‹ Curiosités des sciences occultesChapitre 34 sur 198 · Ms. de la Bibl. de l’Arsenal, déjà cité, n · texte numérisé non relu

Ms. de la Bibl. de l’Arsenal, déjà cité, n

ALCHIMIE

ment et purgement de notre Pierre et de toute sa nature, et cecy est l’un des principaulx secretz qui soit en la première porte, laquelle on peult bien entendre par les raisons dessusdites. Et, en ceste liqueur on eaue, on rectifie le grant Dragon et le gecte hors du grant désert de Arabie, car tantost il se estainchera de soif et périra en la marmite : et, pour ce, on peut legereinent sçavoir que petite chaleur est abatue par grant froidure et egreur. Ce Dragon soit tourné au royaume de Ethioppe, dont est natif naturellement. Car, pour vray, nous disons que, s’il n’est tourné en la terre qui l’a porté, tantost il s’enfuyra en estrange région; et, pour ce, on doit de certain sçavoir que tout autre climat ou terre porte la mort à notre Pierre, célée aux ignorans et par nous congnue. »

Le paragraphe suivant, qui nous paraît moins obscur et vraiment curieux, est emprunté à un recueil manuscrit d’extraits de différents ouvrages sur la Pierre philosophale 1 :

« Dans le genre humain, vous trouverez trois sexes : le masculin, le féminin et l’hermafrodite. Or, dans notre ouvrage, l’or est le masle, l’argent la femelle, et l’androgine c’est le mercure; qui doivent tous trois concourir à un même ouvrage. Que si d’autres assurent le contraire, comme ceux qui disent que la matière de la Pierre est le tartre, le vitriol, l’antimoine, le vinaigre, l’urine, le menstrue,

* 1. Ms. de la Bibl. de l’Arsenal, S. et A-, n° 177, in-8°, p. 2.

Ja semence, le sang, le chélidoine, la lunaire, la salamendre, et autres semblables choses, ou ils ignorent l’Art, ou ils entendent autre chose qui aura ou la ressemblance, ou la couleur, ou la consistance, ou enfin quelques autres qualitez semblables... Pleust à Dieu qu’ils eussent fortement imprimé dans leur esprit cet axiome des philosophes : « Le semblable engendre son semblable. »

Nous ne sommes pas sûrs de bien comprendre les opérations chimiques qui sont décrites ainsi dans la Tourbe des philosophes 1 :

« Arisleus dit : La clef de cette Œuvre est l’art de blanchir. Prenez donc le corps que je vous ai montré et que notre Maître vous a dit, et en faites de subtiles tablettes, et les mettez dans l’eau de notre marine (mercure), laquelle eau est permanente, et notre corps est gouverné d’elle : et puis mettez tout à un feu lent jusqu’à ce que les tablettes soient rompues et réduites en eau. Mêlez et cuisez continuellement jusqu’à ce qu’il se fasse bouillon poivreux, et le cuisez et tournez en son eau jusqu’à ce qu’il soit congelé et vous fasse varier les yeux comme les fleurs que nous appelons fleurs de soleil. Cuisez-le jusqu’à ce qu’il n’y ait rien de noir et que la blancheur apparoisse, et puis le gouvernez et cuisez avec la gomme de l’or, et mêlez tout par feu, sans y toucher, jusqu’à tant que tout soit fait rouge. Et ayez patience et ne vous ennuyez point, et l’abbreuvez

1. Voy. le t. II de la Bibliothèque des Philosophes chimiques.

ALCHIMIE

de son eau, qui est sortie de lui, laquelle est eau permanente, jusqu’à ce qu'il soit fait rouge. Celuici est l’Airain brûlé, et la fleur et le levain de l’or, lequel vous cuirez avec l’eau permanente, qui est toujours avec lui, et digérez et cuisez jusqu’à ce qu’il soit desséché. Faites ceci continuellement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’humidité et que tout se fasse une poudre très-subtile. »

D’après l’auteur des Lettres d’un philosophe 1 , « Flamel dit que les premiers agens, que les philosophes ont cachez, sont les deuxserpens, qui, s’entretuant, s’étouffent dans leur propre venin, qui les changé après leur mort en une eau vive et permanente. Arnaud de Villeneuve, dans sa lettre au roi de Naples, appelle la matière prochaine de l’air et du feu des philosophes, le Composé ou la Pierre qui contient une humidité qui couve dans le feu. Remarquez bien cela : Les enfants de la science et de la sagesse doivent le trouver fort intelligible, car c’est là cette Pierre qui n’est pierre que par ressemblance, et non par nature. Mais ny Arnaud ny aucun philosophe n’a voulu décrire précisément les simples qui font cet admirable composé. Les uns disent qu’il est fait de deux ; les autres assurent que c’est un assemblage de trois natures différentes, mais d’une même origine ; et d’autres écrivent qu’il a quatre agents qui sont tout le composé; cependant il est

1. Lettres d'un philosophe sur le secret du Grand Œuvre. (Anagramme du nom de l’auteur : Dives sicut ardens.) Paris, Laurent d’Houry, 1698, in-I2.

certain qu’ils ont tous dit la vérité sous divers égards, mais je trouve que Paracelse est celuy de tous qui comprend en moins de mots tout le magistère de l’Art. »

Dans l’ancien Dialogue de Marie et d’ Aros 1 , Aros s’écrie :

« O prophétesse ! dites-moi, je vous prie, si vous avez trouvé dans les livres des philosophes, que l’on put faire l’Œuvre d’un seul corps?

» Oui, répond Marie, et cependant Hermès n’en a point parlé, parce que la racine de la science est...2 et un venin qui mortifie tous les corps, qui les réduit en poudre et qui coagule le mercure par son odeur. Et je vous proteste, par le Dieu vivant, que lorsque ce venin se dissout en une eau subtile, de quelque manière que cette dissolution se fasse, il coagule le mercure en véritable Lune à toute épreuve. Et si l’on en fait projection sur Jupiter, il le change en Lune. Je vous dis de plus que la science se trouve en tous les corps, mais les philosophes n’en ont rien voulu dire, à cause de la brièveté de la vie et delà longueur de l'ouvrage. Et ils l’ont trouvé plus facilement dans la Matière, qui contient le plus évidemment les quatre élémens, et ils ont multiplié et obscurci cette Matière par les divers noms qu’ils lui ont donnés. »

1. Réimpr. dans le t. Ier de la Bibliothèque des Philosophes chimiques, p. 83.

2. Le mot manque dans la traduction comme dans l’original écrit en latin.

ALCHIMIE

Un alchimiste du seizième siècle, nommé Linthault *, a fixé de la sorte, un peu énigmatiquement, tous les degrés du Grand Œuvre :

« 1° Nous composons, c’est-à-dire nous faisons A du corps et du .

» 2° Nous putrifions et digérons à double chaleur ledit A.

» 3° Estant putrifié et digéré, nous le résolvons.

» 4° Estant résoud, nous le séparons et divisons.

» 5° Estant séparé et divisé, nous le purgeons et nétoyons.

» Et ainsi est accomplie la première opération de la pratique. >< •

Ailleurs il donne encore cette recette :

« Dissolvez le corps, prends le souphre et nétoyele et le modifie, sublime l’esprit, joins l’esprit avec le souphre, et tu auras tout l’Art philosophique. »

Un autre alchimiste résume en ces termes les différents procédés de ses prédécesseurs :

« Nous finirons ce petit traité en faisant un précis de tout le magistère de Mynsicht, qui fera voir la conformité de ses principes avec ie Rosaire de Tolède , qui est un ouvrage excellent et aprouvé de ceux qui sont initiés dans les mystères de l’alchymie. Cet ouvrage confirme que les corps n’ont point d’action les uns sur les autres (par ce mot de corps, les chymistes entendent les métaux), ni les esprits n’ont

1. L’Aurore, recueil d’œuvres alchymiques, par LinthaulL Ms. de la Biblioth. de l’Arsenal, S. et A., n° 179, in-4°.

point aussi d’action sur d’autres esprits, parce que la forme ne reçoit d’impression d’une autre forme, ni la matière d’une autre matière. Ainsi l’un n’agit pas sur l’autre, parce que une chose n’a pas de puissance sur son semblable. Toutefois, les corps reçoivent altération des esprits, comme la matière de sa forme, ayant également action et passion l’un sur l’autre. Le corps teint et l’esprit pénètre, mais le corps ne teint pas, si auparavant il n’est teint luy-même, parce que une terre épaisse n’a aucune entrée à cause de ca grossièreté; mais c’est l'esprit subtil qui teint et pénètre les métaux... Ainsi, pour que les corps soient teints et tingans, il faut qu’ils soient sublimés et spiritualisés, car il est écrit, dans le livre intitulé des Sept chapitres , que la Pierre est cachée dans les mines et au profond des métaux; la couleur la rend éclatante: c’est une âme et un corps sublimé, mais elle n’est esprit et éclatante, que lorsque les minéraux qui en doivent être la matière sont spiritualisés par les opérations de la science chimique. C’est aussi ce que Mynsicht nous a enseigné dans son Unicornu minéral , à tirer la racine de notre Pierre, du vitriol vert naturel, que nous avons prouvé être le vitriol romain, afin d’en extraire un esprit, un soufre ou une huile rouge, et de la Tête morte un sel qni n’ait plus aucune saveur du vitriol de Vénus. De ce soufre de Vénus, on doit s’en servir pour tirer le crocus Martis et en former les chrystaux du vitriol de Mars, qui donneront à la retorte une huile ou un soufre d’un rouge foncé, « sans lequel.

» dit Philalelphe, le feu de la lampe ne peut être » allumé. » De la Tête morte on tirera un sel avec les mêmes précautions qu’on aura fait pour avoir celuy du vitriol de Vénus; on joindra ces deux sels en égal poids, pour avoir le double mercure des philosophes dans sa perfection ; et mêlant le double de ce mercure avec une partie du soufre très-foncé cidessus, et mettant le tout dans un œuf philosophique, lequel on mettra dans l’athanor, en faisant un feu continuel selon l’exigence de la matière durant deux cent quatre-vingts jours; tous les régimes et les couleurs étant finies, on doit avoir la Médecine universelle et la Pierre au rouge, qui, après une seconde circulation, c’est-à-dire ayant mêlé une once de cette Pierre avec deux onces des sels de la première préparation, et les ayant mis dans un nouveau matras, lequel on placera dans l’athanor sur un feu qui luy soit convenable, les couleurs et l’opération seront faites dans un mois au plus tard: ensuite de quoy, on amalgamera notre Pierre avec l’or vulgaire; après qu’il aura été préparé comme nous l’avons dit, on mettra le tout dans uu œuf philosophique qu’on placera dans l’athanor; en donnant le feu du dernier assaut trois jours et trois nuits consécutifs, et on aura alors une Pierre d’un mérite extraordinaire, qui teindra les métaux imparfaits à l’infini. Voyla cette Pierre très-parfaite, qui contient en soy la nature des choses minérales, animales et végétales ; elle est encor appelée triple ou trine-une , parce qu’elle est composée de trois substances, de corps,

d’âme et d’esprit, et qu’elle a les trois couleurs, sçavoir: le noir, le blanc et le rouge; elle est encore apellée une ou unique mercure , qui réunit en soy très éminemment les qualitez des quatre éléments ; enfin, elle est apellée le grain de froment , lequel, s’il ne pourit et ne meurt pas les opérations chimiques n’aporte aucun fruit. »

Le faux Etteilla (Alliette) décrit ainsi la marche de l’opération :

« Commençons l’œuvre.

» La matière première mise dans un petit vase, tel un gobelet, et bien adaptée par un peu de mercure et de soufre unis, vous l’arrosez de soufre et de mercure non unis. Le combat qui se passe alors surpasse tout ce que l’on en peut écrire ; mais la paix naît du triomphe de l’un des deux, et ils sont amis en plus ou moins de temps, suivant l’habileté de l’artiste.

» Quand ils sont unis, mettez le sel (il n’est vraiment point salé) : alors le combat est cent fois plus violent; mais, chose admirable, l’esprit universel se plaît plus que jamais, et, pour aider les combattans, il pompe le fluide qui avoisine le vase; mais, comme ce fluide élémentaire n’est point pur (peut-être n’estce pas là la raison), on ne voit en ce vase que choses hideuses; enfin, le combat fini, tout est exténué de fatigue, et l’œuvre en cet état est ressemblant au mensonge des ignorans, tant il est hideux à voir, mais meilleur à posséder, car les nombres 4 et 3 sont déjà soustraits, puisqu’il ne reste que la plus parfaite unité.

ALCHIMIE

» Lorsque le combat est fini, au bout de vingt et un et de trente et un jours, ce qui fait cinquantedeux tout au plus, quel étonnement! Un chaos, un cloaque noir, huileux, un privé, jettantune exhalaison insupportable. Oui, un liquide affreux, que tu peux enfermer dans une œuvre de verre, ou mieux faire tomber goutte à goutte sur un petit gril, fait d’allumettes, élevé du fond de ton second vase sur quatre épingles.

» Ta liqueur, ou ce monstre, se coagulera en tombant, et après plus ou moins de temps (de six semaines jusqu’à sept mois), étant au noir, plus que noir, ton esprit de Pluton perdra sa rage avec ses forces, se dépouillera de sa peau, et fuira en esprit, emportant avec lui tout son venin.

» Sa peau te restera, et elle servira d’aliment à des animaux de toute nature, tous bien affreux ; ils finiront tous mal, parce qu’ils sont nés de la chair et non de l’esprit, et alors ton œuvre s’offrira à toi, tel tu le vois, noir, sillonné de couleur roux de bois, et teint de gros verd.

» C’est ici le temps de lui couper les ailes ; car il se dessécheroit par ses larmes.

» Change-le de vase sans dessus dessous sur un nouveau gril...

» En ce sixième vase est le tour entier du Zodiaque : dix volumes ne suffiraient pas pour tracer tout ce qui s’y passe ; l’attention même qu’il faudrait avoir pour rendre l’ordre des opérations de la Nature demanderait du temps, de la patience, et une autre

plume. Je dirai donc simplement que dans ces quatre saisons on y voit la Nature se développer pas à pas avec le même ordre et le même rapport de temps, c’est-à-dire d’un à quatre ; on y voit :

» Le soleil, la lune, les étoiles, les nuées, le tonnerre, la pluie, la rosée, les frimas, la glace, la neige, les montagnes, les antres, les volcans, les vallées, les forêts, les vergers, les campagnes, les pâturages, les mers, les sources, les fleuves, les lacs, les rivières, les arbres, les fleurs, les fruits, les métaux, les minéraux, les pierres, les pierres fines, les animaux; les poissons y nagent, les oiseaux y volent, et l’esprit de l’homme en couvre la surface. Oh! homme, tu ne sais pas ce que tu es! »

« Nous avons nécessairement besoin d’une sagefemme lors de la naissance de l’enfant, dit l’auteur de La lumière sortant des ténèbres 1 ; mais, si elle le reçoit sans précaution, on doit appréhender qu’il ne lui échappe; ou si, l’ayant reçu devant le temps, elle le serre trop avec ses linges, il courra risque d’être suffoqué ; et enfin, si elle n’a bien soin de séparer l’arrièrefaix et les autres superfluités, il est à craindre, ou qu’il n’en meure, ou qu’il n’en soitperpétuellementinfecté. On ne sçauroit trop en pareille occasion recommander la prudence et la vigilance, car chaque chose a son heure déterminée pour la naissance, aussi bien que son automne pour la maturité.

1. Voy. t. III de la Bibliothèque des Philosophes chimiques, p. 403.

ALCHIMIE

» Le temps de la naissance n’est point déterminé par les philosophes, qui varient fort entre eux sur cela ; mais il suffit d’avertir le lecteur, que tout fruit se doit cueillir en sa saison et que la Nature, qui se plaît dans ses propres nombres, est satisfaite du nombre mystérieux de sept, surtout dans les choses qui dépendent du globe lunaire, la lune nous faisant voir une quantité infinie d’altérations et de vicissitudes dans ce nombre septénaire. »

En parlant des premières opérations de l’Art, Grosparmy 1 se sert de cette comparaison médicale :

« Et quand la matière est tournée à corruption, elle est dite malade; et cette maladie contient en elle santé confusément, ainsy comme le malade qui est mis au bas par force de laxatif. Lors le bon ouvrier doit ressembler au bon médecin, lequel quand il a mis son patient au bas par laxatifs, pour évacuer la matière dure et compacte, lors il luy faut user de confortatifs et puis de restauratifs pour recommencer la chose perdue. »

La préface de la Bibliothèque des Philosophes chimiques, donne, le plus clairement possible, l’ordre des opérations pour obtenir l’or par transmutation : « Le mercnre des philosophes (qu’ils appellent la femelle ), étant joint et amalgamé avec l’or (qui est le mâle) bien pur et en feuilles ou en limaille, et mis dans l’œuf philosophal (qui est un petit matras, fait en ovale, que l’on doit sceller hermétiquement, de peur

Page 1