‹ Curiosités des sciences occultesChapitre 139 sur 198 · Thrésor des histoii-es admirables , 1. 1, p · texte numérisé non relu

Thrésor des histoii-es admirables , 1. 1, p

ONÉIROCRITIE

» de furie te promènes ainsi hors heure, et quand » chacun repose? Di-moy, que cherches-tu? Où pré- » tens-tu? » En disant cela, Antonie se jette en bas du lict pour se sauver arrière de ce visiteur, et mourut misérablement le lendemain. »

Jean Funger de Leovarde 1 raconte ce qui suit :

« Un jeune homme de Dordrecht, en Holande, ayant mangé tout son patrimoine, et fait encore force debtes, ne sçavoit plus de quel costé se tourner. En ces altérés, s’estant endormi une nuit, avis lui fut que certain homme le conseilloit d’aller à Kempen, ville eslongnée de là ; que sur le pont d’icelle il trouverait un personnage, lequel lui descouvrirait le moyen de se desveloper des difficulté? esquelles il se trouvoit embarrassé. Ce misérable exécute tel conseil, se rend à Kempen, où, ayant employé presque tout le jour à se promener, fort pensif, sur ce pont, avint qu’un mendiant, assis là pour requérir l’ausmone des passans, l’apelle, et lui dit : «Je vous » prie, ne me celez point la cause de vostre ennui? » Après quelques propos, le jeune homme lui déclaire franchement qui l’avoit amené là, adjoustant qu’il y attendoit le secours extraordinaire de Dieu, pour le soulagement de son extreme nécessité. « Et comment, » dit le gueux, avez-vous si peu de sens, que d’es- » tre veun si loin à l’appétit d’un songe ridicule et » vain au possible ? S’il faloit faire estât de telles

1. En son Etymoloyicon latino-græcum, article somnus, p. 1110 et 1111, cité par Goulart, Thrésor des histoires admirables, t. III,

» balivernes, je pourrais m’en aller à Dordrecht, » pour trouver, en un jardin qui m’a esté marqué. en » songe, certain thrésor caché sous un esglantier. » Sur ce, il adjoute d’autres circonstances par lesquelles le jeune homme comprit que c’estoit le jardin de son feu père. Pourtant, sans faire semblant qu’il prinst garde à tel propos, il quitta doucement l’autre, puis retourna à Dordrecht, se transporte dextrement au jardin mentionné, fouille sous l’esglantier,et y trouve si grande somme d’or et d’argent, qu’il s’acquitte nettement de toutes ses debtes, accommode si bien ses affaires, qu’il vescut en paix et aisé tout le reste de ses jours. »

Dom Calmet 1 a recueilli d’autres songes curieux :

« Un sçavant de Dijon, après s’être fatigué tout le jour sur un endroit important d’un poète grec sans y pouvoir rien comprendre, se couche tout rempli de sa difficulté. Durant son sommeil, son génie le transporte en esprit à Stockholm, l’introduit dans le palais de la reine Christine, le conduit dans la Bibliothèque et lui montre un petit volume qui étoit précisément celui qu’il cherchoit; il l’ouvre, et y lit dix ou douze vers grecs qui levoient absolument la difficulté qui l’avoit arrêté si longtemps; il s’éveille, et met sur le papier les vers qu'il a vus à Stockholm. Le lendemain, il écrit à M. Descartes, qui étoit alors en Suède, et le prie de voir dans tel endroit et dans un tel tremeau de la Bibliothèque si le livre dont il lui envoie la des-

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