H)) CURIOSITÉS DES TRADITIONS
ijuMl avali douze cents associés ^.Mémeà cette époque, les hommes les plus éminenis furent accusés de magie' ; voici par exemple ce que de Thou raconte de Sixte-Quint.
« Les Espagnols poussèrent contre ce pape leur venj^^ance jusque même après sa mort; et ils n'oublièrent rien pour diffamer sa mémoire par les libelles qu*îts répandirent contre lui J'en ai eu moi-même quelquesuns entre les mains- Sixte, disaient-ils, qui par le moyen de la magie était depuis longtemps en commerce avec le démou, avait fait pacte avec cet ennemi «a genre humain , de se donner à lui, à condition qu'il le ferait pape, et qu'il lui donnerait six ans de règne. En effet, Sixte fut élevé sur la chaire de saint Pierre , et, pendant cinq années qu'il gouverna dans Rome, il signala son pontiGcat par des actions qui surpassent la faible portée cfe l'esprit humain. Enfin, au bout de ce terme, ce pape tomba malade ; et, le démon étant venu le sommer de tenir sa parole.
Sixte s'emporta fort contre la mauvaise foi de renvoyé infernal, lui reprochant que le terme dont ils étaient convenus n'était pas échu, et qu'il s'en manquait encore d'un an. Mais le démon le fit souvenir qa*aa commencement de son pontificat, il avait condamné uo homme qui, suivant les lois, était trop jeune d'une aimée pour être mis à mort, et qu'il l'avait cependant fait exécuter, en disant qu'il lui en donnait une des siennes; que cette année, jointe aux cinq autres,
* Ce fut, je crois, aa seizième siècle qne le parlement ordonna la résiliation d'un bail, parce que la maison qai avait été louée était hantée par des esprits. Voy. Mélanges tirés d'une ttraude bihliothèquey vol. P, p. 109.
2 Vof . Tonvragc curienx de Gabriel Nandé, intitulé : Apologie pour les grands hommes faussement soupçonnés de magie^ 1625, in-8.
MAGIE. SORCIERS. lui
coinplélait les six ans qui lui avaient ëlé promis, ^t que par conséquent il avait tort de se plaindre; sur quoi, Sixte confus, et qui n'avait rien à répondre, demeura muet, et, s*éiant tourné vers la ruelle de son lit, se prépara à la mort au milieu des agitations terribles que lui causaient les remords de sa conscience. Au reste, je ne donne ce trait que comme un bruit répandu par les Espagnols, et je serais très-fàché d*en garantir la vérité *.»
En Angleterre, les peines les plus sévères furent portées contre les sorciers par Henri VIII, en 4541, par Elisabeth, en 4562, et surtout par Jacques T'. Pour donner une idée du fanatisme de ce dernier qui fit une fois poursuivre les membres d'une cour de justice dont le crime était d*a voir prononcé un acquittement dans une accusation de sorcellerie, nous citerons le passage suivant de sa Détnonologie.
(( P. Pour terminer notre conférence, car il se fait tard, quelle punition méritenl, selon vous, les magiciens et les sorcières? Je vois que vous les regardez comme également coupables.
« Ë. (le roi.) Il faut les mettre à mort, suivant la loi de Dieu, la loi civile et impériale et la loi municipale de toutes les nations chrétiennes.
i( P. Maïs quelle sorte de mort doit terminer leur vie?
« E. G*est ordinairement le feu; mais le supplice peut être infligé indiflëremment d'après Tusage de telle ou telle contrée.
a P. Mais doit-on avoir égard à l'âge, au sexe et au sang?
« Histoire univertelle^ Iraduet. française, l.xi, p. 791-79».
Itt CURIOSITÉS DËt^ TiÂBfTIONS.
« E. NiiHemeot. »
Les easuistes eax«inèfnes se sMii oocu^des saircien^ et Pasc«il Wsk pas tta&qoé de relever Fémoge dodiioe qu'ils ont éntse à ce sujet. Voici ee qa'ealitdaiislfli VIIK provinciale, f Le Père me dit : Un homme fui §e méU de deviner esl-U Migé de rendre VargetU qu'il a fopd pur tel exercice?,,. Je vois iMea ^ue tous ne tronveriet jamais oelle-^ de vMKS-mèfne. Voyez donc résoudre cette difficulté-là à Saucliez ; mais aussi c'est Sanciicx^ : Pre» mîèreoieDt, ildtstîngiie en sa So«. L n, c. 38, b. ^4, 95 et 96, ex te devin ne $*est êervi que d4 Vaslr^iogie^ «r éee amlres moyens naUn-eU ; eu s'il a employé l*ari 4ta» Miqne. Car il dit qu'il est obliyi de restituer en un eaSy et non pas en VauJtre. Diriez-votts bien roalntenant auquel ? — Il n'y a {mis là de difficulté, lui dis-je. — Je vois Jiieii, répliqua-t-il, ce que vous voulez dire. Vous croyez qu*il doit restituer au cas qu'il se soit servi de Tenlrenise des dénions. Mais vous n*y entendez rien : c'est tout au contraire. Voici la résolution de Sanchez au même lieu : Si ce devin n'a pris la peine et le soin de savoir par le moyen du diable ce qui ne se povvoit savoir autrement: ât nullara operain apposait, ut arte diaboli id sciret, il faut qu'il restitue: mais s'il en apris la peine^ il n'y eet point obligé. — El d'où vient cela, mon Père? — Ne Tei^ tendez-vous pas ? me dit-il. C'est parce qu'on peut bien deviner par Fart du diable, au lieu que Fastrologie est un Hioyen faux. — Mais, mon Père, si le diable ne répond pas la vérité , csur il n'est guère plos véritable que Tasirologie, il faudra donc que le devin restitue par la même raison? — Non pas toujours, me dit-il. Distinguo, dit Sancbez sur cela. Car si le devin est ignorant en l'art diaboliquSr
* Ce célèbre euaiste espagool mourut en 1S10.
MAGIE, SOBCIIR& MA
ûskartift ûlaMk» îgiiai«&, Utâi <Migé de rmUluêr: mait ê'U eu kàëèUe Mreiar, H f«'ti. mU fait ee qm €U m Imî poMT «avoir ia vériliy il n'y ^ P^M Migé : car idcr* la êiligeuMê (f un id êortier peut être €êtimie pour de l'argent :,dîii%tni»SL a mago apposiu €61 preCi» «sliniabîlîs.— Gela est de Immi seuSf moo Père, lui dlis*je. car voilà le moyen d'engager les s4Mrclers à se rendre sa- TsiBis el expens en leur arl par Fespëranee de gagner du bien légiliBieineAl selon vos naiimes, en servant frdèlement le pablic. »
Au dixrSf ptième siècle et même dans la première moi» tié du dix-lHÛtième, les sorciers n'avaient pas encore trouvé d'onguent pour la brûlure. Voici quelques iatls qui concernent la France.
On connaît Thistoire. du .malhenreux euré provençal GaurCfidi qui, ayant séduit plusieurs femmes et entre autres une religieuse Madeleine de Mandols, fut aceusi par celle-ci de Tavoir ensorcelée. Traduit en justice, on lut fit avouer qu'il était sorcier, qu'il avait, par le moyen de son souffle et de plusieurs autres enchantements, corrompu cetie femme et d'autres qu*il nomma; on parvint même à le Caire parler du sabbat dont il lit une longue description. — > D'après ces aveux, le pariement d'Aix le condamna, le;«'SO avril 1641, à être brûlé vif, conune coupable de magie, sorcellerie , impiété et lubricité abominables, sentenee qui reçut ment son exécution ^
Cette horrible affaire donna lieu à une .aventure ses plaisante racontée en ces termes par Pabbé hipon.
■ Voy. V Histoire admirable de la posêesûon et cmvemon.d^vne pèni' tente eéduite par un magicien^ par le R. P. Sébastien MicliaéliSf Paris, ISIS, in-S. L'arrêt y est rapporté.
104 GURIOfrITES DES TRADITIONS.
« Le procès, dit-il , contenait beaucoup de dépositions sur le pouvoir des démons. Plusieurs témoins assuraient qu'après 6*étre frotté d*une buile magique, Gauffridi se transportait au sabbat et revenait ensuite dans la chambre par le tuyau de la cheminée. Un jour qu'on lisait cette procédure au parlement, et que Timagination des juges était affectée par le long récit de ces événements surnaturels, on entend dans la cheminée un bruit extra* ordinaire, qui se termine tout à coup par Tapparition d'un grand homme noir, qui secoue la tète. Les juges crurent que c'était le diable qui venait délivrer son élève; et ils s'enfuirent tous, à l'exception du conseiller Thoron, rapporteur, qui, se trouvant malheureusement embarrassé dans le bureau, ne put lessuivre. Effrayé de ce qu'il voyait, le corps tremblant, les yeux égarés, et faisant beaucoup de signes de croix, il porte à son tour l'effroi dans Tàme du prétendu démon, qui ne savait d'où venait le trouble du magistrat. Revenu de son embarras, il se fit connaîlre : c'était un ramoneur qui, après avoir ramoné la cheminée de MM. des Comptes, dont le tuyau joignait celle de la Tonrnelle, s'était mépris, et était descendu dans la chambre du parlement \ »
Le dominicain F. Simard, né à Besançon vers 16^, envoyé vers 1645 comme inquisiteur général dans les comtés de Bourgogne, déploya tant de rigueur etdV charnement contre les personnes accusées de magie, que les magistrats de Besançon parvinrent à le faire rappeler.
Ce fut au moyen d'une accusation de sorcellerie, que les jésuites parvinrent à faire bannir de Lorraine, en 162B, le jurisconsulte Biaise Jaquot, qui, en sa qualité de doyen
* llistflire générale de Provence^ 1780, in4, t. iv, p. 430.
de L'université deJPoDl-à«Moiisson, avait fait femier leors écoles de pliilosophie, ei les avait forcés de se restreindre à l*étude du latin ^.
Au mois d'avril 1634, deux sorciers, nommés Adrien Bouchard et Gargan, furent brûlés à Paris; et quelques mois plus tard, le célèbre Urbain Grandier subit le même supplice à Loudun, comme a atteint et convaincu du crime de magie, maléfice et possession, arrivés par son fait es personnes d'aucunes religieuses ursulines et auires séculières '. »
En1640, dansla baronnîe deBelvoir en Franche-Comté, une femme nommée Cathin, ayant avoué qu'elle était sorcière, qu'elle allait au sabbat sans toutefois bouger du Htoù elle était couchée, etc., fut condamnée au feu. Les pièces fort curieuses de ce procès ont été publiées par Perreciot, dans le livre intitulé : De VEiat civil du pertonnet dans les GauleSy 1786. 2 vol. in-4 '.
En 1670, au moment où il était question de modifier la législation rdative aux accusations de magie, le parlement supplia Louis XIV de permettre aux tribunaux de continuer l'instruction des procès pour sortilège. Malgré ces remontrances, en 1672, Tancienne jurisprudence sur ce sujet fut complètement abolie.-- Ce fut la France qui donna l'exemple au reste de l'Europe.
Les supplices pour crime de sorcellerie furent trèsnombreux en Angleterre et eu Allemagne, pendant tout
i Voj. Biographie Michaud, art. Jaqoot, t xzi, p. 405.
a Ce sont les termes de TarrAt. Voj. Histoire iet diahUi de Loudun^ pirÀnbin, AmstenUm, 4716, in-«3; el Exumenet discuuion critique de i' histoire des diables de Loudun, par de la Menarda je, Paris, I747,in-I9. Ce dernier auteur croit fermement $ la possession des religieoses.
s Voy. t. Il, p. 480-547, pièce n<> 150.
40i CURIOSITÉS DEiS TRADITIONS.
le dtx-sepftiènM siècle, et bien pen^'aimées se pâmèrent «ansque des malbeureoi ne fassent eirreyéspoiir ce crime prétendu à réchafaud ou à la potence ^.<lesliorreors se renouvelèrent en partie pendant la première moitié de di\boHième siècle *. Ainsi, les années 1795, 1712 et 1792, furent marqnées par des exécnlions de ce genre. En 1786, une servante fat brftiée en Mande, pars où les lois -contre les soreiers ne forent abrogées qo^en f 821 '.
€es croyanees saperstHienses, qnî coûtèrent la vie li tant de milliers d'hommes, étaient enfrelennes par une fo«de de livres, pobKés snr ces matières, dans les Mfé- Tenies parties de l'Europe.
En 1589, nn Jésuite flamand, Martin Antoine I>elrîo, publia DiêquitUiùnum'magkarum I0fri ux^ Louvnin, in-4, onvrage qn'Andié Dncbesne tradnisit et aibrégea en français, Paris, 1611, ln-4, et 2 vol. in-8.
On connaît de Kenri Boguet, grand }nge de ta terre de Saînt-Glande, nn onvrage intitulé : discours des sorciers, tiré de qudqties procès^ avec une insirueiion pour un juge en fait de soreéUerie. Ce livre, qnî, de 1002 à 1610, ent dix éditions, et où Fantcur montre un fanatisme égal h sa crédulîlé, devint fort rare, parce qne la famille de Bognei en fit détruire tous les exemplaires qu'elle put se procurer.
i Ui néteia ansMi, SiwvBe, ameor dru Hfre sv letcrram f»polaires, fut témoin i charge dans ane affaire de sorcellerie, et signa, en 46S4, une atiestaiioa par laquelle il reconnaissait rexistenoe des sorciers.
1 Ce futpoardémontverratonditédepareiliiiroeèsqaeVyiBcisHati M êê m p«Mta, ei ItlS, an Eêsai kiêimiftie nr le BôrHUfg,
t Les JottTiMK ée Paris da mois 4e déeenkre ta«f «ilent, diaprés In Cnetie ée te Bêrkeêe, m arrêté de raasenMéc lég islatfve de celte fle^ qai pramiaee la pdiie de mort on ée ia déportatioii eonire les floirs qm ont recoars à la magie.
»Â6IE. SOBGIERS. 107
Fteire de l4De»é, eonseiller so pariemenl de BèrdeMix ^nÎMt «■ teSQt'tlëlégiié dM9 le Labenrd pow kwtranre des ppoccB do «Nwetterit, «nvoy» a» suppKee phMioir» e«oiMi0ft d'indHidd^ qoi avooMeiif soîl d*e»3[-inénes, fdt par 1«5 torlOTes, avoir assisté aa saMat; H a publié: 1* le JoMmni de V^me<ms9mmce âew mmtwm wngew ei dé" momy Parisi^ 161 S, iD-4, ouvrage rare et riecherelié, sw^ lovt à CMise de la gravare représeaiaiit le saJ^bat et les eérémonies qin s^y praiii|uaîeBt ; 2^ TlneréiMUéH «m^ €réemcpdu swUlégêpUinêtÊmU e9nvameme, ou U etiiraiU i$lm fiueimaiiimy de CulUmekemeni^ etc., Plans, iHàSij m-!.
Gottoo Matber, liiëologieii aogKcaD, né à Boston, mort ea I7S8, fit paraître le$ MerveiUêi du monde mvtfrMr, ftostoa et Loadres, 1695, ifi-4, dans le but d'établir Fesistcooe des sorciers et leor funeste influence sur les aoétéoreS.
Un Kltënceuv italien du dernier sièele, Jcréme Tkrta» roui , mort en 17M, pobHa en f749, iu'-4, un ovTra|e où, te«t en demonlraDt rimpossibilité do sabbat^ il procfauBadt ia^ réalité de la magie. Son livre nitknlé : Det Congresso notiuno deUe Lammie, eou due Diteertawiomt eopra CarU ma(|tca, Uoveredo , 4749 , in-4, donna lieu k une vive controverse , à laquelle prkent part qua** torxe écrivains itaKens, les ons attaquant, les antres soutenant Texistence et rinterveiitîon du démon dans les dioses de ce monde ^ Parmi les opinions singulières fminfin à ee ssiet, nous dterons celle du marquis MaCteî, qai a vô n a i s que la magie avait pu exister avant Jésus- Chriat, mais qm'm» ne pouvait phis en admettre ta possibilité depuis la rédemption ^.
i Quatre seolement, entre autres CarU, se prononcèrent poar la négative, t Voy. Magia annichilala. Vérone, 1754, in-l.
Ledernier ou Tun desderDiersécrivains^ qui, en France, aient cru à la réalité de la magie, est un certain ai)bé dijonnais, nommé J.-B. Fiard^ mort en 1818, à Tàge de 82 ans. Intimement convaincu quil y avait des esprits infernaux, et que les hommes pouvaient se mettre ^n communication avec eux, i) trouva fort commode d*attrihuer aux magiciens tous les faits qui lui paraissaient sortir de Tordre naturel. Dès 1775, il tonna contre ces hommes pervers dans cinq lettres qu*il reproduisit, sous le titre de Lettres magiques (Paris, 1791 , in-8) S à une époque dont les événements lui semblaient Fœuvre du démon. Cinq ans plus tard, dominé par une idée flxe qui semble lavoir poursuivi jusqu'à la mort, il publia : 1* une Inslruelion sur les sorden (1796, in-8), qu*il eut la constance de reproduire en 18f5, in-8, sous le titre de le Secret de Vilal et le dernier cri du vrai patriote ; 2f* la France trompée parles magiciens et les démmu>lâtres du diuD'huUième siècle, fait démontré par des faits, Dijon, 1805, in-8. — On doit se féliciter que Tabbé Fiard ne soit pas né un ou deux siècles plus tôt. Sa monomanie aurait coûté la vie à lûen des malheureux '.
1 Ces lettres furent réimprimées en 1797, pais en 180S, iii-8, sous le tttrt de Lettres philosophiques sur la magie.
t Aux ouvrages déji cilés «joutons le suivant : Démonologie, ou troiiè des démons et sorciers, de leur puissance et impuissance, par F. Perreand, Genève, 4653. On y trouve à la suite : VAntidèmon de Moscou, ou Histoire particulière de ce qu*un démon a fait et dit à Moscou il y a quelques muées, dans la maison du sieur Perreaud, résidant pour lors en ladite Pille, opposée à plusieurs faussetés qui en ont couru, Perroaod était un ministre pn)tesunt.— On trouvera une liste fort complète d*oovrages relatifs k la maftie et aux sorciers dans la BibUotheca magica et pneumatka, par Graesse}, Leipzig, 1845, in-8.