DES SAINTS ET DES RELIQUES
Le culte rendu non pas par l*Eglise, mais par le peuple, aux auges ou aux saints, on l*a dit il y a longtemps, diffère bien peu, si même il en diffère, du culte que les païens rendaient à quelques-unes de leurs divinités, et entre autres aux demi-dieux et aux héros ^
Pour quiconque a un peu étudié Fantiquité et le moyen âge, cette identité, nous le croyons, ne peut faire l'ombre d'un doute ; et même, quand les faits ne viendraient pas le prouver surabondamment, n*estril pas évident à jrrwri que le temps seul et les lumières peuvent déraciner les idées superstitieuses chez des masses ignorantes habitnées, par une longue tradition, à invoquer une divinité spéciale dans chacune de leurs misères. — Sainte Marguerite dans les accouchements, saint Nicolas dans les icmpétes, furent invoqués avec autant de succès que Lucine et Neptune. — Diane, Bacchus, E^culape, Gérés, Minerve, Priape, furent remplacés avantageusement par saint Hubert, saint Vincent, saint Gosme, saint Gcngoul, sainte Catherine et saint Fiacre. Â chaque dieu de TOlympe fUt substitué un habitant du paradis, jouissant du même pouvoir que son prédécesseur sur les éléments, les animaux, les miiladies, les esprits infernaux, etc. Les pratiques les plus licencieuses du paganisme se retrouvent même dans le culte de saint Guignolet, de saint Guerlichon, de saint
• t Voy., entra antres, sor ce sujet, Middletoo, lettre sur heme, oU en itmenUrèe F exacte eemformiU iupofitineel du jHigMitme, ou la Reliçûm 4ea Romaim fantourtThui dèripant de ulle de leur» aaeitre» foiene , 4729, et les difrérenu oatrages de GoIUm et de Tlndal.
110 GURIOSITËS DBS TRADITIOIHS.
Renaud, cto., dont les statues, aussi difformei que celles de Priape, avaienl la vertu de rendre les femmes fécjiides^
Le ciel dépeuplé par le christianisme, ne resta pas longtemps sans habitants. Car rien n*ëgalfthi facilité avec Ia(|ucne les chrétiens honoraient des saints ou des martyrs. Béjit, à la fin do quatrième siède, on avaîf senti hi nécessité de diminuer autant que possible ces apoibéo-* ses que rien ne justifiait. « Pour éviter les supersâtkmSy est-il dît dans le 14* des canons attribués ao cfnqtnème concile de Garthage, les évoques détniirent les auCeis élevés dans les campagnes et sur les chemins, en com*' mémoraClon des martyrs, k moins qu'il n^y dt là effectivement un corps ou des reliques. En général, ils ne de* vront tolérer aucune chapelle sons le nom d'an martyr, à moins d'être certains que celte chapelle renferme quelques reliques de lui, qu'il y ait séjonmé on qull y [ait souffert ; et ils re jelterool rigovrenseiiient les anlels élevés sans preuves certatnes, d*après des songes on de prétendues révélations. 9
L'un des canons da condie de Constantinople, en €92, prescrivait « de brûler les fausses histoires des martyrs, composées par les ennemis de TEf^îse au dédionneor de Dieu et de la religion. » — Nihis ne savons si ce décret fut exécuté, mais en tout cas, d'après ieft bistmres de saints qui noBS restent, en peut joger de cefles qui col étë détruites.
Le concile tenu 4 Lepfînes, en 745, donne, dans son
i V«)> Cantey, Yofsgg ému ie FmiÊière, t. i, t^ ta» et M»; — Hak^ waid 4e la M«iue, Amtaéoêet rtUdiva à àa rtMfrtJM, f. ftt;-<- Lté^ ctativMteM ^«f . U ie VAjmiêgUpêÊr Oérêéêtt, et (Mia éc Plaicf, DiclionMairc det nUques^]
SAIWTS. m
4' canoo, ase ii8t« de superstitions contre lesqaeUcs il ft'éiève zwtt lèree. On 7 voit que Vuae d'elles consistait à reganier îadifTàreiiuiieBt tous les morts comme saints ^.
htfTeamaa du concile d^ Londres, en 1402, défend de rendre aneon honneur on respect de sainteté aux €or^ des flMHis sans k penwsftton de TéTéque.
Le 4âf canon du concile tenu à Francfort snr-le-Hein, en 7^, porte « défienee d'koBorer de nouTeaux sûnts, ou d'érifer des chapelles en leur honneur, à moins que l'aalhenlicité deandes dé leur martyre ou la sainteté de leur vie ae les fît juger dignes d'être révérés par TEglisci
Jo84]pi*à k fin du moyen àge^ non-seulemeitt le penpk, mais l'Eglise honora comme martyrs les individus rêvélus ou non d'un caraelère sacré qaà périssaient de mort lislcQte dans Taeeoraplissemettt seitd'no devoir, smt d'un vcNi , et même dans des lulles politiques où la religion ne jouait qu'un r^^le secondaire ^.
C'est là ee qui esph^iue la memion sur le martyrologe d'ane foule de personnages qu^on est asseï étonné d'y lioaver, comme ^aînt Edmond, saint Léger, eic *.
t De e» ifwà sM «aetos Êfmi ^noslftet viettoM. — LaVke, Coltecticn 4e»c«Bettcs, t. vi, «a. iS«l.
t « moi Dieu i t*éciie GuiUrt de Nof eut, ta as cooraniié dans le ciel Ves enfiaiDis massacrés par Hérode, qaoiqa*ils ne connussent pastonsaiot >0D, et sealement parce qae ta avais été le prétexte de lear perle. » Ik fUêêua, \, in, eb. n. -r L*Egfi8e de ClermoRt (Aurergne) honore, îe tSanal, la nteoire ie «tet Cassios et de «ahii Vietori», qui, av«e six Bdlk aaires cbr étâus, périrent, as fwirièaBe siècle, ea déisidairt lev pairie contre les barbares idolâtres qui avaient franchi le Rhin.
^ Vov., sor ea nùet, la noteiméréedai» le tone m, p. 9SS, du mois de jiin de la coUetliaB des nolUméistes. — Les SS voiiimes in-folio de ee recueil, oh tous les moRiimeiits reittifs h la vie des saints sont recneilUs
Hâ CURIOSITÉS DES TBÂDITIONS.
« Les fiiux saints, dit Bayle, ne se sont pas moins multipliés que les tîiux nobles ; de sorte que comme les prin* ces font travailler de temps en temps à la recherche des faux nobles^ afin de remettre à la condition roturière les usurpateurs de la qualité de gentilhomme, H faudrait que le clergé nommât quelques commissaires rigides qui examinassent les titres et les lettres de sainteté. Si les troupes de TEglise triomphante passaient en revue devant de bons commissaires, on y trouverait beaucoup de passevolants, non pas parmi les soldats, mais parmi les hauts officiers, je veux dire parmi les saints qu'on invo» que. Le calendrier a plus de besoin de réforme à cet égard, que par rapport à la précision des équinoxes ; et au lieu qu'un simple retranchement de dix jours a suffi pour cette dernière réformation, il faudrait, pour faire Tautre, retrancher par centaines et par milliers. Il y a longtemps que Tannée ne peut {dus fournir un jour à chaque canonisé ; il faut entasser plusieurs saints les uns sur les attires dans les mêmes places... Combien trouverait-on de sénateurs vilio ereali dans la cour céleste, si Ton y procédait rigoureusement?.... Ces intrus ne sont pas des saints modernes; ils sont de très- vieille date. Le cardinal Bessarion, voyant faire à Bome Tapothéose de certaines gens, dont la vie lui avait paru mauvaise, s'écria que kîs nouveaux saints le faisaient douter des vieux. Mais on peut (lire qu'il y a infiniment plus de ceriilude dans les saints modernes que dans plusieurs des anciens. On ne peut douter que ceux-là n'aient vécu sur la terre, et Ton
a presque des preuves démonstratives que ceux-ci n*ont
et classés par mois et par jour, renferment environ vingt-cinq mille vies d e saints, bien qne ce travail comprenne seulement les neof premiers mois (Le Tannée et les quatorze premiers jours d'octobre.