Œuvres, Ms., déjà cité, p
ALCHIMIE
quelestoit un distillateur et un prétendu alchymiste ; il nous mena dans son laboratoire, nous montra son vain travail... Mais ce n’estoit rien que tromperie; il consommoit son argent et celuy de beaucoup d’honnestes gens... Il nous envoya vers une personne de la race de Trautmansdorff, qui devoit estre dans le cloître de Saint-Michel...
» Les habitants de cette contrée estimoient fort peu l’hermite et en racontoient des grandes merveilles. Nous arrivâmes auprès de luy. . . Il nous donna audience, mais il ne voulut pas avouer savoir rien de la philosophie... Il exigea de nous un serment et un escrit de nostre main, signé de nostre sang, par lequel nous promissions de ne révéler, de tout le temps de nostre vie, rien de ces choses... Sur cela, il commença à raconter sa haute condition, et qu’estant né en l’an 1462 et ayant pour lors cent quarante ans, il avoit tant appris de la philosophie occulte, que l’or de la terre, la pompe, volupté et les richesses n’estoient que de la boue auprès de laconnoissance du vray Universel. Et quand il eut passé toute la nuict et tout le jour ensuivant à discourir sur divers secrets, il nous demanda si nous désirions voir l’Universel... Nous acceptâmes... Sur cela, il tira d’une petite muraille une petite boëte d’or (après avoir premièrement éteint la lumière)... et aussitôt on vit une clarté sur toute la table.
» Sa grandeur (de la Pierre) estoit comme une grosse fève et de la forme d’un œuf d’oiseau. Après, il ralluma la chandelle et montra la teinture auprès
de la chandelle, laquelle teinture estoit de la couleur d’un grenat de Bohême; la lumière de la chandelle prédominoit néantmoins la lueur de la teinture de la petite boëte, comme du bois pourry rend de nuit une lueur dans l’obscurité, ou comme l’or estincelle dans la copelle. Après cela, il me la donna entre les mains, et pesoit environ deux onces deux gros...
» Quand il fut jour, il nous mena dans son petit jardin, mais auparavant il cueillit dans le bois trois poignées de véronique et de rue... Il prit une tasse d’étain, broya ces deux herbes, puis en exprima le jus dans deux petits verres ; il prit de la teinture environ de la grosseur d’un grain de moutarde et la partagea en deux parties, et en mit une sur la rue et l’autre dans le suc de la véronique, et à l’instant l’essence se sépara, en tournoyant, du phlegme de la rue, en bleu, et delà véronique, en jaune doré, laquelle essence nageoit au dessus de la grosseur d'un demy pois.. . De cette façon les herbes et touttes les choses créées ont eu la vertu telle qu’elles l’avoient devant qu’elles tombassent dans la corruption par la chute d’Adam... »
En 1611, l’auteur revint vers son ermite; mais, quand il arriva à Landshut, en Bavière, on lui dit que ce vieillard était mort l’an 1609.
Dans un manuscritde la bibliothèque de l’Arsenal, n° 180, rédigé sous forme d’un dialogue entre un philosophe anglais, un philosophe espagnol et l’auteur, on lit ce récit du philosophe anglais :
« Il y a quarante ans, un religieux vint à Lon-
dres, qui guérissoit toutes les maladies... Le maître, que je servois alors et qui étoit fort enflammé pour cette science, m’envoya à sa recherche... Je le trouvai en la maison d'un pauvre malade qui n’avoitpas uriné depuis six jours... Et, après quelques conférences, ce religieux s’invita de lui-même à dîner chez nous... Ayant dîné, il dit : « Allons voir la chambre philosophique? » où, estant entré nous trois seulement, il commença à sourire et à branler la tête de voir tant de vaisseaux... Il nous dit: « Baillez-moi quatre onces de vif-argent et autant » d’étain, et les mettez dans un creuset sur le feu... » Il jeta dessus un morceau de cire, de la grosseur d’un pois, souffla, etc., renversa le creuset... Cette matière, examinée avec soin, se trouva contenir sept onces de très-fin or qui ne marquoit point le parchemin... Mon maître demeura comme en extase et remply de merveilles . » Le lendemain, le religieux n’était plus à Londres, et notre narrateur, envoyé par son maître, le chercha vainement dans toute l’Europe.
Suivant un autre alchimiste, le comte de Trévisan aurait eu non-seulement la science, mais encore la Pierre, en sa puissance ; il avait connu d’ailleurs, en divers royaumes et États de l’Europe, quinze personnes qui possédaient ce même secret, mais leur unique application était d’en dérober la connaissance aux autres hommes.
Cependant, si l’on en croit Valois ’, la plupart des