‹ Curiosités des traditions, des moeurs et des légendesChapitre 28 sur 68 · B CURIOSITES DES TRADITIONS · texte numérisé non relu

B CURIOSITES DES TRADITIONS

î.cs pèlerins assez heureux pour arriver jusqu'à Jérusalem devaient payer une pièce d*or avant d'y entrer; aussi des milliers de malheureux que les infidèles avalent complètement dépouillés» venaient expirer de faîm et de misère sous les murs de la cité sainte, dont les habitants ne suffibaient pas à ensevelir les morts.

Lorsqu'eu 1055, Robert de Normandie arriva devant Jérusalem : « Si veissiez venir des pèlerins à cent et mil contre le duc, dit une chronique, pleurant et criant mercy, car il n'avoient de quoy paîer rentrée. Lors ordonna le duc que tant que ces pèlerins y fussent eniro/, ilz ne entreroity et fist pour chascun.baillieruDg bezant d or ou la valluc, et puis y enlra i\ grant honneur ^ » Les pèlerins qui avaient pu acquitter le tribut se logeaient soit chez les chrétiens, soit dans Tbôpital des Amalfitains, soit même chez les infidèles, comme le fit Robert TAncien, comte de Flandre. « Sur mille pèlerins, dit Guillaume de Tyr, un seul à peine pouvait suffire à ses besoins ; car ils avaient perdu en route leurs provisions de voyage, et n'avaient sauve que leurs corps à travers des périls e.t des fatigues sans nombre. »

Ces dangers engagèrent de bonne heure les pèlerins à se réunir en troupes assez considérables pour se protéger inuittellemcut. Ce furent les Normands qui donnèrent i cxci.Mpli*. s1l faut en croire le récit douteux où Orderic Vital ctiunte que cent chevaliers de cette nation, revenant de Palestine, délivrèrent Salerne assiégée par les Sarrasins.

Au onzième siècle, les seigneurs et les abbés ne se

* Clintiiiqao mannsorite de Normandie, Rccaeildes historiens de France, l. XI, p. "28.

PËLKRINAGES. 189

meitaleot guère en roule sans uue suilc oonibreuse. — Tels furent, entre autres, en 102H, le pèlerinage de Guillaume Taillefer II, comte d'ÂngouIéme, qui partit avec une brillante escorte de seigneurs et d'abbcs, celui de Richard, abbé de Vannes (en 1027), qui était accompapné de sept cents pèlerins, qu'il défraya entièrement, d'Âvesgaud, évéque du Mans (en 1052), de Kobert, duc de Normandie (en 1055), etc. ^

Eofin, en 1064, eut lieu un pèlerinage qui peut presque être coasidéré comme une tentative de croisade. « On anoonça par toute la Normandie, raconte Ingulfe, secrétaire de Guillaume le Conquérant, que des évêques de l'Empire et d*autres princes de la terre voulaient, pour le saiut de leurs âmes, se rendre pieusement en Palestine. » Plusieurs personnes de la maison du prince, tant clercs que chevaliers, et Ingulfe lui-même, se joignirent à eux. Au moment du départ, le nombre des pèlerins se trouva dépasser sept mille. Arrivés en Asie, où les avait précédés la nouvelle de leur expédition vi de leurs richesses, qu*ils étalaient imprudemment, ils furent, près de Ramla, assaillis par les Arabes. Après nu combat meurtrier, ils purent à grand'peine gagner un vieux château ruiné où, s'étant maintenus pendant trois jours, ils furent enûn délivrés par Témir de Ramla, qiii

1 A propos da pèlerinage de Lietbert, évèque de Cambrai, en U)Vi. ^!;. eband a commis, dans son Histoire des croisades ^ one singulière méprise* Ilditqne Lieibeit partit avec une escorte de trois mille jtèlerins. Or, voici ie texte des Boilandistes: « Lietberias egreditur a civitate saa... proso» ^aitar eam fere ad tria miWaria, non sine lacrymis et immcnsis gcmiitbas, omnis aetas ntriosque sexos (Juin, t. iv, p. 596). s Une distance de trois miUe pas a été prise par IMiistorien pour une escorte de trois mille pi'rsonnes.

Page 1