I . Voy. les Curiosités de Varchcoîoçie
dispute s'échauffait, Abu-Beire intervint et décida qu'il serait enterré à Médine, assurant avoir entendu dire à l'apôtre de Dieu qu'un prophète ne doit être enterré qu'au lieu où il meurt.
« On creusa donc la terre dans la maison d'Aïesba et sous le lit dans lequel il avait couché. Ali fut le premier qui descendit dans lafjsse après qu'on y eut déposé le corps, et après lui descendirent successivement tous ceux qui avaient eu le soin des funérailles. Kolham, fils d'Al-Abbas, fut le dernier qui y descendit, et ainsi il a été celui des mortels qui ait approché le dernier le plus près de l'apôtre de Dieu. Abu-Tolhal, ansarien, avait creusé la fosse. »
La vertu principale de l'aimant, sa vertu de polarité, demeura donc inconnue aux deux brillantes civilisations grecque et romaine. Cependant la boussole que nous avons montrée devenant peu à peu d'un usage vulgaire dans les mers de l'Inde, durant les dix premiers siècles de l'ère chrétienne, passa aux Arabes, qui à l'époque des croisades, c'est-à-dire au plus tôt vers l'an 1400, l'auront transmise rux Européens. %
Les Arabes en avaient-ils depuis longtemps connaissance? Nous remarquerons comme une circonstance singulière, bien qu'on n'en puisse tirer aucune conclusion définitive, qu'il n'est fait nulle mention de la boussole dans le travail d'un célèbre astronome arabe, Ibn- Younis , travail qui porte le nom de grande fable hakémite et qui fut composé vers l'an 1107.
Les écrivains arabes citent souvent un ouvrage écrit en arabe, rempli de puérilités, portant le titre de Livre des pierres^ et qu'ils préîendent à tort être une traduction d'un traité d'Aristote. La Bibliothèque impériale de
Paris possède encore aujourd'hui un manuscrit arabe qui le reproduit par extraits. M. de Sacy en a pris connaissance. Il y est dit : « qu'Aristote, dans son traité des pierres, de leurs natures, de leurs couleurs, de leurs variétés et des mines où elles se trouvent, avait parlé de sept cents sortes de pierres, dont plusieurs ne sont connues que des seuls artistes qui les travaillent et les mettent en œuvre; mais que quant au commun des hommes, les pierres qui leur sont inconnues surpassent en nombre celles qu'ils connaissent. L'auteur du présent extrait, jugeant donc que s'il décrivait dans cet ouvrage toutes les parties dont Arislote avait fait mention , la plupart des lecteurs ne sauraient pas même souvent de quoi il voudrait parler, s'est borné à ce qui pourrait être d'une utilité générale, et n'a fait entrer dans son livre que cent espèces de pierres, qu'il considère sous deux points de vue : leur emploi dans les arts et leurs usages en médecine. » Or, dans cet extrait, il n'est nullement question de la pierre d'aimant.
Mais deux écrivains du moyen âge, Albert Legrand et Vincent de Beauvais ont reproduit dans leurs ouvrages, vers le milieu du xm e siècle, certains passages qu ils déclarent emprunter au prétendu traité d' Arislote, et qui y auront été ajoutés par un autre copiste arabe. Ces passages ne sont curieux qu'en ce qu'ils donnent la portée de ce que les Arabes savaient au sujet de l'aimant, entre l'an 1007 et le milieu du xin* siècle.
Alhert Legrand, dans son latin du moyen âge (et Vincent de Beauvais répète à peu près dans les mômes termes) écrivait : « Il est un côté de l'aimant qui a la verlu de saisir le fer dans la direction du zoron, c'està-dire du septentrion, et les matelots en font usage. Le
cité opposé de l'aimant tire vers Vaphron, c'est-à-dire vers le pôle méridional; et si vous approchez le fer vers le côté zoron, le fer se tourne vers zoron, et si vous l'approchez du côté opposé, il se tourne droit vers
aphron Il y a un certain aimant qui attire la chair
humaine. L'homme qui vient à être attiré par cet ain^int, se sent pris d'un rire forcé et reste attaché à la pierre jusqu'à ce qu'il meure, pour peu que ia pierre 6oit d'une bonne taille. Il y a un aimant qui attire les poils, un autre l'eau, un autre les poissons. »
Ici, M. Klaproth remarque le mauvais emploi, fait par les deox écrivains du moyen âge, du mot zoron pour signifier le septentrion, et & aphron pour désigner le midi. Ces deux mots arabes ont précisément le sens contraire : aphron signifierait le nord, et zoron le sud. Ne pourrait-on pas pousser plus loin sa remarque et en tirer celte induction : que l'écrivain arabe, qui avait emprunté sa notion des Chinois, a commencé naturellement comme eux son mode de s'orienter d'abord par le zoron le sud; tandis qu'Albert, habitué par les Européens à s'orienter au nord, a été porté à traduire ce mot zoron par le septentrion?
Quand les croisades eurent familiarisé les Européens avec les traditions de l'Orient, leurs matelots, au retour, assuraient « que ceux qui font le voyage de Calicut, de Chine et du Catay, et de quelques autres endroits des Indes de là le Gange, s'ils ne sont pasaccorts en l'art de la marine, pour reconnaître de trois ou quatre lieues loin quatorze petites ilettes et ne font large en pleine mer, ils se trouvent cloués et pris à la pipée, comme seraient des oiseaux à la glu, à cause de certains rochers qui sont dans ces îles, lesquelles renferment des mines
de diamant. Les vaisseaux dans la construction desquels il enlre drs clous et des barres de fer sont attirés et se brisent sur ces rochers. Il n'est pas douleux que les habitants des îles de Maldine, d'Ampurd, Soccare,Zocathe,Gephord et autres posées en la mer Pacifique, ne chevillent de bois très-fort les bateaux dans lesquels ils vont à la pêcherie; mais c'est d'au'ant qu'ils ne savent que c'est non plus de fer que de cuivre, plomb ou acier, et encore ont moins l'industrie de rechercher leurs mines et minières.»
Le plus ancien témoignage de l'usage de la boussole parmi les nations européennes, se trouve dans un * œuvre d'un poète français, Guyot de Provins, écrite vers Tan 1190. C'est une satire contre la cour de Rome, contre les ordres religieux, les hommes de loi et les médecins. L'auteur l'intitule la Bible, parce que, dit-il, elle ne contient que vérité. Le pape, selon lui, devrait être pour tous les fidèles ce que la Trémontaigne, l'étoile polaire, est pour les mariniers. Les autres étoiles tournent,
Mais code esloile ne se meut.
L'n art font qui mentir ne peut Par la vertu de la manière Une pierre laide et brunière.
Le vers, Par la vertu de la manière, c'est ainsi qu'on l'écrit habituellement, a beaucoup exercé la sagacité des commentateurs. M. Legrand d'Aussy prétend qu'il faut la marniére ou la marinière, la compagne du marin. M. Paulin Paris propose de lire Vamanière, la pierre d'aimant. Ne pourrait-on pas plutôt lire lamanière d'un seul mot, et en faire le féminin du mot lamancur, pilote, la pilotière, de même qu'on trouve dans les vieux écrivains français et encore dans Montaigne, emperière, pour le féminin d'empereur?
C'est à tort que plusieurs éditions ont imprimé :
Par la vertu de la marinelle Une pierre laide et noirette.
Il y a là changement complet du texte.
En vain un savant suédois, M. Hansteen, a prétendu que l'honneur d'avoir parlé le premier de la boussole en Europe appartient à une chronique islandaise le Landnamabok, où Ton mentionne l'usage fait par les navigateurs des mers septentionales de la pierre conductrice. M. Klaproth constate victorieusement que le Landnamabok se compose de plusieurs parties, dont la première fut écrite dans le «• siècle, mais que le passage dont s'appuie M. Hansteen, appartient à une partie q l'on ne peut établir avoir été écrite que vers le xiv e siècle.
Vers l'an 4 215 ou 1220, un prêtre, né à Argenteuil, et qui avait gagné la mitre en Palestine pendant la quatrième croisade, Jacques de Vitry, évèque de Ptolémaïs, parlait ainsi de l'aimant dans son histoire de Jérusalem qu'il écrivit en latin, a L'aimant se trouve dans l'Inde, et possède une vertu secrète d'attirer le fer. Une aiguille de fer frottée contre l'aimant se tourne vers l'étoile du nord, cette étoile qui est Taxe du firmament, et qui demeure immobile, tandis que toutes les autres se meuvent. Aussi l'aimant est-il pour ceux qui naviguent en mer de la plus grande utilité » Il est à remarquer que dans son latin,
i Dans un manuscrit arabe de la bibliothèque impériale, qui a pour titre Trésor des marchands pour la connaissance des pierres, il est aussi parlé de l'aimant employé pour la navïg.Uiou. Ce curieux renseignement porte la date de 1242, et c'est Baïlak, natif du Kibdymk qui le donne. La description qu'il lait de la première boussole est on ne peut plus singulière et i.iiércssante; elle a été reproduite dans le Magasin pittoresque de i83:>, p. 342.
Févêque ne désigne pas Faimant par le mot magnes, mais par celui de adamas, dont le vrai sens est diamant.
Le troubadour Gauthier d'Espinois, contemporain du comte de Champagne, Thibaud VI, qui vivait avant la moitié du xiu* siècle, commence une de ses chansons ainsi :
Toas autrcsi ( ainsi ) comme l'aimant déçoit ( détourne) L'aiguillette par force de vertu.
Un célèbre guelfe, chassé de Florence, Brunetlo Latini, le mait:e du divin Dante, fit un voyage en Angleterre, et visita à Oxford le fameux moine Bacon. Il a raconté dans une lettre retrouvée récemment et publiée par un savant anglais que le moine lui montra « la magnete pierre laide et noire, ob le fer volontiers se joint, Fon touche ob une aiguillet et en festue l'on fiche : puis Fon met en Faigue (eau) et se tient dessus, et la pointe se tourne contre Festnile quand la nuit fut tenibrous (ténébreuse) et Fon ne voie estoille ni lune, poet li marinier tenir droite voie. » Le même Brunelto se fixa à Paris vers Fan 4260, y écrivit en langue française sou livre Trésor, où il appelle l'aiguille d'aimant calamité.
Ce mot calamité est d'origine grecque, au rapport de Pline, qui désigne sous ce nom la petite grenouille que Fon appelle en français le graisset, la rainette. Hugo Bertin, qui vivait du temps de saint Louis, en même temps, ou à peu près, que Guyot de Provins, raconte comment on enfermait alors Faiguille aimantée dans une fiole de verre à demi remplie d'eau *, et comment on la faisait flotter au moyen de deux petits fétus, sur Feau comme une grenouille.
I. C'est aussi ce que dit Haïlak, dans la description citée tout à l'heure.
A qui vint l'heureuse idée d'enlever la calamité aux fétus et au bocal pour la placer en équilibre sur la pointe d'un pivot d'acier qui s'élève du centre d'une boite?
Les Italiens réclament cet honneur pour un certain Flavio Gioia, pilote ou capitaine, qui naquit vers la fin du xiii" siècle à Pasitano, village près d'Amalfi, dans la province de Salerne, au royaume de Naplcs. Ils citent à l'appui un vers latin d'Antoine de Bologne, dit le Panormitain, qui vivait dans le xiv e siècle, à peu près à l'époque de cétle invention, dont on place la date entre les années 1300 et 4320. Voici le vers :
Prima dédit nautis usum raagneiis amaifis.
On cite aussi cet autre vers dont l'auteur est resté inconnu :
Imr entrix preclara fait magnetis amalfls.
On reconnaît là la faconde et l'esprit d'exagération de poètes médiocres; car il ne pouvait s'agir en tout cas que d'un perfectionnement et non pas de la découcouverle de la calamité. Au surplus, l'authenticité du nom même de Gioia n'est pas bien constatée. Quelques auteurs le nomment Ciri ou Gira; d'autres lui donnent le prénom de Giovanne au lieu de Flavio. Sur la foi de quelque Amalfitain, des écrivains, se copiant successivement, ont répété comme preuve concluante quela ville d'Amalfi, afin d'éterniser la découverte due à l'un de ses concitoyens, avait pris pour armoiries une boussole ornée de huit ailes destinées à représenter les principales aires des vents. Enfin, en *810, un savant plus consciencieux, l'abbé Andres, bibliothécaire de Naples, remontant aux sources, fit dessiner et publier les armoiries de l'ancienne cité d'Amalfi. On y vit un
objet qui semble avoir deux ailes et non pas huit , et dans lequel il est impossible de reconnaître une boussole.
Quoi qu'il en soit, l'ancien nom de calamité fut remplacé, chez les Italiens, par le mot boussola, que nous avons francisé en celui de boussole. Des écrivains recommandées le font dériver du mot latin buxus, buis, ou boite, parce que les premières boites paraissent avoir été faites en buis. M. Kîaproth le fait dériver d'un mot arabe mouassula la flèche , et par corruption bouassala, les arabes désignant sous ce nom la boussole.
Un autre perfectionnement fut d'attacher à l'aiguille aimantée, et de façon à se mouvoir avec elle, un carton circulaire divisé en trente deux aires de vents. L'on suspendit la boite qui la renferme, de manière à ce qu'elle conserve une position horizontale quelle que soit l'agitation qu'éprouve le vaisseau. Ce mode de suspension est du aux Anglais. De là leurs écrivains établissent de prétendus droits à la découverte du précieux instrument lui-même.
Entre nalions qui naviguaient sur l'Océan, l'usage s'est élabli de désigner les quatre points cardinaux et les aires des vents dans la langue qui fournissait pour leurs noms de simples monosyllabes, afin d'avoir plus de facilité à composer les noms des aires intermédiaires. La langue allemande s'est trouvée en possession de cet avantage, et de leur côté les Allemands en argumentent que l'invention de la boussole leur appartient.
La coutume, dont l'origine est inconnue, de se servir, dans la rose des vents, d une fleur de lis pour désigner le point nord, n'a pas imprimé un moindre orgueil aux Français; ils y ont vu un droit, non moins bien établi
que celui des autres peuples, de s'écrier que la boussole est fille de la marine française.
Lors de son voyage pour la découverte de l'Amérique, Colomb observa que la direction de l'aiguille n'était point parallèle au méridien, et s'en écartait de plus en plus à mesure qu'il s'avançait dans l'Atlantique Le navigateur vénitien Caboto fut le premier Européen qui publia des observations sur ce phénomène, qu'on appelle la déclinaison de l'aiguille aimantée : son livre porte la date de 4 5 49. M. Delisle possède un mémoire (demeuré manuscrit, il est vrai, ) qui porte la date de 4 53 4 , et où il est fait mention de la déclinaison de l'aiguille. Gilbert l'attribue à un certain Robert de Normandie, habile navigateur et ingénieux artiste.
A la même époque on commença à étudier cet autre phénomène de V inclinaison de l'aiguille aimantée sur le plan horizontal.
Où se trouve le centre de l'action magnétique si universellement répandue sur tous les points de la terre? C'est une question qui paraît difficile à résoudre. Parmi les physiciens d'alors, les uns mettaient, avec Cardan , le siège de^ cette force dans une petite étoile qui forme la queue de la grande ourse; les autres le plaçaient au pôle du zodiaque, et même il y en eut qui , trouvant le ciel trop étroit, imaginaient par delà les cieux et les étoiles un centre attractif d'où arrivait à la terre la force qui dirige les aimants. Le médecin anglais Gilbert, que Biot et M. Pouillet qualifient le premier fondateur de la
i. C'est le 17 septembre \ 492 qu'il ût, pour la première fois, cette observation, t et, a-t-on dit judicieusement, en mettant ainsi les hommes sur la voie de la connaissance du magnétisme terrestre, il ne faisait peutêtre pas une chose moins graude qu'en leur ouvrant le Nouveau-Monde. •
science du magnétisme, démontra, autant qu'on pouvait le faire à cette époque, que le globe de la terre est magnétique, et que c'est son action qui dirige l'aiguille aimantée. Gilbert était contemporain et ami du grand Bacon; il écrivit, vers l'an 4600, un traité sur la matière, que Biot appelle un ouvrage de génie. Là est constatée la vertu de polarité de l'aimant; qu'il y a un côté nord et sud pour chaque aimant; que si l'on met en regard les côtés nord et les côtés sud de deux aimants, iJ y aura répulsion mutuelle ; mais qu'il y aura attraction mutuelle si l'on met en regard le côté nord de l'un avec le côté sud de l'autre : ce qu'il a exprimé en disant que les côtés ou pôles de môme nom se repoussent, tandis que les côtés ou pôles de noms contraires s'attirent. Il considéra la terre comme un gros aimant, puisqu'elle dirige les aimants, de même que ceux-ci se dirigent les uns les autres. Il plaça les pôles magné iques de la terre vers les pôles géographiques : l'un fut le pôle nord ou boréal ; l'autre le pôle sud ou austral ; et d'après la loi que les pôles de même nom se repoussent, il nomma pôle nord ou boréal d'un aimant celui de ses pôles qui se tourne vers le pôle terrestre de nom contraire, savoir vers le sud; et pôle sud ou austral, de ce même aimant, celui qui de dirige vers le nord de la terre.
Ce savant observa en outre qu'une barre de fer qui servait de tige à la girouette du clocher des Augustins, à Mantoue, avait acquis d'elle-même, sans le secours de la pierre d'aimant et par le seul fait de sa longue situation verticale, les propriétés magnétiques. Ce fut le point de départ de mille autres observations qui mirent un terme à la gloire de la pierre d'aimant, et apprirent aux hommes à se passer d'elle.
Il fut un temps où, pour aimanter le barreau d'acier, on croyait indispensable de le frotter contre cette pierre, ou tout au moins contre un autre fer déjà aimanté. Aujourd'hui il suffit de le placer de manière à ce qu'il fasse un certain angle avec l'horizon , et puis on frappe sur son extrémité supérieure quelques coups avec un marteau. On a reconnu de plus que tous les corps sont plus ou moins susceptibles de magnétisme; que plusieurs pierres précieuses en manifestei.t des signes; que le cobalt, le titane et le nickel possèdent quelquefois les propriétés d'attraction et de répulsion. Il suffit souvent, pour qu'un métal soit susceptible de magnétisme , qu'il renferme une portion de fer équivalente à la cent trente millième partie de son poids, quantité que les savants avouent être trop petite pour pouvoir être appréciée même par les procédés chimiques.
En 1819, M. Œrsted, de Copenhague, découvrit qu'un courant d'électricité voltaïque exerce une influence puissante sur une aiguille aimantée. Aussitôt les docteurs Barrow, Wollaston, Faraday, Ampère, Arago, Seebeck, Becquerel, etc., de se mettre à l'œuvre et de créer ce qu'ils ont appelé la théorie de l'électro-magnétisme.
Grâce à eux on aimante aujourd'hui à l'aide de la pile voltaïque. On a constaté l'identité des agents magnétique et électrique. La science est parvenue à faire du magnétisme et de l'électricité une seule et même chose, c'est-à-dire à supprimer à peu près la théorie du magnétisme pour la confondre dans celle de l'électricité.
La pauvre pierre d'aimant est déclarée n'être plus bonne à rien, ni en physique, ni en médecine, où d'honorables savants, entre autres Buffon, essayèrent de lui faire jouer un rôle. Elle a même cessé de servir aux
jongleries des charlalans. Le bateleur qui recommencerait l'histoire du canard aimanté, sur lequel Rousseau disserte si éloquemment, dans son Émile, se ferait huer par les bonnes d'enfants. Le bon saint Augustin doit bien sourire de là-haut.
Aérostats, montgolfières. — H. Faujas donne l'histoire des tentatives qui avaient été faites sur l'art de voler, et de la découverte de MM. Montgolfier. Un an avant eux, c'est-à-dire en 1781, M. Cavallo, à Londres, avait voulu remplir d'air inflammable un sac de papier, mais, le gaz passant tout au travers, le sac ne s'enleva pas, et M. Cavallo abandonna son idée et n'en a pas môme parlé dans son livre.
Voici l'extrait du rapport à l'Académie des sciences, lu au sujet des premières montgolfières, le 23 décembre 4783, rédigé par Leroy et signé par Tillet, Brisson, Cadet, Lavoisier, Bossuet, le marquis de Condorcetet Desmares t :
« Le point de vue sous lequel MM. Montgolfier envisagèrent le grand problème d'élever des corps dans l'air, fut celui des nuages de ces grandes masses d'eau qui, par des causes que nous n'avons pas encore pu démêler, parviennent à s'élever et à flotter dans les airs à des hauteurs considérables. Occupés de cette idée, ils pensèrent aux moyens d'imiter la nature en donnant des enveloppes très-légères à des nuages factices et en contrc-baiançant la pression d'un air lourd par la réaction ou l'élasticité d'un air très-léger. S'élant assurés, par une expérience très simple, qu'une chaleur de 70 degrés Réaumur suffisait pour raréfier l'air de moitié, dans un vaisseau fermé, ils en conclurent bientôt l'espérance de
parvenir par ce moyen à remplir leurs vues. Or tout annonce que leurs méditations sur ce sujet remontent au delà du mois d'août de l'année 1782; mais l'expérience intéressante qu'elle leur avait suggérée ne fut tentée que vers le milieu de novembre. Ce fut à Avignon que M. Montgolfier l'aîné la fit pour la première fois. 11 vit avec la plus vive satisfaction, comme on le concevra sans peine, qu'un petit parallélipipède creux, de taffetas, qui contenait quarante pieds cubes ou à peu près, ayant été échauffé intérieurement avec du papier, monta rapidement au plafond. Retourné à Annonay, peu de temps après, il n'eut rien de plus pressé que de répéter, avec monsieur son frère, cette expérience en plein air, et ils virent avec la même satisfaction le parallélipipède s'élever et monter à une hauteur de soixante-dix pieds.
« Animés par des essais si heureux, nous apprend le Journal des savants, numéro de septembre 1782, ils firent construire à Annonay, lieu de leur fabrique de papier, un globe de 35 pieds de diamètre avec de la toile d'emballage et du papier cousu tout autour montés sur un cercle de bois. Ils l'ont rempli d'une espèce de fumée contenant du gaz inflammable plus léger que l'air; et ce globe s'est élevé très-promptement à la hauteur d'environ mille toises; il est retombé au bout de dix minutes, à une demi-lieue de la ville, après que le gaz a été évaporé par les ouvertures de la toile et du papier : c'était le 5 juin au soir, on avait employé trois heures à le remplir, et la matière qu'on y employait était assez commune pour ne coûter qu'un écu. Suivant le calcul de MM. Montgolfier, le gaz pesait 4 078 livres et le globe 500 livres, mais il occupait la place de 2156 livres d'air, en sorte qu'il lui restait 578 livres de force pour s'éle-
ver et il aurait pu emporter trois ou quatre hommes.
« M. Charles, professeur de physique, et MM. Robert, ses coopérateurs, ont fait exécuter aussi un globe en taffetas, enduit de gomme élastique, ayant 42 pieds de diamètre, qu'ils ont rempli avec un air inflammable tiré de la dissolution du fer par l'acide vitriolique, et qui pèse dix fois moins que l'air atmosphérique. Ce glube s'est élevé, le 27 août, à Paris, et il a crevé au bout de trois quarts d'heure à cinq lieues de distance. Mais il servira à des expériences d'électricité, et pourra conduire à une expérience plus en grand. »
L'Académie ayant prié MM. Montgolfier, qui étaient venus à Paris, de répéter leur expérience, ils préparèrent une nouvelle machine de 70 pieds de hauteur et 44 pieds de diamètre. On essaya de s'en servir, le 42 septembre, chez M. Réveillon, au faubourg Saint-Antoine, mais le vent et la pluie le détruisirent. Comme le roi avait donné des ordres pour une expérience à faire à Versailles, le 4 9 septembre, on s'empressa d'en construire une autre.
Nous rapporterons à ce sujet une lettre écrite par Monlgolfier jeune à de Lalande, qui était alors à Bourg en Bresse :
« Après la catastrophe du vendredi 4$ septembre, dont vous fûtes témoins, je n'espérais plus pouvoir faire l'expérience de Versailles au jour indiqué. Cependant le samedi, après rnètre consulté avec quelques amis, j'y ■ entrevis de la possibilité, et le dimanche au matin je fia | mettre le plus d'ouvriers qu'il fut possible pour exécuter une machine en toHede coton peinte. On y travailla avec tant d'actrvité que lejeudi, à huitheurps du malin, j'avais une nouvelle machine sphéroïde de 45 pieds de haut sur
41 de diamètre, et une estrade pour la soutenir, de façon que Ton pût passer commodément par-dessous pour pénétrer dans l'intérieur et y produire la combustion. Tout était prêt dans la grande cour du château de Versailles, lorsque je fus menacé d'un temps semblable à celui du vendredi; je fus obligé de couvrir la machine. Sur les quatre heures, la pluie ayant cessé, je me bâtai de faire quelques expériences. Je suspendis, comme vous avez vu, le sommet de la machine par un cordage pour procurer le premier fluide pour sa combustion. Dans ce moment, il survint un coup de vent si violent, que toute la cime fut déchirée. On y remédia par une ligature qui embrassait la partie ouverte, et le vent étant baissé, 40 à 50 livres de paille suffirent, en six minutes, pour Téléver à douze pieds de terre, où elle fut retenue par des cordages pendant plusieurs minutes. Après quoi on la fit redescendre tranquillement sur l'estrade en la pliant d'une façon commode pour la transporter à Versailles; elle arriva la même nuit. Le vendredi 49, on la posa sur une pareille estrade, à Versailles. Le roi et toute la cour vinrent voir l'intérieur de la machine ; la plupart paraissaient surpris de ne voir qu'un réchaud et de la toile pliée.
« Au signal donné par la reine, on tira une boite, et je fis tout de suite allumer le feu. A peine la machine commençait à se remplir, que la pression d'un coup de vent sur une de ses surfaces la Ct vider presque entièrement, et comme elle était encore retenue par le cordage du haut l'accident de la veille se renouvela. Par ma position je ne vis point cette déchirure dont mes coopérateurs ne m'avertirent pas. Je Os continuer le feu, et au bout de sept minutes, après le premier signal, je fis donner le second. Alors tout le monde, abandonnant les
trente-deux cordes qui retenaient la machine, elle s'éleva avec un mouvement accéléré presque verticalement, entraînant avec elle une cage d'osier où étaient un mouton, un coq et un canard. A environ 150 ou 200 toises, elle essuya un coup de vent brusque qui la fit coucher sur le côté, la partie inférieure ayant plus résisté au mouvement que la supérieure, à raison de sa plus grande masse. Par celte inclinaison, il se perdit beaucoup de gaz par l'orifice d'en bas qui était tout ouvert, les poids que j'avais destinés à la fermer étant insuffisants. La partie inférieure du sphéroïde, de convexe, devint concave. Cependant le poids de la cage et du lest ayant ramené la machine dans la situation verticale, elle plana quelque temps, puis descendit lentement à 1800 toises du point de départ. Les animaux n'ont aucunement souffert, à la réserve du coq qui, avant le départ, a eu l'aile cassée d'un coup de pied du mouton. Lorsque la machine est parvenue à terre, la déchirure du haut avait augmentée au point d'avoir 4 0 pieds au moins de longueur. Malgré cet accident et celui d'avoir chaviré, elle s'est élevée à environ 290 toises et est restée environ 10 minutes en l'air.
« On a brûlé 60 à 70 livres de paille et 8 à 40 livres de lainage pour la remplir.
« Je m'occupe à réparer la machine, à la consolider et à l'augmenter un peu pour pouvoir substituer des hommes aux animaux qui ont fait le premier trajet, et pour savoir exactement le poids qu'elle peut porter, le temps qu'elle peut rester en l'air, la quantité de combustible nécessaire à l'élever, et ce qu'il faut pour réparer la déperdition occasionnée soit par l'inexactitude de l'enveloppe, soit par la condensation;
« La machine, lors de l'expérience, pesâ t environ 700 livres et les animaux, laçage et le lest de 150 à 200 livies. »
Après cette lettre de M. Montgolfier, le journal rapporte ce qui s est passé dans l'automne et l'hiver suivants :
« La machine fut rapportée au faubourg Saint-Antoine ; on en augmenla les dimensions jusqu'à 64 pieds de long et 4t> de diamètre, sa capacité devint de 60,000 pieds cubes. Elle pesait 4,200 livres, avec la galerie destinée à porter les hommes, et pouvait enlever 5 à 600 livres de plus que son poids.
« M. Pilatrede Rozier, directeur du musée de la rue Sainte-Avoye, et physicien connu, pénétré d'un noble et courageux enthousiasme pour cette découverte, et qu'on doit regarder comme le premier voyageur aérien, avait déjà demandé, le 30 août, à l'Académie des sciences, la permission de monter dans la machine qu'on faisait. Enfin, lo 15 octobre, il se fit enlever, à 5 heures 21 minutes, jusqu'à 80 pieds de hauteur, c'est-à-dire jusqu'à la longueur des cordes qui retenaient alors la machine ; il resta en station 4 minutes et 25 secondes, et la machine descendit ensuite très-lentement.
a Vendredi 17 octobre, on répéta les mêmes expériences. L'empressement et l'afïïuence furent extrêmes; mais un vent contraire s'éleva et, quoique M. Rozier fût enlevé à peu près à la môme hauteur que le mercredi, la machine fut fatiguée et se soutint moins en l'air.
c Dimanche 19, à 4 heures et demie, les expériences réussirent encore plus complètement et en présence de plus de deux mille personnes. La machine fut remplie de gaz en 5 minutes avec cinq bottes de paille. Elle
enleva M. de Rozier avec un poids de 1 00 livres de l'autre côlé pour frire équilibre, à la hauteur de 200 pieds, et elle se soutint 6 minutes en station, sans feu dans le réchaud. La môme expérience fut répétée avec le réchaud et du feu. La machine, portant M. de Rozier, fut enlevée à 250 pieds et se soutint 8 minutes et demie. Comme on la retirait, un vent d'est la porta sur une touffe d'arbre, où elle s'embarrassa sans perdre l'équilibre. L'on renouvela le gaz, et elle se retira d'elle-même, en s'élevant pompeusement dans l'air au bruit des acclamations publiques.
« La machine s'éleva une troisième fois avec M. de Rozier et un compagnon de voyage, M. Giroud deVillelte, jusqu'à la longueur entière de la corde verticale, qui avait :*24 pieds, et elle se soutint à cette hauteur, dans le plus parfait équilibre, pendant 9 à 10 minutes; plusieurs personnes affirment môme qu'elle fut en station près d'un quart d'heure; mais IL de Faujas ne compta que 9 minutes à sa montre.
« M. le marquis d'Arlandes, chevalier de Saint-Louis, et major d'infanterie, monta ensuite avec M. de Rozier, et la machine se soutint en l'air 8 minutes et demie.
« Enfin, le 21 novembre, au château de la Muette, on fît la première expérience à ballon perdu, en présence de M. le dauphin et d'une partie de la cour. La machine fut remplie en huit minutes, elle partit à \ heure 54 minutes. M. de Rozier et M. d'Arlandes élant montés dans la galerie, on la vit s'élever de la manière la plus majestueuse, et lorsqu'elle fut parvenue à environ 250 pieds de hauteur, les intrépides voyageurs, baissant leur chapeau, saluèrent les spectateurs. On ne put s'empêcher d'éprouver alors un sentiment de crainte et d'admiration.
Tout le monde applaudit à leur courage et à Vidée heureuse et sublime de M. Montgotfier, qui procurait un spectacle aussi extraordinaire au public. Bientôt on cessa de distinguer les navigateurs aériens; mais la machine, planant sur l'horizon et étalant sa plus belle forme, s'éleva à 344 toises, suivant l'observation de M. l'abbé Rochou. Elle traversa la Seine au-dessus de la barrière de la Conférence, et passant de là entre J'Eco/e militaire et l'Hôtel des Invalides, elle fut vue de tout Paris.
« Les voyageurs satisfaits de leur expérience, craignant que les étincelles qui passaient par les petits trous et qui tombaient sur la partie inférieure de la toile ne vinssent à attaquer les cordes qui les soutenaient, se concertèrent pour descendre; mais s'apercevant que le vent les portait sur les maisons de la rue de Sèvres, faubourg Saint-Germain, ils développèrent du gaz, ils s'élevèrent de nouveau et continuèrent leur roule en l'air, jusqu'à ce qu'ils eussent dépassé Paris. A 2 heures 5 minutes, ils passèrent sur l'Observatoire royal, étant déjà descendus de beaucoup, et ils se placèrent tranquillement, vers 2 heures 7 minutes, sur la Butte-aux-Cailles, au delà du nouveau boulevard, 250 toises au sud-est du moulin de Croulebaibe, qui est derrière les Gobelins, sur la Bièvre, sans avoir éprouvé la plus légère incommodité, ayant encore dans leur galerie les deux tiers de leur approvisionnement ou 14 bottes de paille sur 21. Ils pouvaient donc, s'ils l'eussent désiré, franchir encore un espace double de celui qu'ils ontparcouru. Leur route nous paraît de 3,200 toises en ligne droite, mais ils ont fait divers détours, par les changements de vent, et le temps qu'ils ont employé est d'environ 17 minutes. Ils
i28 CURIOSITÉS DES INVENTIONS, ETC.
auraient pu aller jusqu'au delà de Choisy, vers Boneuilsur-Marne, faisant 6 lieues par heure, en trois quarts d'heure de temps, avec celte paille, dont l'effet principal était de raréfier l'air dans l'intérieur du ballon, pour le rendre spécifiquement plus léger que l'air ordinaire; car c'est à la chaleur seule qu'on doit attribuer cet effet, suivant les expériences de M. de Saussure, qui ont confirmé à cet égard l'opinion qu'avaient déjà les physiciens. C'est ici la première fois que les hommes ont pli» né dans les airs; aussi l'on ne peut exprimer l'admiration dont tous les spectateurs étaient frappés : il semblait voir les dieux de l'antiquité portés sur des nuages. Les fables se sont réalisées par les prodiges de la physique et par l'invention heureuse de M. Montgolfier. On se propose d'élever une pyramide à l'endroit de l'arrivée de nos premiers voyayeurs. »
Ballon. — Nous venons de voir la montgolfière se remplir d'air ordinaire dilaté par la chaleur. Voyons maintenant le ballon du physicien Charles lui faire concurrence, précisément dans la même année.
Nous citerons encore le Journal des savants, « L'expérience du 1 er décembre a offert un spectacle magnifique. Un globe avec du taffetas enduit de gomme élastique, globe de 26 pieds de diamètre, muni d'une soupape qui peut s'ouvrir et se refermer à volonté, le tout exécuté par M. Charles et MM. Robert, est parti du milieu du jardin des Tuileries, à 4 heure 37 minutes, en présence d'une multitude immense de spectateurs, M. Charles et M. Robert le jeune étaient montés dans une espèce de gondole peinte et décorée d'une manière agréable, suspendue à un filet qui enveloppait le ballon-. Ils se sont
élevés majestueusement à la hauteur de 340 toises, suivant 1'observatîon de M. Cagnoli, et, poussés par un vent sud-sud-ouest, ifs ont passé sur Monceaux, Clichy, Genevillers, entre Sanois et Argenteuil, et ils ont été descendre tranquillement dans une prairie entre Nesles et Hédo;iville ( à 47,000 toises de Paris), vers 3 heures trois quarts. Ils avaient jeté successivement 36 livres de lest pour se soutenir en l'air à la même hauteur; mais ils auraient pu faire encore le môme chemin sans descendre de la machine, quoiqu'ils eussent perdu beaucoup de leur gaz, soit par la dilatation, soit par les coutures, soit volontairement pour s'abaisser; mais la machine était trop pesante, car le globe ne s'est élevé qu'avec une légèreté de 20 livres. Il contenait à peu près 7,000 pieds cubes de gaz, qui avait coûté environ 2,200 livres, mais on espère l'avoir bientôt à 3 sols le pied cube et môme moins, ce qui rend cette manière de voyager plus praticable. On s'est servi pour le remplir de plusieurs tonneaux de limaille, rangés autour d'une cuve pleine d'eau qui recevait les tuyaux de différents tonneaux et qui était recouverte d'un entonnoir destiné à conduire dans le ballon le gaz formé dans chacun des tonneaux, à mesure qu'on versait de l'acide vitriolique sur la limaille. Il ne fallait que 43 heures à nos voyageurs pour aller en Angleterre par le vent qu'ils avaient et qui était cependant trèsmodéré. Lorsque le ballon fut descendu, il n'y avait plus que 568 livres de poids et 43i livres de gaz. M. Robert étant descendu, le ballon ne pesa que 438 livres, suivant le calcul de M. Meunier. M. Charles, restant seul dans la machine, il s'éleva avec une force de 130 livres, et, en 40 minutes, jusqu'à une hauteur de 4,644 toises environ ; car le baromètre ne marquait plus que 46 pouces
40 lignes, au lieu de 28 pouces 4 lignes; il y éprouva un froid de 5 degrés au-dessous de zéro, au lieu de 7 degrés et demi de chaud qu'il avait en partant. Pour calculer celte hauteur, on peut employer la méthode simple, curieuse et exacte donnée par M. Duluc, pour mesurer les hauteurs par le moyen du baromètre. Le calcul sur le baromètre, observé par M. Charles dans sa gondole, donne 4,644 toises pour la hauteur à laquelle il s'est élevé dans cette excursion hardie et à jamais mémorable. Il descendit, au bout de 35 minutes, dans les friches des bois de la Tour-du-Lay, à une lieue de la prairie de Nesle, d'où il était parti, et où M. le comte do Balincourt se propose de faire élever un monument.
« La machine, élevée à la plus grande hauteur, avait perdu encore 34 livres de gaz par l'appendice ou tuyau expiratoire (la soupape), et ne déplaçait plus que 544 livres d'air; en sorte que le calcul de M. Meunier s'accorde très-bien avec la hauteur du baromètre observée par M. Charles. »
Aujourd'hui , pour rendre l'étoffe du ballon imperméable, on emploie avec succès une couche de caoutchouc interposée entre deux pièces de taffelas.
Le gaz hydrogène ne pesanl que 4/15 de l'air atmosphérique, on voit que la force ascensionnelle d'un ballon de grande dimension peut être assez considérable. Ainsi un ballon de 4 0 mètres de diamètre peut aisément, poids do l'enveloppe compris, avoir 500 kilog. de force ascensionnelle. Cette force sert à enlever, avec l'aéronaute, des sacs de 6able, ce qui lui permet de partir avec une faible vitesse et d'atteindre la hauteur qu'il désire en jetant une partie de son lest.
Une précaution essentielle est de ne pas gonfler l'aéros*
tat lors du départ; car à mesure qu'on s'élève, la pression do l'atmosphère diminuant, le gaz de l'aérostat se dilate et finirait par crever l'enveloppe si elle était tendue.
Les ballons captifs paraissaient, dans l'origine de l'invention, devoir rendre de grands services à l'art de la guerre et à la météorologie. Ainsi il paraissait qu'un aérosfaf, demeurant en communication avec le chef de l'armée, serait d'un grand secours pour effectuer une reconnaissance militaire, pour éclairer les mouvements de l'ennemi, pour étudier les ressources et les moyens de défense d'une ville assiégée, etc. On fit un essai de ce genre à la bataille de Fleurus : l'armée républicaine du Nord, en 4793, renfermait une compagnio d'aérostiers, dirigée par le colonel Coutelle; on dut cependant renoncer à ce moyen. Pour employer les ballons captifs, il faut les maintenir contre le vent. L'air est calme quelquefois, mais c'est une circonstance rare et qui dure à peine quelques heures. L'élat naturel de l'atmosphère, c'est d'être agitée par le vent. Eh bien , la force d'un vent, même médiocre, suffira pour porter à terre tout ballon captif. C'est là la vraie difficulté qu'a rencontrée Coutelle au siège de Mayence, et qu'il a signalée dans une notice (Revue encyclopédique , septembre 4 826). S'étant fait élever pour reconnaître la place, il pouvait déjà discerner les mouvements des troupes dans l'intérieur de la ville assiégée. Mais tout d'un coup le vent fraîchit et porta trois fois de suite son aérostat jusqu'à terre, en le faisant tourner autour des points d'attache de toute la longueur des cordes de retenue. A chaque fois que le ballon avait touché, il se relevait par la réaction du choc avec une vitesse extrême, et de suite après
il était de nouveau rabattu. Naturellement il fallut se faire descendre et abandonner la partie. Ce simple récit explique pourquoi l'expérience faite à la bataille de Fleurus n'a point été renouvelée dans les campagnes suivantes.
Passe-ports. — L'invention du passe-port, dont l'usage tombe en discrédit chez nous, à la grande joie des Anglais qui se préparent à aflluer de plus belle sur nos boulevards et dans nos restaurants, a du exister et se reproduire dans certaines circonstances chez tous les peuples.
Voici sa trace, en Chine, dans la relation des deux Arabes, au milieu du IX e siècle.
Celui qui veut voyager d'un lieu à un autre est obligé de prendre deux lettres : une du gouverneur et l'autre de l'eunuque ou lieutenant. La lettre du gouverneur est pour la permission de se mettre en chemin. Elle marque le nom du voyageur et celui de ceux qui sont en ^a compagnie, l'âge et la famille des uns et des autres. Tous ceux qui sont dans la Chine, naturels, Arabes ou autres étrangers, sont obligés de déclarer tout ce qu'ils savent et ne peuvent pas s'en dispenser. La lettre de l'eunuque ou lieutenant spécifie la quantité d'argent et de marchandises que le voyageur ou ceux de sa compagnie portent avec eux. Cela se fait afin que dans les places frontières on examine ces deux lettres, et quand il y passe quelque voyageur, on écrit : un tel fils, fils de tel, de telle famille, a passé ici tel jour, tel mois, telle année, en telle compagnie. Ainsi ils empêchent qu'on ne puisse emporter l'argent ni les marchandises de personne. Si on a emporté quelque chose ou que le voyageur meure en che-
min, on sait aussitôt ce que les choses sont devenues, et elles lui sont restituées à lui ou à ses héritiers.
L'Arabe Ibn-Batuta, voyageur en Chine, dans la première partie du xiv € siècle, raconte ceci : « J'entrai un jour dans une de leurs villes, pour un moment; quelque temps après j'eus occasion d'y retourner, et quelle ne fut pas ma surprise de vot, sur les murailles et sur des feuilles de papier placardées dans les rues, mon portrait et celui de mon compagnon! Ils en agissent toujours ainsi avec les voyageurs qui traversent leurs villes, et s'il arrivait à un étranger de commettre quelque action qui le forçât à prendre la fuite, son portrait serait envoyé dans toutes les provinces et il ne tarderait pas à être arrêté. »
Papier , sa fabrication. — Le papyrus, dit Pline, croit dans les marais d'Égypte 1 et dans certains creux qui demeurent remplis dos eaux du Nil après que co fleuve est rentré dans son lit, et qui n'ont pas plus do deux coudées de profondeur. La racine de cet arbrisseau
*. Cette plante aquatique, de la famille des cypèracèes, était presque exclusivement confinée dans le bassin du Nil. Cependant, selon quelques anciens naturalistes, on la trouvait aussi dans l'Inde, et il parait qu'à Madagascar il croît une espèce analogue propre aussi à la préparation du papier. (Juant au papero de Sicile, il diffère complètement du papiius d'Égypte, ne fût-ce que par sa taille qui n'atteint que sept pieds au pl&s, tandis que l'autre monte jusqu'à quinze.
est tortue et grosse comme le bras (à la jointure dur poignet). La tige est triangulaire. Il a tout au plus dix coudées de haut et va en diminuant jusqu'à l'extrémité, où il jetle un bouquet à la manière d'un thyrse. Ce bouquet ne contient aucune graine. (Théophraste s'exprime de la même manière.) On ['emploie, mais seulement dans les contrées étrangères à PÉgypte, à faire des couronnes pour les dieux, et il n'est d'aucun autre usage. Les gens du pays se servent des racines de papyrus en place du bois , non-seulement pour brûler, mais encore pour faire différents ustensiles de ménage. Avec la tige de cette plante ils font de petites barques, et avec l'écorce intérieure 1 ils font des voiles, des nattes, des couvertures, des cordes et même des étoffes pour s'habiller. Ils mâchent la tige crue ou cuite, mais ils ne l'avalent point et sucent seulement le jus. Il croît aussi du papyrus en Syrie, le long du môme lac aux environs duquel on trouve le calomel aromatique. On a découvert, il n'y a pas longtemps, que le papyrus qui croit dans l'Euphrate, près de Babylone , est aussi bon que celui d'Égypte pour faire du papier. Toutefois, les Parthes n'ont pas abandonné leur ancienne coutume d'écrire sur de» étoffes ou des toiles *.
Pour faire le papier, on prend l'écorce intérieure du papyrus, et avec une aiguille on la partage en plusieurs bandes , les plus minces et les plus larges qu'il est possible. Les bandes les plus proches du cœur de l'ar-
1. Cest l*même partie qui servait à faire le -papier. On l'appelait \\btr y d'où le nom latin du papier.
2. C'éiait aussi un usage des anciens Romains. Avant de connaître te papyrus, ils n'é« rivaient que sur du linge. Les livres ainsi faits sont appelés, par Tite-Live, Lintei libri. Voy. Curios. bibliogr., p. 15.
brisseau, c'est-à-dire les plus intérieures, sont aussi les meilleures : ensuite les autres diminuent de bonté à mesure qu'elles approchent davantage de fécorce extérieure On appelait autrefois hiératique (sacré) le papier qui n'était employé que pour écrire les matières de religion. (Les Égyptiens se refusaient à vendre ce papier sacré de peur qu'on ne l'employât à des usages profanes, mais ils ne refusaient pas de vendre d'anciens livres religieux écrits sur lui. Les amateurs romains, jaloux do se procurer du magnifique papier, achetaient les livres religieux de l'Égypte ; ils les lavaient ensuite pour se procurer la possibilité d'y écrire à leur tour. ) Ce vieux papier lavé prit à Rome le nom de papier Auguste et fut le plus estimé. Celui d'après eut le nom de l'impératrice Livie; et de cette façon le papier sacré moderne fut relégué au troisième rang. ( La fabrication en avait probablement dégénéré.) On donna le quatrième rang au papier amphithêâtrigue, ainsi nommé du lieu où on le faii ( ou plutôt du lieu de Rome où il se débitait). Ensuite Fannius ayant établi à Rome une manufacture de papier, on retravailla si industrieusement ce papier am? phithéâtrique, il fut porté à un tel point de perfection que, de commun qu'il était, il passa au premier rang sous le non de papier Fannien. Quant au papier amphithéâtr ique non retravaillé, il a conservé son ancien nom. Après l'amphilhéàtrique vient lésait igné, du nom de la ville de Sais, où l'on en fait une grande quantité : il est composé de bandes plus grossières, c'est-à-dire plus proches de lecorce extérieure. Le lénéotique, ainsi appelé du nom d'un lieu voisin, est composé de bandes encore plus proches de Técorce extérieure, et il se vend au poids, sans aucun égard à la qualité. Pour ce qui est
du papier emporétique, c'est-à-dire marchand ou d'emballage , il ne vaut rien pour écrire, et il n'est bon qu'à envelopper des livres ou empaqueter des marchandises, et c'est de là qu'il a pris son nom. Le haut de la plante papyrus ressemble à un jonc et on en peut faire des cordes, mais elles ne valent rien que dans l'eau.
Toutes les différentes sortes de papier se font sur une table que Ton a soin de mouiller auparavant avec de l'eau du Nil ; car, comme cette eau est trouble, elle tient lieu de colle. On prend des bandes de papyrus aussi ' longues qu'on a pu les avoir , et, les ayant rognées par les deux bouts , on les étend exactement sur la table , l'une à côté de l'autre. Sur ces premières bandes on en étend d'autres transversalement, ce qui forme un double rang de bandes, duquel est composée chaque feuille de papier. On met ensuite les feuilles à la presse , et, après les avoir fait sécher au soleil , on les assemble l'une sur l'autre pour en former ce qu'on appelle la main de papier {scapus). Les feuilles les plus extérieures de la main sont toujours les meilleures, et celles du milieu les plus mauvaises. Il n'y a jamais plus de vingt feuilles dans chaque main.
On écrivait rarement sur le revers, surtout lorsque le livre mis en rouleau [ voïumen) fut seul en usage. Quand il fit place au Codex (livre carré), au lieu de feuillets écrits d'un seul côté , on eut des feuillets apistographes, c'est-à-dire écrits ai-ssi sur le revers. Ce que Juvénal reprochait tant au poète Codrus pour le manuscrit de sa tragédie d'Oreste (sat. I, v. 6) devint ainsi à la mode
a Lorsque le papier est rude, dit Pline, on le polit
4. Voy., pour les diverses espèces de papier employés à Rome, Curios. bibliogr., p. 46.
avec une dent ou une coquille , mais alors récriture n'y dure pas si longtemps, car ce papier lisse ne prend pas si bien l'encre : il est seulement plus luisant. Souvent aussi il arrive que le papier résiste quand on écrit , parce qu'on lui a donné mal à propos, ou en trop grande quantité , l'eau qui lui sert de colle. On connaît cette imperfection en le battant à coup de marteau , ou même par la mauvaise odeur qu'il fait sentir. Pour découvrir les taches du papier, il ne faut que des yeux ; mais quant aux raies ou veines qui se rencontrent dans le papier mal collé et qui le font boire , on ne saurait presque les reconnaître que lorsqu'on a écrit dessus et qu'on voit les lettres s'étendre d'une manière difforme, tant la tromperie est cachée. De là vient qu'on se sert aussi d'une autre manière de faire le papier.
« Cette manière consiste à employer de la colle ordinaire, qui se prépare avec la fleur de farine bouillie dans l'eau et un peu de vinaigre; car la colle forte et celle qui se fait de gomme fc ne sont pas de longue durée. Ceux qui veulent avoir un papier encore meilleur, font bouillir dans de l'eau une certaine quantité de pain levé qui soit tendre, et ils coulent cette eau. Ils obtiennent par ce moyen une colle très-légèro, et qui occupe très-peu de place entre les deux couches de bandes dont le papier est composé : et celui qu'on fait de cette manière est plus uni qu'une toile de lin. Au reste, la colle de papier, quelle qu'elle suit, ne doit avoir ni plus, ni moins d'un jour. Le papier étant collé , on l'amincit en le battant avec le marteau ; ensuite on le colle de nouveau, et après l'avoir mis à la presse pour le dérider, on le bat derechef avec le marteau pour l'étendre et le rendre plus uni. Tel est le papier sur lequel Tiberius Gracchus et Caïus
Gracchus écrivirent eux-mêmes leurs ouvrages, il y a environ deux cents ans; el j'ai vu ces mêmes livres originaux chez Pomponius Secundus , citoyen illustre et poêle très- renommé. Tel est aussi le papier sur lequel sont écrits des ouvrages que j'ai souvent occasion de voir, je veux dire les originaux de Cicéron, d'Auguste et de Virgile. »
Pline mentionne un fait de conservation d'un manuscrit fort singulier. « Cassius Hemina, très-ancien chroniqueur, rapporte que sous le consulat de Pubiius Cornélius Célhégus, fils de Lucius, et de Marcus Bœbius Pamphilius , fils de Quintus , un greffier de Home nommé Cneus Terentius , faisant donner la seconde façon à un champ qu'il avait sur le mont Janicule, trouva un coffre où était le corps du roi Numa , avec les livres de ce prince , lesquels étaient écrits sur du papier d'Égypte. Or, depuis le commencement du règne do Numa jusqu'au consulat dont nous parlons, il s'était écoulé cinq cent trente-cinq ans; et celte circonstance qu'ils étaient de papier ajoute certainement au prodige que des livres quelconques aient pu se conserver enfouis sous terre pendant tant de siècles. C'est pourquoi je rapporterai le propre récit d'Hemina. Comme plusieurs personnes lui témoignaient leur surprise d'un événement aussi étrange, il leur expliqua physiquement la chose , en disant que vers le milieu du coffre il y avait une pierre carrée et liée en tous sens avec des cordes ou mèches cirées; qu'en les déliant on avait trouvé les livres en question posés dans le bassin pratiqué à la partie supérieure de la pierre, et qu'il estimait que cette disposition les avait garantis de la moisissure; que d'ailleurs ils étaient garnis de feuilles de citronnier, ce qui avait dû les pré-
server des vers; que ces livres contenaient la philosophie pythagoricienne, et que, parce qu'ils traitaient de philosophie, ils furent brûlés par ordre du préteur Quintus Pélilius. Tous les historiens conviennent que la sybille apporta trois livres à Tarquin le Superbe, qu'ellemême en brûla deux, el que le troisième périt du temps -de Scylla dans l'incendie du Capitole. »
Papier de soie. — Le papier de soie était fabriqué très-anciennement en Chine et dans les parties orientales de l'Asie. De la Chine l'usage en passa dans la Perse, vers l'an 652, et à la Mecque, vers l'an 706, dit on écrivain italien, l'abbé Andres.
Papier de coton. — Dans Y Essai sur l'origine de la gravure en bois et taille-douce, publié en 4 808, ouvrage anonyme d'une érudition très-consciencieuse , on lit : « On a prétendu jusqu'à présent, quoiqu'à lort, que le papior de coton a été inventé, au vin* siècle, par les Arabes. On sait aujourd'hui, avec plus de certitude, qu'ils apprirent à le connaître dans la Bucharie », qu'ils conquirent en 704, et d'où ils rapportèrent l'art de le fabriquer. Il est vrai qu'à celte époque l'usage en devint général; mais l'art même de le faire ne fut introduit, par ce peuple, d'Afrique en Europe, que vers le xi e siècle.
Ce papier se fabriquait avec du coton cru ; aussi étaitil d'aulant moins compact et durable, que les Arabes ne connaissaient point les moulins à eau et les autres pro-
1. Snmarcande, capitale de re pays» possédait alors une papeterie considérable, dont la célébrité se perpétua pendant de longs siècles, s'il est vrai, comme on l'a dit, que la lettre que le sophi de Perse adrosa, eiH676, au roi de Perse, était écrite sur du papier de coton sorti de cette fabrique.
cédés qui contribuent à rendre le papier propre à recevoir récriture, de sorle qu'il est aisé de distinguer ce papier par la facilité avec laquelle il se déchire, ainsi que par son peu de corps et son œil jaunâtre.
Les Arabes avaient établi des manufactures de ce papier à Septa (aujourd'hui Ceuta) ainsi qu'à Xativa ', à Valence et à Tolède, lesquelles n'en ont certainement pas fabriqué d'une tout autre espèce que celle de colon, tant sous les Mores et les Arabes que sous les Chrétiens; mais il faut croire que ces derniers, qui, dès 4 085, avaient pris possession de Tolède et s'étaient rendus maîtres de tout le royaume de Valence, en 4238, auront connu l'usage des moulins à eau et l'emploi des chiffons de colon, comme cela paraît aussi par le nom qu'ils donnaient à ces chiffons, d'autant plus qu'ils se laissent infiniment mieux travailler que le coton en nature. Et c'est de ces essais que seront résultées les espèces de papier fabriquées sous les rois chrétiens, lesquelles approchent davantage du papier de chiffons de linge, dont elles sont aussi plus difficiles à distinguer. Peut-être même ont-ils essayé d'y mêler des chiffons de linge, ce qui a donné à ce papier une plus grande ressemblance avec notre papier actuel. Dans les lois du roi Alphonse le Sage, de Tannée 4263, il est fait mention de parchemin de cuir et de parchemin d'étoffe, pergamino de cuero, e pergamino de pano.
Papier de lin. — En 4762, Meermann, jaloux de déterminer l'époque de l'invention du papier de lin,
4. C'est aujourd'hui San-Fclipe. « On y fabrique du papier, dil Edrisi, tel qu'on n'en trouve pas de pareil dans tout l'univers; ou en expédie à l'Orient et à l'Occident • Gèogr. d'Edmi, trad. de M. A. Jaubert, II, 37.
proposa un prix de vingt-cinq ducats de Hollande (le ducat vaut environ 42 franco) à celui qui lui présenterait le plus ancien monument écrit sur du papier de cette espèce; et il publia un programme latin, dans lequel il exposait sommairement les opinions de plusieurs auteurs sur ce point historique. Le recueil des mémoires qui lui furent envoyés fut imprimé à La Haye, en 4767. Aucun ne détermine précisément quel est le manuscrit connu le plus ancien qui soit écrit sur papier de lin; mais le résultat fut qu'on ne pouvait faire remonter l'usage de cette espèce de paprer avant Fan 1300
L'Espagne ne peut faire remonter son papier de coton qu'au xi e siècle; l'Allemagne l'avait déjà au ix € siècle, et ces deux pays l'ont reçu par des voies différentes. On n'en peut pas admettre l'usage en Italie avant 844; la Sicile en avait quelques manufactures aux xu* et xm e siècles. Qui pourrait nier que l'Allemagne n'ait pas eu également, avec ses filatures de colon, des papeteries de celte matière avant qu'elle en ait fait de lin? Aucun peuple, au reste, ne peut prouver qu'il s'est anciennement servi de moulins, tels que ceux qu'on emploie aujourd'hui pour fabriquer le papier de chiffons.
II est probable que lus Européens, en imitant les Asiatiques dans la fabrication du papier, n'auront pas songé à employer d'autres procédés que ceux dont se servaient
i. De noavelles découvertes ont fait revenir ?ur cette conclusion de Meermann, en assignant au premier usage du papier de chiffe, ainsi qu'on l'appela d'abord, le papier de lin, la date de 1075, etc. Voy. Cnrios. bibliogr. y p. 48, et pour une letire de Joinville à Louis le Hutin, le plus ancien spécimen qu'on ait conservé de cette sorte de papier, Hist. de* imprimeur*, gr. in-8o lime d'or des métiers), p. 39, par Edouard Fournies
leurs maîtres. Après avoir fait bouillir le coton, ils l'auront foulé et battu jusqu'à ce qu'il en résultât une pâte, qu'ils auront ensuite délayée avec de l'eau, pour la prendre dans des formes et la faire sécher. Ce n'est sans doute que plus tard qu'on aura songé à employer de cette manière les chiffons de coton, lorsqu'on était déjà parvenu à établir chez soi des manufactures d'étoffe de cette matière; et l'exécution de cette opération par des moulins à martinets ne.peut avoir eu lieu avant le milieu du xiv* siècle, et cela en Italie seulement
Mais qui voudra mettre en doute que la marche n'ait pas été la même en Allemagne avec le papier de lin, qu'elle l'a été avec le papier de coton en Italie, depuis 4308 jusqu'en 4 367; c'est-à-dire qu'on aura haché, pilé, bouilli et battu les chiffons de toile, à moitié pourris, jusqu'à ce qu'ils formassent une pâte propre à être convertie en papier; qu'ensuite on aura songé à diminuer ce travail par des moulins à bras; jusqu'à ce qu'on eût enfin inventé, en Allemagne, les moulins à martinets mus par l'eau, dont on se servait en Italie pour le papier de coton, ce qui aura mis le complément à la fabrication du papier de chiffons en Allemagne?
Les premiers papiers qu'on fabriqua furent destinés à l'écriture, par conséquent ils étaient collés et avaient beaucoup de corps. Aussi ne put-on se servir que de papiers collés pour les premiers livres, dans lesquels on peignait et écrivait beaucoup pour les faire ressembler aux manuscrits. Ce ne fut qu'au xvi e siècle qu'on cora-
4. A celte époque il exisiait à Fabriano, dans le Picenum, el à Colle, en Toscane, des papeteries ayant des cours d'eau pour moteurs; on eu conserve la preuve dans une charte du 6 mars 1377, relative à la location d'uu moulin avec chute d'eau t ad fackndas carias. »
roença à imprimer sur du papier sans colle, auquel le relieur appliquait, avant de relier le livre, une couche de colle, quoique moins forte que celle qu'y donnait auparavant le papetier; de sorte que le prix du papier, pour l'impression, diminua de moitié.
Voici les caractères qui distinguent l'un de l'autre le papier coton et le papier de lin, qui est venu ensuite, du moins autant qu'on peut les reconnaître sans recourir aux analyses chimiques.
Le papier de coton a toujours beaucoup de corps. Il n'est naturellement pas question ici de celui qu'on tro :ve dans les manuscrits arabes qui, par le moyen de presses, a été rendu plus lisse que no l'est notre papier vélin; ni de celui qu'emploient les Chinois pour >l'impression de leurs livres, lequel est infiniment plus mince et plus fin que notre plus beau papier de soie, et ne souffre, à cause de cela, l'impression que d'un seul côté. Lorsque nous parlons du papier de coton, comme ayant précédé le papier de chiffons, nous entendons la pâte grossière et mal préparée dans laquelle on découvre encore les fils, dont la teinte est plutôt d'un gris jaunâtre que d'un blanc gris, et qui, lorsqu'on le déchire, fait voir de longues fibres. Sur sa superficie on n'aperçoit ni grains, ni rugosités, ni vergeures, ni filigranes; et là où il y a des filigranes, elles sont grossièrement imprimées d'un seul côté, de manière qu'on les remarque à peine sur le verso.
Le papier de lin ou de chiffons, au contraire, même le plus grossier, lajsse apercevoir peu de filaments ; il est plus ou moins grenu et chargé de taches d'eau. On y aperçoit facilement les vergeures de la forme sur lesquelles la pâte, qui demandait une plus grande préparation, a été
versée. Il n'y a que de petites barbares sur le bord. Ces fibres ne.se montrent généralement que d'un seul côlé, c'est-à-dire sur la superficie extérieure, tandis qu'elles se trouvent partout dans le papier de coton.
Imprimerie. — Le volume de cette collection, consacré aux Curiosités bibliographiques , contient l'historique fort détaillé de la découverte de cet art si utile; nous y renvoyons le lecteur. Nous donnerons seulement quelques lignes sur l'impression mécanique appliquée à l'imprimerie.
L'Anglais William Nicholson , l'éditeur du Journal philosophique, fut le premier à entrer dans cette voie, d'une manière sérieuse. Il prit un brevet d'invention en 4790 : 1° pour placer les types sur une surface cylindrique; cette disposition des caractères, des filets, des garnitures, etc., était touUà fait nouvelle; 2° pour étaler l'encre à la surface des types, en faisant rouler sur eux la surface d'un cylindre enduit d'encre, ou bien en faisant que les types s'appliquassent eux-mêmes sur celuici. Quant au m °yen de répandre l'encre également sur ce cylindre, il proposait pour cela d'appliquer trois rouleaux distributeurs, ou davantage, longitudinalement au cylindre à encre, de manière qu'ils puissent rouler sur eux-mêmes par le mouvement de ce dernier. « J'opère, disait-il, toutes mes impressions, par l'action d'un cylindre ou d'une surface cylindrique; c'est-à-dire que je fais passer le papier entre deux cylindres, sur l'un desquels est fixée la forme des types qui constitue ainsi une partie de sa surface ; l'autre cylindre est garni de drap, il sert à presser le papier de manière à lui faire recevoir l'impression; ou bien encore je fais passer la forme des
types, préalablement encrée, successivement en contact avec le papier enveloppant le cylwidre garni de drap. »
Dans cette description, est-il dit au Dictionnaire des manvjactures, M. Nicholson indique assez clairement les principales parties qui entrent dans les machines à imprimer d'aujourd'hui ; et s'il avait donné à chaque partie de son invention autant d'attention qu'il en a apportée dans ses inutiles efforts pour attacher les types à un cylindre, ou bien s'il avait songé i\ courber les formes stéréotypées dont on commençait à parler alors, il aurait, selon toute probabilité, réalisé un appareil pratique.
A l'exposition de 4849, une presse mécanique figurait, construite sur ce système. Le constructeur avait mis à profit l'invention du cliché qui n'existait pas à l'époque où M. Nicholson prit son brevet. II avait obtenu des formes clichées ayant la courbure convenabb pour s'appliquer sur ses cylindres.
La première machine à imprimer qui ait été employée a été sans contredit inventée par Kœnig, horloger de Saxe, et par Bauer, son élève, et construite sous sa direction à Londres, en 1811, aux frais de M. Tayfor, l'éditeur du Times; ce journal ne fut toutefois imprimé par Ja presse mécanique que le 28 novembre 1814, lorsque Kœnig et Bauer eurent réussi à emp'oyer un cylindre, au lieu d'une surface plane, pour opérer la pression sur les caractères. « Ce jour-là, dit M. Firmin Didot, dans son excellente Histoire de la typographie, les éditeurs du Times annoncèrent à leurs lecteurs qu'ils lisaient, pour la première fois, un journal imprimé par une machine à vapeur. Cette date est à jamais mémorable dans les annales de la typographie. »
Gravure. — Un ouvrage d'érudition très-précieux à consulter est le livre anonyme, publié en 4808, Essai sur l'origine delà gravure, etc.
L'auteur y établit l'honneur de priorité comme appartenant aux Chinois; il aurait dû l'accorder au peuple lo plus ancien, à celui qui, le premier, a imaginé la langue symbolique, le premier langage dont chaque peuple prU mitif a dû se servir d'abord. Le grand nombre de signes de la langue chinoise, dit-il, ne permet pas d'imprimer des livres avec de simples caractères. Il faut que les Chinois gravent en signes, sur des tablettes de bois, qu'ils impriment ensuite avec un frottoir, ainsi que le faisaient les premiers peintres de cartes en Allemagne. Cette manière d'imprimer est en usage de temps immémorial à la Chine. Du Halde cite ce passage d'un écrivain de ce pays : a Le célèbre Wou-Wang tirait cette moralité de l'encre : comme la pierre me ( ce mot signifie encre en chinois) dont on se sert pour noircir les signes gravés, ne peut jamais devenir blanche, de môme un cœur noirci d'impudicités retiendra toujours sa noirceur. » D'autres écrivains disent que le peuple de Hia, ou Tungut, a imprimé avec des caractères gravés en bois, déjà du temps de J.-C, méthode encore usitée aujourd'hui dans le Thibet. La gravure en bois est moins ancienne au Japon qu'à la Chine. Dans ces deux pays on se sert pour imprimer de deux brosses, ainsi que le pratiquaient anciennement les artistes d'Allemagne. Avec l'une de ces brosses ils noircissent leurs formes, gur lesquelles ils posent leur papier, qu'ils frottent ensuite avec l'autre brosse. Ces brosses ne sont pas, comme les nôtres, faites de poils de pourceau ou de sanglier, mais de l'écoroe d'un arbre qui ne contracte pas d'humidité.
COMMUNICATION DE LA PENSÉE. 2i7
Dans notre Europe, l'art de la gravure, proprem?nt * dit, et non celui de ciseler ou d'emboutir, qu'on a quelquefois confondu avec lui, a véritablement pris naissance au xv e siècle.
Gravures sur bois. — Les Allemands et les Italiens réclament également l'honneur d'avoir découvert l'art de graver sur bois et sur cuivre, et d'en tirer, par l'impression, des épreuves sur du papier. Les Allemands fondent leur prétention sur l'ancienneté des ouvrages qu'ils produisent; les Italiens en appellent au témoignage de Vasari, qui l'attribue à Maso Finiguerra : la découverte en serait due, par ce dernier, au hasard, en 4460.
L'histoire de la gravure sur bois peut se partager en deux époques, savoir : première* de 1350 à 1360, c'està-dire depuis l'invention des cartes à jouer, en Allemagne, jusqu'en 4 423, qu'on imprima des figures de saints, où commence la véritable gravure sur bois; deuxième, depuis 4423, jusqu'au temps d'Albert Durer.
En Allemagne , les cartes à jouer s'appelaient briefe (epistolœ en latin) et elles y portent encore aujourd'hui le même nom. Dans un livre intitulé, Das gulden spil, le Jeu d'or, imprimé à Ausbourg, en 4478, on lit que le jeu de cartes a commencé à prendre cours, en Allemagne, vers Tan 4 300.
Les ouvriers employés, en Allemagne, à tailler les moules des cartes se nommaient formschneiders (tailleurs de moules), nom qu'ils ont conservé jusqu'à ce jour. Ils formaient un corps de métier, et il en était de même de ceux qui peignaient les cartes, briefmalhers. Ces cartiers commençaient donc par graver leurs figures
sur des planches de bois, pour s'épargner la peine de faire le dessin de chaque carte en particulier, et les coloriaient ensuite à la main. Ces tailleurs de moules ne donnaient aucune ombre à leurs figures, ou quand ils en donnaient, les tailles de ces ombres étaient aussi fortes que le contour même.
Les cartes à jouer des Allemands avaient un tel débit dans l'Europe du xv e siècle, qu'on mentionne une requête des cartiers de Venise, présentée au sénat le 41 octobre 4441, par laquelle ils se plaignent du tort que faisaient à leur commerce les entreprises journalières des marchands de cartes étrangères. Il demandent d'avoir seuls le droit d'en faire et d'en débiter. On voit dans la requête que ces cartes vénitiennes se fabriquaient comme celles d'Allemagne, qu'elles étaient d'abord imprimées et ensuite coloriées.
Indépendamment des moules (formen), les cartiers allemands se servaient aussi de patrons découpés pour enluminer les cartes à jouer. Il leur fallait même plusieurs de ces moules pour donner aux figures leurs différentes couleurs. C'est là ce qui aura produit l'enluminure des images, telle qu'on la trouve dans quelques-uns des anciens livres en Allemagne.
Il fut sans doute bien facile à ces tailleurs en bois de faire des images de saints, au lieu de ces figures extravagantes dessinées sur des cartes. On trouve à la bibliothèque de Wolfenbuttel de ces sortes d'estampes, qui représentent différents sujets de l'histoire sainte et de dévotion, avec du texte en regard de chaque figure, le tout gravé sur bois. Ces pièces sont de la même grandeur que les anciennes cartes à jouer d'Allemagne; elles portent trois pouces de hauteur sur deux pouces quatre
lignes de largeur. La chartreuse de Buxheim, prèsMemmingen , possède une image de saint Christophe de grandeur in folio, gravée sur bois et enluminée à la manière des cartes à jouer. Au bas on lit: Cristoferi faciem, die quamcumque tueris. Ma nempe die morte mala non morieris. Millesimo CCCC XX tercio.
Celte estampe de 1423 est collée sur la reliure d'un manuscrit de 4417. C'est la plus ancienne gravure avec date qui soit connue.
Bientôt, dit Heinecke, on passa à des sujets historiques et à des suites entières, en y ajoutant une explication gravée de la même manière. Telle fut l'origine des premiers livres xylographique3, c'est-à-dire imprimés sur tables de bois. Les plus anciens noms d'artistes dans ce genre qui se soient conservés sont ceux de Wolgemuth et Pleydenwurff. Le premier, qui fut le maître d'Albert Durer, était né en 4434 et mourut en 1519.
On a un assez bon nombre de pièces en bois (M. Murr dit 262 ), marquées du chiffre d'Albert Durer. On a souvent contesté qu'il aitgravé lui-même sur bois; M. Murr établit le fait pour quelques estampes. Mais il' est certain que toutes ne peuvent pas être de la même main. Il est probable que le grand artiste donnait, comme on fait aujourd'hui, les bois dessinés de sa main ; mais que ces bois seront venus plus ou moins bien à la gravure, selon le degré de talent des hommes à qui il aura confié l'exécution.
Gravure au burin. — Si nous passons à la gravure au burin, la gravure en creux, sur cuivre, l'auteur de l'Essai nous apprend qu'elle a été inventée et pratiquée par les orfèvres avant que les peintres et les graveurs
l'eussent adoptée. Ces orfèvres ne mettaient que les lettres initiales ou les chiffres de leur nom avec une marque particulière, pour se distinguer, et jamais leur nom entier, ainsi qu'on le voit à toutes les anciennes estampes allemandes sorties des mains des orfèvres jusqu'à Israël von Melchen, et même à plusieurs autres faites par les premiers peintres et graveurs, ce qui est cause qu'on ignore le nom de ces artistes.
La plus ancienne estampe au burin de l'école d'Allemagne avec date est, selon Strutt, une estampe qui fait partie de la collection du docteur Monro, à Londres. Elle porte la date de 4461, et représente la Vierge et l'Enfant Jésus. Dans la môme collection, l'auteur en cite une autre portant la date de 4 466 et qui représente : Dieu le père avec Jésus- Christ et le Saint-Esprit entourés de plusieurs anges placés dans une espèce de galerie, tandis que dessous une voûte on voit la Vierge qui tien t V enfant Jésus, et un ange avec d autres figures qui ï accompagnent; ainsi qu'un homme et une femme à genoux devant la Vierge. Il y a sur la voûte une inscription en Vhonneur de la Vierge. » Il en mentionne aussi une représentant saint Sébastien, avec la date de 4 467.
Le plus ancien graveur au burin sur lequel on ait des documents bien précis est Martin Schœn ; il était orfèvre, peintre et graveur à Culmbach, puis était venu s'établir à Colmar, en Alsace, où il mourut, croit-on, en 4486. Son vrai nom était Schœngauer. Les Italiens et les Français le connaissent sous le nom de Hubsche Martin, le beau Martin. Heinecke établit parfaitement qu'il doit avoir produit ce que nous avons de lui entre les années 4460 et 4486 ; mais il est loin d'avoir été l'inventeur du
genre. Les érudits lui donnent pour maître, soit un certain Stoss ou Stollzirs, soit un certain Luprecht Rusr. N'importe qui ait été le maître, il aura été plus ancien que le disciple. En lui donnant seulement dix ans de plus, on aura 1 450, comme une date certaine pour l'exercice delà gravure en taille-douce en Allemagne.
Cependant Vasari ne fait remonter cette invention, en fîalie, qu'à Tannée 1460. Peut-être faut-il admettre que fes orfèvres italiens ne connaissaient rien des travaux allemands, et que Finiguerra a fait de lui-môme et tout seul ses premiers essais, dont le point de départ fut la découverte singulière que lui fit faire le hasard, selon le même Vasari *.
Gravure à Peau-forte. — Sandrart dit que Albert Durer fut l'inventeur de la gravure à l'eau-forte, en l'année 4515, et il dit vrai, selon M. Murr. Les Italiens, comme on sait , prétendent que ce fut Le Parmesan qui, le premier, vers 1530, fit de ces sortes d'estampes. Mais Sandrart cite un petit Eccehomo, daté de 4515, le Christ au mont des Oliviers, avec l'année 4 516, les Juges de la passion et le Grand canon, faits en 4518, comme des gravures de la main d'Albert Durer. Il prétend même que ces pièces sont trop bien exécutées, avec trop de sûreté dans le procédé, pour que cet art n'ait pas été exercé avant Albert Durer ou par lui, avant 1515; elles supposent des essais antérieurs. M. Murr cite huit estampes d'Albert Durer, gravées sur acier. Selon lui, la première estampe de ce maître estcellode Judas et Thamar.
1 Voy. Curioê. de l'archêol. et des beaux-arts, à l'article des Nielles.
Au génie industrieux d'Albert Durer on doit aussi la gravure en camayeu , ou clair-obscure, au moyen de .laquelle on exprime le passage des ombres aux lumières.
Cartes de géographie, — Les itinéraires romains se divisaient en deux grandes catégories : itineraria picta et annotata, itinéraires dessinés et itinéraires écrits. Ces derniers contiennent tout simplement le nom des stations et des lieux principaux, avec leurs distances respectives. Sur les itinéraires dessinés, on traçait les grandes routes avec le nom, l'étendue, la population, les montagnes et les fleuves de chaque province, ainsi que les mers du voisinage. Mais aucun de ces monuments de la science ne révèle l'application des mathématiques à la géographie. Ce n'est jamais par des calculs scienti- Gques qu'on apprécie les distances; on les mesure, pour ainsi dire, pas à pas, ou parfois au moyen des latitudes.
Les plus remarquables des itinéraires écrits qui nous restent sont l'itinéraire d'Antonin, dont il est difficile de préciser la date, .et celui de Jérusalem, fragment qui renferme une indication très-détaillée de toute la route de Bordeaux au berceau du christianisme.
Quant aux itinéraires dessinés, on en conserve encore aujourd'hui, dans la bibliothèque impériale de Vienne, un bel échantillon qui a été gravé et publié sous le titre de Table peutingèrienne [tabula peutingeriana). Quelques érudits font remonter la composition de cette table jusqu'à la fin du iv e siècle; d'autres, et peut-être leurs raisons sont-elles plus concluantes, cherchent à prouver que son origine date du règne de l'empereur Sévère, ou de Tan 230 de l'ère chrétienne. La copie que nous en possédons aujourd'hui passe pour l'ouvrage d'un
moine du xui* siècle, et doit son nom à Conrad Peutinger, patricien d'Ausbourg, qui en fut un des anciens possesseurs et qui l'enrichit d'un savant commentaire *. Le commencement de la table peutingérienne est perdu ; l'Espagne, le Portugal et l'ouest de l'Afrique manquent; il ne reste de ce côté que la pointe sud- est de l'Angleterre. En revanche on y voit l'extrémité la plus reculée de l'Asie vers l'Est, aussi loin que les connaissances des Romains s'étendaient dans cette partie du monde; le pays des Sêres, l'embouchure du Gange, l'île de Ceylan (allongée de l'ouest à l'est, selon l'opinion des anciens) et les routes tracées même dans le cœur de Tlnde. Mais les pays ne sont point placés suivant leur position géographique, leurs limites respectives et leur grandeur naturelle. On les a rangés arbitrairement les uns à la suite des autres; de l'Ouest à l'Est, sans avoir égard ni à leur forme ni à leurs longitude et latitude déterminées par d'autres géographes. La table de Pcutinger a environ 21 mètres de long et seulement 32 centimèîres de large. Outre les grandes routes qui paraissent avoir été l'objet spécial de ce^ travail, les grandes montagnes, le cours des principaux fleuves Jes lacs, les contours des côtés et le nom des provinces et des nations les plus importantes y sont également indiqués. Dans le testament' de l'empereur Charlemagne, Éginhard mentionne trois tables d'argent et une d'or fort grande et d'un poids considérable. « L'une des premières, qui est carrée, et sur laquelle
1. Selon Fréret, cotte table fut découverte à la On du xve siècle; en 457I on en publia quelques fragments à Venise, et en 1598 elle fut publiée tout entière à Anvers. L'original, longtemps oublié, fut acquis, en 1715, par le prince Eugène, à la mort de qui il passa dans la bibliothèque de l'empereur.
est figurée la description de la ville de Constantinople, on la portera, comme l'a prescrit et voulu le teslateur, à la basilique du bienheureux apôtre Pierre, à Rome, avec les autres présents qui lui sont assignés; l'autre, de forme ronde, et représentant la ville de Rome, sera remise à l'évèque de la ville de Ravenne; la troisième, bien supérieure aux autres par la beauté du travail et la grandeur du poids, entourée de trois cercles, et où le monde entier est figuré en petit et avec soin, viendra, ainsi que la table d or qu'on a dit être la quatrième, en augmentation de la troisième part à répartir tant entre ses héritiers qu'en aumônes. »
Il est remarquable, dit M. Breilkoff, dans sa Bibliothèque nouvelle des beaux-arts, que l'aride mu'tiplier les cartes géographiques par l'impression ait été découvert par un imprimeur, la première année de l'invention de l'imprimerie. A cette époque, le livre de Ptolémée, qui naquit vers l'an 70 de l'ère chrétienne et vécut jusqu'au milieu du sièclo suivant, était la source où l'on puisait toutes les connaissances sur la géographie; les cartes qui l'accompagnent le rendirent d'un prix si exorbitant qu'il n'y avait que les personnes fort riches qui en pussent faire l'acquisition. Ces considérations engagèrent Conrad Schwynheim, imprimeur allemand, établi à Rome avec Arnold Pannartz, à entreprendre l'impression de ces vingt-sept cartes, ainsi que du texte qui les accompagne, après avoir préalablement appris à graver en taille-douce. Cependant il ne jouit pas de la satisfaction de voir son travail terminé, et ce livre ne fut publié qu'après sa mort, arrivée au mois d'octobre \ 478, par un autre Allemand appelé Arnold Bucking. Ces mêmes cartes ont servi à faire, en 1507 et 4508, deux
autres éditions de Piolèmêe y mais augmentées de quelques cartes nouvelles. Il y a cependant lieu de croire que te texte est le même que celui de la première édition.
Bologne, il est vrai, veut disputer à Rome et à Schwynheim la gloire d'avoir inventé l'impression des cartes géographiques, en produisant une autre édition de Ptolémée, avec des caries également gravées au burin, publiée par Dominique de Lapis, avec l'année 4 462 ; mais on ne peut pas douter que cette date ne soit fausse, puisqu'il n'y a pas eu de livre imprimé par cet imprimeur avant l'année 1477; et Philippe Beroalde, l'aîné, qui élait né en 4 450, n'a pas pu mettre la dernière main à cette édition à l'âge de douze ans.
Léonard lloll, imprimeur à Ulm, a publié aussi, en 4 482, l'ouvrage de Ptolémée, mais avec des cartes gravées sur bois par un artiste nommé Jean Schnitzer, d'Arnheim, qui a fait ce travail d'une manière qui rend son nom digne d'être conservé. 11 en a paru une seconde édition en 4 486.
Ce ne fut ensuite qu'en 4 513 qu'il se trouva un autre artiste qui osât entreprendre un aussi pénible travail, niais on ignore son nom. Jean Schott, de Strasbourg, publia celle édition dans un format un peu plus grand que celui de la précédente. Le graveur et l'imprimeur ont voulu porter l'art plus loin, dans la dernière carte qui représente la Lorraine, en cherchant à imiter la gravure en clair-obscur, qui avait été découverte quelque temps auparavant. Ils employèrent à cet effet trois planches et trois couleurs différentes. Le vert leur servit à * indiquer les bois et les montagnes; les principaux lieux et leurs noms sont en rouge, et le noir est employé pour
les lieux moins considérables, tandis que les armoiries qui entourent les cartes portent les couleurs du blason.
Mais cet art n'a pas été employé avec plus d'avantage que pour deux cartes astronomiques publiées sans nom d'artiste, sous le titre de : Imagines cœ!i septentrionaiis et meridionalis , cum duodecim imaginibus Zodiaci; avec cette inscription : John Stabius ordinavit, Conradus fleinfogel stellas posuit, Alb. Durer imaginibus circumscrtpsit, 151 5.
La gravure en bois disputa ainsi, pendant quelque temps, avec la taille douce, l'exécution des cartes géographiques ; et Ton publia des cartes particulières dans tous les pays où les arts avaient pénétré. Le graveur en bois ne put se dissimuler l'avantage que le buriniste avait sur lui, mais l'imprimerie chercha à conserver dans son domaine un art auquel elle avait donné naissance. Elle tâcha donc d'épargner au graveur en bois le pénible travail de graver les lettres, en ne lui laissant que le soin de faire les figures et les autres objets des cartes géographiques qui tiennent au dessin. Pour cet effet on perça des trous aux endroits des planches où devaient se trouver les noms des lieux, pour y placer les caractères ordinaires de l'imprimerie. L'écriture devint véritablement par là plus lisible, mais les cartes offrirent un effet désagréable à l'œil.
On fit un essai de cette nature avec le même ouvrage de Ptolémée, à Venise, chez Jacques Pentius de Leucho, en 1511, en grand in-folio, avec les cartes. La gravure en bois des cartes est passable ; les noms des pays et cantons sont en capitales rouges, et les noms des lieux en caractères noirs.
Henri Pétri, de Baie, imita, en 1544, cette manière,
mais avec peu de succès, en imprimant la cosmographie de Sébastien Munster, dont non-seulement la gravure en bois est plus mauvaise, mais dont les noms des lieux sont fort boueux et d'un caractère inégal. Aussi ce procédé ne fut-il pas longtemps en usage , et la gravure en tailledouce le fit entièrement disparaître. Egide Diest, d'Anvers, fut le premier qui prouva la prééminence de cette première, dans son Theatrutti orbis terrarum d'Orte- Jius, publié par François Hogenberg, en 4570. On sait trop à quel degré de perfection les Hollandais, les Allemands, les Français et les Anglais ont, depuis, porté successivement cet art pour qu'il soit besoin d'en parler.
Lithographie. — Dans son Traité sur la Lithographie, Engelman nous apprend qu'il existe à Munich, au musée de l'école gratuite de dessin, un astrolabe fait par le procédé de la gravure en relief sur pierre, et qui date de 43S0. On voit dans le cabinet royal des antiquités, à Munich, une grande table ronde, faite d'une pierre de Solenhofen, sur laquelle sont représentés en relief les - portraits des anciens ducs de Bavière, avec plusieurs inscriptions et une chanson accompagnée de notes. Enfin, en dehors de l'église cathédrale de la même capitale, on voit une pierre sépulcrale portant la date de 4709 et présentant différents caractères en relief. 11 suffit, dit-il, de la plus simple inspection pour se convaincre que toutes ces pierres ont é(é gravées par le moyen des acides. C'est par le même procédé qu'on parvient à graver sur une coquille d'oeuf dont les éléments chimiques sont les mêmes que ceux des pierres lithographiques. Écrivez sur une coquille d'oeuf avec du suif fondu; laissez figer le suif; plongez l'œuf dans un acide faible, du
vinaigre, par exemple. Cette expérience, que chacun peut répéter, se trouve décrite dans des ouvrages fort anciens.
Le Français Dufay, membre de l'Académie des Sciences, est le premier qui ait publié un procédé rationnel et facile pour graver le marbre et autres pierres calcaires à l'aide d'un acide (mémoire de l'Académie des Sciences, année 4728).
a II faut, dit-il, tracer sur le marbre avec un crayon le dessin que l'on veut mettre en relief, et couvrir délicatement, du vernis avec uu pinceau, suivant les endroits qu'on veut épargner. Ce vernis n'est autre chose que de la gomme laque dissoute dans l'esprit-de-vin et mêlée avec du noir de fumée ou du vermillon, pour reconnaître plus facilement les endroits où l'on en a mis. Pour rendre l'opération plus simple, il n'y a qu'à pulvériser un morceau de cire d'Espagne et le faire dissoudre dans une quantité suffisante d 'esprit-de-vin ; ce vernissera sec en moins de deux heures.
a De tous les dissolvants que j'ai essayés, celui qui m'a paru le meilleur est un mélange de parties égales d'esprit de sel et de vinaigre distillé; il ne diminue en rien l'éclat du marbre et le dissout très-également.
a Le vernis étant bien sec, on versera de cette liqueur sur le marbre. Lorsqu'elle y aura demeuré quelque temps, et qu'elle aura entièrement cessé de fermenter, on pourra y en remettre de nouvelle, et la laisser agir jusqu'à ce que le fond soit suffisamment creusé. S'il y a dans le dessin des traits délicats, comme des feuillages, on ne les tracera pas d'abord sur le vernis; mais lorsque le rond sera creusé à peu près de moitié de ce qu'il doit l'être, on ôtera le dissolvant, on lavera bien le marbre,
et avec la pointe d'une aiguille, on enlèvera le vernis à l'endroit de ces traits délicats, on remettra ensuite do nouveau dissolvant, et on le laissera autaut qu'on le jugera à propos. Cette précaution est nécessaire, parce que lorsque l'acide a agi dans les endroits découverts, il ronge par dessous le vernis et élargit les traits à mesure qu'il les approfondit. Cet inconvénient demande aussi qu'on fasse les parties qui doivent être épargnées un peu plus fortes, afin que cette action latérale de l'acide les mette au point où elles doivent être. Au reste, cette opération ne demande ni beaucoup de soin, ni beaucoup d'expérience, et les ouvriers les moins intelligents pourront facilement en venir à bout. Lorsque l'ouvrage sera entièrement fini, on enlèvera le vernis avec un peu d'esprit-de-vin, et comme les fonds seraient trop longs à polir, on pourra les pointiller avec des couleurs ordinaires délayées dans le vernis de gomme laque, de la même manière que l'étaient les ouvrages de cette espèce qui ont paru depuis quelques années.
« J'ai fait au>si diverses expériences de l'effet des acides sur plusieurs autres pierres; il y en a quelquesunes auxquelles on donne le nom de pierres précieuses, qui se dissolvent dans l'esprit de nitre.
« L'invention de Senefelder qui date de l'année 4799, à Munich, a consisté dans un procédé pour imprimer les dessins et les écritures tracés en relief avec un corps gras sur une pierre calcaire. »
Télégraphes. — Ce fut un de nos académiciens les plus distingués, Amontos, qui, à la fin du xvu° siècle, proposa d'employer les lunettes d'approche à l'observation de signaux transmis de loin. Les essais d'Amontos,
dit M. Meunier, dans un excellent article sur la télégraphie (Dictionnaire des Arts et Manufactures), ne firent qu'exciter la curiosité, mais n'eurent pas d'application. Ils préparèrent sans doute les succès de Chappe conjointement avec les essais de Hooke et Hoffmann, qui imaginèrent un petit nombre de signaux mobiles. Hooke publia son procédé en 1695, et inventa une machine dont le défaut est d'être trop compliquée.
Linguet, enfermé à la Bastille en 4792, demandait, comme unique prix de sa liberté, à mettre en pratique un instrument o> son invention, pour correspondre jusqu'aux distances les plus éloignées. Le ministère ne voulut pas l'écouter, et on le fit sortir de la Bastille sans condition. Bergstrasser, de Hanau, publia en 4784 un traité complet de S ynt hématographie. Le tort de ce savant fut de compliquer la question en indiquant une multitude de signaux divers, soit opaques, soit transparents; outre la lumière, il faisait aussi usage du son de la trompette et même de l'artillerie. SU ne pouvait disposer que de deux signaux, il composait de leurs arrangements répétés un alphabet, d'après le système de l'arithmétique binaire. Malgré ces essais, on doit regarder comme les véritables inventeurs du télégraphe ceux qui ont eu assez de persévérance pour le mettre à exécution et le faire universellement adopter. Cette gloire appartient aux frères Chappe.
lis étaient nés à Burton (département de la Sarthe); Claude, se trouvait dans un séminaire près d'Angers ; ses frères étaient dans un pensionnat situé en face et à une demi-lieue de distance. Le séminariste, dont les jours de congé n'étaient pas aussi fréquents que Tétaient pour ses frères les jours de sortie, voulut triompher de
l'éloignement qui les séparait. Après beaucoup d'essais infructueux, il imagina de se servir d'une grande règle de bois tournant sur un pivot; aux deux extrémités de la règle, tournaient aussi sur des pivots des ailes moitié plus petites; on obtenait ainsi cent quatre-vingt-douze signes différents, qu'il était facile de distinguer, à l'aide de longues vues. Le jeune séminariste et ses frères étaient parvenus à se transmettre rapidement des phrases d'une certaine longueur. C'était là, comme on voit, le germe du télégraphe; mais l'exécution en grand présentait des obstacles.
Les frères Chappe, aidés des conseils de Bréguet, firent leur machine à peu près telle qu'elle existe aujourd'hui. Ils furent en outre aidés dan3 la composition de leur langue télégraphique par un de leurs cousins, Léon Delaunay, ancien consul à Lisbonne et Philadelphie, qui était versé dans la théorie et la pratique des chiffres de la diplomatie. L'abbé Claude Chappe est mort le 25 janvier 1805, le dernier de ses frères est décédé en 1825. Un télégraphe en bronze forme la décoration principale de sa tombe, au cimetière de l'Est.
Après un premier essai qui eut lieu sur les pavillons de la barrière de l'Étoile, la machine fut enlevée pendant la nuit par des malveillants. Un second télégraphe fut établi dans le parc de Monceaux, celte fois le peuple s'y rend, le brûle, et peu s'en faut que les inventeurs, accourus à la nouvelle du sinistre, ne figurent dans l'autc-da-fé.
L'emploi du télégraphe fut inauguré par l'annonce d'une victoire. Lo 30 novembre 1794, Carnot lut à la Convention la première dépêche télégraphique, laquelle annonçait que la ville de Condé venait d'être reprise aux
Autrichiens. La Convention fit répondre à l'instant que l'armée du Nord avait bien mérité de la patrie, et rendit un décret par lequel le nom de Condé était changé en celui de Nord-Libre. Quelques minules après, on venait annoncer que la réponse et le décret étaient parvenus à destination et avaient causé une profonde sensation. Les Autrichiens, ne comprenant rien à la rapidité extraordinaire des communications, crurent que la terrible as» semblée avait transporté son siège au milieu du camp
Télégraphie électrique. — Dans le beau livre Patria , nous trouvons un résumé historique d'un haut intérêt de l'invention de la télégraphie électrique.
C'est à Lesage, fils d'un Français retiré à Genève, que revient la gloire d'avoir fait la première application de la propriété du fluide électrique de se mouvoir avec une vitesse comparable à celle de la lumière. En 4774, Lesage établit à Genève un télégraphe composé de 24 fils métalliques, séparés les uns des autres par une matière isolante dans laquelle ils étaient noyés. Chaque fil correspondait à un électromètre formé d'une petite balle de sureau suspendue à un fil. En mettant une machine électrique en communication avec tel ou tel de ces fils, la balle de l'électromètre qui y correspondait était repoussée, et le mouvement désignait la lettre de l'alphabet, ou le signal conventionnel quelconque que l'on voulait transmettre.
Dans ce mode de communication télégraphique, on faisait seulement usage de l'électricité statique, développée par le frottement de deux corps. Les divers télégraphes électriques dont l'emploi fut proposé et même
expérimenté successivement par Lomond ot Betaucourt en 1787, par Reveroni Saint-Cyr en 4790, par Kaiser en 4794, par Cavallo en 4795, par Salva en 4796, etc., reposaient tous encore sur les propriétés de cette même électricité plus ou moins ingénieusement appliquées , savoir : attractions ou répulsions de corps légers, production d'étincelles , inflammation de substances combustibles ou détonantes. Tous ces essais forment une première époque à peu près stérile dans l'histoire de la télégraphie.
En 4 800, Volta découvrit la nouvelle forme d'électricité qui porte son nom, que Ton désigne aussi sous le nom d'électricité dynamique, et qui est produite par les réactions chimiques dans les appareils appelés piles. La propriété nouvelle, tout à fait dislinctive, que présenta rélectricUé dynamique, fut la décomposition de l'eau et des dissolutionssalines. C'est sur cette propriété que sont fondés tous les télégraphes électriques proposés jusqu'en 4820, par Sœmmering, Schweiger, Coxo. Le premier employait 35 61s conducteurs du courant, 24 pour les lettres de l'alphabet, 9 pour les chiffres; les fils aboutissaient dans le fond d'un vase en verre où ils se terminaient par des pointes d'or. Les deux pôles de la pile étaient mis en relation avec deux fils ; l'hydrogène se portant à l'une des pointes, l'oxygène allait à une autre, et l'on indiquait toujours deux lettres à la fois. Schweiger diminuait le nombre des fils conducteurs en proposant de faire dégager les gaz à des intervalles plus ou moins longs.
Pendant cette deuxième période de l'histoire de la télégraphie électrique, plus d'une idée heureuse dont on a profité dans ces derniers temps a été mise en avant ;
mais sans la découverte mémorable, faite en 1849 par QErsted, de l'action directrice exercée par l'électricité dynamique sur les aimants librement suspendus, on n'aurait probablement pas pu passer à la période d'exécution dans laquelle on est si heureusement entré aujourd'hui. La possibilité d'expliquer cette propriété nouvelle fut bien vite aperçue par Ampère, qui, dès 1820, proposa de substituer à la décomposition de l'eau dans l'appareil de Sœmmering , le mouvement d'aiguilles aimantées. Toutefois, pour que la télégraphie électrique fit un pas décisif, il fallait encore que M. Arago mît en évidence les propriétés magnétisantes des courants électriques, et que l'invention des électro-aimants passagers , en fer doux, en découlât. Ce sont là tous les principes qui servent de base à l'un des deux télégraphes aujourd'hui employés, à celui de M. Morse, dont les premiers essais remontent à 1822, et qui est établi en Amérique, et aussi en France, sur le chemin de fer de Rouen avec des modifications de M. Bréguet.
M. Arago ayant fait la belle expérience du magnétisme tournant, M. Faraday l'expliqua par des courants d'induction, et fut bientôt conduit à découvrir la génération d'un courant continu par la rotation d'un aimant en fer à cheval, en présence d'un fer doux, également en fer à cheval et entouré d'un grand nombre de spires en fil de cuivre recouvert de soie. C'est celte découverte qui a été appliquée par M. Wheastone au télégraphe qui porte le nom de cet ingénieux physicien, et quia été établi avec un grand succès en Angleterre.
Nous ajouterons quelques lignes empruntées au Dictiofinaire des Manufactures, où se trouve bien expliquée l'action des électro-aimants passagers en fer doux.
a Prenez une lame de fer doux, le fer doux n'a aucune des propriétés de l'aimant. Vous allez les lui donner et les lui enlever à volonté. Pour cela, pliez un fil de cuivre plusieurs fois sur lui-même, de façon à lui donner la forme d'un filet de vis. Dans l'intérieur de cette hélice mettez la lame de fer doux ; puis enfin faites communiquer l'hélice avec les fils de la pile, et aussitôt ce fer doux devient aimant, et comme aimant il attire le fer. Interrompez la communication entre la pile et l'hélice et aussitôt le fer doux perd la propriété d'attirer le fer, il cesse d'être un aimant.
o Supposons maintenant qu'il s'agisse d'établir un télégraphe électrique entre Paris et Rouen.
« Plaçons une pile à Paris, disposons à Rouen la lame de fer doux et l'hélice, qui, en donnant accès au fluide électrique, transformera cette lame en aimant, puis, étendons de l'une à l'autre de ces deux villes les fils conducteurs qui, partant de la pile, iront aboutir à l'hélice.
« Mettons actuellement la pile en action. Aussitôt que le fluide électrique se développe dans l'hélice, le fer doux est aimanté et attire une pièce de fer qui se trouve voisine de lui. Maintenant, interrompons le courant électrique. Supposez, par exemple que nous brisions les fils, et aussitôt l'électricité n'arrivant plus jusqu'à l'hélice, le fer doux perd sa puissance magnétique, il n'attire plus. Or, imaginons que pour se porter vers l'aimant, la pièce de fer ait à vaincre la résistance d'un petit ressort. La force magnétique qu'apporte le courant électrique l'attirera et lui permettra de vaincre cet obstacle; mais, dès que, par l'interruption du courant, cette force magnétique cessera de l'attirer, aussitôt le petit ressort ramènera la
pièce de fer à la place qu'elle occupait avant l'arrivée du courant. De sorte que chaque fois que nous établirons et que nous romprons ce courant, le fer doux sera porté en avant, puis repoussé en arrière. Cet effet mécanique, ce mouvement de va-et-vient une fois produit, il ne reste plus qu'à chercher un moyen de l'utiliser pour la transmission des signes. Il n'est pas difficile, dit M. Pouillet, de faire des appareils où le mouvement de va-et-vient se répète 5 fois, 4 0 fois et jusqu'à 20 fois par seconde. »
Gazette, — Le journalisme date, en Chine, de temps immémorial ; on y imprime tous les jours le journal de l'empire par ordre supérieur. C'est notre Moniteur. En Europe, on cite Venise comme la première ville où pareil usage se soit établi. Ce fut au commencement du xvn e siècle, alors que l'Italie était le centre des négociations diplomatiques européennes. Le nom de Gazetta, petite monnaie do la valeur d'un demi-sou, rappelle le prix de la première Gazette. Le médecin Théophraste Renaudot, qui, jaloux d'amuser ses malades, recueillait de tous côtés des nouvelles, imagina de publier chaque semaine une feuille volante qui raconterait ce qui s'était passé dans les différents pays. Il répandit d'abord des écrits à la main; cela dura quelques mois. En 4632, il obtint de la faveur royale un privilège de publier en imprimés, privilège qui fut confirmé par Louis XIV pour Renaudot et ses héritiers. t
La Gazette de France, comme s'appela ce journal, ne tarda pas à avoir pour concurrente la Muse historique de Loret, journal écrit en rimes et dédié à la duchesse de Longueville.
Nous ignorons si Jtenaudot, en outre de son privilège,
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eut le talent de se faire donner une subvention; mais son concurrent Loret se montrait moins délicat, comme l'atteste ce placet adressé tout crûment à Mgr le duc d'Anjou, frère unique du roi.
Prince jeune et vaillant, clair astre de la cour, Plus aimable qu'un ange et plus beau que le jour, Puisque tous les huit jours vous lisez mes gazettes Qui sont de vos honneurs souvent les interprètes, Rendez plus que jamais glorieux votre nom, Héritez dans nies vers un éternel renom; Montrez-vous généreux, envoyez-moi ma foire, Si j'en ai le profit, vous en aurez la gloire.
Fait le quinze du mois, au soir
Qu'il faisait extrêmement noir.
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Art militaire des anciens. — On Jit dans le Dentéronome : « Lorsque vous mettrez le siège devant une ville et que le siège continuant longtemps vous élèverez tout autour des forts et des remparts afin de la prendre, vous n'abattrez point les arbres qui portent du fruit dont on peut manger, et vous ne renverserez point à coups de cognées tous les arbres du pays d'alentour, parce que ce n'est que du bois et non pas des hommes qui puissent accroftre le nombre de vos ennemis. Si ce ne sont pas de$ arbres fruitiers, mais des arbres sauvages qui servent aux autres usages de la vie, vous les abattrez pour en faire des machines, jusqu'à ce que vous ayez pris la ville qui se défend contre vous. »
Au livre iïÉzèchiel : a Et pour vous, fils de l'homme, prenez une brique, mettez-la devant vous et tracez dessus la ville de Jérusalem ; figurez un siège formé contre elle, des forts bâtis, des levées de terre, une armée qui l'environne et des machines de guerre autour de ses murs. Prenez aussi une poêle de fer et vous la mettrez comme un mur de fer entre vous et la ville ; vous regarderez ensuite d'un visage ferme cette ville et elle sera assiégée et vous l'assiégerez. »
Et dans les chroniques : a Ozias fit faire dans Jérusalem toutes sortes de machines qu\l fit mettre dans les tours et dans les angles des murailles, pour tirer des flèches et jeter de grosses pierres, de sorte que la gloire de son nom se répandit fort loin, parce que le Seigneur était son secours et sa force. »
Machiavel a résumé en quelques pages, dans son Art militaire, l'organisation des armées chez les peuples anciens :
« Les Romains partageaient leur infanterie on soldats pesamment armés et en soldats armés à la légère, qui s'appelaient vélites*. On comprenait sous cette désignation les frondeurs, les archers et ceux qui n'avaient que le javelot. La plupart de ces vélites avaient la tète couverte et le bras armé d'un petit bouclier rond; c'étaient là toutes leurs armes défensives; ils combattaient hors des rangs et à quelque distance des soldats pesamment armés. Ceux-ci portaient un casque qui descendait jusqu'aux épaules, une cuirasse dont les bandes tombaient sur les genoux, des brassards et des jambières sur les bras et sur les jambes, et au bras un
1. Celait une milice recrutée dans la jeunesse pauvre. Napoléon institua sous ce nom an corps de cliass< urs légers.
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bouclier long de deux brasses et large d'une (Machiavel parle de la brasse florentine qui équivaut à un peu plus d'un demi -mètre). Ce bouclier était couvert d'un cercle de fer pour pouvoir résister aux coups, et doublé d'un autre cercle de même métal, pour l'empêcher de s'user en traînant à terre. Leurs armes offensives étaient une épée ceinte au côté gauche, longue d'une brasse et demie, un stylet au côté droit et enfin un javelot à la main, qu'on appelait pilus, et qu'ils lançaient à l'ennemi au commencement du combat. Telles étaient les armes avec lesquelles les Romains conquirent le monde entier.
« Je sais que quelques anciens écrivains mettent à la main du soldat romain, outre les armes dont je viens de parler, une pique en forme d'épieu ; mais je ne conçois pas comment une pique pesante peut . être maniée par un homme qui tient déjà son bouclier, car on ne peut s'en servir à deux mains avec le bouclier, et son poids ne permet pas de la manier d'une seule main. Pour vous persuader que les Romains n'avaient pas ces piques, ou du moins ne s'en servaient guère , vous n'avez qu'à faire attention à tous les récits de batailles, dans Tite-Live ; il ne parle presque jamais des piques; il dit toujours qu'après avoir lancé leurs dards, les soldats mettent l'épée à la main.
« Quant au maniement des armes, voici quels étaient les exercices des anciens. Ils faisaient revêtir à leurs jeunes gens des armes plus pesantes du double que les armes ordinaires, et ils leur donnaient, au lieu d'épée, un bâton garni de plomb et d'un poids infiniment plus lourd. Alors tout jeune homme enfonçait en terre un pieu, qui devait s'élever de trois brasses et être assez solide pour n'être pas brisé ou renversé par les coups
qu'on pouvait y porter; c'est contre ce pieu que, armé de son bouclier et de son bâton, il s'exerçait comme contre un ennemi. Tantôt il tirait dessus comme s'il eût voulu frapper, tantôt le haut de la tète ou la figure, tantôt le côté ou les jambes ; tantôt il se rejetait en arrière, purs se reportait en avant. Il avait le soin de se couvrir en même temps qu'il frappait l'ennemi; et ses fausses armes étant fort pesantes, les armes véritables lui paraissaient fort légères un jour de combat. Les Romains voulaient que le soldat frappât de pointe et non de taille; ils jugeaient que le coup était plus mortel et plus difficile à parer, que d'ailleurs il découvrait moins le soldat et pouvait se répéter plus souvent que le coup de taille.
a Les armes défensives des Grecs n'étaient point si pesantes que celles des Romains : pour les armes offensives, ils se confiaient plus à la pique qu'à l'épée *, surtout les Macédoniens, qui portaient des piques longues de dix brasses, nommées sarisses y avec lesquelles ils ouvraient les rangs ennemis, et maintenaient serrés les rangs de leur phalange. Quelques écrivains soutiennent qu'ils portaient aussi le bouclier; mais j'ai déjà dit que je n'imagine pas comment on pouvait se servir de ces deux objets à la fois. Je ne me rappelle pas, d'ailleurs, que dans le récit de la bataille de Paul-Émile contre Persée, on fasse mention des boucliers ; on ne parle que des sarisses et des obstacles terribles qu'elles opposèrent aux Romains. Je conjecture que la phalange macédonienne était à peu près ce qu'est parmi nous un
4. Surtout depuis l'Athénien Chabrias, qui inventa une manœuvre fort bien décrite par Cornélius Nepos, et qui lui valut, en récompense, ofle statue, le représentant dans ta position exigée.
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bataillon de Suisses, dont toute la force consiste dans ses piques.
« L'infanterie romaine était en outre ornée de panaches, qui lui donnaient un aspect à la fois plus imposant et plus terrible. Dans les premiers temps de Rome, la cavalerie portait un bouclier et un casque, c'était toute son armure défensive ; elle avait pour armes offensives une épée et une pique longue et mince ferrée seulement à l'un des bouts. Cette pique l'empêchait de tenir ferme son bouclier ; elle se brisait dans l'action et laissait le cavalier désarmé et exposé à tous les coups. Mais cette cavalerio prit bientôt les armes de l'infanterie, à celte différence que son bouclier était carré et plus court, et sa pique plus solide et armée de fer aux deux bouts. Par là, lorsqu'elle venait à se briser, le tronçon qui restait au cavalier pouvait lui servir encore.
« 11 me reste à parler de nos armes (celles de l'Europe à la fin du xv e siècle). L'infanterie ordinairement a pour arme défensive une cuirasse de fer, et pour armes offensives une lance longue de neuf brasses, qu'on appelle pique, et une épée, au côté, dont le bout est plutôt rond que pointu. Un petit nombre a le dos et les bras couverts, mais pas un la tête. Ceux qui sont armés ainsi portent, au lieu de pique, une hallebarbe dont le bois, comme vous savez, est long de trois brasses, et le fer a la forme d'une hache ; ils ont parmi eux des fusiliers qui, par leur feu, remplacent l'effet des frondes et des arbalètes des anciens.
« Ce sont les Allemands et surtout les Suisses qui, les premiers, ont armé ainsi leurs soldats. Ceux-ci, pauvres et jaloux de leurs libertés, étaient et sont encore obligés de résister à l'ambition des princes allemands
27i CURIOSITÉS DES INVENTIONS, ETC.
qui peuvent aisément entretenir une nombreuse cavalerie. Mais la pauvreté des Suisses leur refusait ce moyen de défense, et, obligés de combattre à pied contre des ennemis à cheval, il leur fallut recourir au système militaire des anciens qui peut seul, au jugement de tous les hommes éclairés, assurer les avantages de l'infanterie. Ils cherchèrent des armes capables de les défendre contre l'impétuosité de la cavalerie, et prirent la pique qui peut seule, avec succès, non-seulement soutenir l'effort de la cavalerie, mais encore la mettre en déroute.
« Les selles à arçons et les étriers, inconnus aux anciens donnent aujourd'hui aux cavaliers une assiette à cheval beaucoup plus ferme qu'autrefois. Je crois même que les armes valent mieux (les gens d'alors étaient entièrement couverts de fer), et je pense que le choc d'un pesant escadron de gens d'armes est beaucoup plus difficile à soutenir que ne Tétait celui de la cavalerie ancienne. Il me semble, malgré tout cela, qu'on ne doit pas faire plus de compte de cette arme qu'on un faisait autrefois. Dans nos temps même elle a reçu des échecs honteux, et il en sera toujours ainsi toutes les fois qu'elle attaquera une infanterie convenablement armée et organisée. Tigrane, roi d'Arménie, opposait à l'armée de Lucullus cent cinquante mille hommes de cavalerie, dont une grande partie était, comme nos gens d'armes, bardés de fer de la tète aux pieds, et Lucullus en avait au plus six mille avec quinze mille hommes d'infanterie. Tigrane, en voyant ce petit nombre, disait : « Voilà beaucoup de chevaux pour une
Le premier ouvrage où il soit parlé des élriers est le Traité militaire, composé au vi« siècle par l'empereur Maurice.
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ambassade. » Mais, quand on en vint aux mains, ii fut mis en déroute. Ces cavaliers bardés de fer, raconte l'historien, n'étaient d'aucune utilité. Ayant le visage couvert, ils ne pouvaient ni voir ni attaquer l'ennemi ; s'ils venaient à tomber, le poids do leurs armes les empêchait de se relever, et ils étaient hors d'état de se défendre. Je soutiens donc que la préférence que les peuples ou les rois donnent à leur cavalerie sur leur infanterie les expose à toutes sortes de désastres. »
Que si Ton demande comment il est arrivé, dans l'histoire ancienne, que les Parthes, qui ne faisaient la guerre qu'à cheval, aient partagé l'empire du monde avec les Romains, Machiavel se hâte de répondre : « Les Parthes étaient tous à cheval , s'avançaient contre l'ennemi pèle-mêle et en désordre, et rien n'était plus varié et plus incertain que leur manière de combattre. Les Romains, au contraire, combattaient presque tous à pied et marchaient à l'ennemi en serrant leurs rangs. L'un et l'autre peuple vainquit selon que le lieu du combat était resserré ou étendu. Dans le premier cas, les Romains étaient vainqueurs ; dans le second cas, c'étaient les Parthes, dont l'armée trouvait de grands avantages dans le pays qu'elle avait à défendre. C'étaient de vastes plaines qu'arrosaient des fleuves séparés l'un de l'autre de trois ou quatre journées de marche, enfin n'ofTrant, qu'à de grandes distances, des villes et des habitants. Dans ce pays, protégé par une cavalerie très-aclive, qui aujourd'hui se présentait sur un point et reparaissait le lendemain à cinquante milles de là, l'armée romaine, ralentie par le poids de ses armes et l'ordre de sa marche, ne pouvait faire un pas sans courir les plus grands dangers. » Voilà la cause de la supériorité de la cavalerie
des Parlhes, de la ruine de l'armée de Crassus et des périls que courut Marc-Antoine.
Chaque nation, en organisant ses armées ou ses milices, en a formé différents corps qui ont eu partout, sinon le même nom, au moins le même nombre de soldats à peu près. Ils ont toujours été portés de six mille à huit mille hommes. Ces corps ont été nommés légion par les Romains, phalange chez les Grecs, brigade chez les Suisses. Aujourd'hui, en France, c'est la division.
Éléphant animal de guerre. — Il est incontestable, dit le général Armandi dans son livre fort curieux : Histoire militaire des éléphants, que l'éléphant a toujours joué, dans le système militaire des Indiens, un rôle trèsimportant; il était pour eux le véritable nerf de la guerre. En effet, d'après X Amarà cocha-, dictionnaire scientifique indien, la section élémentaire de leurs anciennes armées était ainsi composée : 4 éléphant, 4 char de guerre, 3 cavaliers, 5 fantassins.
Chaque éléphant devait être monté par 4 hommes, et chaque char par 2; en sorte que cette espèce d'escouade comprenait 4 4 hommes, 5 chevaux et 4 éléphant. Il fallait un nombre déterminé de ces escouades pour former une division, et un nombre également déterminé de divisions pour composer une armée au grand complet. Les mêmes bases sont établies dans le Mahabharat, recueil d'anciens poèmes, où on lit qu'une grande armée, ou comme nous dirions, une armée modèle, devait se composer de 409,350 fantassins, 65,640 cavaliers, 21,870 chars, et 21,870 éléphants, proportion identique avec la précédente, et qui est contemporaine des plus anciennes traditions militaires des Indiens.
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On trouve, dans la description qoe Pline nous a laissée de l'Inde, l'indication du nombre d éléphants que chaque roi ou chaque peuple tenait sur pied. L'État le plus puissant, selon cet auteur, était celui des Prasiens , qui s'étendait jusqu'au Gange, et dont le roi résidait dans la grande ville de Palibothra. Ce roi possédait 9,000 éléphants de guerre. Venaient ensuite les M eg ailes , les A s anges y les Pandes, les Hortes qui habitaient, à ce qu'il parait, entre leGuzerate et le versant des Ghaltes, et entretenaient environ 3,000 éléphants. Bref, le total des éléphants de guerre existants dans la seule partie de l'Inde qui fût alors connue des Romains, s'élevait à plus de 44,000.
Parmi les sultans mogois des xvr* et xvn e siècles, il y en eut qui entretinrent de 6,000 à 4 2,000 éléphants, et l'on en comptait ordinairement de 5,000 à 6,000 dans les cours de Siam et du Pégu.
L'espèce de l'éléphant dut nécessairement aller en diminuant, à mesure que l'empire de l'homme s'est étendu sur la terre. Les races sauvages forment une société fugitive condamnée à disparaître devant la civilisation. L'agriculture et le commerce sont également intéressés à leur destruction, et à mesure que les arts font des progrès, on trouve des moyens plus sûrs pour les exterminer. Serait-il possible aujourd'hui de réunir, comme le fit César, 400 lions dans l'arène; comme Pompée, 600 lions et 400 panthères; ou enfin comme Probus, un millier d'autruches? Et cependant l'espèce de l'éléphant, qui a besoin, plus que toute autre, d'exploiter de vastes étendues de terrain , doit disparaître la première à l'approche de l'homme, et diminuer en générai d'une manière beaucoup plus sensible que les autres. Il ne
faudrait pas pourtant se figurer cette diminution plus grande qu elle ne l'est réellement. Tippo-Saeb possédait encore 700 éléphants en 478i, malgré les pertes que lui avait causées la guerre qu'il venait de* soutenir contre les Anglais. Il résulte d'un rapport présenté à la chambre des communes, que de 4788 à 4798, en dix ans de temps, on avait importé en Angleterre plus de trente mille défenses d'éléphant. Ajoutons à ce nombre toutes celles qui, pendant le même laps de temps, auront été portées sur les autres marchés du globe, et nous resterons peutêtre en deçà de la vérité, en disant qu'il y avait eu par année une consommation de 3 à 4,000 éléphants.
Voici l'histoire des deux premiers éléphants qui aient reparu dans l'Europe du moyen âge :
« En 801, dit Eginhard, l'empereur Charlemagne se rendit de Spolète à Ravenne, y demeura quelques jours et gagna Pavie, on lui annonça là que des ambassadeurs d'Haroun, roi des Perses, étaient entrés dans le port de Pise. 11 envoya au-devant d'eux et se les fit présenter, entre Vereeil et Ivrée. Un d'eux (car ils étaient deux) était Perse d'Orient et envoyé du roi des Perses; un autre Sarrasin d'Afrique, et envoyé de l'émir Abraham (Ibrahim), qui gouvernait le pays de Fez sur les confins de l'Afrique. Ils annoncèrent à l'empereur que le juif Isaac, qu'il avait envoyé quatre ans auparavant au roi des Perses, avec Sigismond etLanfried, revenait avec de grands présents. Quant à Lanfried et Sigismond, ils étaient tous deux morts. Alors lYmpereur envoya le notaire Eychenbald en Ligurie, pour préparer une flotte qui apporta Yéléphant et les autres choses qu'lsaac menait avec lui. Il célébra le jour de la naissance de saint Jean-Baptiste à Ivrée, passa les Alpes et revinten Gaule. »
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Le général Armandi achève ainsi l'histoire de cet éléphant :
« L'ordre de l'empereur avait été de disposer un navire pour transporter l'éléphant à Porto-Venere, d'où il devait prendre la route d'Allemagne. Mais comme la saison était déjà avancée, et les Alpes couvertes de neige, on jugea convenable de passer l'hiver à Verceil. Ce ne fut que l'année suivante, au mois de juillet, que l'éléphant, toujours conduit par lejuiflsaac, arriva à Aix-la-Chapelle, où Chariemagne tenait sa cour. Ce rare quadrupède excita une vive admiration en Allemagne, et les annalistes du temps n'ont pas manqué d'en faire mentiou. Voici comment en parle un écrivain contemporain qui a écrit en vers l'histoire du grand empereur :
Hoc de longinqois clephas regionibns anno Primiios adducius, raira spectacula regno Francorum dederat. Persarum dcnique princeps Hune Aaron, idem fuerat cui subditus, Indis Exceplis, Oriens lotus, curaverat ullro Ejus amiciiia? se fœdere jungere flrmo.
(Poet. saxon: de Geslis Caroli magni ad ann. 802).
« En cette année, un éléphant fut amené pour la première fois des contrées lointaines, et donna un prodigieux spectacle à l'empire des Francs. C'était un présent d'Haroun, celui qui commande à tout l'Orient, les Indes exceptées, qu'il envoyait de lui-même comme gage d'amitié et de durable alliance.
a Le calife Haroun, pour marquer le prix qu'il attachait à cet animal, lui avait donné le nom de Aboul- Abbas, qui élait celui du premier calife de la dynastie des Abbassides; mais l'éléphant ne vécut que huit à neuf ans en Allemagne, et les annalistes ont jugé important
m CURIOSITÉS DES INVENTIONS, ETC.
d'enregistrer l'époque de sa mort à Lippenheim en Tan 8*0 : t Hune ele^hantem cognominalum ex raore orientaîi Àbulabas, anno wxcii ad Carolum duxit ïsaacus Judaeus, primum certe quem Germania admirata est, unde el annalistes, non indignom visum est memorari eum anno dcccx in Lippenhem obiisse. » (Annal, metens. ad ann. dcccx.)
Emmanuel, roi de Portugal, envoya au pape Léon X, après les victoires que ses armées avaient remportées dans Tlnde, une ambassade solennelle avec de riches présents, parmi lesquels on remarquait un éléphant de quatre ans, d'une taille magnifique pour son âge, et auquel on avait donné le nom d'Hamon. Ce bel animal arriva à Rome en mars 151 4, et fit trois génuflexions en paraissant devant le pape, ce qui excita Teuthousiasme des Romains et donna lieu à une foule de compositions poétiques en latin et en italien.
Le naturaliste Mattioli raconte qu'on voulut faire figurer cet éléphant dans les fêtes qui eurent lieu à l'occasion du mariage de Julien de Médicis. On l'avait chargé d'une tour remplie de monde, mais à peine l'animal entendil-il le premier coup de canon qu'il se mit à fuir à travers la foule, et alla se jeter dans le Tibre, au grand désappointement des hommes qu'il portait.
Une autre fois, on voulut s'en servir pour le triomphe burlesque du poète Baraballo qui, couronné de laurier et paré de la pourpre triomphale, devait partir du Vatican pour monter au Capitole. Mais comme s'il eût été mieux avisé que ceux qui le conduisaient, il refusa de se prêter à cette parade ridicule, s'arrêta tout court sur le pont Saint-Ange, et le poe'te, à demi-mort de frayeur, descendit du dos de l'animal, au milieu des risées de la multitude.
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Du reste , cet éléphant ne vécut pas longtemps en Italie. On trouve dans les Episfolx obscurorum virorum , dont la première édition parut à Venise en 4515, un récit burlesque de sa mort. «Vous saviez que le pape possédait un grand animal, que Ton nommait éléphant, dont il faisait grand cas, et qu'il honorait d'une grande affection. Apprenez que cet animal vient de mourir. Lorsqu'il tomba malade, le pape fut fort affligé, il appela plusieurs médecins et leur dit : Guérissez mon éléphant, si cela est possible. Ceux-ci de se meltre à l'œuvre sur-le-champ. Ils examinent l'urine et administrent un purgatif qui coûte cent pièces d'or... et cependant, en définitive, l'éléphant trépasse. Grande désolation du pape, qui donnerait, dit-on, mille ducats pour ne l'avoir pas perdu. Et en effet, c'était un animal prodigieux, ayant un nez d'une longueur interminable. Lorsqu'H parut devant le pape, il fit les génuflexions d'usage, et cria trois fois d'une voix formidable : bar, bar, bar!
Chameau animal de guerre. — Bien qu'aucun animal ne paraisse moins belliqueux que le chameau, il est cependant hors de doute qu'on l'a vu souvent figurer sur les champs de bataille. Le général Armandi 1 nous apprend qu'on choisissait pour ce service ceux qui n'ont qu'une seule bosse, et qui, à cause de leur légèreté, ont reçu le nom de dromadaires. Les Bactriens seuls employaient le chameau à deux bosses, parce que c'était la seule espèce qu'ils eussent dans leur pays.
On comptait, s'il faut en croire Ctésias, dans l'armée