Histoire militaire des èlcphants
que Sémiramis avait rassemblée pour son expédition dans l'Inde, \ 00,000 chameaux, montés par des guerriers armés d'épées de quatre coudées de longueur. Cyrus en avait aussi à la bataille deThymbrée, où chacun de ces animaux était monté par deux Arabes placés dos à dos; ils lui furent utiles pour effrayer la cavalerie deCrésus, qui cependant en avait aussi dans son armée, s'il faut en croire Frontin. Xercès avait, lors de son expédition contre la Grèce, un grand nombre de chameaux montés par des lanciers. Antiochus en amena quelques-uns à la bataille de Magnésie; c'est la première mention qui soit faite de ces animaux dans l'histoire des guerres des Romains. Ils en rencontrèrent ensuite dans les armées de Mithridate, et plus tard, du temps de Caracalla et de Macrin dans celles des Parthes, mais cette fois, ces animaux étaient montés par des cavaliers armés de toutes pièces. Les Romains employèrent avec succès les chaussetrappes, et à la fin du combat on vit le terrain jonché de chameaux estropiés.
Végèce nomme encore quelques nations de l'Afrique, inconnues aujourd'hui, et qui de son temps, se servaient de chameaux à la guerre. Cet usage durait encore au vi c siècle, dans les mêmes contrées. On en a la preuve dans deux faits d'armes racontés par Procope : l'un eut lieu aux environs de Tripoli; l'autre est la bataille de Mamma, où les Maures déployèrent devant leur armée jusqu'à douze rangs de chameaux.
Les Persans emploient aujourd'hui les chameaux pour porter de petites pièces d'artillerie, qu'ils appellent des sambouraks. On en a vu beaucoup dans leurs dernières guerres contre les Russes. Mais le service le plus réel qu'on peut tirer de ces animaux, c'est de leur faire trans-
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porter rapidement des corps de troupes, principalement dans les plaines arides de l'Asie et de l'Afrique. Ce moyen fut employé, vers la fin du xvi e siècle par le sultan Akbar dans une expédition contre le Guzerate. Parti secrètement d'Agra à la tête de 12,000 hommes montés sur des dromadaires, il traversa promptement le désert, et prit les ennemis tellement au dépourvu, qu'ils se dispersèrent sans combattre.
Les Français ont employé aussi avec succès les dromadaires dans l'expédition d'Égypte. Les Arabes bédouins inquiétaient leurs derrières, venaient, jusque dans les faubourgs du Caire, commettre des vols et des assassinats, et parvenaient presque toujours, grâce à la vitesse supéiieure de leurs chevaux, à échapper aux poursuites de la cavalerie française. Le général Bonaparte, voulant mettre un terme à ces incursions, ordonna, par un arrêté du 9 janvier 1799, la formation d'un régiment de droitiadaires. Chaque chameau portait des vivres et de 1 eau pour cinq ou six jours; il était monté par deux hommes placés dos à dos et armés d'un fusil de dragon avec baïonnette, et d'un sabre de hussard. Les officiers avaient des pistolets, et ils étaient munis de boussoles pour se diriger dans le désert. L'uniforme, dessiné par Kléberdans le goût oriental, était très-brillant *.
Lorsque dans les engagements qui avaient lieu autour du Caire, une tribu arabe était parvenue à échapper à la
\. Voy. Magas. pittor., t. vin.
2. I! consistait, pour la grande tenue, en pantalon rouge, dolmans bleu de ciel, bottes a la hussarde, turban blanc surmonté d'un haut panache jaune et une ample dalmatique écarlaie, sans collet et sans mauebcs, fixée sur la poitrine par deux rangs de brandebourgs. Celait, eu quelques parlies, le costume dessiné par David pour l'École de Mars.
cavalerie européenne, on mettait à sa poursuite un détachement du corps des dromadaires, et il était rare qu'il ne réussît pas à l'atteindre. Les chameaux fléchissaient alors le genou , les cavaliers descendaient avec leurs armes, entravaient leurs montures, les pelotonnaient toutes ensemble, en laissant au milieu un espace vide pour y placer quelques hommes chargés de les défendre; puis le reste, manœuvrant en dehors de ce groupe, attaquait les Arabes déjà découragés par cette arrivée inattendue, et ne tardait pas à en triompher. Tandis qu'une partie de ce régiment de nouvelle espèce forçait ainsi les Bédouins à renoncer à leurs incursions aux environs du Caire, d'autres détachements du même corps, croisant dans le désert , assuraient les communications de la vallée du Nil avec la Syrie et les côtes de la mer Rouge.
Desaix, qui commandait dans la haute Égypte, voulut employer le môme moyen contre les mamelucks de Mourad-Bey. Il organisa en conséquence un second régiment de dromadaires; mëis ce corps obtint moins de succès que celui dont nous venons de parler, et dans lequel on finit par l'incorporer. L'effectif du régiment des dromadaires fut alors porté à 700 montures
Le Livre des feux. — À M. Hoë'fer appartient l'honneur d'avoir publié le premier, intégralement, à la suite de son Histoire de la Chimie, le texte du Livre des feux de Marcus Grœcus, copié sur deux manuscrits de la Bibliothèque impériale de Paris. C'est là qu'on trouve,
4. Tant quM exista, ce beau régiment fut sous les ordres éu eoJenel Cavalier. An retour de l'armée d'Orient, le personnel en fut incorporé dans la cavalerie.
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pour la première fois, la description exacte de la poudre à canon, la distillation de Veau-de-vie et de Y essence de térébenthine, appelées eaux ardentes, et qui entraient dans la composition du feu grégeois. On présume que Marcus Graecus a vécu dans le vin* siècle. Voici quelques passages de cette curieuse publication :
Moyens de combattre V ennemi par le feu , tant sut
mer que sur terre.
« Prenez de la sandaraque pure, 1 livre; du 9el ammoniac dissous, même quantité ; faites de tout cela une pâte que vous chaufferez dans un vase de terre verni et luté soigneusement avec du lut de sapience (ce lut variait de composition: il y entrait du sable, de la chaux et du blanc d'œuf) ; vous continuerez à chauffer jusqu'à ce que la matière aura acquis la consistance du beurre; ce qu'il est facile de voir en introduisant par l'ouverture du vase une baguette de bois à laquelle la matière s'attache. Après cela, vous y ajouterez 4 livres de poix liquide. On évite, à cause du danger, de faire cette opération dans l'inférieur d'une maison. Si l'on veut opérer sur mer, on prendra une outre en peau de chèvre, dans laquelle on mettra deux livres de la composition que nous venons de décrire, dans le cas où l'ennemi est à proximité. On en mettra davantage, si l'ennemi est à plus grande distance. On attache ensuite cette outre à une broche de fer, dont toute la partie inférieure est ellemême enduite d'une matière huileuse ; enQn on place sous cette outre une planche de bois proportionnée à l'épaisseur de la broche, et on y met le feu sur le rivage. Alors l'huile s'allume, découle sur la planche et l'appa-
reil, marchant sur les eaux, met en -combustion tout ce
qu'il rencontre. »
« Suivent la recette et remploi d'une série de mélanges combustibles ou de feux (ignés), comme l'auteur les appelle, par exemple celui-ci : Prenez huile de pétrole, 4 livre; moelle de couna ferula, 6 livres; soufre, \ livre; graisse de bélier liquéfiée, 1 livre; huile de térébenthine, ad libitum. On trempe dans ce mélange des flèches à quatre télés qu'on lance allumées dans le camp de l'ennemi. L'eau qu'on verserait dessus ne ferait qu'augmenter la flamme.
« Aulre recette : Prenez de la poix liquide, de la bonne huile d'oeuf, du soufre, 4 once de chaque substance ; ajoutez-y de la cire récente, le quart de la masse précédente, et traitez tout ce mélange de manière à le convertir en une sorte de cataplasme. Lorsqu'on voudra s'en servir, on prendra une vessie de bœuf insoufllée et ayant une petite ouverture bouchée avec un morceau de cire. Après l'avoir frottée, à différentes reprises, avec cette huile, on l'allume avec un morceau de bois de marrube; on ôte l'enveloppe qui la recouvrait, et on la place sous le lit ou sous le toit de l'ennemi pendant une nuit orageuse. Le vent aidera à répandre la flamme que l'eau, loin de la dompter, ne fait que rendre plus dangereuse.
« Autre recette, avec laquelle Aristote prétendait incendier des maisons situées sur une montagne : Prenez, poix liquide, 5 livres ; huile d'oeuf et chaux non éteinte, 4 0 livres de chaque. Triturez la chaux avec l'huile jusqu'à ce qu'il en résulte un magma épais. Frottez avec ce mélange, au temps de la canicule, les pierres, les , herbes, etc., enterrez-les -dans du fumier du même en-
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droit; la pluie de l'automne les mettra en combustion.
« Tout feu inextinguible ne peut être éteint ou étouffé que par du vinaigre, par de l'urine pourrie ou par du sable.
« Le feu volant ( ignis volatilis in aere) peut être fait de deux manières : première, prenez une partie de colophane, autant de soufre, deux parties de salpêtre ; dissolvez ce mélange pulvérisé dans de l'huile de lin ou de Jamium, ce qui vaut mieux. On place ensuite celle composition dans un jonc ou bâton creux et on y met le feu. Aussitôt il s'envole vers le but que l'on voudra désigner pour mettre tout en feu.
« Seconde manière (celle-ci est tout à fait notre poudre à canon) : prenez 4 livre de soufre pur, 2 livres de charbon de vigne ou de saule, 6 livres de salpèlre. Broyez ces trois substances dans un mortier de marbre, de manière à les réduire en une poudre très-fine. Après cela on mettra la quantité que Ton voudra de cette poudre dans une enveloppe deslinée à voler dans l'air ou à produire une détonation.
« Remarquez que l'enveloppe destinée à voler doit être grêle, longue et remplie avec ladite poudre, bien bourrée (c'est évidemment la fusée); tandis que l'enveloppe qui produit la détonation doit être courte, épaisse, seulement à demi remplie de poudre et fortement liée aux deux bouts avec un fil de fer (c'est évidemment le pétard). Remarquez qu'il faut, dans l'une et l'autre enveloppe, pratiquer une petite ouverture, afin que l'on y puisse porter la mèche.
« Cette enveloppe doit être mince aux deux extrémités, large au milieu et remplie avec la poudre en question. L'enveloppe destinée à s'élever en l'air peut avoir plu-
sieurs plis ; celle destinée à produire une détonation peut en avoir un très-grand nombre.
a On peut faire un double pétard ou une double fusée en emboîtant une enveloppe dans l'autre.
« L'auteur remarque que pour purifier le salpêtre on le fait dissoudre, tel qu'on le trouve, dans de l'eau bouillante; qu'on met la dissolution sur un filtre, et qu'on laisse la liqueur bouillante se refroidir. On trouve, dit-il, au fond du vase, le sel congelé sous forme de lames cristallines.
« Moyen de saisir le feu avec les mains sans se faire aucun mal : On dissout de la chaux dans de l'eau de fèves chaudes ; on y ajoute un peu de terre de Messine, de mauve et de viscum ; on se frotte les mains avec ce mélange et on le laisse se dessécher. »
Bombes.^ Les premières bombes dont on ait connaissance furent jetées dans la ville de Vaclendonck, en Gueldre, assiégée par le comte de Mansfeld, en 1588. On dit qu'un habitant de Vanloo, dans la même pro r vince, les avait inventées quelque temps auparavant pour des feux d'artifice.
Ce fut seulement en 4634, au premier siège de La Motte, que les Français commencèrent à s'en servir. Le feu roi Louis XIII avait fait venir de Hollande, pour cet effet, le sieur Mallus, ingénieur anglais. Mais Maltus, qui n'était pas grand mathématicien, ne jetait ses bombes qu'au hasard ; et au siège de Landrecy, en 1 637, où il avait une batterie, au lieu de tirer sur la place il tirait par -dessus et allait tuer du monde de l'autre côté. Jusque-là l'histoire des bombes est pleine de malheurs causés par l'ignorance où l'on était. Blondel, qui
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écrivait en 4683, assure que la plus grande partie des officiers qui servaient aux batteries des bombes n'étaient que des élèves de Mallus. ,
Ce n'est pas que la projection des corps n'eût déjà été «examinée par quelques mathématiciens. Nicolo Tartaglia de Bresce, qui vivait au commencement du xvi e siècle, avait médité sur ce sujet. Il fut le premier qui découvrit que la ligne que le boulet de canon décrit en l'air est courbe; car la plupart des gens croyaient que cette ligne, au sortir du canon, était droite, tant que l'impulsion de la poudre remportait sur la pesanteur du boulet, qu'aussitôt que cette impulsion venait à être balancée par la pesanteur, la ligne devenait courbe, et qu'enfin elle redevenait droite dès que la pesanteur remportait sur l'impulsion. Tartaglia s'aperçut aussi, le premier, que les coups tirés d'un canon élevé d'un angle de 45° ont une plus grande portée que dans toute autre élévation de la pièce ; mais il paraît que ce môme Tartaglia s'était trompé sur beaucoup d'autres choses. Le grand Galilée et Torricelli son disciple ont seuls donné au but.
En 4666, Blondel, méditant sur le sujet, proposa à l'Académie des sciences cette question : lorsqu'on veut tirer, par exemple, sur le haut d'une tour élevée, il faut que la parabole que le boulet décrirait entière en l'air, s'il devait tomber sur un plan au niveau de la batterie, soit coupée et arrêtée dans sa course par le haut de cette tour. Il s'agit de trouver l'angle qu'il faut donner à la pièce, afin que le boulet décrive justement la parabole qui passe par le sommet de la tour. Tous les géomètres de l'Académie s'exercèrent. Buot, Roëmer, La Hire apportèrent des solutions du problème. Cassini, à cette occasion, donna toute la doctrine de la projection des
corps, renfermée dans une seule proposition très-simple et très-ingénieuse.
Fusées de guerre. — Le 28 avril 1632 , Louis XIII, qui venait de chasser à Versailles, rentrait dans son château de Saint Germain ; on lui présente un ingénieur qui propose un nouveau projectile de son invention. Il s'agissait de fusées dont Tune des extrémités était armée d'un crochet. Ces fusées se plaçaient dans les mousquets et étaient lancées en même temps que les balles. A l'aide de leur crochet, elles s'attachaient aux lieux sur lesquels on les lançait, et pouvaient ainsi les incendier.
Louis XIII était fort curieux de toutes les inventions qui se rapportaient à la guerre. Il en désira voir l'épreuve. On porta, par son ordre, plusieurs douzaines de ces fusées dans son cabinet, qui se remplit aussitôt de courtisans accourus pour examiner cette nouveauté. Mais tandis qu'en l'absence du roi , ils contemplaient curieusement ces machines incendiaires, le feu prit à l'une d'elles, soit par quelques étincelles tombées des bougies que l'on venait d'allumer, soit par tout autre accident. Pendant plus d'un quart d'heure, le cabinet fut tout en feu. Bien^ tôt, à cette grande lumière^ succédèrent de nombreuses détonations. Tout le château fut en un instant dans une rumeur inexprimable. Chacun se précipitait vers le cabinet, car on croyait que le roi y était enfermé, et l'effroi général ne se calma que lorsqu'on sut qu'il n'y était pas encore entré. Cependant les courtisans, renfermés dans le cabinet, étaient dans la plus cruelle anxiété. Les fenêtres étaient trop élevées pour leur offrir une issue, tandis que la fumée, et surtout l'effroi, les empêchaient de fuir par la porte. Heureusement pour eux, avant cet accident,
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le roi avait fait ôter des grenades d'une autre composition ; car sans cela, ajoi*te la Gazette (numéro du 30 avril 4632), a messieurs les courtisans du petit cabinet n'en eussent pas été quilles, comme ils le furent, au nombre de quinze, l'un pour son castor, l'autre pour son rabat, un autre pour son habit, pour une brûlure à la main ou au visage, mais presque tous pour leurs moustaches grillées, à quoi ils seront d'ici à longtemps reconnaissables.»
Canons de fer forgé. — On sait que les canons de fer en usage dans les places et principalement sur les vaisseaux ne sont que de fer fondu ; combien de pièces d'artillerie formées d'une matière si aigre et si cassante sont peu durables et à quels dangers elles exposent ceux qui doivent les servir!
En 4742, Ladoyreau présenta à l'Académie des sciences deux pièces de canon de fer forgé, l'une de 8 livres de calibre, l'autre de 4, taraudées par la culasse, à la façon des canons de fusil ordinaires, bien alaisées et tournées par-dessus. Au premier coup qu'elles tirèrent à boulet, avec une charge de poudre du poids du boulet, les deux pièces crevèrent, et près de la moitié de chacune, depuis la culasse jusqu'au delà des tourillons, se sépara du reste et s'en alla en éclats de différentes grosseurs. En examinant les éclats, on les trouva d'un fer aigre, dont les couches étaient mal liées en quelques endroits, quoique rien ne s'en pût voir à l'extérieur. La plus grande épaisseur de la pièce de 8 n'était que d'environ 45 lignes.
Ladoyreau, s'associant cette fois Dide et Jandin, forgea une nouvelle pièce de 4 livres de balle, beaucoup plus épaisse et qui pèse un peu plus de 865 livres. Elle était presque aussiforte que les canons ordinaires de bronze,
ayant environ 2 pouces 3/4 d'épaisseur au premier renfort. Elle supporta très-bien les trois coups de son épreuve, toujours à boulet, savoir : un coup avec une charge de poudre du poids du boulet, un coup avec une charge de trois quarts, et la troisième charge aux deux tiers du boulet. On fut environ une heure à tirer ces trois coups» et la pièce n'en retint aucune chaleur sensible. La poudre était cellede guerre et prise à l'arsenal. Après ces épreuves, le canon fui lavé, et étant posé verticalement la bouche en haut et la lumière fermée, on le remplit d'eau, et l'eau y resta pendant dix-huit heures sans transpirer par aucun endroit.
<r Quand on a souhaité , dit le rapporteur de cette expérience, d'avoir des canons de fer forgé, on a espéré que l'on pouvait réussir à les faire d'un fer doux et fibreux; ces canons auraient la qualité essentielle aux bons fusils, do crever sans s'en aller en éclats. Il eût donc été nécessaire, pour porter un jugement plus certain, de pousser les épreuves jusqu'à faire crever le canon, pour voir s'il était composé de meilleur fer que les premiers, et si en crevant il se serait simplement fendu. 11 aurait fallu tout au moins éprouver assez de fois pour savoir s'il résisterait plus au choc intérieur et au irainement du boulet que les pièces de bronze: Car lorsque l'âme de ces derniers s'est trop agrandie, on peut les refondre en employant de nouveau le métal sans beaucoup de perte; mais on n'aurait point celte ressource dans les canons de fer forgé. » •
Serrure la plus antique. — Les serrures en bois en usage dans tout le Levant, en Barbarie, en Égypte, en Syrie, y dalent de temps immémorial Cet instrument de fermeture se compose de deux parties : V une gâche de bois que Ton fixe au lambris du seuil, t* un pêne ou plutôt un verrou qui tient à la porte et qu i vient , en glissant horizontalement, s'engager dans la gâche. De la partie supérieure de la gâche tombe alors une série de quatre à huit dents de bois qui s'engagent dans autant de trous correspondants qui sont pratiqués dans le corps du verrou. Entre la face inférieure du verrou et la gâche sur laquelle il est venu se poser est ménagé un vide dans lequel on introduit la clef lorsqu'on veut ouvrir. Cette clef est une bande de bois qui est armée d'autant de dents, faisant saillie sur son plat, qu'il y a de trous dans le verrou (trous remplis pour le moment par les dents qui sont tombées de la partie supérieure de la gâche dans le verrou), on introduit la clef entre le bord inférieur de la gâche et le verrou, jusqu'à ce que ses dents viennent correspondre et se placer juste au-dessous de celles de la gâche qui traversent le verrou. Il suffît alors de soulever avec la main pour faire sortir les dents de la gâche des trous du verrou , et celui-ci se retire facilement.
I. Auparavant on s'était contenté, pour fermer les portes, avec une eorde doni les nœuds faisaient l'office de serrures. Miliu, Dict. de* Beaux-Art* , m, p. 567.
Ébénisterie. — « Les meilleurs bois, dit Pline, pour faire des pièces de rapport ou feuilles propres à revêtir les autres bois, sont le citronnier, le térébinthe, les différentes sortes d'érable », le buis, le palmier, le houx, Pilex, la racine de sureau, le peuplier. L'aune a certaines bosses ou durillons dont on fait du marquetage; le citronnier et l'érable en ont pareillement. Il n'y a que ces trois arbres dont les durillons soient estimés. Au reste, le milieu des arbres est toujours plus madré que le reste, et plus le bois est proche de la racine, plus la madrure est tortueuse et les taches petites. Voilà ce qui a fait naître la première idée du luxe par lequel on s'est avisé de couvrir un bois d'un autre bois, et de donner du prix à un bois peu estimable en le revêtant d'une marqueterie plus précieuse. C'est afin de pouvoir vendre plusieurs fois le même bois que l'on a inventé de le diviser en feuilles. Ce n'est pas tout : on a (eint les cornes des animaux; on a taillé en feuilles leurs dents; on a enrichi d'ivoire les ouvrages de bois, et ensuite on les en a revêtus. On a aussi cherché dans la mer une matière au luxe. Pour cela on a taillé en feuilles les écailles de tortues; et depuis peu, c'est-à-dire sous l'empire de Néron, on s'est avisé, par une invention monstrueuse, de les teindre en couleur de bois, et de les déguiser de la sorte, afin de les vendre plus cher. Voilà comment, au moyen de l'écaillé, on est parvenu à dégrader le térébinthe, à faire hausser le prix des meubles de citronnier, et à masquer et déguiser l'érable. Naguère le luxe ne se contentait pas de bois simple; il fallait le revêtir
i. L'érable est encore fort employé aujourd'hui Le plus beau, que les ancien? ne pouvaient pas connaître, nous vieni d'Amérique.
d'autre bois; mais aujourd'hui le bois ne suffit plus à sa - propre contrefaçon, il y faut de l'écaillé de tortue. »
Acajou. — Ce n'est que depuis le commencement du dernier siècle que le bois d 1 acajou est connu en Europe. A cette époque, le frère du célèbre docteur Gibbons, commandant d'un bâtiment employé dans le commerce des Indes-Occidentales, rapporta, pour lui servir de lest, plusieurs madriers de ce bois. Il les envoya à son frère le médecin, qui faisait bâtir alors une maison dans Covent-Garden; mais les charpentiers, ayant trouvé ce bois trop dur pour leurs outils ordinaires, ne voulurent point le mettre en œuvre. Il resta oublié pendant longtemps dans le jardin du docteur. Quelques années après, une boîte propre à renfermer des chandelles fut faite avec une planche de ce bois qui se trouvait par hasard parmi les madriers. Le menuisier se plaignit, ainsi que l'avaient fait les charpentiers, de la dureté du bois et de la faiblesse de ses instruments; le docteur lui conseilla d'en faire établir de plus forts, et enfin la boite fut faite. Le docteur fut si satisfait de sa beauté qu'il voulut avoir un bureau du môme bois. L'ouvrier qu'il employa était fort habile dans son métier, il parvint à finir cet ouvrage dans la dernière perfection. M. Gibbons, enchanté de sa découverte, montra ce bureau à ses amis. La duchesse de Buckingham l'admira et demanda au docteur le bois nécessaire pour en faire faire un semblable. C'est ainsi que l'acajou s'introduisit en Angleterre, et y devint d'un usage général vers le milieu du xviii* siècle; il passa de là dans les différents pays de l'Europe \