‹ Curiosités des traditions, des moeurs et des légendesChapitre 18 sur 68 · RELIQUES · texte numérisé non relu

RELIQUES

relîqaes. Les reliques, en effet, sartouC lorsqu'elles appartenaient à quelque Saint en renom, étaient non-seulement pour les églises et les couvents, mais encore pour les villes une source inépuisable de richesses. Aussi se rooUiplièrent-ellcs à tel point, que des églises de pays fort éloignés se vantant de posséder les mêmes , leurs prétentions donnèrent lieu jusqu'au dernier siècle à des querelles fort instructives pour le public *. On trouve à ce sujet un passage assez curieux dans le I*' livre des Gesta Eki per Franaoi, de Guibert de Nogcnt. Cet écrivain , après avoir rapporté que Tempereur grec , Alexis Gomnène, pour attirer les guerriers latins à Gonstantinopie , se vantait d'avoir chez lui la |téte du bienheureux Jean-Baptiste, laquelle, disak-il, était encore recouverte de peau et de cheveux, et ressemblait à une tôte de vivant, ajoute : « Si cette assertion était vraie, il faudrait donc demander aux moines de Saint-Jean-d'Ângely quel est le Jean-Baptiste dont ils se vantent aussi d'avoir la tête, puisqu^il est certain, d'une part, qu'il n'a existé qo'un Jean-Baptiste ; et, d'autre part, qu'on ne saurait dire sans crime qu'un seul homme ait pu avoir deux té-* tes. A cette occasion, je crois devoir signaler une erreur pernicieuse et fort répandue, principalement dans les églises de France, au sujet des corps des saints. Tandis

i « Ce n'est point sous le christianisine, dit Bayle,que les hommes ont commencé de se quereller sur la possession d'une relique ; car, lorsque l'on commença à s'attribuer en divers lieux la possession du saint suaire 00 du ebef de saint Jean-Baptiste, il y avait très- longtemps que plusieurs villes païennes avaient disputé sur la possession du simulacre de la Diane Taoriqne. Les Lacédémoniens prétendaient ravoir; les Athéniens soute- ' Baient qa'IphiRénie l'avait laissé dans leur pays ; les habiiants du Pont, eeoxlde Cappadoee, ceux de Lydie, s'entre-^isputaient cette relique.» (Art. CoMANE, note A.)

iS CURIOSITÉS DBS TRADITIOIHS.

4|iie les uBfl 86 nnucm ée posséder le corps d*im mart^fr;, d'autres préteiideat avoir aussi ce même corps ; et cepeadaal uft corps entier ne saaraît élre en deux endroits à la fois. Gea préleniioDscoiitradietoIres viennent toujours du tort que Ton a de ne pas laisser les saints jouir en paix d«> repos fvi leur estdû dans une tombe immuable. Je s«s bien persuadé que c'est uniquement par un senti» ment de piété qu*Ott est dans l'usage de recouvrir leurs «orps d'argent et d'or; mais l'étalage que Ton fait de leurs ossements, et l'habitade où l'on est de colporter tours cereueilapour ramasser de l'argent» sont des pre»ves trop certaines d'une eonpalile avidilé ; et ces incon- Titticnta n'existeraient pas si Ton avait soin, ainsi qu'il fut ifttt pour le sépulcre dn Seigneur Jésus, de sceller solidement les toridieaux qui renferment les corpa des saints Km

Les eoncilea essayèrent ^pielquelois, mais en vain, de remédier aux abussignalés parGuibert de Nogent. Ainsi to 12* canon du condle de Poitiers, en 1160, défendit c d'admettre à prèeber ceux qui portaient des reliques de ville en ville pour gagner de l'argent m Le 62* canon dn concile de Lauran, en i2l5, portait défense de montrer , hors de leur» cbàsses les anciennes reliques, et de rendre à ceUe^ine l'on trouvait aucun hommage public sans approbation du pape *.

Un catalogue exact des mêmes reliques honorées dans les églises et les monastères donnerait de plaisants résultats , dont on se fera une idée par le tableau suivant , que nous aurions facilement allongé beaucoup.

* GeHë Dei fer Frmeoi, L i, eottectioo Goiiet, t u, p. 3S. > Voy. encore concile de Mayence en 813, can. 51.

lÈLIQUESl

Corps.

André(Si.) 5

Anoe (Ste.) 2

Aotoine (Si.) 4

Barbe (Sle.) 3

Ba^te (St.) 4

Benoit (St.) 3

Biaise (St.) 1

Clément (St.) 3

Doroihée (Sle.) 6

Eloi (St.) 2

Erasme (St.) Il

EUenne(St.) 4

EasUcbe(St.) 2

Georges (St.) 30

GorgoDe (Sle.) 6

Grégoire de Naziance (Si) 5

Gàillaumç (Si.) 7

Hélène (Ste) 4

Hilaire(St.) 8

Ignace (St.) (mangé par 5

les lions)

Isaie, le propbëte .... 5

bidore(Sl.) 4

Isidore de Sévillc (St.). 3

lacqnes le Mineur (St.) 4

Jacques le 11 ajear (St.) . 7

lean-^aptiste (SI)

Jean-CbrysostôoDe <St.) .

Jérôme (St.) 2

Jalienne (Ste.) 20

Laurent (St) 2

Lazare(St.) •. 4

Léger(St.) *

Tèies.

Bras, jambe», mains, etc.

17 bns.

6 bras.

2 brts.

8 bras.

5 bras.

13 bras.

7 mains.

7 bras.

7 jambes.

io

12 bras.

14 index.

15 bras.

65 doigts.

6 bras.

42 mains.

12i CURIOSITÉS DES TRADITIONS.

.' Corps. Tôtes. Bras, jambes,

mains, etc.

Loup (St.) 4

Luc (SI.) 8 9

Luee(Sle) 5 6

Hathias (St.) 3 4

Mathieu (Si) «... 5 8 12 bras.

Pancrace (Si.) 30 5 ou 600

ossements.

PanUlëon (St.) 6

Paul (St.) 18 environ, mais en parties

détachées.

Perpétue (Ste.) 5

Pétronille (Ste.) 6

Philippe (St.) 5 8 i2 bra«.

Pierre (St.) 16

Pierre, dominicain (St.) *i 62 doigts.

Sébastien (St.) 4 5 15 bras.

Simon (St.). 4 5 9 bras.

Thècie Ste.) i ^9 bras.

Théodore (St.) 4 6

Victoire (Ste.) 3

Zenon (St.) 3

Parmi d*aulres reliques, plus ridicules les uues que les autres, nous citerons un morceau de la cliair grillée de saint Laurent, les cornes de Moïse (Rome, église Saint- Marcel); le ban ou soupir que poussait saint Joseph lorsqu'il fendait du bois( à Gourchiverny, près Blois): du laLt de la Vierge ^, et d*une foule d'autres saintes; des lar<*

i ff II n'y a si petite villette, ni si mécliant couvent, soit de moines, soit de nonnains, où l'on ne montre du lait de la sainte Vierge, les uns plus, les antres mollis. Tant il y a que si la sainte Vierge e6t été une vache, uu qu'elle eût été nourrice toute sa vie, à grande peine eh eût-elle pu rendre une si grande quantité, n Calvin, Traité des reliques.

RELIQUES. f25

mes de Jësuis-Christ (Veodôme et Amiens) ^ : ses lelires, ses difTérents portraits^^les empreintes de ses pieds ou de ses fesses, ses sept prépuces, etc.; le membre viril de saint fiartbëiemy(à Trêves); les parties sexuelles de sainte Gddule ( à Augsbourg) ; des plumes de l'ange Gabriel, de rarchange saint Michel (Mont-Saiut-Michel), etc. *.

Les reliques les plus curieuses sont celles qui sont descendues directement du ciel; carie paradis ne s'est pas montré plus avare que TOlympe. On trouve dans quelques chroniqueurs, et surtout dans Mathieu Paris, des mentions assez fréqueiltes de la correspondance que Dieu, son fils, la Vierge ou les saints daignaient entretenir avec les bommes. « En 1109, raconte rbistorien anglais, on parlait beaucoup d*une lettre fameuse tombée, disait-on, du ciel , entre les mains d*un prélat , tandis qu'il célébrait la messe , et qui avait pour but de modérer les inquiétudes toujours croissantes des Romains. » Cette lettre, qui ne contenait qu'une prophétie rédigée dans le style des prq)héties de Merlin , est reproduite par le même chroniqueur à Tannée 1226, où il la donne comme ayant été trouvée dans le psautier d'un ermite , à la place du psaume Exurgal Deûs >.

a En 1200, on aperçut à Jérusalem une lettre venue du ciel au-dessus de Tautel de saint Siméon, au Golgotha.

. < Voy. Histoire véritable de la sainte larme que Jésus-Christ pleura «v Lazare ; comme et par qui elle fut apportée au monastère de la Sainte- Tmité de Vendôme^ 167*2, in-18 ; et Dissertation sur la sainte larme de yesiàme, par J.-B. Thiers, Amsterdam, 1751, in-13.

* Yoy. pour plus de détails, outre l'ouvrage déjà cité de M. Coliia de Pianey, le Traité des reliques de Calvin, V Apologie pour Hérodote de Henri Estienne, avec les notes de Ledochat, la Confession du sieur de '^cy, par d*Aubigné, le Voyage en Italie de MisFon, etc.

3 Nathien Paris, années 1 1 09 et 1 2*20.

i» CURIOSITES DES TRADITIONS.

Elle élait suspendue en Tair, et tons cent qui k vireal, ]WBdaBl trois jours et pendani trois noîts, se prosternèrent et prièrent le Seigneur niséricordîeux de daigner leur manifester sa volonté. Le iroteîène jour, après la troisième beure, Tarchevéque Zaeharie elle patriarche, qui priaient âi genoux, se relevèrent et étendirent sur le saint autel une nappe on ils reçurent la missive eéleste« » Dans cette lettre, qui n'avait pour^lHit que de prescrire de nouveau ToliserTation des Ifttes et surtout du dinanclie/ Dieu s*expriniait ainsi : c A moi, ¥0tre Dieu, si vous u*oliéisbez pas à mon commandement, je vous le jure , par mon siège et par mon trône, et par les chevaliers qui le gardent, je ne vous enyerrai plus d'autre lettre, mais j'ouvrirai lescieur,- et, au lieu ,de pluie, je ferai pleuvoir sur vous des pierres, des morceaux de boîs et de Teau chaude... J'enverrai contre vous des bêles qui auront des tèles de Uon, des chcveus de femme et des queues de chameau, et elles défloreront votre chair, etc. » Le reste était du même style. — Cette lettre fut envoyée au pape qui, après TaToirltae, dépêcha immédiatement des prédicateurs dans toutes les parties du monde ^

Souvent c'était une singulière méprise qui faisait regarder certains objets comme ayant une (Migine miraculeuse. S:iint Duvid, archevêque de Menevia ', dans le pays de Gatles , »yant , avec deux compagnons , accompli au sixième siècle un pèlerinage en Terre-Sainte, le patriarche de Jérusalem leur fit remettre, après leur retour, ptr mngelos suoif, c'est^à-dîre, par ses envoyât, une sonnette, un bâton et unetoni-itie lissée d or, présents que chacun

■ Miithiea Ptrb, ansf e liSO. — Voy. encore année 1399. t Ai^onrUliai Saint-David.

tftw soo ëglKe. LedouHesefisdv moi mgdot fil eroîre, plus ttrd, 4|iie ces préseals âvateoC mieorigifleGélesle ^. Od rcacMiPe dans Tbisloire une feule de léfendcs qui ne repeaeiit, eenine ceHe-cî, qoe «n* une cqiiyoqae.

C'ctaît une croTSiDce génôralaneBl adoptée que les TÔkaUes idiques se poevaienf . être eonsBnées par le kn. Avssî, le cMcile leni h Saragosse, en 992, ordoua, par son Sf caaoo, que les reltqoes iroQTéea chez les ariens seront portées aax évèques, et éprouvées par ie feu *.^ €etie épieave, fort diancense poor tes bonnes emme poor les Buravaises reUqoes, aduéCre risquée fort rarement, et, no» devons le dire, elle étaîi parfaite» fflcitimitde; pnisqoey s'il faut en croire TtHStotre sirivnMe rapportée par Raool Glabcr, les fausses reliques ^mmi anssi le poavoîr de £aire des miracles.

( U y avait parmi le penple an mQgtcten des phis Inh biles, dont (m Ignorait pourtant le nom et te pays, parce qoe daos les différents lieu où 9 se réfugiait, pour en* ierd*élre reconnii, il prenait des noms snpposés, el ca* diait avec soin sa patrie. Il allait looiller en secret dans ^ tooèe des morts, enlevait leurs ossemenis, puis il les piaçnit dans-des urnes, qu'il vendait ^ plusieurs personnes, comme oontenant des reliques de mims confrssenrs ^de laariyrs. Après avoir fait un grand nombre de dupes dans les Gaules, il se retira dans les Alpes, parmi les peuples saavages qui habitent le baui de ces monlafoes. Là, <I«iUant le nom de Pierre et de iexk qu4l avait pris ail- 'eus, il se donna cekii d'Etienne. Il alla recuelHir encore

^ Voy. Bihmkèqtiê de Vèeole des chartes, S« série, t ii, p. 2S.

' Voy., sur eet usage, Mabillon, Amalea ordinit sancti Benedieti, sse.

lig CURIOSITÉS DES TRADITIOIKS.

peadant la nuit, dans les lieux les plus abjects, les ossements de quelque mort obscur, les plaça dans un Tase, et prétendit qu'un ange lui avait apparu pourhii révéler les restes de saint Just, martyr. Bientôt le vulgaire grossier et la populace des campagnes ne manquèrent pas, selon leur habitude, d'accourir en foule à cette nouvelle, regrettant seulement de n'avoir pas quelque maladie pour en obtenir la guérison. Ils amènent des malades, apportent des présents, et veillent toute la nuit dans l'attente de quelque miracle soudain. Car nous le répétons. Dieu permet quelquefois aux malins esprits d'opérer des prodiges pour tenter les hommes, en punition de leurs péchés, et nous en avons ici une preuve bien claire, puisqu'on celte occasion beaucoup de personnes mal conformées eurent les membres redressés, et suspendirent, en témoignage de leur guérison, des figures de toute espèce II est vrai que les prélats de la Maurienne, d'Asti et de Grenoble voyaient toutes ces profanations se commettre dans leurs diocèses, sans montrer beaucoup d'empressement à examiner cette affaire, ou plutôt ils ne s'occupaient , dans leurs coociiiaboles , que des moyens de gagner l'argent du peuple, en accréditant euxmêmes cette imposture.

« Cependant Mainfroi , le plus riche des marquis du pays, ayant entendu parler de cette découverte, fit enlever de vive force, par quelques-uns des siens , et transporter dans ses Etats ce vain simulacre, honoré sous le nom d'un vénérable martyr. Ce seigneur avait fait construire à Snze, place antique, un monastère en rhonneut de Dieu tout-puissant et de sa bienheureuse mère Marie, toujours vierge, et il avait formé le projet d'y placer ces reliques avec celles de beaucoup d'autres saints, quand

BELIQUES. ^ 129

loas les travaux seraient termioés. L*église étant donc achevée/ au jour désigné pour la dédicaee, les évéques des j^çvinces voisines s'y rendirent avec Tillustre Guii- Janine et quelques autres abbés. On voyait aussi ce magicien fameux, qui avait déjà su slnsinuer dans les bonnes grâces du marquis. Il promettait de lui révéler bientôt des reliques infiniment plus précieuses. C'étaient les restes d'autant de saints prétendus, dont la vie, les souffrances, les combats, le nom même, étaient autant d'impostures qu'il avait fabriquées. Toutes les fois que les sa> vauts personnages réunis à Suze lui demandaient comment il savait tout cela, il se mettait à débiter ses contes dépourvus de toute vraisemblance. J'en fus témoin moimême : « Un ange, disait-il, m'apparaît pendant la « nuit , il me raconte et m'enseigne tout ce qu 11 sait ff que je désire apprendre , et il reste . constamment tf près de moi, jusqu*à ce que je l'invite à se retirer. ïf >'ous loi demandâmes alors s'il avait ses visions dans, la veille ou dans le sommeil, a Toutes les nuits, ref prit-Il , range m'emporte de mon lit , sans que ma « femme s'en aperçoive; et après de longs entreliens, iL « me salue, m'embrasse, et se retire. » Il ne nous fut pas difficile de reconnaître Timposture à travers toutes ses finesses ; et nous vîmes bien que cet bonime angélique n'était aulrequ'un artisan de fourbe et de mensonge. Au reste, les évéques procédèrent avec toutes les cérémonies d'usage à la consécration de l'église pour laquelle on les avait appelés. Les os profanes, découverts par ce misérable, furent apportés avec les reliques saintes, au milieu de la joie tumultueuse des peuples qui assistaient en fouie à celte solennité. On avait choisi pour la dédieace le 27 octobre, parce que le» parlisans-des reliques.

de saiiil Jost préteiidaleBl que c'él;iit te Jour où cd re»* pectabie martyr awt Fmifreri ia mort à Reauvaift^dai» les datilcs, d*oà Ton a rapporté sa léte à Auxenre, sa patrie, qiii la conserve eiieore. Pour mol, qui connaissais le fond de TafCuire, je traitais ces rédts de contes puérils; et des personnages distingoés, imiiés, comme moi, an secret de ces fables mensongères, partagèrent mon opi-» nion. La nuit suivante, quelques moines et d'autres relt« gîeux virent dans cette église des unièmes monstroeox, des Ethiopiens, avec leor figure noire, sortir deTendroit où 1*00 avait renfermé ces os, et s'éloigner ensuite de réglise. Gepend^int lesbommes don esprit éclairées* rent beau crier à Tabominatton ei à rknpostiire, la populace grossière des campagnes continua d'Iionnrer, sous le nom de saint Jnst, le protégé du sorcier, qui méritait piolet le nom d*injusie, et elle persévéra dans son erreur. Nous avons donné ici tous ces détails pour que tes malades se gardent d'accorder trop légèrement leor vénération et leur confiance aux nises et aux sortilèges multipliés des démons, qui révèlent toutes les formes en ce monde, et se trouvent surtout dans les aibret et dans les fon* laines '. »

Gomme des indiscrets ou des incrédules, car il y en a eu d.'ins tous les temps, auraient pu ebercher à s'assurer par eux-mêmes de la réalité de toutes ces reliques, on ne manquait pas de répandre certaines bisloires propve» à effrayer les plus hanlis, « Le corps du bienheureux martyr saint Edmond ^, dit Guibert de Nogent, neper» met pas que personne ose l'examiner» Un abbé du

1 Raoal Glaber,!. iv, cl). 5, collect. Goizot, I. vr, p. 304 et saiv. s Saint Edmond, roi d*Est-AngIîe, a?ait éié décapité par les OaaotB «B S70. '

AELIQUES. 151

lieo •â est celle rcHqae, H qui vmit de notre lempci, tmilot vérifier par lui-nièine, si la tète de ce saiat, quo^ ifoe cmipée, lats de sen martyre, était , comme on le disait, rémrie à son corps. Il |eûiia plusieurs jours avec soQcbflpeiaio, puis, tous deux ayant découvert le corps, se BHTPBt À le tirer, Tua par la télé, Tautre par les pieds, afin de voir si le clief se détacherait du troue. Leurs efforts furent inuUles; mais leurs «aios demeurèrent frappées d*ui»e éteroelle paralysie ^. »

Bialgié le proverbe qui n*ex4stait pent-ètre f>as à cette époque, qii*Mvast mieui s adresser à Dieu qu a ses saints, les bienheureux ont au moyen âge reçu pk» d'hommages que les trois personnes de la Trinité. D'après ce qui se passe encore aujourd'hui dans certains pays, on se figure lacilemem jnsqu'oà devait èlre poussée autre^ fois la dévotion à tel ou tel saml, et fou ne s'étonnera pas 4a Êift suivant rapporté pi^ un auteur anglais. Il parle dune année où, dans la cathédrale de Oantorbéry, il n'y <ot aucune oiïrande sur Tautel consacré à Dieu, et seàloneni 4 livres 1 son 8 deniers sur l'autel de la ^erge, tandis que dans la chapelle de saint Thomas Becket il fat déposé 950 Hrres 6 sous 5 deniers.

€e n'était point seulement à domicile que les saints recevaient les offrandes des fidèles, ils allaient très-souvent les cheréber de côté et d'autre. Les clercs d'une église possédant quelques reliques en renom, chargeaient sur leurs épaules la châsse où elles étaient renfermées, traversaient quelquefois la mer, et, comme les chai laians de nos jours , s'arrêtaient dans les villes , les bourgs et les faameans où lis avaient quelque espérance de faire une

1 X)0Ft/a«M, l. tti,c]i. 91.

quéle fructueuse ^ Les aumônes se plaçaient sur la châsse, usage qui donna lieu à Thistoire suivante, rapportée par Guibert de logent. Dans un de leurs voyages, les clercs de réglise de Laon allèrent jusqu'en Angleterre, a Ils arrivèrent, dit-il, dans une ville, où la renommée et révidence des miracles opérés par les saintes reliques^, produisirent de nombreuses et riches offrandes. Là, un Anglais, qui s^était arrêté en face de Téglise, dit à Tun de ses compagnons : a Allons boire. — Je n'ai pas d*ar- <( gent, répondit Taulre. — J'en apporterai, reprit ce! ui~ (( là. — Et où en trouveras-tu? répliqua celui-ci. — J*at « observé, dit]le premier, ces clercs qui, à force de noen- (( songes et de prestiges, tirent de si grosses sommes des <( imbéciles; je tâcherai, d'une manière ou d'autre, de la (( leur enlever pour faire bonne chère. » U dit, eatre dans réglise, s'approche du lieu où étaient placées les maintes reliques, fait semUant de vouloir les baiser par respect, applique ses lèvres sur les pièces d'argent, produit des offrandes, et en emplit sa bouche toute grande ouverte; il se retire ensuite, et dit à son compère: •(( Viens, et buvons ; j ai déjà plus d*argent qu'il n'en faut « pour payer ce que nous boirons. — Et comment, dem manda l'autre, t'en es-tu procuré, toi qui tout à l'heure •x( ne possédais pas un denier? — J'ai eu l'audace, reprend « le premier, d'enlever, avec ma bouche, quelques-unes « des pièces qu'on donne dans l'église à ces imposteurs. (( — Tu as agi méchamment, répliqua le second, de dë-

1 ■ On ne poarnit dire tout ce- que les hommes du peaple donnèrent de j)ièces d'argent à nos clercs» et tout ce que les femmes leur apportèrent de colliers et d'anneaux. « Guibert de Nogent, 1. ii, ch. 13.

s Ces reliques consistaient en fragments de la tuniqae de la Vierge, de réponge que Ton tendit au Christ sur le Calvaire, et de la traie croix.

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