute l’opération, mais ne sentent pas le bistouri. Ce singulier état n’était le résultat d'aucun processus mental. La secousse avait supprimé la peur, et ne laissait subsister aucune impression d'horreur en présence du fauve.