HERBERT SPENCER
Comment l’Homme doit-il s’alimenter?
Helvétius prétend que l'homme doit être carnivore, J.-J. Rousseau soutient, au contraire, qu'il est herbivore comme les anthropoïdes ?, comme les primates en général, et tend à devenir carnivore à mesure qu'il évolue. L'homme préhistorique était donc herbivore et frugivore. Plus tard, l'invention des instruments de pierre lui permit de se livrer à la chasse et à la pêche. Enfin, la domestication de certains animaux lui fournit une provision constante de viande. Cest ainsi que, d’herbivore qu'il était, 1l devint
. Principes de Biologie, trad. Cazelles, t. II, p. 588. Alcan. 2, Anthropoides et Primates sont les singes supérieurs les plus voisins de l’homme par leur structure.
omnivore *, mais pendant longtemps la viande ne joua qu'un rôle très secondaire dans l'alimentation des races supérieures. Ge n'est que depuis un siècle que ce rôle a augmenté dans des proportions telles que l’Européen actuel est beaucoup plus carnivore qu’herbivore. En France, par exemple, l'alimentation qui était presque exclusivement végétale, il y a cent ans, tend à devenir de plus en plus animale.
La consommation de la viande de boucherie, qui était en moyenne de 19 kilogrammes par tête de 1812 à 1829, s’est élevée à 20 kilogrammes en 1840 et à 25 kilogrammes en 1875. Nos paysans qui, en 1840, ne mangeaient, en fait de viande, qu’un peu de porc, les Jours de fêtes carillonnées, mangent actuellement de la viande de boucherie toutes les semaines. M. de Montalivet, dans sa brochure intitulée : Un heureux coin de terre, nous apprend que la commune de Sainte-Bouize qu'il habite, dans le département du Cher, ne possède un boucher que depuis 1863. Dans le département de la Somme, la consommation de la viande a doublé depuis vingt ans.
Parmi les races humaines actuellement existantes, les plus inférieures sont herbivores et les supérieures sont carnivores. Les peuples carnivores, comme les Anglais, règnent sur les herbivores, comme les Hindous; les Anglais, en effet, font chaque jour trois repas à la viande. « L'histoire, dit Herbert Spencer, montre en général que les races énergiques et conquérantes sont toujours les races bien nourries. » Or, une race ne peut être bien nourrie qu'autant qu’elle est carnivore.
1. C'est-à-dire mangeur de viande et de végétaux (fruits et légumes). Du reste l'homme est omnivore par sa dentition, il l'est aussi par ses sucs digestifs, qui le mettent en état de digérer les aliments végétaux presque aussi bien que les aliments animaux.
Voici, d’après Maurice Block, la consommation moyenne des divers États de l’Europe, par habitant et par an : Espagne, 12 kilogr. 900; Belgique, 16 kilogrammes; Prusse, 16 kilogr. 923; Autriche, 20 kilogrammes; Suède, 20 kilogr. 200; Bavière, 21 kilogr. 100; Angleterre, 27 kilogr. 546; Danemark, 27 kilogr. 640.La consommation est, à Londres, de 52 kilogrammes; à Vienne, de 57 kilogrammes, et à Paris, de 75 kilogrammes. D’après Letheby, de toutes les capitales, c’est Paris qui consomme le plus de viande.
Paris consomme, chaque année, proportionnellement, autant de viande de boucherie et de charcuterie que Londres, et, de plus, 1,600,000 kilogrammes de -viande de cheval. C'est la France qui, de toutes les nations, consomme le plus de viande. En effet, la consommation y est de 15 kilogrammes dans les campagnes et de 63 kilogrammes dans les chefs-lieux de: département.
G. DELAUNAY
Les globules du sang.
Dans le sang d’un homme adulte circulent plus de soixante billions de corpuscules rouges *, et pour 560: de ces globules on compte en moyenne un seul globule blanc. Le nombre des globules blancs croît par
1. Études de Biologie Comparée, 2° partie, 1879, p. 34. Lecrosnier.
2. Ce sont ces globules qui donnent au sang sa couleur : privé de ceuxci, le sang est incolore. Leurs dimensions sont très réduites : ils ont 7 millièmes de millimètre de largeur, et 19 dix-millièmes de millimètre d'épaisseur. Ces globules rouges ou Aématies sont renfermés dans cinq litres de sang environ. C’est ce que renferme le corps d’un adulte, et mises bout à bout les hématies d’un seul adulte formeraient une chaîne capable de faire 4 fois le tour de la terre, Si petites qu'elles soient, elles représentent une surface énorme : près de 3,000 mètres carrés!
rapport aux rouges après les repas; 1l décroit pendant le jeûne. Il est plus grand pendant l'enfance que dans l’âge adulte, et des expériences comparatives que j'ai faites avec quelques élèves choisis dans mon laboratoire privé de Heidelberg, sur des enfants, des jeunes gens, des hommes d'âge mûr, et des vieillards, il résulte que leur rapport va en décroissant avec l’âge; le sang de la femme, toutes choses égales d'ailleurs, contient un plus grand nombre de globules rouges que celui de l’homme, pour un même nombre de globules blancs.
Les globules blancs du sang constituent la formation la plus récente dans le corps de l’homme adulte. Leur nombre va en augmentant après chaque repas, parce qu’ils proviennent des substances que les aliments introduisent dans le sang.
Dans un temps relativement court, ces globules blancs se transforment en globules rouges; on n’a pas encore pu réussir à surprendre cette transformation dans un vaisseau déterminé.
Toujours est-il que cinq ou six heures après les repas, la proportion des globules blancs par rapport aux rouges a déjà commencé à diminuer.
La formation des globules blancs a lieu principalement dans les glandes mésaraïques!, c’est-à-dire dans des organes où l’abondance du sang, jointe au mouvement lent du chyle, favorise l’action du sang sur le chyle. J’ai comparé ces glandes à des collèges de jeunes globules de sang, collèges où des centaines de professeurs élèvent un seul disciple. A côté des glandes mésaraïques, la rate contribue pour une large part à la formation des globules blancs.
[. Glandes situées au voisinage de l'intestin, et où débouchent les chylifères qui portent le chyle de l'intestin dans le sang
En les observant sous le microscope, dans une goutte de sang frais légèrement comprimée entre deux plaques de verre, vous les voyez se transformer lentement, mais d’une manière continue : vous les voyez pousser çà et là des prolongements simultanément dans plusieurs directions, devenir ovoïdes, piriformes, triangulaires, avec des angles arrondis, découpés ou étoilés, avec de petits rayons, retirer leurs prolongements pour devenir de nouveau sphériques; en somme, vous admirez une agitation analogue à celle qu'on a observée chez certains animalcules très petits de la classe des Rhizopodes !, par exemple chez les Amibes. J'ai pu observer ces métamorphoses pendant plusieurs heures ‘de suite sur des globules d'un homme sain. C’est 1à un autre exemple instructif de ce fait, que des phénomènes dont la description n’est souvent accueillie que par un sourire de pitié, sinon de dédain, réunissent ensuite, après de longs détours, les suffrages de tous les savants. Il me semble donc de toute justice de rappeler que c’est Stannius (de Rostock) qui, le premier, a parlé des mouvements des globules blancs du sang humain.
Nous ne savons rien de certain sur la durée de la vie des corpuscules sanguins dans leur climat naturel. Leur jeunesse dure certainement très peu, parce que ces corpuscules blancs, qui pénètrent dans le courant sanguin, n'y subsistent que pendant quelque temps. Dans le but de me faire au moins une idée approchée de la durée de l'existence des corpuscules rouges, J'ai cherché, de concert avec un de mes élèves, M. Marfels, à déterminer le temps pendant lequel les globules rouges d’une brebis se conservent dans le sang d’une
1. Rhizopodes et Amibes sont des Protozoaires, des animaux généralement aquatiques, très simples, consistant en un corps très petit, mou, mobile, sans organes, parfois revètu d’une coquille de forme très variable.
grenouille vivante. Les globules sanguins de la plus grande partie des mammifères ressemblent tellement à ceux de l’homme, tant par leur forme que par leur composition, qu'il semble permis de supposer qu'il existe aussi une grande analogie dans les phénomènes de leur vie. Nous n'avions d’autres raisons, pour donner la préférence aux globules de la brebis sur ceux de l’homme, dans nos recherches, si ce n’est les petites dimensions de ceux-ci. Un des plus savants physiologistes allemands, Georges Meissner, nous à blâmé d’avoir étudié la durée de la vie des globules du sang d’un mammifère dans un milieu aussi peu convenable que l’est le sang d’une grenouille. Il à comparé notre tentative à celle d’un savant qui voudrait déterminer la durée moyenne de la vie humaine sur un homme né sous les tropiques et transporté dans les régions polaires. Je suis le premier à reconnaitre la justesse de cette critique; je vais même plus loin, et je crois que la comparaison de Meissner est encore trop favorable pour lPapplication qu’il a osé faire des faits observés par nous. Cependant, je me permettrai de faire la question que voici : Supposez qu'il nous soit donné d'observer la durée de la vie d’un nègre dans les régions polaires, cette observation ne serait-elle pas digne de quelque intérêt si nous étions privés de faits plus concluants? Telle était notre opinion quand nous avons admis que la durée moyenne de la vie des globules colorés monte environ à quinze jours, et cela sans prétendre le moins du monde mesurer d’une manière absolue leur durée vitale. Je me suis contenté de déduire de nos expériences une confirmation de la conjecture émise par Külliker. Je crois que les corpuscules en mouvement dans le sang ne meurent pas aussi rapidement que quelques savants étaient tentés de lad-
mettre. En remarquant que la température du sang de grenouille est relativement basse, et que les échanges de matières s’y font beaucoup plus lentement, on peut dire que la durée que nous avons déterminée approximalivement par nos expériences est probablement trop longue.