Revue des Sciences Naturelles Appliquées, p
celles des plus gros rats. Elles ne fréquentent les habitations que tout à fait exceptionnellement, vivant ordinairement dans des terriers aboutissant à une grande chambre tapissée d'herbe. Elles sont omnivores, vivant principalement de graines, herbes et viande. En temps ordinaire, elles sont rares; les naturalistes ne se les procurent qu'avec peine; aussi le nombre prodigieux qui en apparaît certaines années n'en est-il que plus frappant. À Lourenco, voici les faits observés en 1876. En mai et juin, on a remarqué tout à coup un nombre immense de ces rongeurs. Ils envahirent les champs de maïs, détruisant en peu de jours tout ce qu'il s’y trouvait de comestible; de là ils passèrent aux plants de pommes de terre, déterrant et dévorant, ou mettant en réserve tout ce qu'ils purent trouver. Les potirons et les cucurbitacées de toute sorte furent ouverts et vidés; les champs d'avoines, de seigle furent dévastés et ravagés. Puis ce fut le tour des maisons. Les chats furent mis en déroute; on eut beau tuer des centaines de souris dans chaque habitation, le nombre en fut invincible. Tout ce qui n’était n1 fer, ni verre, ni pierre, fut rongé et détruit : meubles, habits, chapeaux, souliers y passèrent successivement. Les sabots des vaches furent enlevés: Les porcs gras dévorés; les cheveux mêmes des dormeurs ne furent pas à l’abri des indiscrets envahisseurs. Ce qu'il y a de très intéressant, c'est la relation existant entre ces invasions et l'histoire biologique d’une certaine plante herbacée, qui fournit aux souris leur principal aliment, et ne vient à maturité et ne fleurit qu'à des intervalles réguliers, variant entre six et trente ans. Les Souris ne sont abondantes qu'aux époques où a lieu cette floraison; après quoi elles disparaissent pour un temps. On se rend compte de
l’immense influence qu'exerce la proportion des aliments disponibles sur le nombre des souris quand on réfléchit qu'en un seul été, un seul couple de souris peut engendrer directement ou indirectement 23,000 individus. Si, pendant quelques années de suite, la plante en question venait à fleurir et porter graine, comme elle le fait à des intervalles espacés, la production des souris serait suffisante pour chasser du pays tous les êtres vivants !.
Des souris qui gagnent leur vie.
Un ouvrier s’est amusé à Kirkaldy, petite ville d'Écosse, à employer les souris au filage du coton. La machine motrice dans laquelle il avait placé ses petites bêtes avait une espèce de roue mise en mouvement par la marche de la souris, et il remarquait que chaque jour une souris faisait de 16 à 18 kilomètres, et filait une centaine de fils de coton. Sa nourriture, qui consiste en farine d'avoine, coûte annuellement tout au plus 60 centimes; par contre le travail de la souris représente dans une année la valeur de 8 fr. 50, et en déduisant le prix de la nourriture et 1 fr. 25 pour réparation à la machine, il resterait un bénéfice de 6 fr. 25 pour chaque animal.
Un fabricant, voulant mettre cette découverte en pratique, a loué une maison où il a placé 1,000 petites roues qui sont mues par des souris. Ce qui lui fera un bénéfice de 55,000 francs au bout de l’année ?.
G. DALLET.