RELIQUES. 15S
« rober ainsi le bien des saints. — Tais-toi, s'écrie le vo- « leur, et viens à la taverne voisine. » Mais à quoi bon ^'appesantir davantage sur ces détails ? Tous deux boivent jusqu'au coucher du soleil, etc., ^. » Il est inutile d*o jouter que, pour la moralité de Tbistoire, le voleur ne manqua pas de périr le jour même d*une manière miraculeuse.
Les immenses richesses, en métaux précieux, ou en pierreries accumulées dans les châsses et les reliquaires, furent, pendant le moyen âge, et pour la France en |»rticolier, plus d*une fois pillées et remises ainsi en circulation, d^abord à l'époque de Tinvasion des barbares^ puis par les grandes compagnies, au quatorzième et au quinzième siècle, lors de la guerre de cent ans, et surtout au seizième siècle, pendant les guerres de religion. ff Le roy Louis XI, dit Brantôme, brocquarda une fois Tun de ses capitaines, qui, en ses guerres^ avoit picouré quelques calices et vieilles reliques d'église d'or et de perle» et pierreries : il (le capitaine) en 6t faire un fort beau et riclic collier, qu'il portoit ordinairement au col. Et ainsy qu'il parut un jour devant S.a Majesté et sa cour, il y eut aucuus courtisans qui voulurent toucher ledict collier devant luy ; il s'escria aussy tost : Hà! n'y touchez ]nu, ee sont reliqua: wmt seriei €xeammunié$.*, »
L'Italie, qui, depuis la fin duquinzième siècle jusqu'au milieu du siècle suivant, semble avoir été le rendez-vous des années de l'Europe, vit alors ses églises pillées successivement par les Français, les Espagnols, les Allemands, les Suisses, etc. Brantôme raconte que don Aptoine deLeyva, assiégé dans Pavie par François I*^ c prit l'argent sacré des
t ne Vite sua, I. m, eh. 14, collect. Gaiiot, t. x, p. 83. > Vies des grands capUaines, Cœsar Borgia, 1. 1, cb. 45. Edit. da PanthiOH, i. 1, p. 156.
iU CURIOSITÉS D8S TRADITIONS.
temples proniiettaiHU>ul«'foift, aveeques tohi solennel, aux «awla, choses phis grandes qoe celles qu'il prenoit, sHI ^neuroit lainqnear ; et puis, de cet argent, il en fit bat^ tre ée la monnoye grossièrement* Mais il pratiqua par emprèsleproverbe:P<utoloi/pcrfeo^, jjroMaf^t/fOfilo, el n'en paya jamais rien; U» pareil traict) ajoute-t-il, encor et plos plaisant d'un qse fit donna Maria, ée PadHta, Fane des bonnestes dames d'Espaigne et #es plus affec* tionnées à la rebellîon qui se fit en Espaîgne» an commencement de rempor^ttr Ctwries^ ainsy que dom An* toine de Guerarra le raconte : laqueHe, ayant faute d'arpent pour la solde de ses soldats, prit tout Vor eC af^gent de reliques de Tolède ; mais ce fut arecques une cérémonie saincte et plaisante, entrant dans Fégltse à genoux, les numis jointes, couverte d'un voile noir, ou, pour mieux dire, d'un sac mowllë, selon Rnbelais, piteuse, marmitense, baiHMt son estomac, pleurant et soupirant, deux grandes torcbes allumées devant eBe t et puis ayant fait gentiment son pHkige, se re* tire aussi gentiment en même cérémonie, pensant et croyant feniiemenl qoe, par celte irtsie cérérooirie, ou plnlot bypodirisie. Dieu ne luy en saoroit mauvais gré. Il y a bien à rire qui poorroit voir ce même mystère jouer. Mais le meilleur, dit le eoMe, qoe les larrons, quand ils èesrobent quelque diose, ils le font avecques une grande joie et allégresse, et quand on les punit ils pleurent : ceRe grande dame, au contraire, en de^robant plcuroit; et' si on Teut punie, H eut faRu par conséquent qu'elle se liit prise à rire, au codirafre des autres larrons, comme if se voit *. »
1 IbU,^ 1. 1, ch. 1 9. Don Anihoioe de Lève, i^tf., p. IS.
MIRACLES. nZh
Les faerres 4e la lévoldlkm ont fait disparaître en France et dans le reste de l'Europe ia plupart des ncfaesses q«e coafeeoaient les trésors des élises et des nooBSières.