C'est le lato dont parle Ducange
3. Voy. une dissertation sur la nature de l'aurichalque (E*p. de$ Journ.), juillet 1786, p. <24.
Il paraît avéré que les anciens ont su donner une trempe à leur airain ou cuivre. Du reste, il résulte d'expériences faites par Darcet : 4° que le bronze rougi au feu et plongé dans l'eau froide est amolli d'une manière très-sensible ; ce qui permet de le travailler sur le tour, de réparer à l'outil l'irrégularité des pièces moulées, de l'étendre sous le marteau, enfin, de le dresser avec la lime et de le polir avec la pierre; 2° que le bronze, chauffé au rouge et refroidi dans l'air, devient dur, mais aigre et cassant.
Probablement, remarque M. Hoè'fer, les ouvriers anciens terminaient l'opération en chauffant de nouveau les pièces de bronze amollies par l'immersion ; et en les laissant refroidir dans l'air ils leur donnaient un certain degré de dureté. C'est par ce second procédé, le refroidissement dans l'air, qu'ils parvenaient à rendre tranchants des épées et des couteaux de bronze.
Homère, en racontant comment Ulysse crève l'œil à Polyphème avec un pieu , dit : a Et il se fit un bruit sifflant, semblable à celui que produit une hache rougie au feu et trempée dans l'eau froide; car c'est là ce qui donne au fer la force et la dureté. » Ce passage suffirait pour faire remonter la connaissance de la trempe du fer au moins à mille ans avant l'ère chrétienne.
Acier. — « Les Indiens, dit M. Hoëfer, étaient depuis une haute antiquité renommés pour la trempe du fer. Tout le monde était habitué d'entendre vanter l'excellence du fer ou de l'acier indien pour la fabrication des instruments tranchants, et entre autres de ces fameuses épées connues des Grecs et que les Orientaux appellent
MÉTALLURGIE
lames damasquinées » (La villo de Damas n'était pas le lieu de leur fabrication, mais seulement le principal entrepôt du commerce de l'Europe avec l'Inde, avant la découverte du cap de Bonne-Espérance).
Un savant espagnol' du xvi e siècle, Perez de Vargas, qui a écrit sur la métallurgie, parle de la trempe du fer et insiste sur les diverses couleurs de l'acier. « L'acier revêt quatre couleurs lorsqu'on le chauffe et qu'on le trempe : Ja première est d'un blanc d'argent, la seconde d'un jaune doré, la troisième d'une nuance violette, et la quatrième d'un gris cendré. » Il ne dit pas si l'acier est plus ou moins dur, suivant qu'il prend chacune de ces nuances, a C'est aussi un secret, ajoute-t-il , de savoir tremper une lime, afin qu'elle soit très-dure, et cela se fait avec des cornes de cerf ou des ongles de bœuf, avec du verre pilé, du sel, le tout trempé dans du vinaigre ; on en frotte la lime, on la fait chauffer, et puis on Ja plonge dans l'eau froide. » Vargas comprend , observe M. Hoèfer, que la fabrication des limes est une branche importante d'industrie qui devait un jour se perfectionner de plus en plus. L'Angleterre passait autrefois pour fabriquer les meilleures limes; mais aujourd'hui on en produit d'aussi bonnes en France, et en particulier à Rive-de-Gier et à Liancourt.
L'acier naturel se retire direclementdu minerai même. L'acier de Jorge s'obtient par l'affinage partiel de la
4. Les Indiens faisaient en acier des ouvrages de lootc sorte. Ainsi le cercueil de Tamerlan élait d'acier On; c'était l'œuvre d'uu habile ouvrier de Siras.
2. On avait toujours excellé, en Espagne, dans le travail de l'acier. Pline dit même que la découverte en fut faite dans cette péninsule. Àrislole, cependant, avait iudiqué. comme un procédé grec, le moyen de convertir le fer en acier.
fonle. On obtient l'acier de cémentation en soumettant le fer en barres à l'action de la chaleur, en contact avec du charbon. On lui reproche de ne pas se prêter assez bien au corroyage et à l'étirage et de conserver entre ses molécules intérieures beaucoup de défauts de continuité, ce qu'on appelle âespailles. On remédie à tous ces inconvénients par la fabrication de l'acier fondu dont la découverte est due à Benjamin Hausmann qui fonda le premier établissement de ce genre aux environs de Sheffield en 1740. C'est une nouvelle fusion que l'on fait subir à l'un des trois aciers indiqués ci-dessus.
Fabrication de l'acier toootz. — Au Dictionnaire des arts et manufactures , M. Debette donne le procédé usité aujourd'hui dans l'Inde pour fabriquer le célèbre acier qui porte le nom de wootz 1 . Il est probable qu'il reste là beaucoup de la tradition antique.
Le minerai de fer est composé de 58 pour cent de fer oxydé et de 42 pour cent de gangue quartzeuse. II est fondu dans un petit fourneau à poitrine fermée, en argile réfractaire de 1 m 20 à 1 m 50 de hauteur, qui a intérieurement 0 m 60 à 0 m 70 de côté, près de la sole, et 0 m 30 à 0 m 35 au gueulard. La soufflerie se compose de sortes d'outrés en peau de chèvre, d'où l'air est conduit par des tuyaux de bambous creux dans la tuyère en argile du fourneau. Après avoir rempli celui-ci de charbon de bois, on introduit par la tuyère un tison enflammé et on donne le vent. Tout le charbon ne tarde pas à s'allumer et s'affaisse à mesure qu'il se consume. On charge alors par
4. La Société royale de Londres s'occupa de l'analyse du wootz, en basant son travail sur plusieurs barres de cet acier qu'on lui avait envoyées «le Bombay; en 1816, on reçut eu France quelques échantillons ôewooU.
MÉTALLURGIE. m
le gueulard une certaine quantité de minerai concassé en petits fragments et préalablement humecté d'eau , sans y ajouter aucun fondant, puis on achève de remplir le fourneau avec du charbon. Trois ou quatre heures après, l'opération est terminée. On arrête le vent, on démolit un petit mur en argile de 30 à 40 centimètres de hauteur, qui fermait provisoirement la poitrine dn fourneau, et l'on retire la loupe ou massé de fer avec des pinces. On la bat sur le sol de l'usine pour en séparer autant que possible les scories dont elle est imprégnée, et on la coupe en partie à la tranche, afin de pouvoir facilement examiner la qualité de la masse à l'intérieur. On vend en cet état le fer aux forgerons, qui le réchauffent et rétirent en barres. On ne retire environ que 4 5 pour cent du minerai employé. Cela tient à ce que, n'ajoutant pas de fondant pour le quartz, celui-ci ne passe dans les scories qu'en dissolvant une quantité très-considérable d'oxyde de fer, qui forme à peu près les deux tiers de celle contenue dans le minerai; d'un autre côté, il se peut que les silicates terreux, que Ton pourrait former par l'addition de fondants, ne soient pas fusibles à la faible température qui est développée dans ces fourneaux, et qu'avec les appareils ci-dessus, il soit impossible de séparer la gangue autrement qu'à l'état de silicate métallique.
Les Indiens cémentent le fer ainsi obtenu dans des creusets façonnés avec une argile réfractaire, mélangée de paille de riz hachée en assez grande quantité. On charge environ 500 grammes de bois see, coupé très-menu, puis le tout est recouvert avec deux ou trois feuilles vertes. On choisit de préférence pour cette opération du bois de cassia auriculata et des feuilles de Yasclepias gigantea
ou du convolvulvs Imtrifolius. Enfin, on ferme les creusets avec une couche d'argile humectée que l'on tasse aussi fortement que possible, afin de prévenir tout contact avec l'air.
On empile les creusets ainsi préparés, au nombre de vingt à vingt-cinq , dans un petit fourneau à courant d'air forcé, alimenté au charbon de bois, où on les maintient à une température aussi élevée que possible pendant deux heures et demio environ. Au bout de ce temps on regarde l'opération comme terminée; on retire les creusets du feu, et après qu'ils sont refroidis on les casse et on en retire l'acier sous la forme de culots. Lorsque le culot présente des protubérances à la surface, l'acier est de mauvaise qualité et l'opération est manquée; lorsque au contraire la surface du culot est régulière et couverte de stries, qui rayonnent au centre, l'acier est d'excellente qualité. On obtient ordinairement par opération 4 à 5 culots plus ou moins défectueux. Quand on choisit les culots bien réussis, et qu'après les avoir refondus on les forge avec soin, on obtient un produit d'excellente qualité et qui est infiniment supérieur, pour la coutellerie fine, aux meilleurs aciers fondus anglais. Les culots d'acier obtenus comme nous l'avons dit sont très-cassants. Avant de les forger, les Indiens les adoucissent par un ressuage, qui consiste à les maintenir au rouge, pendant plusieurs heures, dans un petit fourneau à courant d'air forcé et au charbon de bois. Pendant cette opération l'acier perd une partie de son carbone, s'adoucit, et se laisse ensuite aisément étirer sous le marteau.
Le Français Clouet avait cru imiter complètement l'acier et les dessins du damasquinage indien, par le moyen $ étoffes formées de lames d'acier et de fer alter-
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Ml
liantes, que Ton soumet à une torsion considérable et que Ton élire ensuite. Par Faction du marteau on y détermine des dessins assez variés, mais qui ne s'obtiennent qu'autant que l'acier n'a pas été fondu, tandis que ceux du vrai damas se retrouvent après la fusion. Crivelli a beaucoup étudié ce procédé, qui a été appliqué par le gouvernement autrichien à la confection d'un grand nombre d'armes; mais il diffère beaucoup de celui que suivent les Orientaux. Stodart et Faraday ont fiait voir qu'en alliant à l'acier de petites quantités d'un grand nombre de métaux, comme le platine, l'argent, lo palladium, le rhodium, l'aluminium, etc., on lui donnait, avec la propriété de se damasser, la dureté, le grain fin -et tous les caractères de l'acier de l'Inde. Un alliage de chrôme et de fer, donne à l'acier la propriété de se damasser, et lui conserve en outre celle de se travailler aussi bien que l'acier fondu ordinaire. On peut obtenir un alliage de chrôme et de fer en fondant 100 parties de mine de chrôme de Philadelphie avec U de chaux, 32 de silice et 50 de vert alcalin, ou 16 à 20 de borax vitrifié. On allie ce composé à l'acier dans le rapport de 1 centième à un centième et demi.
Galvanoplastie. — Spencer en Angleterre et Jacobi en Russie firent la découverte de cet art nouveau, en 4838, à peu près simultanément et chacun de leur côté. Leurs premiers appareils étaient fort simples et ont été beaucoup perfectionnés depuis.
Voici comment Spencer raconte avoir procédé pour la première fois : une plaque carrée de cuivre fut mise en communication avec une plaque de zinc de même forme et de même grandeur, au moyen d'un fil de cuivre. La
plaque de cuivre fut recouverte à chaud d'une couche de vernis, composé de cire jaune, de résine et d'ocre rouge; avec une pointe métallique on traça des lettres dans ce vernis, en mettant à nu le cuivre, comme dans la gravure à l'eau-forto. Cette préparation faite, on prit un vase rempli à moitié d'une solution saturée de sulfate de cuivre, dans laquelle on plongea la plaque de cuivre, ainsi qu'un gros tube de verre, fermé à l'une de ses extrémités par une légère cloison de plâtre, et rempli aux deux tiers d'une solution étendue de sulfate de soude. L'élément zinc du couple fut plongé dans celte dernière dissolution, la face inférieure du disque placée parallèlement à la face supérieure de la cloison perméable , et le fil conjonctif fut recourbé de manière que la plaque de cuivre fût opposée, par la surface gravée, à la face inférieure de la même cloison. Dès l'instant que le circuit fut fermé, le cuivre provenant de la décomposition du sulfate de cuivre vint remplir les sillons tracés par la pointe dans le vernis, de manière à produire les caractères en relief.
Spencer eut aussitôt l'idée de faire servir ces caractères à l'impression typographique, et il prépara une plaque en cuivre avec laquelle il obtint des épreuves qui furent distribuées dans le public. C'est de là que partit ce savant pour mouler des médailles.
M. de la Rive est le premier qui parvint à dorer au moyen de la pile. Après avoir dissous l'or, il plongeait dans la dissolution les deux pôles d'une pile à courant constant, l'objet à dorer étant suspendu au pôle négatif, où l'or venait se déposer.
Vint bientôt M. Elkington, qui obtint une dorure plus solide en employant une dissolution de 31 grammes 25
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lia
d'or converti en oxyde, 5 hectogrammes de cyanure de potassium et 4 litres d'eau. M. de Ruolz, en étudiant beaucoup de dissolutions différentes, fut conduit à donner la préférence à des sels moins coûteux et d'une conservation plus facile : le sulfure d'or dissous dans le sulfure de potassium neutre, ou le chlorure double d'or et de sodium dissous dans la soude, ou lo chlorure double d'or et de potassium dissous dans le cyanure de potassium.
Dans un rapport qui restera comme un des travaux les plus remarquables de chimie industrielle, M. Becquerel s'exprime ainsi : •
a Ces dissolutions permettent de dorer tous les métaux en usage dans le commerce, et même des métaux qui jusqu'ici n'y ont pas été employés.
a Ainsi l'on peut dorer le platine, soit sur toute sa surface, soit sur certaines parties, de manière à obtenir des dessins d'or sur un fond de platine.
« L'argent se dore si aisément, si régulièrement et avec des couleurs si pures et si belles, qu'il est permis de croire qu'à l'avenir tout le vermeil s'obtiendra de la sorte. On varie à volonté l'épaisseur de la couche d'or, sa couleur même. On peut faire sur la même pièce des mélanges de mat et de poli. Enfin on dore avec une égale facilité les pièces de grande dimension, les pièces plates ou à reliefs, les pièces creuses ou gravées et les filaments les plus déliés.
a Tout ce que nous venons de dire de l'argent, il faut le répéter du cuivre, du laiton, du bronze. Rien de plus aisé, de plus régulier que la dorure des objets de diverses natures que le commerce fabrique avec ces trois métaux. Tantôt l'or, appliqué en pellicules excessivement minces,
constitue un simple vernis propre à garantir ces objets de l'oxydation ; tantôt, appliqué en couches plus épaisses, il est destiné à résister en outre au frottement et à l'usage. Par un artifice très-simple, on peut varier l'épaisseur de la couche d'or, la laisser mince partout où l'action de l'air est seule à craindre, l'épaissir au contraire là où il importe d'empêcher les dégradations dues au frottement. La bijouterie tirera grand parti de ces moyens.
« Le packfong (imitation d'argent) 1 prend très-bien la dorure par ce procédé, et il devient facile de convertir en vermeil les couverts de packfong, déjà assez répandus et»qui ne sont pas sans danger.
«L'acier, le fer se dorentbien et solidement; seulement il faut commencer par mettre sur le fer ou l'acier une pellicule cuivreuse. Les couteaux de dessert, les instruments de laboratoire, les instruments de chirurgie, les armes, les montures de lunettes et une foule d'objets en acier ou en fer, recevront ce vernis d'or avec économie et facilité.
o L'étain se dore aussi aisément que l'argent avec le soin préliminaire de le vêtir d'une pellicule excessivement mince de cuivre.
« Ce que nous venons de dire des applications de l'or, il faut le répéter de celles de l'argent. M. de Ruolz est également parvenu, au moyen du cyanure d'argent dissous dans le cyanure de potassium, à appliquer l'argent avec la plus grande facilité.
« L'argent peut s'appliquer sur l'or et le platine, comme affaire de goût et d'ornement. Il s'applique très-bien aussi sur laiton, bronze et cuivre, de manière à rempla-
i . On l'appelle aussi argentin ; c'est an alliage de enivre, de nickel et de zinc.
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cer le plaqué. On argenté aisément aussi rétain, le fer, 1 acier.
« L'argent s'applique très-bien sur rétain. Il fournit ainsi le moyen de faire disparaître, à bon marché, l'odeur désagréable des couverts d'étain, en leur donnant d'ailleurs l'aspect et toutes les propriétés extérieures des couverts d'argent. Ce serait là, sans nul doute, une des circonstances les plus importantes des procédés qui nous occupent, si à la place de l'étain, comme corps de la pièce, on pouvait substituer un autre métal plus économique et plus solide.
« Il s'agit du fer ou même de la fonte. Ces métaux façonnés en couverts et revêtus d'une couche d'argent, permettront de populariser en France, par leur bon marché, des objets déjà usuels en Angleterre. On fabrique en effet, par d'autres procédés bien plus chers et bien moins parfaite, beaucoup de couverts en fer argenté à Birmingham, et leur usage est habituel dans la plupart des familles en Angleterre. »
M. de Ruolz ne s'est pas borné à l'application des métaux précieux. Étendant ses procédés à tous les métaux utilisables, il a essayé de cuivrer, de zinguer, de plomber divers métaux usuels.
Il est évident, en tous cas, que la tôle, le fer, la fonte naturelle ou doucie, peuvent recevoir par le cuivrage toutes les propriétés du cuivre en ce qui concerne la couleur, le poli, la résistance à l'air, et que par la nature même de la matière intérieure le bas prix du produit se trouve garanti.
On cuivre, comme on argenté , au moyen du cyanure de cuivre dissous dans des cyanures alcalins ; mais la précipitation du cuivre est plus difficile que celle des
métaux précieux. Le cuivre précipité sur le fer peut directement servir à le préserver, à donner une belle apparence aux objets de serrurerie, aux balcons, balustrades, grilles, ustensiles de cheminées, etc. Il peut, en outre, permettre de renfermer le fer dans une enveloppe ou fourreau de laiton. Il suffit de faire déposer sur le fer ou la fonte, du cuivre et du zinc, puis de chauffer la pièce au rouge dans du charbon en poudre. Le laiton se produit et constitue un vernis métallique moins altérable que le cuivre et d'une couleur qu'on peut varier à volonté. Du reste, toutes les fois qu'on voudra faire la dépense de combustible qu'exige cette dernière opération, on pourra produire sur les métaux des dépôts d'alliages aussi aisément que des dépôts de métaux purs.
Voici un tableau curieux de la classification des poteries donné par M. Brongniart, directeur de la manufacture de porcelaine de Sèvres, dans son excellent Traité de l'art céramique.
Classes, noms et caractères, j Ordres. noms et caractères.
t . Poterie à pâle tendre , c'est-à-dire rayable par le fer, argilo-sableuse, calcarifère, la plupart fusible au feu de porcelaine.
Nota. Du xne siècle avant J.-C, au xve siècle après, avec une lacune des siècles de barbarie.
4*rord. Terres cuites.
Pâle argilo-sableuse.
Surface matle.
Saus aucune glaçure.
Sous-ordre.
A, la plastique (moulée).
B, les ustensiles : briques, fourneaux, moulin.
C, les poteries matles :
jarres, urnes tournées.
2e ord. Poteries lustrées.
Glaçure mince silicoalcaline.
3e ord. Poteries vernissées.
Glaçure plombifère.
4c ord. Poteries émaiilées.
(Faïence commune).
Glaçure glannifère (ctain).
(Appendice), carreaux, briques, etc., à glaçure vitrifiée.
Classes, koms et caractères. ! Ordres. noms et caractères.
2. Poterie h pâle dure , c'est-à-dire non rayable par l'acier, opaque, argilo-siticeuse , infusible.
Nota. Da xvie au xvme siècle.
5e ord. Faïence fine.
Pâte incolore.
Glaçure vilro-plombique.
6« ord. Grés cérame.
Pâte colorée.
Sans glaçure on glaçure silicoalcaliue.
3. Poterie à pâte dure translucide, argilo-siliceuse, alcaline, ramollissable.
Nota. Du xixe siècle.
7e ord. Porcelaine dure.
Pâte de kaolin.
Glaçure îeldspathique.
Porcelaine tendre, naturelle.
Pâte argîlo-saline , pbosphatique, kaoliniqne.
Glaçure vitro plonibiqae , boxvue a a | racique.
Porcelaine tendre, artificielle.
Pâle marno-saline, frittée.
Glaçure ploBibo-viirique.
Faïence de luxe. — L'époqUe connue de la fabrication de la faïence commune est moderne en Europe et même, par toute la terre, ne remonle pas au delà du xiv e siècle. Les Persans et les Arabes paraissent seuls avoir connu cette faïence avant les Européens. On admet généralement que des ouvriers arabes ou bien espagnols, mais tenant leurs procédés des Arabes, introduisirent des îles Baléares en Italie l'émail opaque stannifère.
« Le nom de majolica, dit M. Brongniart, donné alors dans presque toute l'Italie à cette faïence, dérivait de Majorica, Majorque. L'introduction aurait eu lieu vers U15, à peu près à l'époque où Luca délia Robbia, sculpteur de Florence, fit ses figures et bas-reliefs en terre cuite et les empâta dans un émail d'étain. »
Il ne faut pas toutefois confondre les sculptures en terre cuite, mises à l'abri des altérations atmosphériques par un émail dur, et qui constituent la terra invetriata de Luca délia Robbia (1420) avec la majolica (1450) qui n'est qu'une transformation des poteries vernissées faites depuis longtemps à Pesaro. Ces poteries vernissées furent
* d'abord engobées, dans le but de cacher la^ couleur de la pâte que laissait voir leur vernis transparent, d'une
^couche mince d 'une argile bl anche^ dont on les revêtait "en les plongeant dans une bouillie de cette argile. On cuisait à une basse température, et on les passait ensuite à un vernis ou fondant, composé d'oxyde de plomb, de potasse et de sable très-fin. Entre 4 450 et 4 500, on substitua à cette engobe .l'émail stannifère. La fabrication
**" de tarffiaiolica se lit d'abord à Castel Durante et à Florence, sous la direction des frères Fontana d'Urbin. Toutes les principales villes d'Italie voulurent ensuite avoir leurs manufactures de cette faïence qui avait obtenu une grande vogue. Parmi ces dernières se trouvait Faenza, où travaillait Guido Selvaggio.
Toutes ces manufactures faisaient bien plutôt des ob-
jets de luxe que des vases ou ustensiles destinés à l'usage
domestique : c'étaient des services de table destinés aux princes de l'époque, revêtus de sculptures d'une grande délicatesse et de peintures splendides. La majolica fut dans l'état le plus florissant de 4 540 à 4560. A partir de celte dernière époque, après la mort des frères Fontana, cette fabrication, qui avait été une branche des beauxarts, devint simplement une branche du commerce des potiers, et ses produits allèrent constamment en se dégradant.
Quoique Girolamo délia Robbia, petit-neveu dej^ucp,
soit venu on France w vc.ci.i33D^.t aût contribué, assuret-on, à la décoration en carreaux émaillés du château du bois de Boulogne, près Paris, il paraît que les procédés de fabrication de la faïence italieniift n; ojolic a étaient entièrement perdus nu inconn us e , n Ira nce vers
"^o'iO. A cette époque, nous voyons Bernard de Paiissy entreprendre d'en trouver le secrêl.
Le récit de ses recherches écrit par cet homme, d'un génie si original , est demeuré comme l'un des modèles les plus remarquables de notre langue française, alors quelle commençait à se former.
« Sache qu'il y a vingt et cinq ans passés qu'il me fut monstré une coupe de terre, tournée et esmaillée d'une telle beauté, que dès lors j'entray en dispute avec ma propre pensée, en me remémorant plusieurs propos, qu'aucuns m'avoient tenu3, en se mocquantde moy, lorsque je peindois les images. Or voyant que l'on commençoit à les délaisser au pays de mon habitation, aussi que la vitrerie n'avoit pas grande requeste, je vay .penser que si j'avois trouvé l'invention de faire des esmaux je pourrois faire des vaisseaux de terre et autre chose de belle ordonnance, parce que Dieu m'avoit donné d'entendre quelque chose de la pourtraiture; et dès lors, sans avoir aucun esgard que je n'avois nulle connoissance des terres argileuses, je me mis à chercher les esmaux, comme un homme qui taste en ténèbres. »
/ Xe voilà pilant des substances de toute nature, les déposant sur des tessons de poterie, et faisant cuire d'abord aux fourneaux de tous les potiers voisins , ensuite aux fourneaux plus puissants des verriers, et puis à un fourneau de sa propre invention. 11 arrive ainsi , après plusieurs années, à trouver la composition de l'émail blanc,
qu'il pensait èlre « le fondement de tous les esmaux. » Cependant, jusque-là, que de déboires, sans compter ceux que devait lui coûter la découverte des émaux colorits!
a Pour me consoler, on se mocquoit de moy, et mesme ceux qui me dévoient secourir alloient crier par la ville que je faisois brusler le plancher : et par tel moyen Ton me faisoit perdre mon crédit, et m'estimoit-on ostre fol. k
« Les autres disoient que je cherchoisà faire la fausse inonnoie, qui estoit un mal qui me faisoit seicher sur les pieds; et m'en allois par les rues tout baissé, comme un j homme honteux, ,1'estois endetté en plusieurs lieux, et avois ordinairement deux enfans aux nourrices, ne pouvant payer leurs salaires. Personne ne me secouroit; mais au contraire ils se mocquoyent de moy en disant : 11 lui appartient bien de mourir de faim, parce qu'il délaisse son meslier. Toutes ces nouvelles venoyent à mes aureilles quand je passois par la rue. Toutesfois il me resta encore quelqu'espérance , qui m'accourageoit et soustenoit, d'autant que les dernières espreuves s'estoyent assez bien portées, et dès lors en pensois sçavoir assez pour pouvoir gaigner ma vie, combien que j'en fusse fort esloigné.
a Quand je me fus reposé un peu de temps avec regret de ce que nul n'avoit pitié de moy, je dis à mon âme : qu'est-ce qui te triste, puisque lu as trouvé ce que tu cherchois? travaille à présent et tu rendras honteux tes v* détracteurs. Mais mon esprit disoit d'autre part : tu n'a* rien de quoy poursuivre ton affaire; comment pourras-tu nourrir ta famille et acheter les choses requises pour 1 passer le temps de quatre ou cinq mois qu'il faut auparavant que lu puisse jouir de ton labeur? Or ainsi que
j'estois en telle tristesse et débat d'esprit, l'espérance me donna un peu de courage , et ayant considéré que je serois beaucoup long pour faire une fournée toute de ma main, pour abréger et gaigner le temps et pour plus soudain faire apparoir le secret que j'avois trouvé du dit esmail blanc, je prins un potier commun et lui donnay certains pourtraits, aGn qu'il me fist des vaisseaux selon mon ordonnance, et tandis qu'il faisoit ces choses, je m'occupois à quelques médailles. Mais c es toit une chose pitoyable; car j'estois contraint nourrir le dit potier en une taverne à crédit, parce que je n avois nul moyen en
•.ma maison. Quand nous eûmes travaillé l'espace de six mois, et qu'il falloit cuire la besogne faite, il fallut faire
; un fourneau et donner congé au potier, auquel , par faute d'argent, je fus contraint donner mes vestements pour son salaire. Or parce que je n'avois point d'eslofîes (ma-
I tériaux) pour ériger mon fourneau, je me prins à deffaire celuy que j'avois fait à la mode des vergers, afin de me servir des estofles de la despouille d'iceluy. Or par ce que le dit four avoit si fort chauffé l'espace de six jours et nuits, le mortier et la brique du dit four s'esloient liquéfiés et vitrifiés de telle sorte, qu'en desmaçonnant j'eus les doigts coupés et incisés en tant d'endroits que je fus contraint manger mon potage ayant les doigts enveloppés de drapeau. Quand j'eusse défiait le dit fourneau, il fallut ériger l'autre, qui ne fut pas sans grand peine : d'autant qu'il me falloit aller quérir l'eau , le mortier et la pierre, sans aucun ayde et sans aucun repos. Ce fait, je fis cuire l'œuvre susdite en première cuisson et puis, par emprunt ou autrement, je trouvay moyen d'avoir des estoffes pour faire des esmaux, pour couvrir la dite besogne, s'estant bien portée en première cuisson.
' « Mais quand j'eus acheté les dites étoffes, il me survint un labeur qui me cuida faire rendre l'esprit. Car après que par plusieurs jours je me fus lassé à piler et calciner mes matières, il me les convint broyer, sans aucun aide, à un moulin à bras auquel il falloit ordinairement deux puissans hommes pour le virer : le désir que j'avois de parvenir à mon entreprise me faisoit faire des choses que j'eusse estimé impossibles. Quand les dites couleurs furent broyées, je couvris tous mes vaisseaux et médailles du dit esmail, puis ayant le tout mis et arrangé dedans le fourneau, je commencay à faire du feu, pensant retirer de ma fournée trois ou quatre cents livres, et conlinuay le dit feu jusques à ce que j'eus quelque indice et espérance que mes esmaux fussent fondus et que ma fournée se portoit bien. Le lendemain, quand je vins à i tîrer mon œuvre, ayant premièrement osté le feu, mes tristesses et douleurs furent augmentées si abondamment que je perdis toute contenance. Car combien que mes esmaux fussent bons et ma besogne bonne , » néantmoins deux accidents estoient survenus à la dite ; fournée , lesquels avoient tout gasté. Et afin que tu t'en donnes de garde, je te dirai quels ils sont. Aussi après ceux là je t'en dirai un nombre d'autres, afin que mon malheur te serve de bonheur et que ma perte te serve de gain. C'est parce que le mortier de quoy j'avois ma-ï çonné mon four estoit plein de cailloux, lesquels sentant la véhémence du feu (lorsque mes esmaux se commençoient à liquéfier), se crevèrent en plusieurs pièces, faisans plusieurs pets et tonnerres dans le dit four. Or ainsi que les esclats des dits cailloux sauloient contre ma besogne, l'esmail, qui estoit déjà liquéfié et rendu en matière glueuse, print les dits cailloux et se les attacha
»->♦ ^LKK'SltKS INVENTIONS, ETC.
I^i u,^^ le* [ku lien Je aies \ aisseaux et médailles, qui >a..^ ^ i.^iàt Uvuvcs beaux. Ainsi connoissant que uv-u :oui iu-ati osduit assea chaut, je le laissai refroi- , u au A uueiiian» lors je tus si niarry que je ne
.mu^o a uito, ci t«c <i sans cause, car ma fournée me i vi.^u .1 ;>ao >i\ s m^s ecus. J'aveis emprunté le bois cl t ùH^li,, ci >i avuis emprunte partie de ma nourri- Uuc t-i» tai»ani la jilc beson^ue. J avois tenu en espèuuuv mes ci éditeurs qu'ils seroient payés de l'argent qui pioweiKheit des pièces de la dite fournée, qui fut cause que plusieurs accoururent dès le matin quand je commencois à désenfourner. Dont par ce moyen furent redoublées mes tristesses, d'autant qu'en tirant la dite besongne je ne recevois que honte et confusion. Car - toutes mes pièces estoient semées de petits morceaux de i cailloux, qui estoient si bien attachés autour des dits vaisseaux, et liés avec l'esmail , que quand on passoit les mains par dessus, les dits cailloux coupoient comme \ rasoirs, et combien que la besongne fut par ce moyen perdue, toutes fois aucuns en vouloient acheter à vil prix. Mais parce que c'eut été un descriement et rabaissement de mon honneur, je mis en pièces entièrement le tolal de la dite fournée et me couchay de mélancolie, non sans cause, car je n'avois plus de moyen de subvenir à ma famille. Je n'avois en ma maison que reproches ; en lieu de me consoler l'on me donnoit des malédictions. Mes voisins qui avoient entendu ceste affaire disoyent que je n'estois qu'un fol , et que j'eusse eu plus de huit francs de la besongne que j'avois rompue; et estoyent toutes ces nouvelles jointes avec mes douleurs.
« Quand j'eus demeuré quelque temps au lit, et qi;e j'eus considéré en moy mesme qu'un homme qui scroit
tombé en un fossé, son devoir seroit de tascheràsc rele-) ver, en cas pareil je me mis à faire quelques peintures, [ et par plusieurs moyens je prins peine de recouvrer un peu d'argent; puis je disois en moy mesme que toutes mes pertes et hazards estoient passés, el qu'il n'y avoit rien plus qui me peust empescher que je no fisse de bonnes pièces; et me prins comme auparavant à travailler au dit art.
L Maispn^uisantuno autraiburnée, il survint un accident duquel je ne me doutois pas; car la véhémence de /la flambe du feu avoit porté quantité de cendres contre | mes pièces, de sorte que par tous les endroits où la dite
\cendre avoit touché, mes vaisseaux estoient rudes et mal
\ polis, à cause que l'esmail estant liquifié s'estoit joint avec les dites cendres. Nonobstant toutes ces pertes, je demeuray en espérance de me remonter par le moyen du dit art; car jtiik. faire grand nombre de lanternes de terre â ^erj^ains potiers pour enfermer aies vaisseaux quàncTje i es mettois au four, afin que par le moyen des dites lanternes mes vajsseaux fussent garantis de lasea-
dre. L'invention se trouva bonne et m'a servi jusques A aujourd'huy. ' "
« Mais ayant obvié au hazard de la cendre, il me survint d'autres fautes et accidents tels, que quand j'avois fait u jejournée, elle se trouvoit trop cuite et aucune fois trop peu, et tout perdu parce moyen. J'estois si nouveau
""que je ne pouvois discerner du trop ou du peu. Aucune fois ma besongne estoit culttesur le devant et point cuitte à la partie de derrière : l'autre après que je voulois obvier à tel accident, je faisois brusler le derrière et le devant n'estoit point cuit. Aucune fois mes esmaux estoient mis trop clairs et autrefois trop épais, qui me
eau soit de grandes pertes. Aucune fois que j'avois dedans le fou* diverses couleurs d'esmaux^ les uns estoient bruslés premier que les aulxes fussenj fou3us. Brel j^ai ainsi bastelé l'espace de qningft^ oii seize anfi; qua nd j'avois appris à me donnêr~garde d'un danger, il m'en survenoit un autre, lequel je n'eusse jamais pensé. Durant ces temsJà je fis plusieurs fourneaux lesquels m'engendroient de grandes pertes auparavant que j'eusse connoissance du moyen pour les eschauffer également. Itnfîn je trouvai moyen de faire quelques vaisseaux de quelques esmaux entremeslés en manière de jaspe. Cela m'a nourri quelques ans; mais en me nourrissant de ces choses, je cherchois toujours à passer plus outre avecques frais et mises, comme tu sais que je fais encore à présent.
« Quand j'eus inventé le moyen de faire des pièces rustiques, je fus en plus grande peine et en plus d'ennuy qu'auparavant. Car ayant fait un certain nombre de bassins rustiques, et les ayant fait cuire, mes esmaux se trouvaient les uns beaux et bien fondus, autres mal fondus, autres estoient bruslés, à cause qu'ils estoient composés de plusieurs matières qui estoit fusibles à divers degrés. Le verd des lézards estoient bruslé premier que la couleur des serpens fut fondue; aussi la couleur des serpens, écrevîsses, tortues et cancres, estoit fondue auparavant que le blanc eut reçu aucune beauté. Toutes ces fautes m'ont causé un tel labeur et tristesse d'esprit qu'auparavant que j'aye eu mes esmaux fusibles à un mesme degré de feu, j'ay cuidé entrer jusques à la porte du sépulchre. Aussi en me travaillant à tels affaires je me suis trouvé l'espace de plus de dix ans si fort escoulé en ma personne, qu'il n'y avoit aucune forme ny appa-
rence de bosse aux bras ny aux jambes : ains estoient mes dites jambes toules d'une venue; de sorte que les liens de quoy j'attachois mes bas de chausses estoient, soudain que je cheminois, sur les talons avec le résidu des chausses. Jem'allois souvent pourmener dans la prairie de Xaintes, en considérant mes misères et ennuys : et sur toutes choses de ce qu'en ma maison même je ne pouvois a vois avoir nulle patience, ny faire rien qui fut trouvé bon. J'eslois méprisé et mocqué de tous. Toutesfois je faisois toujours quelques vaisseaux de couleurs diverses qui me nourrissoient tellement quellement; et l'espérance que j'avoisme faisoit procéder en mon affaire si virilement que plusieurs fois, pour entretenir les personnes qui me venoyent voir, je faisois mes efforts de rire,
combien que intérieurement je fusse bien triste J'ay
été plusieurs années que, n'ayant rien de quoy faire couvrir mes fourneaux, j'estois toutes les nuits à la mercy des pluyes et vents, sans avoir aucun secours, aide, ny consolation, sinon, des cliatshuants qui chantoyent d'un côté et les chiens qui hurloyent de l'autre. Parfois il se levoit des vents et tempestes de telle sorte le dessus et le dessous de mes fourneaux que j'estois contraint de quitter là tout, avec perte de mon labeur ; et me suis trouvé plusieurs fois qu'ayant tout quitté, n'ayant rien de sec sur moy, à cause des pluyes qui estoient tombées, je m'en allois coucher à la minuit ou au point du jour, accoustré de telle sorte comme un homme que l'on auroit traîné par tous les bourbiers de la ville; et en m'en allant ainsi retirer, j'allois bricollant sans chandelle, et tombant d'un costé et d'autre, comme un homme qui seroit yvre de vin, rempli de grandes tristesses : d'autant qu'après avoir longuement travaillé je voyois mon
labeur perdu. Or en me retirant ainsi souillé et trempé, je trouvois en ma chambre une seconde persécution pire que la première, qui me fait à présent esmerveiller que je ne suis consumé de tristesse. »
Porcelaine. — Dans un manuscrit arabe (traduit en français dans le siècle dernier) et intitulé : Ancienne relation des Indes et de la Chine de deux voyageurs mahométans qui y allèrent dans le ix e siècle, on lit : « L'écrivain arabe Makrizi rapporte que parmi les pièces d'un présent magnifique envoyé à Nouraddin par Saladin, peu de temps après qu'il se fut rendu maître de TÉgypte, il se trouvait un service de vaisselle de la Chine composé de quarante pièces. »
Lorsque, dans le siècle dernier, on commença en Europe à vouloir imiter la fabrication de la porcelaine, Réaumur fut le premier à deviner le véritable procédé des Chinois. Il l'exposa dans une suite de Mémoires à l'Académie des sciences dans les années 1727-1729 et J739 \ Voici le résumé de ses observations, qui ont servi de base à tous les travaux postérieurs.
a J'ai montré qu'il y avait deux manières générales de faire de la porcelaine, l'une de saisir une matière vitrifiable sur lequel le feu agit fortement dans le passage do l'état de terre cuite à celui de verre, de la saisir lorsqu'elle n'est encore qu'imparfaitement vitrifiée; la seconde manière générale demande qu'on compose une
4. Avant lai, le P. Entrecolles, missionnaire français, qui avait étudié en Chine, à Kin-tc-Tchin, s'était cdiQé pratiquement sur la composition de la porcelaine formée de kaolin, matière argileuse, blanche, douce au toucher, et de pè-lunzè, matière dure, vitriûable, duc à la décomposition do certaine* roches feldspathiquet.
pâte de deux matières réduites en poudre, dont Tune puisse résister au feu le plus violent, le soutenir sans] devenir verre, et dont l'autre puisse être facilement vitri- 1 fiée. Après que le feu a agi sur les ouvrages faits de cette pâte et que celle des deux matières qui peut être vitrifiée Fa été, il en résulte un composé qui n'est verre qu'en partie ou qui est de la porcelaine.
C'est suivant le premier de ces procédés qu'ont été faites toutes les espèces de porcelaine dont il y a eu des fabriques établies en Europe, comme celle de Saint-Cloud, w celle du faubourg Saint-Antoine, celle de Chantilly et celle de Saxe. Quoique entre ces porcelaines il y en ait de très-belles, de comparables en beauté à celle de la Chine, qui est la plus estimée, il est toujours aisé de découvrir que leur nature diffère de la nature de celte dernière. Pour les avoir dans l'état où on nous les montre, on les a soustraites à une trop longue et trop puissante action du feu ; si on les expose à un degré de feu plus violent que celui auquel elles doivent ce qu'elles sont, il achève de les vitrifier et les fait passer de leur état de porcelaine à celui de verre. Mais la porcelaine de la Chine, dont la nature est d'être composée en partie d'une matière qui n'est point ou presque point vilrifiable, / • peut se soutenir contre un feu extrêmement violent; il peut agir sur elle, sans l'amener à être du verre. j .
Nos recherches nous ont conduit à connaître les deux matières essentielles de la porcelaine do Chine. Elles nous ont appris ce que c'est que le petuntsé et ce que c'est que le kaolin dont on la compose. Enfin ces mêmes recherches, et un grand nombre d'essais dont elles ont été suivies, ont prouvé que nous avons en France des | matières de même nature que celles qui sont employées
à la Chine et capables de donner d'aussi belle et d'aussi parfaite porcelaine. Je n'ai pourtant pas dissimulé les obstacles qui nous devaient faire craindre de ne pas voir e des établissements réussir en grand. Il faudrait pouvoir la donner à aussi bon marché que celle de la Chine, car ce serait peut-être trop que d'exiger que nous achetas- » sions plus cher des ouvrages, lorsqu'ils n'auraient de plus que le mérite d'avoir été faits chez nous. Or, les Chinois, exercés depuis longtemps dans l'art de faire de la porcelaine, ont un grand avantage sur nous, et qu'ils conserveront apparemment, celui de nourrir un ouvrier pour un sol par jour. »
De tout le travail comparatif de Réaumur résulta cette I îonclusion : noire porcelaine est le produit d'une maière à demi fondue, tandis que celle des Chinois est formée d'une pâte infusible, imbibée d'une espèce de verre Iqui la durcit et*lui donne son éclat. Notre porcelaine est tendre, celle de la Chine dure. Une fois la distinction bien établie, on s'efforça défaire disparaître la différence, et depuis 4805, la fabrication de la première espèce est à peu près abandonnée. Il en reste, comme spécimen, ce que nous appelons le vieux Sèvres; très-recherché, comme on sait, qu'il soit sorti de la manufacture royale ou de ces fabriques rivales, auxquelles la perfection de leurs ouvrages de concurrence avait fait interdire, par une ordonnance de 4776, le droit de faire des fleurs en relief et peintes autrement qu'en bleu.
Ferre. — Aristophane parle de coupes de verre dans lesquelles on buvait.
Pline raconte avec des détails curieux l'invention du
verre que Ton rapportait à une circonstance fortuite *, Nous recommandons aux habiles de notre industrie moderne cet autre passage du même écrivain :
a On raconte que sous l'empire de Tibère on imagina une modification du verre qui le rendait flexible, et que toute la fabrique de l'artiste fut enlevée et abolie, pour prévenir le décri où seraient tombés le cuivre, l'argent et l'or : le bruit de ce fait a duré longtemps; mais le fait lui-môme reste à constater. »
Obsidienne et verroterie antique. — Dans la classe du verre, Pline range aussi les vases obsidiens , ainsi nommés à cause de leur ressemblance avec la pierre qu'Obsidius trouva en Éthiopie, qui est d'un très-beau noir et quelquefois transparente, mais d'une transparence mate, en sorte qu'attachée en miroir contre la pierre d'un appartement, elle rend plutôt l'ombre des objets que les objets mômes. On en faisait des pierres de bagues. Pline en a vu des statues massives représentant l'empereur Auguste, qui prisait fort cette espèce de verre opaque, et qui dédia lui-même, à titre de merveilles, au temple de la Concorde , quatre éléphants de pierre obsidienne. « Nous observerons, ajoute-t-il aussi, que l'empereur Tibère envoya aux Hiérapolitains pour leurs cérémonies religieuses, une effigie obsidienne de Ménélas, ce qui nous doit donner une haute opinion de l'antiquité de cette pierre, confondue aujourd'hui avec 1(5 verre par le commun des hommes. » Xénocrate écrit que la pierre obsidienne se trouve dans l'Inde, à Samnium en Italie, et sur la côte océanique de l'Espagne. On faisait de l'obsidienne artificielle dans les verreries
i . Voy. les CuriosiiU de l'afcteologie, p. 369.
où l'on colorait le verre. On avait des plats et autres vaisselles de table de cette matière factice. On y faisait aussi, sous le nom de verre sanguin (hsematinum), du verre tout rouge, et même d'un rouge si chargé, qu'il rendait ce verre tout opaque. On y faisait encore du verre blanc, du verre myrrhin, du verre qui imitait le saphir, l'hyacinthe et les autres couleurs des pierreries» Enfin nulle matière n'était plus maniable que le verre et plus propre à prendre toutes les teintures, « mais, remarque Pline, il n'y en a pas qu'on estime autant que le verre blanc bien transparent, à cause de son extrême ressemblance avec le cristal : il est même parvenu, dans l'usage, à bannir des buffets et des tables les coupes et gobelets d'or et d'argent. Cependant le verre a ce défaut qu'il ne soutient point une liqueur chaude, à moins qu'on ne mette d'abord dans le vase de la liqueur froide. Un globe de verre creux, rempli d'eau, exposé aux rayons du soleil, s'échauffe tellement, qu'il brûle une étoffe. On parvient bien à agglutiner entre eux des verres cassés qu'on remet dans les fournaux , mais on ne peut les fondre entièrement qu'en les concassant en très-petites parcelles. »
Chez les Mexicains on se servait de morceaux d'obsidienne pour garnir des glaives de bois qui devenaient ainsi des armes redoutables. C'est avec une lame de ce genre que le grand-prêtre ouvrait la poitrinedes victimes humaines. Le glaive de justice des caciques était garni de morceaux d'obsidienne.
Dans les sépultures mexicaines et péruviennes on a trouvé des miroirs d'obsidienne, dont la forme est généralement ronde. Ils ont d'un à quatre et même cinq décimètres de diamètre, il y en'de convexes et de con-
caves. Chez les Péruviens, le feu de chaque foyer devait se renouveler chaque année à un nouveau feu que le villac-vmU) grand devin, recueillait de la main même du soleil, à l'époque du solstice de juin. Il se servait d'un miroir d'obsidienne pour allumer, par la concentration de quelques rayons, un peu de charpie de coton; le nouveau feu, porté chez les vierges épouses du soleil, était entretenu jusqu'à l'année suivante.
Verreries antiques. — Une verrerie antique, au rapport de Pline , se composait de plusieurs fourneaux contigus, comme ceux des fondeurs de cuivre. On faisait d'abord fondre, dans un premier fourneau, du sable blanc pilé, recueilli à l'embouchure du Vulturne; avec trois parties de nitrum (carbonate de potasse ou de soude). On y ajoutait une certaine quantité d'oxyde de fer (aimant), et même quelquefois des coquilles de crustacés. On reprenait ensuite celte masse fondue et refroidie (appelée ammon-nitron, sable-nitre), pour la faire recuire dans un second fourneau. C'est après cette seconde fusion que l'on obtenait le verre pur, sous la forme d'une masse vitreuse et transparente (massa vitri candidi). Cette masse était ensuite travaillée dans les ateliers, où les uns lui donnaient en soufflant la forme qu'ils voulaient (aliud flatu figuratur), tandis que les autres la façonnaient au tour ou la ciselaient comme . une matière d'argent (aliud torno teritur, aliud argenti modo cœlatur).
Du temps de Pline, on commençait à établir des verreries dans les Gaules et en Espagne. Cependant le verre était encore fort cher à Rome sous les premiers empereurs. Néron paya deux coupes de verre jusqu'à 6,000
sesterces (environ 600 francs). Pline dit que les vasesde verre étaient même préférés aux vases d'or et d'argent. Nous pensons que cette cherté excessive ne peut s'expliquer que par un curieux travail d'artiste.
Cependant ce n'est que vers la 6n du 111 e siècle que le verre se substitue, dans les maisons riches, et seulement là, aux feuilles de talc, ou de cristal de roche dont on garnissait les fenêtres en pareil lieu. L'usage de ces feuillets de pierres, ni même celui du verre, n'a jamais été assez commun avant notre époque, pour que les pauvres aient pu avoir autre chose que des volets de bois pour garnir leurs fenêtres et se préserver du froid et de l'humidité. Dans le récit de son ambassade auprès de Caligula, Philon dit : « Cet empereur courut dans une grande chambre, et se promenant de long en large, il ordonna qu'on ouvrit les fenêtres, faites de pierres presqu'aussi transparentes que le verre; elle3 n'interceptent point la lumière, tout en empêchant le vent d'y pénétrer, et elles préservent contre la chaleur du soleil.»
Gentilshommes souffleurs. — En France, dans nos verreries modernes, les ouvriers manchonniers (ceux qui soufflent les manchons ou cylindres qu'on étend encore chauds pour fabriquer le verre plat) n'enseignent leur métier qu'à leurs enfants. C'est presque, dit M. Bontems, directeur de la verrerie de Choisy-le-Roi, le seul privilège qui ait survécu à la révolution de 89. Une partie des ouvriers verriers, principalement les ouvriers en bouteilles, les souffleurs, étaient reconnus nobles. Les gentilshommes ne dérogeaient pas dans cette profession. Quand le verre était fondu, Messieurs montaient sur place pour souffler les bouteilles. Les ouvriers manchon-
niers n'étaient pas nobles, mais comme on fut obligé dans le principe d'en faire venir d'Allemagne , ces ouvriers convinrent entre eux de ne pas former d'autres élèves que leurs enfants. C'est ainsi que le privilège s'est maintenu dans ces familles, et que le prix de cette maind'œuvre est resté assez élevé. En Belgique, quelques maîtres de verrerie ont formé des souffleurs de verre à vitre qui n'étaient pas du sang, mais avec grand' peine, et l'on peut dire que les manchonniers ont réussi jusqu'à présent à conserver le monopole de cette industrie.
C'est un édit d'Henri IV qui avait permis cette noblesse. Saint-Amand le poète n'en avait pas d'autre. Elle lui valut cette épigramme de Maynard.
Voire noblesse est mince, Car ce n'est pas d'un prince, DaphnK que vous sortez.
Gentilhomme de verre, Si vous tombez par terre, Adieu vos qualités.
Chaux et ciment. — Soumettre une pierre d'une certaine nature à l'action du feu, dit M. Girard dans un Mémoire à l'Académie des sciences en 4848, la rendre ainsi susceptible de former avec l'eau une sorte de pâte, composer de cette pâle et d'une quantité déterminée de sable ou d'autres matières pulvérulentes un mélange susceptible de s'endurcir par le temps, à l'égal des pierres naturelles, auxquelles il est destiné à servir de liaison, sont autant d'opérations qui supposent nécessairement le peuple chez lequel on les mit pour la première fois en pratique, déjà parvenu à un état avancé de civilisation. Cependant les blocs de pierre de taille qui forment les assises horizontales des pyramides d'Égypte,
c'est-à-dire des plus anciens monuments connus, sont déjà liés entre eux par un ciment composé de chaux, de sable et de fragments de briques, tandis que les constructions qui furent désignées par les anciens sous le nom de cyclopéennes, et qui appartiennent aux premiers âges de la Grèce, sont, comme on sait, formées de prismes horizontaux à bases irrégulières, posés les uns sur les autres sans aucun ciment intermédiaire. C'est à la perfection avec laquelle leurs faces latérales sont dressées et à l'exactitude de leur juxtaposition qu'il faut attribuer la belle conservation des murs antiques, où on les retrouve encore aujourd'hui. Or, en Grèce et dans la partie de l'Italie où les Grecs vinrent s'établir, les murs cyclopéens servent de soubassement à des constructions évidemment postérieures qui ont leurs matériaux unis par des ciments calcaires : ce fut donc à une époque moins reculée que celle de la construction des murs cyclopéens que l'usage de ces mortiers fut apporté, de l'Orient, clans les régions de l'Europe les plus anciennement civilisées.
Si, comme on l'assure, il n'entre pas de mortier dans la maçonnerie de la grande cloaque que Tarquin l'Ancien fit construire à Rome, environ 600 ans avant notre ère, ce fut dans l'intervalle des trois cents années qui suivirent que l'usage des ciments calcaires s'y introduisit : ils entrent en effet dans la maçonnerie de la voie Appienne, et ils étaient indispensables pour celle de l'aqueduc destiné à amener l aqua Claudia sur le mont Aventin. Or, ces deux grands monuments d'utilité publique, les premiers de ce genre que l'on ait érigés, sont précisément de la même date, et ont eu l'un et l'autre pour fondateur Appius Claudius, qui exerçait sa magistrature l'an de Rome 44* . Ainsi l'usage de la chaux pour
la préparation des mortiers était nécessairement connu en Italie trois cent treize ans avant l'ère chrétienne.
On attribue généralement à Vitruve d'avoir indiqué le premier les proportions suivant lesquelles le sable et la chaux doivent être mêlés pour la préparation du mortier; c'est une erreur. Deux cents ans avant Vitruve, Porcius Caton, le plus ancien de tous les écrivains romains dont les ouvrages nous soient parvenus, avait dit, dans son traité de Re rustica, non-seulement qu'on devait composer le mortier de deux mesures de sable et d'une mesure de chaux, mais encore il avait spéciûé le9 caractères extérieurs de la pierre calcaire que l'on croyait de la meilleure qualité et ceux auxquels on jugeait que la cuisson était achevée. Il avait décrit la forme et les dimensions des fours à chaux, et fait connaître les conditions à stipuler dans les marchés avec les chaufourniers, ce qui suppose un usage déjà très-étendu de la matière qu'ils préparaient.
Vitruve, à la vérité, entre dans de plus grands détails, il distingue différentes espèces de sable et regarde comme le plus convenable à la fabrication du mortier, le sable fossile le plus âpre au toucher, sans aucun mélange de terre, et qui, jeté sur une étoffe blanche, n'y laisse point de tache après qu'on Ta secoué. Vient ensuite le sable de rivière, puis enfin celui dè mer qu'il place au dernier rang, attendu, dit-il, que le mortier qui en est composé sèche difficilement. Quant aux proportions de chaux et de sable, il les fait varier suivant l'espèce de celui-ci.
Ainsi il prescrit de mêler une partie de chaux éteinte avec trois parties de sable fossile, ou deux parties seulement de sable de rivière ou de mer, en observant que l'on rend le mortier fait avec ces deux dernières espèces de
m CURIOSITÉS DES INVENTIONS, ETC.
sable beaucoup meilleur par l'addition d'une partie de tuileaux concassés.
C'est lui qui le premier signale les propriétés de la pouzzolane 1 ou poudre de Pouzzoles. Il dit qu'on la trouve aux environs de Baïes et du mont Vésuve, et que mêlée avec la chaux et les pierres, elle donne à la maçonnerie ainsi composée la faculté de s'endurcir merveilleusement, non-seulement dans les édifices ordinaires, mais même au fond de la mer. Il prescrit ailleurs, pour la fondation des môles que l'on place à l'entrée des ports, l'emploi d'un mortier composé d'une partie de chaux et de deux parties de pouzzolane. C'est aussi dans cette proportion qu'il indique de mélanger la chaux et la brique pilée, pour composer la forme de mortier, sur laquelle le pavé des maisons et des terrasses devait être assis : car il paraît que dès lors la pouzzolane était exclusivement réservée pour les constructions hydrauliques.
Les divers passages de Vitruve, dont nous venons de rappeler la substance, semblent laisser incertaine la question de savoir dans quel état se trouvait la chaux lors de son emploi. Était-elle éteinte d'avance et réduite en pâte? ou bien l'employait-on au sortir du four, à l'état de chaux vive? L'attention que met cet auteur à recommander de ne se servir, pour faire du stuc ou des enduits, que de chaux vive éteinte depuis longtemps, fonderait à croire que, pour les mortiers ordinaires, la chaux était éteinte pendant l'acte môme de la fabrica-
\. Le docteur de démenti délia Pace a prouvé, dans une savante dissertation lue à l'Académie de Florence, qu'elle était la base du gluten employé par les anciens, non seulement pour leurs monuments, mais aussi pour la construction de leurs chemins.
lion. I! prescrit (l'enduire les parties basses d'un édifice et colles qui sont constamment exposées à l'humidité, non pas de mortier fait de chaux et de sable, mais de mortier de chaux éteinte et de ciment de brique.
La lacune existante pour les autres arts antiques entre la chute de l'empire romain et la renaissance des arts en Europe, n'existe pour ainsi dire point pour Parch' tecture, son histoire est écrite par les monuments eu A mêmes de chaque siècle. Si le goût particulier des peu pies du Nord modifia l'ancienne forme des édifices, il est très-vraisemblable qu'ils ne changèrent rien aux procédés de l'art de bâtir que la tradition avait conservés dans le pays qu'ils subjuguèrent. Aussi voit-on, dans le xv c et le xvi e siècles, Léon Batiste Alberti, Palladio, Scamozzi en Italie, et Philibert de Lorme, en France, répéter sur la fabrication du mortier les prescriptions de Vitruve. Ce fut dans les parties septentrionales de l'Europe, où Tâpreté du climat soumet les constructions hydrauliques à des chances de destruction plas nombreuses, que Ton songea d'abord à substituer des matières indigènes à la pouzzonale d'Italie qu'on n'y pouvait apporter qu'à grands frais.
Ainsi nous voyons les Hollandais les premiers lui substituer le strass dÀndeinnach , qui n'est qu'un tuf volcanique des bords du Rhin.
Chauffage. — M. Pec'et classe ainsi les modes de chauffage :
1° Chauffage direct par la combustion. Le procédé consiste à brûler un combustible dans un vase ou sur une aire placée au milieu de la salle. Il fut longtemps le seul employé. Il Test encore en Espagne, en Italie et dans l'Amérique du Sud.
2° Chauffage par le rayonnement du combustible, cheminées. La France et l'Angleterre sont presque entièrement chauffées par des foyers ouverts, chargés d'un combustible qui n'échauffe la salle que par son rayonnement. Un conduit, ménagé dans une des murailles, conduit la fumée au-dessus du toit de la maison.
La chaleur rayonnante n'est pour le bois que 25 et pour la houille et le coke que 55 pour cent de la chaleur totale dégagée par le combustible brûlé, et la meilleure cheminée ouverte n'en utilise que le quart. Ainsi avec le bois une cheminée ouverte n'utilise que 6 pour cent environ de la chaleur totale dégagée par le combustible, et 13 pour cent avec le coke et la houille. Ce chauffage est donc le plus coûteux de tous. Mais il est agréable et sain pour tenir les pieds plus chauds que la tète et avoir toujours un air bien renouvelé dans la salle.
3° Poêles. Chauffage simple et économique, car la presque totalité de la chaleur dégagée est utilisée dans la salle, et on peut refroidir la fumée jusqu'à 400 degrés avant de la laisser échapper au dehors.
i° Cheminées-poêles. Ce sont des appareils métalliques, dont le premier exemple fut la cheminée à la prussienne, inventée vers la fin du siècle dernier.
5° Calorifères à air chaud. On suppose que les Romains de l'empire enont fait usage ; on croit en retrouver des traces dans plusieurs de leurs édifices, et notamment dans un palais de Dioclétien. Nos modernes, qui datenl d'une cinquantaine d'années, sont des appareils dans lesquels un foyer, avec une enveloppe et des surfaces de transmission, échauffe de l'air pris à l'extérieur pour l'envoyer dans une ou plusieurs salles plus ou moins éloignées, à la différence des poêles, qui sont placés dans les pièces même à chauffer.
6° Chauffage par la vapeur. Il date d'environ vingtcinq ans. On construit un appareil à produire !a vapeur, une chaudière; on y adjoint des tuyaux de distribution et de transport qui conduisent la vapeur dans do vastes récipients où elle vient se condenser et se reformer en eau. Dans cette transformation il se dégage tout à coup une quantité énorme de chaleur, qui existait dans la vapeur à l'état latent. C'est 'cette chaleur qui rayonnant à travers le fort métal des récipients se propage dans les salles que l'on veut échauffer.
7° Chauffage par l'eau cheude. L'invention en est due à Perkinsen 4837. Le Français M. Léon Duvoir en a fait d'heureuses applications à plusieurs de nos édifices : on l'emploie aujourd'hui généralement pour le chauffage des serres.
Une chaudière échauffe de l'eau à 400 degrés, si l'on se contente de la pression ordinaire de l'atmosphère, et à des températures très-é!evées, pour peu que l'on comprime l'eau dans l'appareil. Cette eau prend passage
dans une série de tuyaux qui monte d'étage en étage et fait retour dans la chaudière, par Tunique raison qu'elle trouve les tuyaux de retour moins chauds que ceux du départ : la circulation une fois établie se continue sans la moindre interruption.
On peut dire que ce n'est que" d'aujourd'hui qu'on commence à comprendre la science du chauffage. Louis XIV, dans ses immenses salons, souffrait du froid et s'enveloppait de paravents au coin d'une vaste cheminée dans laquelle disparaissait le bois d'une forêt. Madame de Maintenon, assise à l'autre coin, devait se couvrir de fourrures et s'abriter dans une petite niche portative, qui ressemblait assez au tonneau des revendeuses. Saint Simon raconte que, pour travailler à son aise pendant les grands froids, il faisait monter une boîte de carrosse dans son cabinet, et s'enfermait dans cette boile qui lui servait de cabinet plus intime
C'est depuis peu qu'on a démontré, par le calcul, que le bon tirage d'une cheminée dépend de la hauteur de son tuyau, ainsi que de sa largeur. Les ordonnances de 171 2 et de 1723, qui voulaientqu'on donnât aux cheminées 3 pieds de largeur sur 10 pouces de profondeur, consacraient un inconvénient. Les cheminées fumaient infailliblement de par la loi. Jusqu'à Rumfort il en fut ainsi; les améliorations qu'on lui doit sont excellentes et trèssimples. Il rétrécit l'orifice de communication avec le tuyau ; diminua le foyer en hauteur, largeur, profondeur, et de plus imagina les parois latérales inclinées.
La plus haute cheminée qui existe au monde est une cheminée construite, il y a quelques années, à Manches-
1. Quelquefois on se contentait de simples braseros, a la mode d'Espagne. Coulanges en parle dans ses mémoires.
ter pour une usine. Elle a 125 mètres de hauteur, son diamètre extérieur à la base est de 7 mètres 50, et au sommet de 2 métros ÎO. On a employé à sa construction plus de K millions de briques. — Elle est à peu près deux Jois aussi haute que la colonne Vendôme, qui n'a que 71 mètres y compris le piédestal.
Si l'homme moderne envoie vers le ciel un peu moins d'encens, il continue du moins à lui envoyer plus de fumée que jamais.
Lampes à courant d'air. — Les premières lampes à courant d'air, avec un verre servant de cheminée, ont été exécutées par Argant, citoyen de Genève. Lange les perfectionna. Le Français Quinquet voulut s'emparer de l'invention et réussit à lui donner son nom. Argant réclama, Lange revendiqua seulement la cheminée *.
Mais, dit Montucla, il y avait longtemps que Léonard de Vinci avait observé que si la mèche d'une lampe était percée, la couleur de la lumière serait uniforme. Clays assure que Franklin avait construit une lampe où il y avait un double courant d'air : un intérieur, l'autre extérieur, avec une mèche circulaire.
Lemonnier, le médecin, avait très-anciennement une lampe où l'air passe au milieu. Montucla cite aussi une autre lampe acheminée, pour faire consumer le charbon de la mèche.
Franklin avait remarqué quo les flammes de deux
4, On trouve de curieux détails sur celle usurpation de M. Quinquet dans un des articles du Vieux-Neuf, de M. Ed. Fournicr, détails empruntés depuis presque textuellement, sans indication de source, par M. I* Figuier, daus son travail sur V Histoire de l'éclairage, que la Revue de Paris a publié.
chandelles réunies donnent beaucoup plus de lumière que quand elles sont séparées ; il croyait que cela venait de la clialeur, qui s'augmentait par la réunion.
En 4801, Carcel et Carreau donnèrent un nouveau perfectionnement à ces lampes à cheminée, en faisant que l'huile monte et que la lampe soit toujours pleine, l'huile arrive toujours froide à la mèche. La mèche est toujours également abreuvée; il n'y a point d'ombre donnée par le réservoir; on élève la mèche au point le plus convenable pour le verre, relativement à son épaisseur et à sa transparence, et l'on cherche ainsi le point le plus favorable : une lampe éclaire comme onze bougies.
Gaz. — Dans un excellent article sur l'éclairage au gaz, M. Gibon nous apprend qu'un Anglais, Murdoch,fut le premier, en 4792, à en faire une application heureuse. Avant lui certains auteurs ont parlé vaguement de la nature du gaz que la houille renferme. Ainsi le docteur Clayton, en 4737 et 4 738, cherchait par quelques expériences la nature des gaz produits par la houille qu'il distillait en vases clos; il n'arriva à rien de posilif. Il donna à ces gaz carbonnés le nom d'esprit de houille. C'est seulement en 4786 1 que parut le thermolampe de l'ingénieur français Lebon ; c'est à lui sans contredit que l'on doit la théorie de celte industrie. Murdoch attendit dix ans, de 4792 à 4802, que la pratique eût suffisamment consacré les avantages de sa découverte, pour établir une usine importante destinée à l'éclairage d'un vaste
\ . Les Belges font remonter la découverte à deux années auparavant, au profit de leur compalriole Minkelers, dont ils citent ta brochure publiée en 4784, Mémoire sur l'air inflammable.
établissement anglais, de l'atelier de construction de machines à vapeur de Watt et Bolton, à Soho, près Birmingham. Cette application permit d'apprécier les nombreux avantages du nouveau mode d'éclairage. A cette époque, Winsor s'occupa avec beaucoup de succès de cette industrie; il tenta ses premiers essais en pays étrangers, à Hambourg, Brunswick, etc. De retour en Angleterre, en 4803, il chercha à l'appliquer en grand. II eut à lutter pendant de longues années contre des habitudes établies et des intérêts positifs, malheureusement aussi contre des résistances sincères, efc des craintes, d'abord fondées, sur la nature des gaz étrangers renfermés dans les produits de la distillation des houilles. C'est seulement en 4812 qu'une compagnie fut autorisée pour l'éclairage de Londres. En 484 5, le môme Anglais Winsor vint en France. La lutte qu'il eut à supporter fut encore terrible; elle fut moins longue, il est vrai, mai* elle fut pour ainsi dire générale, et Winsor dut parler aux yeux pour réussir. En 1847, il éclaira seulement le passage des Panoramas. Plusieurs sociétés prirent successivement naissance; elles échouèrent. La première qui réussit, après des dépenses considérables, est celle connue encore aujourd'hui sous le nom de Société anglaise. Alors l'expérience étant faite, on put organiser sur des bases solides. Des usines modèles ont été montées par les soins d'habiles ingénieurs, et maintenant Paris tout entier jouit de ce mode d'éclairage ; il en est de même d'à peu près toutes nos grandes villes.
Cire. — L'usage d'employer la cire à éclairer l'intérieur des maisons est de la plus haute antiquité dans l'Inde et à la Chine. Les païens mettaient des cierges de-
U6 CURIOSrTÉS DBS INTENTIONS, ETC.
vant les statues de leurs dieux. Dan9 les premiers siècles de l'église catholique, on ne plaçait pas le? cierges sur l'autel, maissur des poutres qui traversaient le sanctuaire ou le chœur : « La meilleure de toutes les cires, dit Pline, est la cire punique qui se blanchissait artificiellement. On prend de la cire jaune, que Ton expose à plusieurs reprises à Faction de l'air. On la fait bouillir dans de l'eau de mer prise à une grande distance de la côte et mélangée de nitre (sel végétal), on écume ainsi la fleur, c'est-à-dire la partie la plus blanche, et on la met dans un vase contenant un peu d'eau froide. On la fait bouillir de nouveau et séparément avec de l'eau de mer, et on laisse refroidir le tout. Ayant répété trois fois cette manœuvre, on fait sécher la cire au soleil et à la lune sur une claie de jonc. Mais de peur qu'elle ne se fonde on la recouvre d'un linge fin. Enfin elle devient très-blanche après cette exposition au soleil. On noircit la cire avec de la cendre de papier et on la rougit avec de l'orcanette. On la teint encore avec plusieurs autres couleurs, et on lui fait prendre toutes les empreintes possibles. La cire est employée dans une infinité d'usages : appliquée en guise de vernis, elle sert à la conservation des murs et des armes. *
Âdipocire et stéarite. — Lorsqu'on l'année 1786 et 4787 on fouilla, pour l'assainir, l'ancien cimetière des Innocents à Paris, et que l'on en transporta les ossements dans les Catacombes, on remarqua qu'un* grand nombre de cadavres, et en particulier ceux qui avaient été enterrés quinze ans auparavant dans une fosse commune , et dont les bières, au nombre de quinze cents , avaient été entassées tout à fait les unes sur les autres >
s'étaient transformés en une matière blanche et savonneuse. Ces corps s'étaient aplatis sous leur pression mutuelle ; et quoiqu'ils conservassent généralement leurs formes, il s'était déposé autour des os d'un grand nombre d'entre eux une substance d'un blanc grisâtre un peu molle et flexible. Fourcroy présenta à l'Académie des sciences, en 4789, un Mémoire sur ce phénomène, dans lequel il démontra que le corps gras en question était un savon ammoniacal contenant du phosphate de chaux ; que de môme que le spernxaceti (blanc de baleine), il prenait, par un refroidissement spontané , une structure cristalline et foliacée, et que, comme la cire, il devenait granulaire par un refroidissement rapide. Il l'appela , en conséquence, adipocire. Son point de fusion était 52° 5 centigrades. Il compara aussi cette espèce de savon à la graisse des calculs qui se forment dans le fiel , et il supposa qu'il était un produit naturel de la décomposition Jente de toute matière animale, à l'exception des os, des ongles et des poils.
Cette substance fut de nouveau examinée par M. Chevreul en 4 84 2 , et ce chimiste trouva qu'elle contenait de l'acide margarique et de l'acide oléique , combinés avec une matière colorante , jaune et odorante, de l'ammoniaque, un peu de chaux , de potasse, d'oxyde de fer, d'acide lactique et d'une substance azotée. Cette matière doit donc être considérée comme une combinaison des acides margarique et oléique et en proportions variables (d'où provient sa fusibilité également variable), et n'a aucune analogie soit avec le blanc de baleine, soit avec la graisse des calculs du fiel, comme l'avaitadmis Fourcroy.
D'après MM. Gay-Lussac et Chevreul , cet adipocire provient seulement de la graisse préexistante dans le
corps mort, et non de Pallération de la chair musculaire, des tendons ou des cartilages, ainsi qu'on l'avait d'abord présumé; ce qui avait donné lieu à des essais dispendieux et sans résultat pour convertir sur une grande échelle, en adipocire, les cadavres des bètes à cornes, et les rendre propres à la fabrication des chandelles et du savon , par leur seule exposition pendant quelque temps à l'humidité.
M. de Harlkohl a fait, pendant vingt-cinq ans, sur ce sujet, une série d'expériences desquelles il a conclu : 4* qu'il n'y a aucune formation d'adipocire dans les corps enterrés dans un terrain sec; 2° que, dans la terre humide, la graisse d'un corps mort n'éprouve pas d'augmentation, mais qu'elle se change en une matière savonneuse fétide, incapable d'être transformée en chandelle ou en savon ; — 3° que les corps morts des mammifères, immergés dans l'eau courante donnent, après trois ans de séjour dnns cette eau, une matière graisseuse pure, qui est plus abondante chez les jeunes animaux que chez les vieux ; — 4° que les intestins en fournissent plus que les muscles ; — 5° qu'avec cette graisse on peut, sans la purifier, faire des chandelles aussi exemptes d'odeur, aussi fermes et aussi blanches que les bougies de cire blanchie ; — 6° qu'avec des corps morts immergés pendant trois ans dans de l'eau stagnante, il y a plus de graisse produite qu'avec ceux qui ont séjourné dans l'eau courante , mais que cette graisse a besoin d'être purifiée avant d'ètro transformée en chandelles ou en savon.
Lumière électrique. — Le premier essai en a été tenté, en l'an 1840, sur la place de la Concorde à Paris f . •
i. Voy. l'article et la gravure donnés par Y Illustration, no 35.
L'un des pavillons portant les statues qui ornent cette place (celui de Lille) servit à l'expérience. On plaça sur les genoux de la statue une planchette supportant un globe de verre, de forme ovoïde, renfermant un appareil de Davy, qui consiste en deux tiges de cuivre munies de charbon à leur extrémité supérieure, lesquels charbons sont imbibés de mercure et taillés en cône. Ces tiges devaient , après que le vide aurait été opéré sous le globe au moyen d'une machine pneumatique, projeter un jet de lumièro lorsque, par leur extrémité inférieure, elles seraient mises en communication avec les deux pôles d'une pile galvanique placée dans l'intérieur du pavillon. Cette pile, conforme à celle qu'a fait connaître M. Bunsen , avait été établie par MM. Deleuil , opticien > et Archereau , qui devaient expérimenter eux-mêmes.
La pile galvanique, qui devait produire le courant constant, était disposée sur une table et composée de deux cents éléments ou couples, suivant le système de M. Bunsen de Marbourg. Les deux derniers éléments terminant la pile portaient deux liges, auxquelles se fixaient les deux fils en métal qui, sortant par la croisée, allaient rejoindre les extrémités inférieures des deux tiges de cuivre munies de charbon conique, sous le verre fixé sur la planchette que portaient les genoux de la statue.
La pile ayant été mise en action, et produisant le courant constant nécessaire, Ton a éteint tous les becs de gaz de la moitié de la place , au nombre de 50 dans le sens de la longueur, la place contenant 100 becs, dételle sorte que du milieu de la place, à partir de l'obélisque jusqu'au jardin des Tuileries , il régnait une obscurité complète.
Le vide ayant été opéré sous le globe, qui avait 30 centimètres de diamètre, l'on a vu de suite apparaître un
jet de lumière sortant des deux pointes de charbon. Cette lumière effaçait de beaucoup celle du gaz et donnait à la flamme de ce dernier la couleur de celle d'une mauvaise lampe. L'éclairage électrique, d'une couleur blafarde comme celle de la lune, projetait des rayons qui ne fatiguaient nullement la vue. Au moyen de deux réflecteurs dont l'un avait 25 centimètres de diamètre, et l'autre 72 , on a envoyé, dans des directions différentes, des projections lumineuses qui se sont étendues jusqu'au Garde-Meuble de la couronne, la base de l'obélisque, la grille du jardin des Tuileries , et assez fortes pour que Ton pût distinguer facilement ces objets comme par un clair de lune. On a pu lire très-facilement , à l'aide de ceravon lumineux, à 150 mètres de distance. L'expérience a duré une heure. L'appareil aurait pu donner, dit-on , une lumière aussi intense pondant six heures.
On a calculé que la pile dont il est ici question a dû produire une lumière égale à celle de 225 becs de gaz réunis en faisceau , ou bien 2.025 bougies stéariques. La dépense aurait été pour cette durée de l'expérience , c'est-à-dire pour une heure entière, de 10 fr . 50 c.
Distribution d'eau à Rome. — « Frontinus, intendant des eaux de Rome sous Nerva et Trajan, et auteur du seul traité ancien que nous ayons sur les aqueducs romains 1 , parle, dit M. de Prony 3 , avec beaucoup de
4. En voici le titre : Ses. Julii Frontini de aquœ duclibus urbis Rotnœ liber. Rondelet en a donné nne traduction française. •2. Nouvelle architecture hydraulique, 4790-1796, 2 vol. gr. in-4<>.
détail des formes et des grandeurs des divers orifices employés de son temps pour fixer les quantités d'eau concédées. Ces orifices étaient, relativement à leurs grandeurs , au nombre de vingt-cinq ; mais l'usage habituel en avait particulièrement consacré quinze. Celui d'entre eux auquel se rapportait le type ou l'unité de distribution était circulaire, avec un diamètre égal à 5/4 de doigt, ce qui lui avait fait donner le nom de quinaire. Les noms des orifices étaient en général dérivés du nombre de quarts de doigt, ou de 64 rs parties du pied romain antique que contenait leur diamètre. La longueur de ce pied, dit M. de Prony, dans un Mémoire, en 4817, telle que je F ai déduite des distances entre les bornes milliaires antiques de la voie Appia, dans la traversée des marais pontins, est de 0 ra 29425, évaluation qui ne diffère de celle de Romé de Lisle que de 4/40 de millimètre , et qui donne pour le doigt, ou seizième de pied , 0-04839.
« Frontinus, continue M. de Prony, ditque la longueurde l'ajutage ou calice ne doit pas être moindre de 42 doigts (0,221). Il recommande scrupuleusement différentes précautions à prendre pour donner à cet ajutage la position convenable, et on est étonné qu'avec des attentions aussi délicates sur cet élément de Fécoulement, il passe absolument sous silence la charge d'eau sur Forifice, qui a une influence encore plus grande sur la dépense.
« Après avoir parcouru son traité avec soin , et avoir lu les auteurs qui ont écrit des mémoires sur les eaux et les aqueducs de Rome, je n'y ai trouvé aucun éclaircissement sur celte particularité du module antique de distribution. Il n'est cependant pas probable que la charge d'eau fût arbitraire, et il devait y avoir à cet égard un
usage dont Fronlinus n'a pas parlé. Mais il me parait hors de doute qu'il n'avait qu'une idée vague des phénomènes qui tiennent à la vitesse des eaux, tant comme cause que comme effets. »
M. de Prony conclut de ses conjectures, pour le quinaire antique, un produit d'environ 56 mètres cubes en vingt-quatre heures. « Ainsi, le rapport entre ce module et l'once romaine moderne qui fournit k\ mc 4 6 en vingtquatre heures, serait sensiblement celui de 44 : 40; mais il existait d'autres modules romains, qui (toujours en admettant les conjectures du commentateur) seraient beaucoup plus rapprochés de la grande once romaine moderne. Ces modules sont celui qui avait l'aire de son orifice égale à un doigt carré, qu'on appelait digitus quadralus, et celui qui avait cette aire égale à celle d'un cercle d'un doigt de diamètre et qu'on appelait digitus rotundus. La grande once romaine étant représentée par 4 00, le digitus quadralus serait 4 4 4 , et le digitus rotundus serait 87.
« L'once d'eau est ainsi une imitation des modules antiques ; le pouce de fontainier me paraît être une imitation beaucoup moins heureuse de la petite once romaine. Je suppose que les inventeurs du module français, ayant considéré que le diamètre de l'orifice qui donne l'once était la 42 e partie de l'unité linéaire romaine, ont voulu, par analogie, donner au diamètre de leur orifice la 42 e partie de l'unité linéaire française, c'est-à-dire un pouce ; mais cette analogie, étendue à la charge sur le centre de l'orifice, aurait fait cette charge de 4 5 pouces, ce qui n'était pas praticable, vu l'excessive grandeur du produit qui en serait résulté. Us ont donc pris Je parti de conserver le produit absolu de la petite once romaine
et ont cherché quelle était la charge, sur le centre de l'orifice circulaire d'un pouce, par laquelle on obtenait ce produit; et voilà ce qui explique, si mes conjectures sont fondées, le peu de différence qui existe entre le pouce de fontainier français et la petite once romaine, différence qui a pu paraître nulle dans des expériences faites avec des appareils qui ne donnent qu'une exactitude médiocre. Mais les inventeurs du module français ont méconnu les bons principes en n'ayant aucun égard à la longueur de l'ajutage, sagement fixée dans le module romain; et, de plus, en augmentant considérablement l'orifice par une analogie mal entendue, ils se sont mis dans la nécessité d'avoir une charge beaucoup trop petite, en sorte que le procédé de jauge français est à tous égards très-inférieur au romain , tant ancien que moderne.
« La Rome antique ne comptait pour rien les eaux du Tibre, qui sont en toute saison extrêmement troubles (on jugeait en ces temps de la bonté des eaux par leur limpidité). Ce fut en Tan 441 do la fondation de la ville qu'Appius fit construire le premier aqueduc. La puissance, la richesse , la population et le luxe, qui augmentèrent ensuite avec une progression rapide, donnèrent des besoins tels, que sous Trajan, il existait neuf aqueducs qui ont été décrits par Frontinus , et qui fournissaient, d'après le relevé qu'il en a fait, 14,018 quinaires d'eau, non compris les pertes occasionnées par les infidélités des surveillants et les dilapidations dont l'intendant des eaux se plaint amèrement. Ces 1 4,018 quinaires donneraient, d'après les concordances établies par M. de Prony, entre les modules antiques et les modernes, un
produit, en vingt -quatre heures, de 785,000 mètre*
cubes, équivalant à 40,900 pouces de fontainier. A cet immense produit s'est réuni celui de cinq autres aqueducs construits après Frontinus, de manière que, dans le I er siècle de notre ère, quatorze aqueducs amenaient à Rome Je tribut de leurs eaux. Jamais ville n'en fut aussi abondamment pourvue ; » nous ajouterons : si ce n'est Londres, qui aspire à passer pour la Rome de cette civilisation moderne dont Paris est l'Athènes.
Distribution d'eau à Londres. — Dans l'année 1 580, un Hollandais, Pierre Morrys, vint trouver le maire de Londres, et lui dit qu'il avait imaginé un projet d'élever l'eau de la Tamise, par la propre force du courant, et de la conduire jusque sur les toits des plus hautes maisons de la Cité. Les habitants étaient las d'être, pour l'approvisionnement de leur demeure, à la merci du porteur d'eau; la population allait croissant rapidement; on accorda au Hollandais la faveur de mettre son projet à exécution à ses frais et à ses risques et périls. Il stipula pour une concession de la première arche, du côté du nord, du vieux pont de Londres; concession qu'on lui accorda pour plusieurs années, moyennant une rente nominale de 40 schellings par année, et il se mit en mesure de construire sa machine. Il marcha si rondement, qu'au bout de quelques mois' les habitants de ce quartier furent tout étonnés de voir une colonne d'eau élevée en l'air à une hauteur qui dépassait le clocher de l'église Saint-Magnus. Le lord-maire et les aldermen assistaient à cette expérience , la première de ce genre qui eût encore eu lieu à Londres. La roue hydraulique de Pierre Morris sous le pont, son appareil de flottage s'élevant et s'abaissant en suivant le mouvement de la marée, son
axe coudé et les seize pompes foulantes qu'il mettait en mouvement, toutes choses aujourd'hui si communes, furent la merveille de l'époque et pendant longtemps le sujet de tous les entretiens. Les conduites de tuyaux en boisd'orme, établies le long de la Tamise, dans la rue aux Poissons et dans la rue Grace-church , les tuyaux étant pourvus de soupapes pour s'opposer au reflux de l'eau soumise à la pression, et chacun portant de petits embranchements pour la distribution de l'eau dans les maisons des deux côtés de la rue , n'excitaient pas une moindre admiration. Il serait difficile d'exagérer la joie de ces heureux propriétaires qui , pour se procurer de l'eau, n'avaiont plus, au lieu du rude travail de la prendre au fleuve ou de la tirer d'un puits , qu'à tourner tout simplement un robinet, sans avoir besoin de sortir de leur chambre.
Machine de Marly. — La grande entreprise de conduire l'eau de la Seine à Versailles est le point de départ des progrès de la science hydraulique en France. L'abbé Caron a donné l'historique de ces intéressants travaux.
Versailles manquait d'eau, et surtout d ? eau potable. Ses environs n'offrent que quelques sources insuffisantes et dont l'eau n'était ni pure ni saine. Louis XIV chargea Colbert, alors surintendant des bâtiments, d'aviser aux moyens de faire venir à Versailles de l'eau potable pour les besoins de la cour et de la ville. On recourut à l'expérience et aux lumières des hommes versés dans la science hydraulique, et ils étaient en petit nombre, car cette science était encore peu avancée en France et en Europe. On crut d'abord devoir consulter Paul Riquet, le célèbre entrepreneur du canal du Languedoc. Paul
Riquet, familiarisé avec les grandes entreprises, proposa de faire venir à Versailles , par le moyen d'un canal , l'eau de la Loire. Ce projet, soumis à l'examen, fut reconnu inexécutable. On jeta les yeux sur la Seine , qui passe à une si faible distance de Versailles. Mais comment espérer de faire monter l'eau de la Seine jusqu'à Versailles, qui est élevé au-dessus du lit de ce fleuve de 141 mètres? C'était toujours là le hic labor, le hoc opus.
Sur ces entrefaites, Colbert apprend qu'un gentilhomme liégeois, le baron Deville, avait fait construire, dans son domaine de Madave, une machine hydraulique qui avait la puissance d'élever l'eau , malgré de grands obstacles qu'il fallut vaincre, à une hauteur considérable. Aussitôt il lui écrit , au nom du roi , pour le consulter sur le projet de procurer de l'eau à Versailles , et l'invite à venir à Paris. La machine du baron Deville avait été construite par un charpentier de Liège, nommé Swalm-Renkin, qu'on prononce et qu'on écrit en France Sualem-Rannequin ou Rennequin Deville part pour se rendre auprès de Colbert , et emmène avec lui le charpentier.
Arrivés à Paris et instruits des désirs du roi, ils parcourent les environs de Versailles et les bords de la Seine ; et après les recherches les plus exactes et les opérations préliminaires, ils s'arrêtent au projet de tirer de la Seine les eaux potables nécessaires à Versailles, et d'établir la prise d'eau dans le voisinage de Bougival , un peu au-
1. Voy. sur Rennequin, et sur la tentative que fit d'abord Deville pour s'attribuer son invention , les Mélanges de littérature et d'histoire du baron de Villanfagne, p. «32-133.
dessous du village de la Chaussée, au-dessous de Louveciennes.
Mais il restait à trouver une force motrice assez puissante pour faire franchir à l'eau la colline qui sépare la Seine du plateau où il fallait la faire arriver, pour la conduire de là à Versailles.
Louis XIV témoigne le désir qu'il soit fait un essai, pour s'assurer de la possibilité d'exécuter un si vaste projet. Un modèle de mécanisme hydraulique est présenté par les deux Liégeois, et on choisit pour le mettre en œuvre la partie de la Seine située au-dessus du château de Saint-Germain. L'expérience est faite en présence du roi , des ministres , des seigneurs de la cour et des savants qui avaient été appelés, et , à la satisfaction de tous les spectateurs , on vit monter l'eau du lit de la rivière jusque sur la terrasse de Saint-Germain.
Après cette expérience, qui ne laissa plus d'incertitude dans les esprits, on commença, en 4675, la construction de la mémorable machine, qui fut achevée en 4682, année où Louis XIV vint habiter Versailles. L'eau n'arriva dans les réservoirs de Versailles qu'à la fin de l'année 4685.
Sa construction et son entretien coûtèrent, jusqu'à 4690, la somme de 3,000,674 livres de ce temps, ce qui, d'après la valeur monétaire de cette époque comparée à <îelle de nos jours, reviendrait à 8,266,500 francs.
Dans la biographie de Rannequin, M. de Prony donne une appréciation judicieuse de cette machine.
« Le barrage qui procure la chute et la force motrice, a été formé entre la rive gauche de la Seine et les atterrissements ou îlots Lalorge et Gauthier réunis. Toute la longueur du fleuve, depuis le port Marly jusqu'à Bezons,
était, avant le xvn* siècle, presque entièrement divisée en deux bras par une suite d'îlots qui ont été réunis pour en former une seule digue longitudinale de 10,150 mètres (environ deux lieues et demie) et avoir, sur toute cette étendue, une grande partie des eaux de la Seine exclusivement employée à fournir le mouvement à la machine. Par cette opération Ton n'a laissé, du côté de la rive droite, qu'un canal difficilement praticable à la navigation . Àu-de9S0usde la chute étaient établies quatorze roues hydrauliques, de 36 pieds de diamètre chacune, mues par le fluide qui se précipitait du haut de cette chute. Ce système de roues mettait en jeu 64 pompes prenant immédiatement Peau du fleuve et la refoulant à un puisard placé sur le penchant de la montagne. L'eau, élevée à ce premier puisard, y était reprise par 79 pompes et refoulée une seconde rais jusqu'à un second puisard supérieur au premier. Là 78 autres pompes achevaient d'opérer l'ascension de l'eau jusqu'au haut de la tour, dont la plateforme supérieure est élevée au-dessus de9 eaux moyennes de la Seine de 154 mètres 7/10 et qui se trouve- placé à 1,226 mètres de distance horizontale de la machine en rivière, ou du premier mobile. La tour est bâtie à l'origine d'un magnifique aqueduc de 643 mètres de longueur, que l'eau élevée parcourt avec la seule déclivité d'écoulement. Cet aqueduc fournit un très-beau point de vue au pays environnant; mais sa dépense, qui a dû être considérable, n'est motivée en aucune manière par des raisons hydrauliques. On voit, par ce qui précède, que le produit de la machine était le résultat du travail de 221 pompes, placées tant dans le lit du fleuve que dans deux puisards établis sur le penchant de la montagne, (sans parler des pompes auxiliaires qui n'avaient pour objet
que le jeu du mécanisme). Or la complication apparente de cette machine, son aspect gigantesque, qui a principalement fait sa réputation, tenaient à ce que les deux systèmes de pompe6 qui reprenaient, à mi-côte, l'eau refoulée immédiatement de la Seine, ne pouvaient avoir de mouvement qu'en vertu de la force motrice transmise du point inférieur du système général, et émanant des eaux mêmes du fleuve. En conséquence les roues hydrauliques tournant par l'impulsion de l'eau de ce fleuve, avaient deux fonctions : l'une était de faire mouvoir le système de 6i pompes fournissant l'eau que reprenaient successivement les deux systèmes supérieurs; l'autre- de mettre en jeu les longues suites de pièces de communication de mouvement, au moyen desquelles les pompes des deux systèmes supérieurs pouvaient faire leur service. Ainsi les pompes du puisard le plus élevé agissaient en vertu d'une impulsion donnée à des distances de ce puisard, l'une verticale de 4 00 mètres 4/4, l'autre horizontale de 674 mètres. Cette transmission de mouvement s'opérait par l'intermède de plusieurs couples de chaînes de fer partant du fleuve et aboutissant aux points où le mouvement devait être transmis. Chaque couple avait -ses deux chaînes dans un même plan vertical attachées, d'espace en espace, aux extrémités des balanciers, dont les axes de «rotation, placés à mi-distance entre les deux chaînes, étaient posés sur des cours de lices établis sur des chevalets. Des manivelles en fer, fixées aux extrémités des axes des roues hydrauliques, agissaient sur les chaînes dans le sens de leur longueur, par l'intermède de pièces de traction et de rotation , désignées par les noms de bielles et de varlets ; en résultat, lorsque la •chaîne supérieure d'un couple était tirée et se mouvait
dans le sens de la descente de la montagne, l'inférieure se mouvait dans le sens de la montée, et réciproquement. Ces allées et venues oscillatoires, qui se répétaient plusieurs fois par minute, produisaient des oscillations correspondantes dans les pièces du mécanisme auxquelles les points supérieurs des chaînes étaient attachés, et par suite l'ascension et la descente des pistons des pompes de reprise des puisards. Ces indications sommaires suffisent pour motiver l'énorme quantitéde fer et de bois dont la montagne se trouvait couverte sur une longueur d'environ 700 mètres. Les mouvements bruyants de toutes ces masses, dont on ne pouvait pas, sans instruction et sans étude, saisir la correspondance avec le premier mobile, excitaient l'étonnement et l'admiration des hommes étrangers à la science des machines; et cependant le mécanisme, examiné dans ses détails, ne présentait au fond que des procédés assez simples.
• a II était naturel, d'après la grandeur du système mécanique qu'offrait la montagne de Marly, de supposer qu'une immense quantité d'eau franchissait le sommet. Malheureusement Ie3 curieux qui avaient le courage de monter au haut de la tour, se trouvaient désenchantés à l'aspect du mince filet d'eau qui arrivait à l'aqueduc. L'auteur de cet article a constaté, en l'an 4794, au mois de juin, que la chute du fleuve au barrage était de 4 mètre 645 millimètres; et d'après les méthodes de jaugeage les plus exactes, il a trouvé le volume d'eau qui tombait de cette hauteur, pendant une seconde de temps, égal à 55 mètres cubes 676 millièmes. En calculant, d'après ces données et avec les réductions convenables, l'effet utile dont serait capable une machine qui mettrait à profit l'énergie entière de la force motrice due à la hauteur
DISTRfBUTION D'EAU. 461
de la chute et à son volume d'eau, il a reconuu que cette machine pourrait élever au sommet de la tour, ou à 455 mètres de hauteur, 6,920 mètres cubes d eau en vingt-quatre heures. (Le grand géomètre Lagrange, qui était fort curieux de ces sortes de recherches, a vérifié les calculs.) Or, d'après les relevés faits sur plusieurs dizaines d'années, le produit effectif moyen de l'anciennne machine n'excédait pas la sixième partie du produit possible, c'est-à-dire 4,150 mètres cubes ou 4,450,000 litres en vingt-quatre heures. »
L'eau de Seine fournie par la machine de Marly étant loin de suffire pour le service des jets d'eau du parc de Versailles, on y avait suppléé en formant des étangs factices, avec les eaux de pluie retenues sur les plateaux qui entourent la ville. L'eau de la machine fut peu d'années après 4785 dirigée sur le parc de Marly ; ce ne fut qu'après la destruction de cette dernière demeure royale qu'on la rendit à la ville de Versailles.
Les amateurs de )a pèche à la ligne n'oublient jamais de se faire montrer dans une auberge du port Marly, à l'enseigne des Bonnes matelotes, une pierre funéraire qui fut enlevée de l'église de Bougival, pendant la révolution de 89, et sur laquelle on lit : cy-gisent honorables personnes S r Rennequin - Sualem, seul inventeur de la machine de Marly, et dame Marie Nouelle son épouse, etc.
Machine à vapeur. — La machine à vapeur semble être l'instrument dont la Providence se servira pour opérer parmi l'humanité Tune des plus grandes révolutions qui s'y soient encore jamais produites en effaçant les distances qui séparent les nations. L'honneur de celte invention appartient -il au Français Papin, ou à l'Anglais Walt? C'est ce qu'on s'est demandé souvent. M. Arago, dans l'éloge de Watt prononcé devant notre Académie des sciences, en l'année 1 834, a fait avec .une noble impartialité la part de chacun.
Il commence par le plus lucide exposé qu'on ait jamais donné de la théorie de la vapeur ; c'est le meilleur moyen pour que le lecteur puisse le suivre ensuite dans l'histoire des applications.
« Par l'effet de simples changements de température l'eau peut exister à trois états parfaitement distincte : à l'état solide, à l'état liquide, à l'état gazeux. Au-dessous du zéro de l'échelle du thermomètre centigrade, l'eau devient de la glace; à 100 degrés elle se transforme rapidement en gaz; dans tous les degrés intermédiaires elle est liquide.
« L'observation scrupuleuse des points de passage d'un de ces états à l'autre conduit à des découvertes du premier ordre, qui sont la clef des appréciations économiques des machines à vapeur.
« L'eau n'est pas nécessairement plus chaude que toute espèce de glace ; l'eau peut se maintenir à zéro de température sans se geler; la glace peut rester à zéro sans
se fondre, mais cette eau et cette glace, toutes les deux au même degré de température, toutes les deux à zéro, il semble bien difficile de croire qu'elles ne diffèrent que par leurs propriétés physiques; qu'aucun élément, étranger à l'eau proprement dite, ne distingue Keau solide de l'eau liquide. Une expérience fort simple va éclaircir ce mystère.
« Mêlez 4 kiiog. d'eau à zéro avec 4 kilog. d'eau à 75°, Jes deux kilog. du mélange seront à 37° 4 /2, c'est-à-dire
température moyenne des deux liquides composants. L'eau chaude se trouve ainsi avoir conservé 37° 4/2 de son ancienne température ; elle a cédé les 37° 4/2 autres degrés à l'eau froide : tout cela était naturel, tout cela pouvait être prévu.
« Répétons maintenant l'expérience avec une seule modification : au lieu du kilogramme d'eau à zéro, prenons un kilogramme de glace à la même température de zéro. Du mélange de ce kilog. de glace avec le kilog. d'eau à 75° résulteront deux kilogrammes d'eau liquide, puisque la glace, baignée dans l'eau chaude , ne pourra manquer de se fondre et qu'elle conservera son ancien poids; mais ne vous hâtez pas d'attribuer au mélange, comme tout à l'heure, une température de 37° 1 /2, car vous vous tromperiez; cette température sera seulement de zéro ; il ne restera aucune trace des 75° de chaleur que le kilogramme d'eau possédait ; ces 75° auront désagrégé les molécules de glace, ils se seront combinés avec elles, mais sans les échauffer en aucune manière.
« Cette expérience de Black est une des plus remarquables de la physique moderne. Voyez en effet ses conséquences.
« L'eau à zéro et la glace à zéro différent dans leur corn*
position intime. Le liquide renferme, de plus que le solide, 75° d'un corps impondéré qu'on appelle la chaleur. Ces 75° sont si bien cachés dans le composé, j'allais presque dire dans l'alliage aqueux, que le thermomètre le plus sensible n'en dévoile pas l'existence. De la chaleur non sensible à nos sens, non sensible aux instruments les plus délicats, de la chaleur latente enfin, car c'est le nom qu'on lui a donné, est donc un des principes constituants des corps.
« La comparaison de l'eau bouillante, de l'eau à 100° avec la vapeur qui s'en dégage et dont la température est aussi de 400°, conduit, mais sur une bien plus grande échelle, à des résultats analogues. Au moment de se constituer à l'état de vapeur à 400°, l'eau à la même température de 400°, s'imprègne, sous forme latente, sous forme, non sensible au thermomètre , d'une quantité énorme de chaleur. Quand la vapeur reprend l'état liquide, cette chaleur de composition se dégage, et elle va échauffer tout ce qui sur son chemin est susceptible de l'absorber. Si on fait traverser, par exemple, 5k 35 d'eau à zéro par un seul kilog. de vapeur à 400°, cette vapeur se liquéfie entièrement. Les 6,35 kilog. résultant du mélange sont à 400° de température. Dans la composition intime d'un kilog. de vapeur, il entre donc une quantité de chaleur latente qui pourrait porter un kilog. d'eau , dont on empêcherait l'évaporation , de 0 à 535 degrés centigrades. Ce résultat paraîtra sans doute énorme, mais il est certain; la vapeur d'eau n'existe qu'à cette condition ; partout où un kilog. d'eau à zéro se vaporise naturellement ou artificiellement, il doit se saisir, pour éprouver la transformation, et il se saisit en effet, sur les corps environnants, de 535° de chaleur. Ces
degrés, on ne saurait assez le répéter, la vapeur les restitue intégralement aux surfaces de toute nature sur lesquelles sa liquéfaction ultérieure s'opère. Voilà, pour le dire en passant, tout l'artifice du chauffage à la vapeur. On comprend bien mal cet ingénieux procédé, lorsqu'on s'imagine que le gaz aqueux ne va porter au loin, dans les tuyaux où il circule, que la chaleur sensible ou thermoméirique : les principaux effets sont dus à la chaleur de composition, à la chaleur cachée, à la chaleur latente, qui se dégage au moment où le contact de surfaces froides ramène la vapeur, de l'état gazeux à l'état liquide.
« Désormais nous devrons donc ranger la chaleur parmi les principes constituants de la vapeur d'eau. La chaleur, on ne l'obtient qu'en brûlant du bois ou du charbon; la vapeur a donc une valeur commerciale, supérieure à celle du liquide de tout le prix du combustible employé dans l'acte de la vaporisation. Si la différence de ces deux valeurs est fort grande, attribuez-le surtout à la chaleur latente ; la chaleur thermométrique, la chaleur sensible n'y entre que pour une faible part.
« Le premier exemple de mouvement engendré par la vapeur, continue M. Ara go, je le trouve dans un joujou, dans un éolipyle d'Héron d'Alexandrie, dont la date remonte à 4 20 ans avant notre ère. Quand un gaz s'échappe, dans un certain sens, du vase qui le renferme, ce vase, par voie de réaction, tend à se mouvoir dans le sens diamétralement contraire. Le recul d'un fusil chargé à poudre n'est pas autre chose : les gaz qu'engendre l'inflammation du salpêtre, du charbon et du soufre, s'élancent dans l'air suivant la direction du canon; la direction du canon prolongée en arrière, aboutit à l'épaule de la per-
m CURIOSITÉS DES INVENTIONS, ETC.
sonne qui a tiré; c'est donc sur l'épaule que la crosse doit réagir avec force. Pour changer le sens du recul, il suffirait de faire sortir le jet de gaz dans une autre direction. Si le canon, bouché à son extrémité, était percé seulement d'une ouverture latérale perpendiculaire à sa direction et horizontale, c'est latéralement et horizontalement que le gaz de la poudre s'échapperait; c'est perpendiculairement au canon que s'opérerait le recul, c'est sur les bras et non sur l'épaule qu'il s'exercerait. Dans lepremior cas, le recul poursuit le tireur de l'avant à l'arrière, comme pour le renverser; dans le second, il tendrait à le faire pirouetter sur lui-même. Qu'on attache donc le canon, invariablement et dans le sens horizontal, à un axe vertical mobile , et au moment du tir il changera plus ou moins de direction et il fera tourner cet axe.
« En conservant la même disposition, supposons que l'axe vertical rotatif soit creux, mais fermé à la partie supérieure; qu'il aboutisse par le bas, comme une sorte de cheminée, à une chaudière où s'engendre de la vapeur; qu'il existe de plus une libre communication latérale entre l'intérieur de cet axe et l'intérieur du canon de fusil, de manière qu'après avoir rempli l'axe, la vapeur pénètre dans le canon et en sorte de côté par son ouverture horizontale. Sauf l'intensité, cette vapeur, en s'échappant, agira à la manière des gaz dégagés de la poudre dans le canon de fusil , bouché à son extrémité et percé latéralement; seulement on n'aura pas ici une simple secousse, ainsi que cela arrivait dans le cas de l'explosion brusque et instantanée du fusil; au contraire le mouvement de rotation sera uniforme et continu, comme la cause qui l'engendre.
Au lieu d'un seul fusil, ou plutôt au lieu d'un seul
tuyau horizontal, qu'on en adapte plusieurs au tube vertical rotatif, et nous aurons, à cela près de quelques différences peu essentielles, l'ingénieux appareil d'Héron d'Alexandrie. ..... Si jamais la réaction d'un courant de vapeur devient utile dans la pratique, il faudra incontestablement en faire remonter l'idée jusqu'à Héron; aujourd'hui Téolipyle rotatif pourrait seulement être cité ici comme la gravure en bois dans l'histoire de l'imprimerie. II en est de même de l'idée qu'eut vers Tan 4629 l'architecte italien Branca qui conseille de diriger la vapeur sortant d'un éolipyle sur les ailettes d'un moulin pour les mettre en mouvement. »
Dans les machines de nos usines, de nos paquebots, de nos machines à vapeur, le mouvement est le résultat immédiat de Yélasticité de la vapeur.
M. Arago accorde que les Grecs et les Romains n'ignoraient pas que la vapeur d'eau peut acquérir une puissance mécanique prodigieuse. Il rapporte l'antique anecdote d'Anthémius, architecte de Justinien, qui avait une habitation con ligue à celle de Zénon. Pour faire pièce à ce dernier qui était son ennemi, il plaça dans le rez-dechaussée de sa propre maison plusieurs chaudrons remplis d'eau. De l'ouverture pratiquée sur le couvercle de chacun de ces chaudrons partait un tube flexible qui allait 6'appliquer dans le mur mitoyen, sous les poutres qui soutenaient les plafonds de la maison de Zénon. Ces plafonds dansaient comme s'il y avait eu de violents tremblements de terre, dès que le feu était allumé SOUb les chaudrons.
Il mentionne aussi l'histoire du dieu Busterich, dont l'idole fut trouvée, dit-on, dans des fouilles au territoire des anciens Teutons, sur les bords du Weser. Le dieu
était en métal. La tète creuse renfermait une amphore d'eau. Des tampons de bois fermaient la bouche et un autre trou situé au-dessus du front. Des charbons, adroitement placés dans une cavité du crâne, échauffaient graduellement le liquide. Bientôt la vapeur engendrée faisait sauter les tampons avec fracas : alors elle s'échappait violemment en deux jets, et formait un épais nuage entre le dieu et ses adorateurs stupéfaits. Il paraîtrait que dans le moyen âge, des moines trouvèrent l'invention de bonne prise, et que la tète de Busterich n'a pas seulement fonctionné devant des assemblées teutones.
« Je n'insiste, ajoute l'illustre savant moderne, sur ces légers linéaments de la science antique au sujet de la force de la vapeur d'eau, qu'afin de vivre en paix, s'il est possible, avec les Dacier des deux sexes. »
11 commence à accorder quelque valeur à l'expérience par laquelle Flurence Rivault, gentilhomme de la chambre d'Henri IV, et précepteur de Louis XIII, constate qu'une bombe à parois épaisses et contenant de l'eau, fait tôt ou fard explosion, quand on la place sur le feu, après l'avoir bouchée 1 . La puissance de la vapeur d'eau se trouve ici caractérisée par une épreuve nette et susceptible, jusqu'à un certain point, d'appréciations numériques. M. Arago arrive à discuter les titres d'inventeurs de l'Anglais Worcester, de l'illustre maison de Sommerset et du Français Salomon de Caus, né à Dieppe.
« Le marquis de Worcester, gravement impliqué dans les intrigues des dernières années du règne des Stuarts, était enfermé dans la tour de Londres. Un jour, suivant
1 . C'est le même phénomène, étudié par Evans, qui lui fit trouver le secret du jeu des machines à haute pression. Voy. Biog. portât, des contcftipor-, i, p. 1605.
la tradition, le couvercle de la marmite où cuisait son dîner se soulève subitement.
« Que faire en un tel gîte, à moins que Ton n'y songe ! Le captif songea à ce que présentait d'étrange le phénomène dont il venait d'être témoin. Alors s'offrit à lui la pensée que la même force, qui avait soulevé le couvercle, pouvait devenir en certaines circonstances un moteur utile et commode. Rendu à la liberté, il exposa en J663, dans un livre intitulé Century of inventions, les moyens par lesquels il entendait réaliser son idée.
« Supposons la bombe de Flurence Rivault placée sur le feu et avant qu'elle éclate. Le bas renferme de l'eau très-chaude, mais encore à l'état liquide; le reste de la capacité est rempli de vapeur; celle-ci, car c'est le trait caractéristique des substances gazeuses, exerce également son action dans tous les sens : elle presse avec la môme intensité l'eau et les parois métalliques qui la contiennent. Plaçons un robinet à la partie inférieure de ces parois. Lorsqu'il sera ouvert, l'eau poussée par la vapeur en jaillira avec une vitesse extrême. Si le robinet aboutit à un tuyau qui, après s'être recourbé en dehors autour de la bombe, se dirige verticalement de bas en haut, l'eau refoulée y montera d'autant plus que la vapeur aura plus d'élasticité; ou bien, car c'est la même chose en d'autres termes, l'eau s'élèvera d'autant plus que sa température sera plus forte. Ce mouvement ascensionnel ne trouvera de limite que dans la résistance des parois de l'appareil. — A notre bombe substituons une chaudière métallique, épaisse, d'une vaste capacité, et rion ne nous empêchera de porter de grandes masses de liquide à des hauteurs indéfinies par la seule action de la vapeur d'eau, et nous aurons créé, dans toute l'accep-
tion de ce mol, une machine à vapeur pouvant servir aux épuisements. — Les moyens proposés par Worcester sont autant du moins qu'on peut les comprendre, dans ce qu'ils renferment d'essentiel, la bombe à demi remplie de liquide et le tuyau ascensionnel vertical.
« Cette bombe, ce même tuyau, sont dessinés dans La Raison des forces mouvantes, ouvrage de Salomon de Caus. Là l'idée est présentée nettement, simplement, sans aucune prétention. Son origine, il est vrai, n'a rien de romanesque, mais ce qui vaut infiniment mieux dans une question de priorité, elle est, par sa publication, de quarante-huit ans plus ancienne que le Century of inventions, et de quarante et un ans antérieure à l'emprisonnement de Worcester
« Il est fort douteux que ces deux inventeurs aient fait exécuter leur appareil. Cet honneur appartient à un Anglais, le capitaine Savery. J'assimile la machine que cet ingénieur construisit en 1698, à celle de ses deux devanciers, quoiqu'il y ait introduit quelques modifications essentielles : celle entre autres de créer la vapeur dans un vase particulier.
Savery avait intitulé son ouvrage XAmi des
mineurs. Sauf une seule exception, aucun ne lui commanda de machines. Elles n'ont été employées que pour distribuer de l'eau dans les diverses parties des palais, des maisons de plaisance, des parcs et des jardins. On n'y a eu recours que pour franchir des différences de niveau de 42 à 45 mètres. Il faut reconnaître au reste que les dangers d'explosion auraient été redoutables si on avait donné aux appareils l'immense puissance à laquelle leur inventeur prétendait atteindre. »
L'historien arrive à la question do la machine à va-
peur, notre contemporaine, celle qui fonctionne dans nos manufactures, sur nos bateaux, à l'entrée de presque tous les puits de mines.
Le premier nom que l'on rencontre dans cette voie est celui du Français Denis Papin. « Concevons un large cylindre vertical, ouvert dans le haut, et reposant, par sa base, sur une table métallique percée d'un trou qu'un robinet pourra boucher ou bien laisser libre à volonté. Introduisons dans ce cylindre un piston, c'est-à-dire une plaque circulaire pleine et mobile qui le ferme exactement. L'atmosphère pèsera de tout son poids sur la face supérieure de cette espèce de diaphragme; elle le poussera de haut en bas. La partie de l'atmosphère qui occupera le bas du cylindre , tendra par sa réaction, à produire le mouvement inverse. Cette seconde force sera égale à la première si le robinet est ouvert, puisqu'un gaz presse également dans tous les sens. Le piston se trouvera ainsi sollicité par deux forces opposées qui se feront équilibre. Il descendra néanmoins, mais seulement en vertu de sa propre gravité. Un contre-poids, faiblement plus lourd que le piston, suffira pour le pousser, au contraire jusqu'au sommet du cylindre et pour l'y maintenir. Supppsons le piston arrivé à cette position extrême. Cherchons les moyens de l'en faire descendre avec beaucoup de for ce et de l'y ramener ensuite.
a Concevons qu'après avoir fermé . le robinet inférieur, on parvienne à anéantir subitement tout l'air contenu dans le cylindre , à y faire, en un mot, le vide. Le vide une fois opéré , le piston ne recevant d'action que de l'atmosphère extérieure qui le presse par-dessus , descendra rapidement. Ce mouvement achevé, on ouvrira le robinet. L'air reviendra aussitôt, par-dessous, contre*
balancer l'action de l'atmosphère supérieure. Comme au début, le contre-poids remontera le piston jusqu'au sommet du cylindre, et toutes les parties de l'appareil se retrouveront dans leur état initial. Une seconde évacuation, ou si l'on aime mieux un second anéantissement de l'air intérieur, fera de nouveau descendre le piston, et ainsi de suite.
« Le véritable moteur du système serait ici le poids de l'atmosphère. Hâtons-nous de détromper ceux qui croiraient trouver dans la facilité que nous avons de marcher et môme de courir à travers l'air un indice de la faiblesse d'un pareil moteur. Avec un cylindre de 2 mètres de diamètre, l'effort que ferait le piston de la pompe en descendant, le poids qu'il pourrait soulever de toute la hauteur du cylindre, à chacune de ses oscillations, serait de 34,000 kilogrammes. Cette énorme puissance, fréquemment renouvelée, on l'obtiendra à l'aide d'un appareil très-simple, si nous découvrons un moyen prompt et économique d'engendrer et de détruire à volonté une pression atmosphérique dans un cylindre de métal.
« Ce problème, Papin l'a résolu. Sa belle et grande solution consiste dans la substitution d'une atmosphère de vapeur d'eau à l'atmosphère ordinaire ; dans le remplacement de celle-ci par un gaz qui, à 400 degrés centigrades, a précisément la même force élastique, mais avec l'important avantage, dont l'atmosphère ordinaire ne jouit pas, que la force du gaz aqueux s'affaiblit trèsvite quand la température s'abaisse , qu'elle finit même par disparaître presque entièrement si le refroidissement est suffisant. Je caractériserais aussi bien et en moins de mots la découverte de Papin, si je disais qu'il a proposé de se servir de la vapeur d'eau pour faire le vide dans de
grands espaces , que ce moyen est d'ailleurs prompt et économique.
« La machine dans laquelle notre illustre compatriote combina ainsi le premier la force élastique de la vapeur d'eau avec la propriété, dont cette vapeur jouit, des'anéantir par voie de refroidissement, il ne l'exécuta jamais en grand. Ses expériences furent toujours faites sur de simples modèles '. L'eau destinée à engendrer la vapeur n'occupait pas môme une chaudière séparée : renfermée dans le cylindre , elle reposait sur la plaque métallique qui le bouchait par le bas. C'était cette plaqué que Papin échauffait directement pour transformer l'eau en vapeur; c'était de la même plaque qu'il éloignait le feu quand il voulait opérer la condensation. Un pareil procédé, à peine tolérable dans une expérience destinée à vérifier l'exactitude d'un principe, ne serait évidemment pas admissible s'il fallait faire marcher le piston avec quelque vitesse.
« En 4705, quinze années après la publication du premier Mémoire de Papin, dans les actes de Leipzig, Nevvcomen et Cowley, l'un quincaillier, l'autre vitrier à Darmouth dans le Devonshire, construisirent (veuillez bien remarquer que je ne dis pas projetèrent , car la différence est grande) construisirent une machine destinée à opérer des épuisements et dans laquelle il y avait une ' chaudière à part où naissait la vapeur. Cette machine,
1. Depuis le travail de M. Àrafo, la découverte de plusieurs lettres de Papin est venue prouver qu'il ne s'en tint pas à de simples plans pour l'application delà vapeur à la marche des bateaux, mais qu'il fit lui-même ou essai de ce genre de navigation vers la fin de sa vie. M. Arago eut connaissance de ces lettres peu de temps avant sa mort, mais son état de souffrance l'empêcha d'en faire usage pour compléter son précieux travail.
ainsi que le petit modèle de Papin, offre un cylindre métallique vertical , fermé par le bas, ouvert par le haut, et un piston, bien ajusté, destiné à le parcourir sur toute sa longueur en montant et en descendant. Dans l'un comme dans l'autre appareil, lorsque la vapeur d'eau peut arriver librement dans le bas du cylindre, le remplir et contre-balancer ainsi la pression de l'atmosphère extérieure , le mouvement ascensionnel du piston s'opère par l'effet d'un contre-poids. Dans la machine anglaise enfin , à l'imitation de celle de Papin , dès que le piston est arrivé «u terme de son excursion ascendante, on refroidit la vapeur qui avait contribué à l'y pousser ; on fait ainsi le vide dans toute la capacité qu'il vient de parcourir, et l'atmosphère extérieure le force aussitôt à.descendre.
« Pour opérer le refroidissement convenable , Papin,, on le sait déjà, se contentait d'ôter le brasier qui échauffait la base de son petit cylindre métallique. Newcommen et Cowley employèrent un procédé préférable sous tous les rapports. Ils firent couler une abondante quantité d'eau froide dans l'espace annulaire compris entre les parois extérieures du cylindre de leur machine, et un second cylindre un peu plus grand, qui leur servit d'enveloppe. Le froid se communiquait peu à peu à toute l'épaisseur du métal et atteignait enûn la vapeur d'eau elle-même.
« L'usage de cette machine se répandit rapidement; cependant le peu de rapidité de ses mouvements, conséquence nécessaire de la lenteur avec laquelle la vapeur se refroidissait et perdait son élasticité, était un vif sujet de regrets. Le hasard indiqua un moyen très-simple de parer à vei inconvénient. »
« Au commencement du xyiii* siècle, l'art d'aléser de grands cylindres métalliques et de les fermer hermétiquement à l'aide de pistons mobiles était encore dans son enfance. Aussi, dans les premières machines de Newcommen, recrouvrait-on le piston d'une couche d'eau destinée à remplir les vides compris entre le contour circulaire de cette pièce mobile et la surface du cylindre. A la très-grande surprise des constructeurs, une de leurs machines se mit un jour à osciller beaucoup plus vite que de coutume. Après mainte vérification , il demeura constant que ce jour-là le piston était percé, que l'eau froide tombait dans le cylindre par petites gouttelettes, et qu'en traversant la vapeur elle l'anéantissait rapidement. De cette observation fortuite date la suppression complète du refroidissement extérieur et l'adoption de la pompe, d'arrosoir destinée à porter une pluie d'eau froide dans toute la capacité du cylindre, au moment marqué pour la descente du piston. Les va-et-vient acquirent ainsi toute la vitesse désirable.
« Un autre hasard eut aussi un admirable résultat. La première machine de Newcommen exigeait l'attention la plus soutenue de la part de la personne qui fermait ou ouvrait sans cesse certains robinets, soit pour introduire la vapeur aqueuse dans le cylindre, soit pour y jeter la pluie froide destinée à la condenser: Il arrive, dans un certain moment , que cette personne est le jeune Henri Potter. Les camarades de cet enfant, alors en récréation, font entendre des cris de joie qui le mettent au supplice. Il brûle d'aller les rejoindre, mais le travail qu'on lui a confié ne permettrait pas même une demi-minute d'absence. Sa tète s'exalte, sa passion lui donne du génie; il découvre des relations dont jusque-là il ne s'était pas
douté. Des deux robinets , l'un doit être ouvert au moment où le balancier (que Newcommen introduisit le premier et si utilement dans ses machines) a terminé l'oscillation descendante, et il faut le fermer tout juste à la fin de l'oscillation opposée. La manœuvre du second est précisément le contraire. Les positions du balancier et celles du robinet sont dans une dépendance nécessaire. Potter s'empare de celte remarque ; il reconnaît que le balancier peut servir à imprimer aux autres pièces tous les mouvements que le jeu de la machine exige, et réalise à l'instant sa conception. Les extrémités de plusieurs cordons vont s'attacher aux manivelles des robinets. Les extrémités opposées, Potter les lie à des points convenablement choisis sur le balancier ; les tractions que celui-ci engendre, sur certains cordons, en montant, les tractions qu'il produit sur les autres en descendant remplacent les efforts de la main ; pour la première fois la machine à vapeur marche d'elle-même; pour Ja première fois on ne voit auprès d'elle d'autre ouvrier que le chauffeur qui, de temps en temps, va raviver et entretenir Je feu sous la chaudière.
« Aux ficelles du jeune Potter, les constructeurs substituèrent bientôt des tringles rigides verticales , fixées au balancier et armées de plusieurs chevilles, qui allaient presser, de haut en bas ou de bas en haut , les tètes des différents robinets des soupapes. Les tringles ellesmêmes ont été remplacées par d'autres combinaisons; mais quelque humiliant que soit un pareil aveu , toutes ces inventions sont de simples modifications du mécanisme que suggéra à un enfant le besoin d'aller jouer avec ses camarades.
« Le jeu économique de la machine de Newcommen
semble exiger deux conditions inconciliables. Quand le piston descend , il faut que le cylindre soit froid ; sans cela , il y rencontre une vapeur encore fort élastique qui retarde beaucoup sa marche et diminue l'effet de l'atmosphère extérieure. Lorsque ensuite de la vapeur à 400 degrés afflue dans ce même cylindre, si les parois sont froides, cette vapeur les réchauffe en se liquéfiant partiellement, et jusqu'au moment où leur température est aussi de 400 degrés, son élasticité se trouve notablement atténuée; de là lenteur dans les mouvements, car le contre-poids n'enlève pas le piston avant qu'il existe dans le cylindre un ressort capable de contre-balancer l'action de l'atmosphère; de là aussi augmentation de dépense, puisque la vapeur a un prix très-élevé. La dépense pécuniaire, indispensable pour entretenir le mouvement de la machine, serait plusieurs fois moindre si Ton parveuait à faire disparaître les échauffements et les refroidissements successifs.
a Ce problème, en apparence insoluble, Watt l'a résolu par la méthode la plus simple : il lui a suffi d'ajouter, à l'ancien dispositif de la machine, un vase totalement distinct du cylindre et ne communiquant avec lui qu'à l'aide d'un tube étroit armé d'un robinet. Ce vase, qui porte aujourd'hui le nom de condenseur, est la principale des inventions de Watt. Expliquons son mode d'action :
« S'il existe une communication libre entre un cylindre rempli de vapeur et un vase vide de vapeur et d'air, la vapeur du cylindre passera en partie et très-rapidement dans le vase; l'écoulement ne cessera qu'au moment où l'élasticité sera la même partout. Supposons qu'à l'aide d'une injection d'eau, abondante et continuelle, le vase
n8 CURIOSITÉS DES INTENTIONS, ETC.
soit maintenu constamment froid dans toute sa capacité et dans ses parois, alors la vapeur s'y condensera dès qu'elle y arrivera; toute la vapeur, dont le cylindre était primitivement rempli, viendra s'y anéantir successivement; ce cylindre se trouvera ainsi purgé de vapeur, sans que ses parois aient été le moins du monde refroidies; la vapeur nouvelle, dont il pourra devenir nécessaire de le remplir, n'y perdra rien de son ressort.
« Le condenseur appelle entièrement à lui fa vapeur du cylindre, d'une part, à cause qu'il contient de» l'eau froide ; de l'autre, parce que le reste de la capacité ne renferme pas de fluides élastiques; mais dès qu'une première condensation de vapeur s'y est opérée, ces deux conditions de réussite ont disparu : l'eau condensante s'est échauffée ea absorbant le calorique latent de la vapeur ; une quantité notable de vapeur s'est formée aux dépens de cette eau chaude; l'eau froide contenait d'ailleurs de l'air atmosphérique qui a dû se dégager pendant son échauffement. Si après chaque opération on n'enlevait pas cette eau chaude, cette vapeur, cet air que le condenseur renferme, il finirait par ne plus produire d'effet. Watt opère cette triple évacuation à l'aide d'une pompe ordinaire, qu'on appelle la pompe à air, et dont le piston porte une tige convenablement attachée au balancier que la machine met en jeu. La force destinée à maintenir la pompe à air en mouvement, diminue d'autant la puissance de la machine ; mais elle n'est qu'une petite partie de la perte qu'occasionnait, dans l'ancienne méthode , la condensation de la vapeur sur les parois refroidies du corps de pompe.
« Signalons encore les avantages d'une autre invention de Watt. Quand le piston descend dans la machine de
>'ewcommen, c'est que l'atmosphère le pousse. Cette atmosphère est froide; elle doit donc refroidir les parois du cylindre métallique, ouvert par le haut, quelle va successivement couvrir sur toute leur étendue. Ce refroidissement n'est racheté, pendant la course ascensionnelle du piston , qu'au prix d'une certaine quantité de vapeur. Il n'existe aucune perte de ce genre dans les machines modifiées de Walt. L'action atmosphérique en est totalement éliminée, çt voici comment ;
« Le cylindre est fermé dans le haut par un cylindre métallique , percé seulement à son centre d'une ouverture garnie d'étoupe grasse et bien serrée , à travers laquelle la tige cylindrique flu piston se meut librement , sans donner pourtant passage à l'air ou à la vapeur : le piston'partage ainsi le cylindre en deux capacités distinctes et fermées. Quand il doit descendre, la vapeur de la chaudière arrive librement à la capacité supérieure par un tube convenablement disposé, et le pousse de haut en bas, comme le faisait l'atmosphère dans la machine de Newcommen. Ce mouvement n 'éprouve pas d'obstacle, attendu que, pendant qu'il s'opère, le bas du cylindre tout seul est en communication avec le condenseur où toute la vapeur inférieure va se liquéfier. Dès que le piston est jentièrement descendu , il suffit de la simple rotation d'un robinet pour que les deux parties du cylindre, situées au-dessus et au-dessous du piston, communiquent entre elles; pour que ces deux parties se remplissent de vapeur au même degré d'élasticité ; pour que le piston soit tout autant poussé de haut en Las que de bas en haut; pour qu'il remonte à l'extrémité du cylindre, comme dans la machine atmosphérique de Newcommen , par la seule action d'un léger contre-poids.
« En poursuivant ses recherches sur les moyens d'économiser la vapeur, Watt réduisit encore presque à rien la porte qui résultait du refroidissement par la paroi extérieure du cylindre où joue le piston. A cet effet, il enferma ce cylindre métallique dans un cylindre de bois d'un plus grand diamètre , et remplit de vapeur l'intervalle annulaire qui les séparait.
« La machine n'était encore qu'une simple pompe, un simple moyen d'épuisement; en peu d'années, Watt va la transformer en un moteur universel et d'une puissance indéfinie. Son premier pas dans cette voie fut la création de la machine à double effet.
^ Le cylindre est fermé, l'air extérieur n'y a aucun accès; c'est la pression de la vapeur et non celle de l'atmosphère qui fait descendre le piston ; c'est à un simple contre-poids qu'est dû le mouvement ascensionnel , car à l'époque où ce mouvement s'opère , la vapeur, pouvant circuler librement entre le haut et le bas du cylindre, presse également le piston dans les deux sens opposés. Chacun voit ainsi que la machine modifiée, comme celle deNewcommen, n'a de force réelle que pendant l'oscillation descendante du piston.
« Un changement très-simple remédiera à ce grave défaut et nous donnera la machine à double effet. Dans la machine connue sous ce nom, comme dans celle que nous avons appelée machine modifiée, la vapeur de la chaudière, quand le mécanicien le veut, va librement au-dessus du piston et le pousse sans rencontrer d'obstacle, puisque au même moment la capacité inférieure du cylindre est en communication avec le condenseur. Ce mouvement une fois achevé, et un certain robinet ayant été ouvert , la vapeur provenant de la chaudière
MOYENS DE TRANSPORT. m
ne peut se rendre qu'au-dessous du piston , et elle le soulève ; la vapeur supérieure qui avait produit le mouvement descendant, allant alors se liquéfier dans le condenseur, avec lequel elle est à son tour en libre communication. Le mouvement contraire des robinets replace toutes les pièces dans l'état primitif, dès que le piston est en haut de sa course. De la sorte , les mêmes effets se reproduisent indéfiniment.
« Le moteur, comme on le voit, est ici exclusivement la vapeur d'eau, et la machine, à cela près d'une inégalité dépendante du poids du piston , a la même puissance soit que le piston monte, soit qu'il descende. Voilà pourquoi , dès son apparition , elle fut justement appelée machine à double ejfet.
k Pour rendre son nouveau moteur d'une application commode et facile, Watt eut à vaincre d'autres difficultés. Il fallut d'abord chercher les moyens d'établir une communication rigide entre la lige inflexible du piston oscillant en ligne droite et un balancier oscillant circulairement. La solution qu'il a donnée de cet important problème est peut-être sa plus ingénieuse invention.
« Parmi les parties constituantes de la machine à vapeur, vous avez sans doute remarqué certain parallélogramme arliculé. A chaque double oscillation , il se développe et se resserre avec le moelleux , j'ai presque dit avec la grâce qui vous charme dans un acteur consommé. Suivez attentivement de l'œil le progrès de ses diverses transformations, et vous les trouverez assujetties aux conditions géométriques les plus curieuses, et vous verrez que trois des angles du parallélogramme décrivent dans l'espace des arcs de cercle, tandis que le quatrième, tandis que l'angle qui soulève et abaisse la tige du pis-
ton se meut à très-peu pires en ligne droite. L'immense utilité du résultat frappe encore moins les mécaniciens que la simplicité des moyens à l'aide desquels Watt l'a obtenu.
« De la force n'est pas le seul élément de réussite dans les travaux industriels , la régularité d'action n'importe pas moins. Mais quelle régularité attendre d'un moteur qui s'engendre par le feu , à coups de pelletées de charbon , et même de charbons de différentes qualités, sous la surveillance d'un ouvrier quelquefois peu intelligent, presque toujours inattentif? La vapeur motrice sera d'autant plus abondante , elle affluera dans le cylindre avec d'autant plus de rapidité, elle fera marcher le piston d'autant plus vite que le feu aura plus d'intensité. De grandes inégalités de mouvement semblent donc inévitables. Le génie de Watt a dû pourvoir à ce défaut capital. Les soupapes par lesquelles la vapeur débouche de la chaudière, pour entrer dans le cylindre, n'ont pas une ouverture constante. Quand la marche de là machine s'accélère, ces soupapes se ferment en partie; un volume déterminé de vapeur doit employer dès lors plus de temps à les traverser, et l'accélération s'arrête. Les ouvertures des soupapes se dilatent , au contraire , lorsque le mouvement se ralentit. Les pièces nécessaires à la réalisation de ces divers changements lient les soupapes avec les axes que la machine met en jeu, par l'intermédiaire d'un appareil dont Watt trouva le principe dans le régulateur des vannes de quelques moulins à farine , qu/il appela le governor, et qu'on nomme aujourd'hui régulateur à force centrifuge
.... a Dépuis peu d'années , on a trouvé un grand avantage à ne pas laisser uno libre communication entre
la chaudière et le cylindre , pendant toute la durée do chaque oscillation de la machine; cette communication est interrompue quand le piston , par exemple , arrive au tiers de sa course. Les deux tiers restant de la longueur du cylindre sont alors parcourus en vertu de la vitesse acquise et surtout par l'effet de la détente de la vapeur. Watt avait déjà indiqué ce procédé. De trèsbons juges placent la détente, quant à l'importance économique, sur la ligne du condenseur. Dans un moment où tant de personnes s'occupent de machines à vapeur à rotation immédiate , je commettrais un oubli impardonnable si je ne disais pas que Watt y avait non-seulement songé, ainsi qu'on en trouve la preuve dans ses brevets, mais encore qu'il en exécuta. Ces machines, Watt les abandonna, non qu'elles ne marchassent point, mais parce qu'elles lui parurent, sous le rapport économique, inférieures aux machines à double effet et à oscillations reclilignes. »
Chemins de fer.— C'est vers l'an 4630 qu'on commença à faire usage, pour le service de certaines manufactures en Angleterre, de doubles voies de madriers, parallèlement fixés sur le sol. Dans ce système, les jantes des roues des chariots étaient garnis d'un rebord , au moyen duquel ceux-ci étaient maintenus constamment dans la direction tracée. Sur ces routes en bois, un cheval pouvait traîner un poids double de ce qu'il traîne sur une route ordinaire. Le peu de solidité et de durée que présentaient ces voies en bois obligea bientôt de les revêtir de plaques de fer ou de fonte dans les parties où le frottement était le plus énergique. En 4767, on employa exclusivement la fonte. Les premières ornières
qu'on fit de cette manière consistaient en bandes plates, avec un rebord ou épaulement à l'intérieur de la voie. Cependant on sentit bientôt l'avantage de construire les chemins à ornières saillantes et en fer malléable. Un cheval peut transporter sur ces routes un poids égal à sept fois et demie celui qu'il traînerait sur une route ordinaire. Les chemins ont deux voies ou une seule. Dans le premier cas, une voie sert pour la venue des chariots, et l'autre pour le retour; dans le second cas, les voitures se croisent ou se dépassent dans des places de rencontre déterminées, où l'on établit à cet effet une double voie. Dans l'origine , on n'employa que des chevaux comme puissance motrice appliquée aux chariots de transport. En 1788, on imagina de faire agir le poids même des chariots descendant le long de plans inclinés, au moyen d'une combinaison de poulies, sur les chariots gravissant l'un quelconque des flancs de la colline. Bientôt après, on commença à placer au sommet des rampes des machines à vapeur qui firent tourner un treuil sur lequel s'enroulait une corde fixée par l'une de ses extrémités aux chariots qu'il fallait élever. En 1804 commencent les premiers essais sérieux de faire usage de machines locomotives.
Locomotives. — En 1759, le docteur Robinson, savant anglais, contemporain et ami de James Watt, conçut l'idée d'appliquer la force motrice de la vapeur à la traction des voitures. Ce projet n'eut pas de suite, par la raison qu'à cette époque on ne faisait usage de la vapeur qu'à la pression atmosphérique, ce qui nécessitait un appareil de condensation et partant un poids considérable pour la machine. Néanmoins, en 1784, Watt indi-
qua les moyens de construire une locomotive à condensation ; mais il ne donna pas non plus suite à cette idée. En 4802, l'emploi de la vapeur à haute pression étant devenu plus familier. MM. Trevitick et Vivian mirent les premiers à exécution l'idée du docteur Robinson.
En 4 804, une machine construite par eux fut employée pour le service d'une mine à Merthyr Tydvil , dans la partie méridionale du pays de Galles. Elle remorquait, sur un petit chemin de fer de trois lieues, 400,000 kilog. de houille avec une vitesse de deux lieues à l'heure. Le principal inconvénient qu'elle présentait était de ne pouvoir se tenir longtemps en vapeur. Il fallait, pour être sûr de parcourir le trajet d'un seul trait sans rester en route , emmagasiner, dans la partie supérieure de la chaudière, une quantîté notable de vapeur; en d'autres termes, partir avec une pression de trois ou quatre atmosphères, et ouvrir modérément le régulateur, de manière à fonctionner tout au plus à deux atmosphères et demie pendant la marche.
En 4811, M. Blenkensop, mécanicien anglais, fit exécuter une locomotive qui se distinguait particulièrement par la disposition qu'il adopta pour obtenir l'adhésion des roues sur le sol. Il parait qu'à cette époque, où le poids de la locomotive était trop faible pour produire l'adhérence, on était persuadé que les roues devaient glisser; toujours est-il que M. Blenkensop munit ses roues de dents engrenant avec des crémaillères qui régnaient sur toute la longueur de la voie.
En 1812, MM. Williams et Êdouard Chapman, sans doute pénétrés de la même idée que M. Blenkensop, construisirent une locomotive dont l'avancement avait lieu au moyen d'une roue dentée engrenant avec une
chaîne qui régnait sur toute la longueur du chemin.
En 4 843, M. Brunton, mécanicien anglais, imagina une locomotive dont l'avancement avait lieu au -moyen d'articulations placées à l'arrière et fonctionnant d'une manière analogue à celle des jambes d'animaux.
On en était là lorsque M. Blackett , ingénieur anglais , prouva, par des expériences directes sur une locomotive ^u'il plaça au chemin de fer de Wylan, que l'adhérence des roues ordinaires sur les rails était suffisante ponr remorquer la charge que I on mettait à la suite des locomotives. Il fallait seulement que la charge fut répartie convenablement 6ur les roues.
Bientôt après, M. Stephenson^ aidé de M. Dood , substitua des chaînes «ans fin aux engrenages directs. Il donna à sa machine deux cylindres au lieu d'un et des ressorts de suspension. Chaque cylindre agissait sur une paire de roues.
Vers la même époque parut la Sans - Pareille de M. Hackworth, laquelle avait aussi ses deux cylindres verticaux ; mais cette fois les deux cylindres n'agissaient plus que sur un seul essieu coudé, il n'y eut plus, comme aujourd'hui, qu'une paire de roues travailleuses. Les antres roues sont entraînées par le mouvement de celles-ci.
Après la Sans-Pareille vint la Fusée de Stephenson , qui en dînerait uniquement en ce que les cylindres, au lieu d'être verticaux , étaient inclinés à 45 degrés.
Les locomotives laissèrent encore quelque chose à désirer. On marchait bien , mais pas longtemps, la vapeur tombait trop vite ; l'injection de vapeur dans la cheminée activait le tirage, mais la surface de chauffe élait insuffisaute. Pour l'augmenter, le Français M. Séguin , et l'An-
glais M. Stephenson , inventaient, chacun de son côté, en 4 829 , le système de tubes de cuivre qui traversent la chaudière en recevant la chaleur et une bonne partie des matières incandescentes que l'activité de la llamme enlève au foyer. On débuta par 25 tubes de 5 centimètres de diamètre ; on ne tarda pas à aller jusqu'à 50, 75, 400 , 425 môme et plus, de 4 centimètres et 4/2 en moyenne.
L'inauguration du chemin de fer de Liverpool à Manchester, le premier appelé à rendre de si grands services à la civilisation', fut marquée par un accident bien déplorable.
Celait le 45 septembre 4839, à neuf heures et demie du matin, huit locomotives étaient réunies à l'entrée du tunnel de Liverpool. Le duc de Wellington arriva à dix heures et fut reçu avec enthousiasme par la foule, qui était immense. Au moment où le magnifique wagon préparé pour Sa Grâce déboucha du tunnel , la musique militaire joua Pair : « Voici le héros conquérant qui s'avance », et la foule éclata en joyeux hourrahs.
Le cortège quitta Liverpool à onze heures moins vingt minutes, remorqué par les huit locomotives dans l'ordre suivant : — La Northumbrienne remorquant les directeurs et les invités de distinction , parmi lesquels le duc de Wellington; — le Phénix , avec drapeau vert; — V Etoile du nord, avec drapeau jaune; — La Fusée, avec drapeau bleu clair; — le Dard, avec drapeau amarante; — La Comète, avec drapeau rouge vif; — la Flèche, avec drapeau violet; — Le Météore, avec drapeau brun.
A la sortie du petit tunnel de Liverpool, la Nortkumbrienne prit la voie de droite avec ses trois wagons ,
dont le premier portait les musiciens, le second le duc de Wellington et d'autres personnages de distinction , le troisième les directeurs. — Les sept autres locomotives prirent la voie de gauche. Le Phénix et l 1 Étoile du nord remorquaient chacun cinq wagons; — la Fusée trois; — le Dard, la Comète , la Flèche et le Météore, chacun quatre. Le cortège se composait de 772 personnes.
On ne marchait pas à une vitesse de plus de cinquante ou soixante milles à l'heure (trois lieues au plus). La Northumbrienne accélérait ou retardait sa marche, afin de permettre au duc de Wellington de bien examiner les parties les plus remarquables des travaux. A la station de Parkside, les locomotives s'arrêtèrent pour renouveler la provision d'eau. Avant de quitter Liverpool, on avait bien recommandé à tout le monde de ne point descendre des wagons ; la même recommandation figurait dans le programme imprimé et distribué à tous. Sans en tenir compte, MM. Huskisson, ministre de l'intérieur, Williams Holmes, membre du parlement, et quelques autres voyageurs des wagons de la voie de gauche, descendirent à la station de Park3ide, les deux premiers dans l'intention d'aller échanger quelques paroles avec le duc de Wellington dont le wagon occupait la voie de droite. M. Huskisson et le duc se serraient cordialement la main, lorsque sur la voie de gauche on vit la Fusée se remettre en marche. Les voyageurs descendus s'empressèrent de se ranger. On criait : Montez, montez. Quelques-uns furent assez lestes pour le faire, eu s'accrochant comme ils purent. D'autres se réfugièrent derrière le wagon du duc. M. Huskisson, vieillard de soixante ans, eut un moment d'indécision. Sa pre-
mière pensée fut de traverser la voie de gauche en avant de la Fusée ; mais la hauteur de rencaissement de la voie à cet endroit l'effraya. M. Holmes, qui se trouvait dans la même situation, prit son parti sur-le-champ; il se serra le plus près possible contre le wagon du duc. L'espace entre les deux voies est juste de quatre pieds (des pieds anglais qui ont un douzième moins que les nôtres). Le wagon du duc débordait de deux pieds, et la Fusée d'environ six pouces ; il restait une largeur de dix-huit pouces, suffisante pour qu'un homme ne fût pas atteint. M. Holmes, abrité de la sorte, avait vu l'indécision du ministre, il lui cria : Au nom du ciel, monsieur Huskisson, ne bougez pas. Cependant M. Huskisson s'était cramponné à la portière du wagon du duc lorsque la Fusée arriva. Cette portière ouverte débordait tellement, que la Fusée la heurta violemment. M. Huskisson tomba d'une manière si malheureuse, que sa jambe gauche se trouva sur la voie de la Fusée et fut broyée par une roue.
Le comte de Wilton, M. Holmes et M. Parkes relevèrent le malheureux, dont les premières paroles furent : a Je suis un homme mort. Que Dieu ait pitié de mon âme! » On lui banda la jambe avec un mouchoir pour arrêter l'effusion du sang, on détacha les deux derniers wagons de la Northumbrlenne, et elle partit à toute vitesse pour Eccles, emportant, dans le wagon qui avait été destiné aux musiciens, la noble et première victime que la vapeur, transformée en cheval, venait de réclamer. Le comte de Wilton, M. Stephenson et deux médecins qui s'étaient trouvés parmi les invités, l'accompagnèrent.
On se consulta pour savoir ce qu'il y avait de mieux à faire après ce déplorable accident. Le duc de Wellington
insistait vivement ipour que 4e cortège n'allât pas plus loin et reprit le çhemin de Liverpool. Cependant, après quelque délibération, la proposition fut abandonnée; et Ton décida d'achever la cérémonie d'inauguration du chemin de fer, dans la crainte de causer trop d'alarme et d'effroi, pour l'avenir, parmi les populations qui étaient accourues de toutes parts et qui bordaient le chemin.
Le wa^on du duc et celui des directeurs furent attachés derrière ceux que remorquait le Phénix, et le cortège prit lentement sa marche vers Eccles, où le duc et ses amis s'arrêtèrent pour avoir des nouvelles de M. Huskisson.
La Northumbrienne, après l'avoir déposé à Eccles, avait couru jusqu'à Manchester, d'où elle avait ramené auprès du blessé M. Ransome et d'autres chirurgiens. On laréaltela au wagon ducal, et le cortège, rétabli dans l'ordre qu'indiquait le programme, atteignit Manchester, La A'orthumbrienne , avec le duc et les directeurs, touchaient le débarcadère à trois heures moins un quart, un peu avant les autres locomotives.
M. Huskisson avait été transporté chez le vicaire d'Eccles. Les chirurgiens le trouvèrent en proie à d'horribles souffrances, mais plein de courage et d'une résignation admirable. Les os de la jambe étaient broyés en menus fragments, l'os de la cuisse était rompu en plusieurs morceaux vers le milieu; l'amputation n'était point praticable. Dans la soirée, le vicaire, M. Blackburne, lui donna la communion etàmistress Huskisson. «Le pays, dit le mourant, a eu de moi tout ce que je pouvais lui donner. J'ai la conviction qu'il rendra justice à mon caractère politique. Le peu de jours que je pouvais espérer encore, je ne les regrette pas pour moi, ajoula-t il
en serrant la main de sa femme et la regardant avec tendresse, mais pour ce qui m'était cher et que je laisse après moi. » Son agonie se prolongea jusqu'au lendemain.
Navires primitifs. — Voici un passage du voyageur Marco Polo sur la construction, au xiii* siècle, des navires de l'Inde. Telle a dû être l'histoire de la construction primitive des vaisseaux chez bien des peuples.
Les navires d'Ormuz sont très-mauvais et dangereux, et les marchands y sont fort exposés. La raison en est qu'ils ne joignent pas les bordages avec des clous, parce que le bois qu'ils emploient est dur et fragile comme des vases de terre, et que lorsqu'on y enfonce un clou, il se rebrousse et se rompt. Mais ils percent les planches le plus légèrement qu'il leur est possible, avec des vilebrequins (trivelle di ferro) dans les extrémités, puis ils y enfoncent des chevilles de bois avec lesquelles ils les joignent. Ensuite ils les lient ou plutôt ils les cousent, avec un gros fil tiré de l'écorce des noix des Indes, ou cocos, qui sont fort grandes et qui ont au-dessus des fils comme du crin de cheval. On les met dans l'eau et quand la substance en est pourrie, ces fils restent nets et on en fait des cordages, avec lesquels ils lient leurs navires et qui durent longtemps dans l'eau. Ils ne se servent point de goudron pour empêcher que leurs navires ne se pourrissent, mais ils se servent d'huile de poisson mêlé avec de l'éloupe.
Bateaux à vapeur. — L'honneur de l'invention des bateaux à vapeur est disputé vivement par les Français et les Anglais. Nous citons en notre faveur les expé-
m CURIOSITÉS DES INVENTIONS, ETC.
riences faites par du Quel dès Tan 4669 pour substituer l'usage des roues à celui des rames; et ce qui est d'un plus grand poids, le livre de Papin imprimé à Casse!, en 4 695, Recueil de diverses pièces touchant quelques machines. Il y discute avec de très-grands détails l'application de la force de la vapeur aux roues à palettes pour faire avancer les navires. Les Anglais opposent une patente prise en 1732 par leur compatriote Jonathan Hull, et un livre publié à Édimbourg , en 4 787, dans lequel Patrick Miller indique la possibilité de faire agir, au moyen de 4a vapeur, des roues pour faire cheminer un bateau sur un canal.
Si nous passons de la question de projet à celle de la chose exécutée, nous voyons, en France, Périer construire le premier bateau à vapeur en 4775; de Jouflïoy se livrer, en 4778, à de nouvelles expériences sur le même sujet à Baume-les-Dames. En 1784, il construisit sur la Saône un bateau dont la longueur n'était pas moindre de quarante-six mètres, et la largeur de quatre mètres et demi
Chez nos voisins, nous trouvons les essais de Miller de 4794 ; ceux de lord Stanhope de 4795; ceux de Simington, en Écosse, de 4804. Nous arrivons ainsi aux tentatives, d'abord infructueuses, de Fulton et de Livingston, à Paris, en 4803.
A Fulton reste la gloire d'avoir construit, à New York, en 4807, le premier bateau à vapeur auquel on n'ait pas renoncé après quelques essais.
L'Angleterre posséda son premier bateau à vapeur
I. Voy. sur le bateau du marquis de Jouffroy et le premier essai qui en fut fait sur la SaOne avec le plus gran.1 succès, un article très-intéressant de la Ret ue du Lyonnais.
utile, en 1812. Ce navire, destiné au commerce et au transport des voyageurs, naviguait sur la Clyde; il s'appelait la Comète. En 1813, un second bateau à vapeur fit la traversée de Yarmouth à Norwich.
Le Français Delisle, capitaine du génie, est l'inventeur du propulseur à hélice, qu'il proposa, dès 1823, au ministre de la marine, mais que nous n'avons expérimenté que plusieurs années ensuite, après que les Anglais l'eurent fait passer dans la pratique. La France eut enfin le Napoléon, navire à hélice, construit par M. Normand. Un autre Français, M. Sauvage, avait compris aussi toute l'importance de celte fdée, qu'il espéra perfectionner par un autre mode de construction de l'hélice ; mais malgré tous ses efforts, il ne put jamais réaliser d'essais sur une échelle suffisante. Cependant il put enfin voir son système appliqué par M. Smith sur le navire YArchimède.
En décembre 1849, une société d'actionnaires discutait à Londres sur la préférence à donner aux roues à aubes ou à l'hélice, dans la construction des paquebots destinés à faire un service sur l'Atlantique, de Liverpool au Brésil. On s'accorda à reconnaître que les roues à palettes, qui fonctionnent sur toutes les mers lointaines, s'étaient parfaitement conduites, jusqu'ici sous les différents rapports de vitesse, sûreté, puissance et précision. « Les navires, fut-il dit, sont tous sujets à des accidents; ceux à roues à palettes ont éprouvé des accidents de toute nature dans leur mécanisme; mais jamais, depuis une dizaine d'années, on n'a vu un tefnavire mis hors de service par suite d'un détraquement de ses machines, ou même empêché d'accomplir sa traversée pour ud pareil motif. Un tel navire ne dépend pas d'un propulseur
19i CURIOSITÉS DES INVENTIONS, ETC.
unique, il peut marcher soit avec une roue, soit avec deux, soit en appliquant l'effet d'une ?eule machine à une seule roue, soit en lui appliquant l'effet des deux machines; et dans chacun de ces cas il conservera encore moitié, et quelquefois les trois quarts de sa vitesse moyenne. Il y a donc un degré de certitude dans les voyages avec navire à roues à palettes, avantage qu'on n'aurait pas avec le propulseur à hélice : que l'hélice se brise ou se dérange, le vaisseau se trouve à la merci des vents et des vagues au milieu de l'océan, ou peut-être dans une position dangereuse sous un vent qui le jette à la côte. Une hélice dérangée no peut se réparer que dans un port, et le vaisseau pour le gagner doit se fier à ses voiles. Cependant c'est pour l'ordinaire par les mauvais temps que de pareils accidenlsarrivent,alorsque le vaisseau a contre lui les flolsel le vent. Le navire à hélice ainsi désemparé aurait donc bien de la chance d'accomplir son voyage avec quelque régularilé. D'un autre côté, mettons les choses au pis, supposons (ce qui n'est encore arrivé à aucun de nos paquebots à vapeur), supposons qu'un accident dérange à la fois les deux roues; il reste encore la possibilité de réparer tant bien que mal le dommage à la mer, autant qu'il ne s'agisse point de l'arbre principal, le vaisseau est remis en état de marchera une moindre vitesse et d'atteindre sa destination. Ajoutons que dans les expériences faites jusqu'à ce jowr, l'hélice n'a point encore donné une vitesse égale à celle qu'on obtient par les roues. On répondra que peut-être le système de l'hélice n'est encore que dans son enfance, et qu'il est appelé à donner des résultats plus br illants ; mais pouvonsnous dire que le système de roues à palette* a atteint
son dernier degré de perfectionnement? »
Boussole. — Un mémoire fort curieux du savant M. Klaproth est le document à consulter sur l'origine de la boussole.
Les Chinois sont le peuple qui ait le premier connu la propriété de l'aimant'. Ils le nommait Thm-chy, qui peut se traduire par pierre qui aime, notre mot aimant n'en serait que la traduction? « Cette pierre, diHin écrivain chinois, attire le fer comme une tendre mère qui fait venir son enfant à elle. » Un autre observe « que si cette pierre n'avait pas un amour pour le fer, elle ne le ferait pas venir à elle. «Dans l'Inde ancienne, l'aimant passait également pour une pierre capable d'un grand attachement, et elle porte en sanscrit le nom de tchoubaka, le baiseur.
Une tradition, qui parait à peu près aussi ancienne que le monde, rapportait que, dans une montagne de l'Inde, un berger, qui était à la recherche d'une de ses brebis égarées, sentit que sa chaussure ferrée et le bout ferré de son bâton adhéraient fortement à certain bloc noirâtre sur lequel il s'était reposé un instant : c'était la pierre d'aimant.
Voici un fait relaté dans les annales de l'empire chinois, sous une date qui correspond à Tan 2634 avan Jésus-Christ.
« L'empereur Hoang-ti, le troisième empereur mentionnédans les annales de la Chine, était inquiété par un parent rebelle Tchi Yeou, homme turbulent et chef de province, c'est-à-dire habile archer, qui avait fait des sabres, des lances pour opprimer l'empire et contre qui
I. Le père Lafilaa pense qae la propension de l'aimant a se tonrner vers le Nord, tient aux mines de fer qui se trouvent en si fraud nombre et presque eiclosiveiuent dans ceue parue- Un monde.
il avait eu déjà trois batailles à livrer. Comme il s'aperçut que des brouillards épais dérobaient l'ennemi à sa poursuite et que ses soldats s'égaraient, il fît construire un char qui indiquait le sud, pour reconnaître les quatre points cardinaux. De la sorte il put atteindre Tchi- Yeou, s'emparer de sa personne et le mettre à mort. »
On peut penser si les commentateurs, dont l'espèce abonde en Chine comme partout, se sont fait faute de disserter sur la construction de ce char, le premier de son espèce.
Vers le ix fi siècle de l'ère chrétienne, c'esl-à-dire environ trente siècles après l'événement, un empereur, jugeant qu'on avait eu le temps suffisant d'éclaircir la question, requit les savants de donner une conclusion définitive. Sur quoi les uns affirmèrent que le char primitif avait consisté en un petit pavillon roulant, aux quatre angles duquel étaient des dragons sculptés en bois : sur ce pavillon était la figure d'un génie également en bois» De quelque manière que le char se tournât ou se retournât, la main de cette figure montrait toujours le sud. D'autres ajoutèrent que le char avait dû être muni d'une boussole.
M. Klaproth, qui a l'avantage de venir encore environ dix siècles plus tacd, est d'avis que le mystère consista à placer une barre de fer aimantée, ou peut-être simplement une pierre d'aimant oblongue, dans le bras d'une figure de bois, qui se mouvait librement sur un pivot, et dont l'index montrait le sud. A l'appui de son opinion il cite un dessin et quelques lignes de texte empruntés à une moderne encyclopédie chinoise, publiée en \ 609. Le dessin représente un char et une petite figure humaine dont le bras droit est levé et étendu. Le texte porte :
« Ceci est le dessin d'un ornement de char dont les dimensions sont les suivantes : il a un pied quatre pouces deux lignes de hauteur; en bas, sa largeur est de sept pouces et quatre lignes. A l'extrémité du bois de l'essieu du char est pratiqué un trou rond de trois pouces sept lignes de diamètre. Dans ce trou se meut une goupille de la même grosseur, sur laquelle est placée la figure d'un homme sculpté en jade, dont la main montrait toujours le sud. Cette figure se mouvait dans le trou et y tournait. Il se ruait sur Tchi-Yeou (expression énergique pour rappeler que le char fut dans l'origine destiné à diriger la poursuite contre l'antique rebelle). »
M. Klaproth fait remarquer l'usage qu'avaient les Chinois de s'orienter non point vers le nord, mais vers le sud, en regardant le soleil (la pierre d'aimant, en l'absence de cet astre, leur donnait la direction du méridien du nord au sud). Le sud fut pour eux le nan ou thsian, le côté antérieur, celui qu'on devait avoir devant soi; le nord fut le pé ou héou, le côté postérieur; l'est fut le ioung ou chang, le côté supérieur le côté d'ascension, l'ouest fut le si ou hia le côté inférieur ou le côté Rabaissement. Le trône de l'empereur de la Chine est toujours tourné vers le sud et il en est de môme de la façade principale des édifices.
De tout ceci, l'on peut tirer la conséquence que, dans l'année 2634 avant Jésus-Christ , les Chinois connaissaient non-seulement la vertu de la pierre d'aimant pour attirer le fer, mais aussi celle d'affecter constamment la direction polaire, lorsqu'elle est supportée de manière à se mouvoir librement dans un plan horizontal, et peutêtre aussi sa vertu de communiquer ces deux propriétés au fer frotté contre elle.
Après le service rendu par elle à une tête couronnée en 2634, et justice faite de l'archer perturbateur, la pierre d'aimant rentra dans le repos. Il n'est plus question d'elle dans les annales officielles jusqu'en Tan 14 40 avant Jésus-Christ où elle eut l'honneur d'être utile à d'honorables ambassadeurs.
Les chefs et les vieillards à cheveux blancs d'une certaine contrée (que M. Klaproth suppose être le Tonquin actuel et la partie septentrionale de la Cochinchine ), ayant remarqué que depuis trois ans le ciel n'avait point envoyé des vents furieux ni de longues pluies, et que TOcéan n'était point sorti de ses limites, en avaient conclu qu'un saint personnage s'était montré dans le royaume du milieu, et qu'il était convenable d'adresser à l'empereur leurs félicitations et des faisans blancs en signe d'hommage. Comme le chemin était très-long, les montagnes hautes, les rivières profondes, on se dit qu'au lieu d'un seul ambassadeur, il serait plus prudent d'en envoyer trois. L'empereur d'alors avait nom Tching- Wang et pour premier ministre un sien oncle du nom de Tchevu-Kong. Il est probable que le jeune souverain se contentait de régner en laissant à l'oncle le soin de gouverner. Le premier ministre, qui probablement se reconnut pour le saint personnage dont le mérite avait été proclamé par les peuples de la contrée lointaine, fit un bon accueil aux ambassadeurs, les conduisit devant les images des anciens rois et offrit un sacrifice solennel dans le temple des ancêtres de la famille impériale. Quand les ambassadeurs voulurent retourner, ils eurent de la difficulté à retrouver leur chemin. Le premier ministre leur donna alors cinq chars de voyage, construits de manière à indiquer toujours le sud. Les ambassa-
deurs, à l'aide de ces chars, gagnèrent le bord de la mer dont ils longèrent les rivages et arrivèrent Tannée suivante dans leur pays. Les chars qui indiquaient le sud étaient toujours conduits devant, pour faire connaître la position des quatre points cardinaux et indiquer le chemin à la caravane.
Les recherches de M. Khiproth n'ont pu le conduire à trouver dans les écrivains Chinois, avant Tan 121 de l'ère chrétienne, rien qui indiquât positivement l'usage de l'aiguille aimantée se substituant à celui de la pierre d'aimant; mais dans le célèbre dictionnaire Chon lVen terminé cette même année 4SI, on lit, nous dit-il, à l'article aimant : c'est le nom d'une pierre avec laqu3lle on peut donner la direction à l'aiguille.
Comment se fît-il néanmoins que les chars à aimant tombèrent pendant longtemps en désuétude? Le lecteur n'exigera pas que nous lui en disions là dessus plus que n'en a dit M. Klaproth lui-même. Il se borne à constater que l'art de les construire paraît s'être longtemps perdu et n'avoir été retrouvé que vers l'an 235 de l'ère chrétienne. Cette fois, à cô é du nom de l'empereur pour la commodité duquel ils sont destinés, les historiens, mieux inspirés, rapportent le nom beaucoup plus intéressant de Ma-Kium, leur constructeur habile. Le char à aimant fait dès lors partie des équipages de la maison impériale. Les grands dignitaires de l'empire en reçoivent parfois comme présents du monarque. Plus tard un autre constructeur, Kiai Fei, s'acquiert aussi de la célébrité. Vers l'an 450, Kouo-Chen-Ming reçoit l'ordre de fabriquer un char à aimant, il y travaille sans succès une année entière. La commande est donnée alors à Ma-Yo, qui réussit. Sa méthode fut trouvée parfaite, mais lui valut
d'être empoisonné par son rival, qui se servit pour cela de vin dans lequel il avait fait macérer des plumes de l'oiseau tchin. Les inventeurs français se jalousent, se dérobent leurs secrets, visent à se ruiner réciproquement, mais là du moins s'arrêtent les mauvais procédés entre confrères. *
Vers l'an 510, un certain Tsou-Tchoung-Tvhi reproduit un char à aimant d'après la mélhode de Ma-Yo.
De l'an 806 à 820, l'invention reçoit un nouveau perfectionnement, un mécanisme qui indique d'une manière certaine le chemin parcouru. Les cabriolets compteurs 1 qui ont circulé, à plusieurs reprises, dans Paris, ne sont pas, comme nous voyons, d'origine nouvelle. M. Klaproth donne la traduction d'un passage d'un livre chinois, où se trouvent quelques délails sur ce mécanisme appliqué à un char construit, en Tan 1027, par Lou-Tao- Loung, l'un des grands officiers de l'inférieur du palais, a Ce char n'avait qu'un timon et deux roues. II avait deux étages, dans chacun desquels était un homme de bois qui tenait droit un maillet de bois. Aussitôt que le char avait parcouru un /î, l'homme de bois de l'étage inférieur frappait un coup sur un tambour, et une roue placée à la moitié de sa hauteur tournait une fois. Après que le char avait parcouru dix H , l'homme de bois de l'étage supérieur donnait un coup sur une clochette. »
Les écrivains chinois prétendent, sans s'appuyer, il est vrai, de citations bien précises, que dès le milieu du ni e siècle de Père chrétienne, leurs navigateurs se dirigeaient déjà d'après le secours de l'aimant. Les annales,
I. L'empereur Commode, selon J. Capilolin, possédait uns voitureodomètre, et dès le milieu du xvue siècle on en retrouva le procédé de construction. L'Anglais Bettetteld le perfectionna en 1778 et 1781.
dit M. Klaproth, ont conservé l'itinéraire des commerçants chinois des vu* et vm e siècles. Leurs navires partaient de Canton, traversaient le détroit de Malacca, d'où ils allaient à l'île de Ceylan, au cap Comorin, à la côte de .Valabar, aux embouchures de lTndus et ensuite à Siraf et à l'Euphrate. Il est peu probable que des peuples qui, depuis Tan 121, connaissaient le secret de donner, à l'aide d'une pierre, la direction à l'aiguille, n'aient pas imaginé d'en faire usage dans des courses maritimes aussi longues.
Un ouvrage chinois du xi e siècle nous montre l'aiguille aimantée tombée dans l'usage le plus vulgaire et servant à l'amusement des bonnes et des enfants. «Les diseurs de bonne aventure frottent la pointe d'une aiguille avec la pierre d'aimant, pour la rendre propre à indiquer le sud. »
Dans les premières années du xn e siècle, entre Tan MM et 1117, un savant chinois, dans une histoire naturelle médicale, donne de la pierre d'aimant cette définition curieuse.
« L'aimant est couvert de petites pointes (poils) légèrement rougeûtres, et sa superficie est parsemée d'aspérités. Il attire le fer et s'unit à lui. C'est pourquoi on l'a appelé vulgairement la pierre qui hume le fer. La pierre nommée pierre bleue foncée est aussi un aimant de couleur noire. Quand on frotte avec l'aimant une pointe de fer, elle reçoit la propriété de montrer le sud ; cependant elle décline toujours vers l'est et n'est pas droite au sud. C'est pourquoi on prend un fil de coton neuf, qu'on attache, moyennant un peu de cire, gros comme la moitié d'un grain de moutarde, justement au milieu du fer, qu'on suspend de cette manière dans un endroit
où il n'y a pas de vent. Alors l'aiguille montre constamment le sud. Si l'on fait passer cette aiguille par une mèche (les mèches chinoises sont de petits tuyaux de rose.iu mince) qu'on pose ensuite sur l'eau, elle montre également le sud, mais toujours avec une déclinaison. »
Résumons-nous : Il est donc établi que, dès la plus haute antiquité, les Chinois ont connu la vertu de l'aimant d'attirer le fer, sa polarité, et peut- être même les vertus qu'il communique à l'aiguille aimantée; et qu'avant le xu e siècle, ils avaient observé les phénomènes de la déclinaison de l'aiguille aimanée.
Les choses n'ont pas marché aussi rapidement dans l'hémisphère que nous habitons. Tandis que là-bas, à nos antipodes, le piéton et le navigateur liraient déjà de cette découverte un assez bon parti, les Grecs et les Romains se contentaient d'admirer la pierre sans se douter qu'elle pût jouer un rôle utile dans leur civilisation.
Empédocle croyait à des atomes émanés de l'aimant et du fer, qui venaient s'équilibrer naturellement dans les pores de chacune de ces deux substances : c'était au?si l'opinion de Démocrite.
Platon, en parlant de la vertu des pierres héracîéennes, près do la ville d'Héraclée (certains commentateurs ont traduit pierres herculéennes, qui ont la force d'Hercule), prétend que cette vertu ne tient pas à l'attraction, mais à une perturbation et à une combinaison mutuelle des molécules, la nature ayant horreur du vide.
Aristote, qui résume en lui le savoir de toute la Grèce au lit* siècle avant Jésus-Christ, n'appelle pas l'aimant autrement que la pierre, c'est-à-dire la pierre par excellence. Diogène do Laërce dit que ce même Aristote avait
composé sur la pierre un traité (malheureusement il est perdu). Est-ce toujours de l'aimant seul que le gra,;d homme avait parlé, ou avait-il compris sous ce nom tout le règne minéral? Ce serait une question bien digne d'occuper messieurs de l'Académie des inscriptions ot belles- lettres. Ce qui nous fait craindre qu'Aristote, quoique si bien disposé à l'égard de l'aimant, n'ait été bref sur son compte dans le traité perdu, c'est que le poète latin Lucrèce, qui n'aurait pas manqué d'utiliser le savoir du philosophe grec, ne parait avoir connu l'ai* mant que fort légèrement. Il lui a consacré quelques beaux vers, « dans lesquels il prétend qu'un tourbillon de corpuscules ou de matière magnétique circule sans cesse autour de l'aimant et chasse l'air qui se trouve entre lui et le fer. L'air, dit-il, chassé de l'espace qui sépare ces deux corps forme un vide, lequel n'opposant plus aucune résistance à l'approche du fer, celui-ci est porté par une force impulsive , par l'air qui le pousse par derrière, comme le vent pousse le vaisseau en enflant la voile, et il est obligé par là de tendre avec impétuosité vers l'aimant et de s'unir à lui. »
On lit dans Plularque, aux questions platoniques : « Quant à l'ambre, il ne faut pas penser qu'il attire rien de ce qu'on lui présente non plus que fait la pierre de l'aimant, ne pareillement que rien qui en approche lui saute sus de Uii-mème: mais quant à la pierre, elle jette hors de soi ne sais quelles (luxions grosses, pesantes, et flatueuses, par lesquelles Tair contigu, venant à èlre entr'ouvert, pousse celui qui est devant lui et celui-là tournant à l'entour et rentrant en la place vide, force le fer et le pousse devant soi. Et quant à l'ambre, il a bien je ne sais quoi de flambant et d'esprit flatueux qu'il
jette dehors quand on le frotte par-dessus, parce que ses pores et petits pertuis s'ouvrent : ce qui en sortant fait môme eflVt que la pierre d'aimant et attire ce qui est auprès de lui, le plus léger et le plus sec, pour ce qu'il est plus g; êle et plus débile, car il n'est pas assez fort, ni n'a poids, ni violence, pour pouvoir pousser et chasser une grande quantité u'air; avec lequel il puisse venir à bout des plus grandes choses. iMais comment donc est-ce que cet air ne pousse ni le bois, ni la pierre, mais seulement le fer et l'amène à la pierre? Cette doute et difficulté est commune à tous ceux qui cuident que cet assemblement de ces deux corps se fasse ou par attraction de la pierre, ou par naturel mouvement du fer. Or le fer n'est ni trop rare, comme est le bois, ni trop serré comme l'or ou la pierre, mais a de petits trous, de petites voies et des aspérités raboteuses à cause de ces inégalités bien proportionnées et suitables à Pair, tellement qu'il ne coule pas si aisément par-dessus, mais a des arrêts et des prises, où il se peut affermir et prendre pied assez raisonnablement pour pouvoir pousser en avant et forcer le fer. jusques à ce qu'il aille baiser la pierre. Voilà les causes et raisons que l'on pourrait rendre de ces effets-là. »
Dans le traité d'isis et d'Osiris, le jnôme écrivain dit : « Davantage ils appellent la pierre de l'aimant l'osd'Orus et le fer l'os de Typhon, ainsi que l'écrit Manethus : car ainsi, comme le fer semble quelquefois suivre et se laisser tirer à l'aimant, et bien souvent aussi se retourne et repousse à rencontre, aussi le bon et salutaire mouvement qui a la raison du monde convertit et amène à soi et adoucit par remontrances de bonnes paroles celle dureté de Typhon, mais aussi quelquefois elle rentre
en soi-même et se cache et profonde en impossibilité. »
Dans son livre sur les propos de table, il prétend que la pierre d'aimant ne tire plus le fer quand elle est froltée d'ail.
On lit dans Pline : « Après avoir achevé de traiter des marbres, passons aux qualités remarquables des autres pierres, et commençons par l'aimant, comme éiant sans contredit la pierre la plus digne de nos considérations. Car est-il rien de plus surprenant et où la nature montre pour ainsi dire plus d'improbité ( improbitas) et s'écarte plus de ses propres lois? N'était-ce pas assez d'avoir, comme nous l'avons observé, doué les pierres de la voix (il parle de l'écho), de les avoir rendues capables de répondre à l'homme et de converser avec lui, malgré l'engourdissement et la raideur inflexible d'une telle substance? Voici qu'elle attribue à cette môme matière un sentiment sympathique et des mains invisibles. Quoi de plus dur et rebelle que le fer? Cependant il se laisse ici dompter, morigéner. Ce métal, qui soumet l'univers, ne peut résister à l'attraction de l'aimant. Il court après je ne sais quoi d'occulte et de vide, et lorsqu'il s'en est rapproché, il y tient et y adhère étroitement embrassé. L'aimant ou magnés est aussi appelé par celte raison sidérite, du grec sideros, fer. On le nomme aussi pierre d'Héraclée. Le nom de magnès, selon Nicandre,lui vient du pâ:re qui en fit la découverte, sur le mont Ida, en sentant ses souliers retenus à terre par les clous des semelles et sa houlette par le bout ferré.
« Il y a cinq sortes d'aimant, selon Sotacus, à savoir : celui d'Êthiop ; e, celui de la Magnésie, contrée qui confine à la Macédoine; celui de la campagne Hyriétique de Béotie; celui des environs d'Alexandrie et de Troade;
enfin celui de la Magnésie asiatique. Mais la première distinction spécifique et recherche essentielle à faire, c'est s'il est mâle ou femelle; la seconde , c'est quelle est sa couleur. Car l'aimant de la magnésie macédonique est noir, mi partie de roux; au lieu que celui de Béotie a plus (Je roux que de noir. Celui de ia Troade est noir, et d'ailleurs c'est un aima it femelle, et conséquemment sans force. Le pire de tous est celui de la Magnésie asiatique, lequel est blanc et n'attire point le fer; il ressemble à une pierre ponce. L'expérience a prouvé que plus l'aimant est bleu, meilleur il est. L'éthiopique est le plus réputé, et se vend son poids égal d'argent. 11 se trouve dans cette contrée sableuse de l'Ëthiopie que l'on appelle zhniris. Là se trouve aussi l'aimant hématite, qui 'est de couleur sanguine, et qui, broyé, rend une teinture de sang et une leinlure de safran L'hémaiite n'a pas, comme l'aimant, Aa propriété d'attirer le fer; une verlu exclusivement propre à l'aimant d'Éthiopie, c'est d'attirer un autre aimant. Au reste, toutes les sortes de magnés dont nous venons de parler ont des vertus médicales, et s'emploient chacune selon les doses convenables à chaque sorte. On en fait surtout d'excellents cataplasmes pour réprimer les fluxions des yeux. Calcinées et broyées, ces pierres guérissent les brûlures. Il y a en Éthiopie une montagne où l'on trouve la pierre théaméde, qui rejette et repousse toute espèce de fer. »
Dans son ouvrage sur la Cité de Dieu, saint Augustin raconte avoir assislé à une expérience sur l'aimant. « Nous connaissons la vertu que possède l'aimant d'attirer le fer. La première expérience que j'ai vue de la sorte m'a frappé d'une vive terreur. Je voyais un anneau de fer attiré par la pierre y rester suspendu; et puis, comme
si la pierre eût communiqué au fer attiré par elle sa propre vertu et l'eût partagée avec lui, ce môme anneau approché d'un autre l'attira et le tint également suspendu. De ia même manière que le premier anneau tenait à la pierre, le second anneau tenait au premier. Un troisième tint de même au second et un quatrième au troisième. Cette suite d'anneaux formait une chaîne, non point par entrelacement et contact des surfaces intérieures comme c'est Je cas ordinaire, mais seulement par contact à leur surface extérieure. Comment ne pas rester muet d'étonnement devant cette vertu d'une pierre, vertu qui nonseulement réside en elle, mais qu'elle communique à tant d'objets suspendus à elle, et qu'elle relient par d'invisibles liens 1 Mais voici quelque chose encore plus merveilleux à propos de celte pierre, et je le tiens d'un frère et mon coévéque Severus Miicvitanus. Il m'a raconté qu'à la suite d'un dîner où il avait été invité chez le comte de l'Afrique Bathanarius, il vit le comte prendre une pierre d'aimant, la tenir sous une plaque d'argent et poser un morceau d*j for sur la plaque. Il promena la pierre sous la plaque, et le fer suivit chaque mouvement, sans que 1 argent qui servait d'intermédiaire y participat en rien. Le fer allait et venait rapidement çà et là, obéissant au mouvement de la pierre promenée en dessous par la main de l'homme. Je rapporte ce que j'ai vu de mes yeux, et ce que j'ai ouï de quelqu'un en qui j'ai foi comme si j'avais vu moi-même. J'ajouterai que j'ai lu que l'aimant mis en contact avec le diamant cessa d'attirer le4er, et il relâche celui qu'il avait déjà attiré. »
L'expérience qui causa tant d'éionnement à saint Augustin était cependant déjà des plus anciennes pour les Grecs, puisqu'il en est parlé dans l'Io de Platon. Le phi-
losophe détermine précisément que c'est par communication de la vertu magnétique que cette chaîne se forme. « L'aimant, dit-il, qu'on appelle pien-e héraclite, n'attire pas seulement les anneaux de fer, mais il leur donne encore la mèm» force qu'il a d'attirer d'autres anneaux; de sorte qu'il se forme une longue chaîne de fer, la force venant originairement de la pierre d'aimant. »
Pline raconte que, dans un temple consacré à Arsinoé par son frère Ptolémée, l'architecte Dinocharès avait disposé à la voûte et au plancher deux pierres d'aimant, entre lesquelles la statue de fer d'Arsinoé demeurait suspendue, sans toucher ni le sol ni la voûte *. Quelques Pères de l'église rapportent un fait semblable pour l'idole du temple de Sérapis en Aquilée. Tout cela pourrait bien éire autant de traditions vulgaires et nullement véridiques, comme la tradition mahométane du tombeau de Mahomet suspendu par un pareil artifice. Le fait ayant été bien examiné a été reconnu faux. Le corps de Mahomet a été déposé en terre et n'en a pas été retiré.
Lisez sa vie par Jean Gaynier, il y est dit : « Quand il fut question d'enterrer l'apôtre de Dieu, il s'éleva une grande contestation entre ses compagnons. Les Mohogjeriens, qui étaient les Mecquois, voulaient qu'on le rapportât à la Mecque, le lieu de sa naissance; mais les 'Ansariens, qui étaient les Médinois, prétendaient qu'il demeurât chez eux, puisque Médine était le lieu de son asile et de son refuge. Il y eut un troisième parti de ceux qui disaient qu'il fallait le transporter à Jérusalem, qui est le lieu de la sépulture des prophètes. Comme la