‹ Curiosités des traditions, des moeurs et des légendesChapitre 21 sur 68 · H% CURIOSITES DES TRADITIONS · texte numérisé non relu

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au^si sensibles aux menaces qu*aux prières, et qu'U était souvent nécessaire de leur forcer la main.

Lors d'un incendie qui eut lieu à Rome vers 993, Téglise Saint-Pierre était sur le point d'être consumée, « quand les chrétiens présents en foule à ce spectacle, désespérant de pouvoir arrêter le progrès des flammes par des moyens humains, se mirent à pousser ensemble un cri terrible, et coururent se jeter aux pieds du prince des apôtres, lui déclarant, au milieu de leurs ferventes prières, que, s'il ne veillait pas lui-même en ce moment au salut de son église, un grand nombre de ses serviteurs cesseraient bientôt, dans tout Tunivers, de professer la foi. qu'il avait enseignée. Aussitôt les flanmics dévoran> tes abandonnèrent leur proie et disparurent ^ »

Les miracles, qui, opérés par des morts, étaient accueillis avec admiration et reconnaissance, soulevaient parfois des jaloQsics violentes, lorsqu*iIs étaient dus à des vivants. «Je vais raconter, dit Grégoire de Tours, ce qui se. passa à Randan (en Auvergne), mais je ne veux pas nommer, le moine en question, parce qu'il est encore vivant, et je, crains que si ces pages lui parvenaient, il ne diminuât son mérite en tombant dans une vaine gloire. Un jeune homme, étant arrivé au monastère, se présenta à 1 abbé pour se dévouer au service de Dieu. L'abbé s'y opposa par beaucoup de raisonnements, lui disant que le service de ce couvent était pénible, et qu'il ne pourrait jamais exécuter tout ce qui lui serait ordonné. U promit, avec l'aide de Dieu, de tout accomplir, en sorte que l'abbé le reçut peu de jours après. Il s'était déjà fait remarquer de tous par son humilité cl sa saiiilelé, lorsqu'un jour les moines, sorlant les grains de leur grenier,

1 Raool Glabcr,' t ir, ch« 7.

MIRACLES. ii5

en mirent séelier au soleil près de cînqiiaulc boisseaux qu'ils lui ordonDèrent de garder. Tout à coup le ciel se couvrit de nuages, et une forte pluie s'approcha rapidement du monceau de grains ; alors le moine se mit en oraison, priant Dieu qu'il ne tombât pas une goutte de cette pluie sur le froment; et tandis qu'il priait, prosterné à terre, les nuages s'ouvrireni, et la pluie tomba en aboiidance autour du monceau, sans mouiller, s'il est permis de le dire, un seul grain de froment. Les autres moines et l'abbé, s*étant réunis pour venir promptement ramasser le grain, furent témoins de ce miracle, et, cherchant le gardien, l'aperçurent de loin, prosterné sur le sable, et priant. A celte vue, l'abbé se prosterna derrière lui, et, la pluie passée, Foraison finie, il l'appela, et loi dit se lever; puis, l'ayant fait prendre, voulut qu'il fAt battu de verges, disant : « Il te convient, mon fils, de a croître humblement eo crainte et service de Dieu , et « non de te glorifier par des prodiges et des miracles. » Puis il ordonna que, renfermé sept jours dans sa cellule, le moine y jeûnât comme un coupable, afin d'empêcher que ceci n'engendrât en lui une vaine gloire , ou quelque autre obstacle â la vertu ^. d

L'apôtre de TAngleterre, saint Augustin, envoyé comme missionnaire dans ce pays par le pape Grégoire le Grand, CD 596, ne tarda pas, avec deux de ses suffragants, d'opérer de nombreux miracles. « Le pape, dit M. A. Thierry, tout en se prévalant lui-même de la renommée d'Augustin, ne voyait pas sans ombrage cette renommée s'agrandir, et son agent subalterne érigé en émule des apôtres. Il existe une lettre ambiguë où le pape, n'osant

* L. nr, eb. 84, eollect. Gaizot, t. i,p.l89.

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