CURIOSITES BES TRADITIONS
amples fidèles et les femmes mêmes pouvaîeat en eDvoyer. Dans les monastères , on distribuait les eu!ogies au réfectoire. Le nom d'eulogies se donnait aussi aux repas bénits par les évéques et par les prêtres, il est souvent question de ces différentes espèces d'eulogies dans Grégoire de Tours ^.
Le 14* canon du concile de Laodicée, en S64, abolit l'usage d'envoyer , lors de la fête de Pâques , Teuebaristie comme eulogie , c*est-à-dire , comme le paio bénit que les églises s'adressaient les unes les autres en signe de communion, ainsi que nous venons de le dire.
Le célèbre Gerbert, étant archevêque de Ravenne, sibolit dans un concile qu1i tint dans cette ville en 998, f usage où était le sous-diacre de vendre à Févêque, le jour de sa consécration, Thostie que celui-ci recevait dans celte cé- Téraonie. Il défendit aussi aux archipréires de vendre le eaint clirême; car cette substance qui, d'après les traditions de TEglise , guérissait les maladies de l'àme et du corps *, était extrêmement recherchée , soit comme remède, soit comme maléfice. Ainsi Ton voit dans le W canon du concile de Tours, en 815, que, suivant une croyance populaire, les criminels qui en avaient bu oa s'en étaient frottés ne pouvaient être découverts. Ce fut pour cette raison que plusieurs conciles défendirent aux prêtres , sous peine de déposition , d en donner à personne, et prescrivirent de la renfermer soigneusement sous clef. (Concile de Maycnce, 813, canon 22, — de
1 Yoy. I. ▼, p. 4S7, et I. VIII, di. S. Voy. aussi dans le I. ii de M:ircnire la 'formule k%, iotitalée *• Indiculus epiacopi qui ad aiium m renrrectl&ne DomhU euloffias dirigit, 1666, \n-4fi, p. lût.
s Voy. concile de ChJUon-snr-SaÔDe, en SIS, canon 48.
ANCIENS RITES. Wt
Tours, 815, canon 20, — d*ArIes , 815, canon 18, — d'Oxford, 1222, canon 24.)
Les con<'Jies renferment de nombreuses prescriptions sur le respect dû aux églises, prescriptions si souvent répelées, qu'elles ne (levaient guère être observées. Le concile de Gonstaniifiople^ en 692, défendait, entre autres, par plusieurs de ses canons (74*, 76*, S8*), de faire des agapes d^ns les édifices sacrés ou dans leur enceinte, d*y souffrir des cabarets ou des boutiques , d*y faire entrer des animaux;, à moins que )a nécessité ne forçât un ▼oyageur de mettre sa monture à couvert. Le 97* canon du même concile défendait aux maris d^habiter avec leurs femmes dans Fenceinte des églises.
' Ces défenses furent renouvelées un très-grand nombre de fois. Au commencement du treizième siècle, en 1209, le concile d*Avignon était obligé de défendre (canon 17*) de faire dans 1 église des réjouissances scandaleuses la veille des fêtes des saints ; et, sans parler des prohibitions relatives aux fêtes des fous dont nous parlerons ailleurs, on trouve des décrets anali^es josqu^aux seizième et dixseptième siècles et entre autres dans les conciles de Bourges (1584), de Toulouse (1590), de Narbonne (1609). Diverses ordonnances de Louis XIV et de Louis XV (13 mai 1650; 42 décembre 1 759), cherchèrent, mais inutilement, à porter rcmè.ie aux scandales et aux impiétés qui se commettaient chaque jour dans les édifices sacrés.
Ou trouve encore dans plusieurs conciles la défense d*entrer avec des armes dans les ^lises, défense si bien motivée aux époques de barbarie. Le concile de Seliog'stadt, en 1022, permettait seulement que Tony portât répée du roi.
Il était en général défendu de cracher dans les égUsts,
208 GURIOSItÉS DES TRADITIONS.
et Raoul Glaber raconle à ce sujet Fanecdote suîvanle : a Un frère de Tabbaye de Saiot-Germain d*Âuxerre, dit ce cbroniqueur, allait ordioairement prier avec ferveur au ^ied de l'autel de sainte Marie. Il avait, comme bien d'autres, Thabiiude de cracher souvent en récitant ses prières. Un jour, il s'endormit, et vit pendant son sommeil un personnage vêtu de blanc qui , debout devant l 'autel et ayant à la main un morceau d'étoffe d'une grande blancheur, lui adressa ces paroles, a Pourquoi donc « me lances-tu ces crachats dont je suis couvert ? C'est moi qui reçois tes prières pour les porier aux pieds dn «juge miséricordieux. » Cette vision effraya le frère. U s'observa depuis scrupuleusement, et conseilla aux autres moines de l'imiter autant que possible ; car, quoique ce soit un besoin de la nature, cependant chez presque tous les peuples, on s'abstient de cracher dans les églises, à moins qu'il n'y ait des crachoirs disposés à cet cfTet. C'est ce qu'on voit surtout chez les Grecs, qui ont toujours observé rigoureusement la règle ecclésiastique ^. »
La plupart des occupations de la vie des premiers chrétiens commençaient et finissaient par des prières. « On priait en commençant à bâtir une maison ou à l'habiter, dit l'abbé Fleury, à faire une pièce d'étoffe ou un habit, ou à s'en servir, et ainsi de toutes les autres choses les plus communes. Nous voyons des exemples de ces prières en plusieurs bénédictionsqui sont encore dans les rituels. Pour les moindres actions, les fidèles se servaient du signe de la croix, comme d'une bénédiction plus abrégée. Ils le marquaient sur le front, et l'employaient presque à tous moments, c'est-à-dire, toutes les fois qu'il fal-
* h. V, ch. I. Ce chapitre est rempli de visions dn même genre.
qPMiPVHP
Jàit entrer, sorlir, marcher, s'asseoir , se lever, se coucher, s*habiller, se chausser, boire, manger, et ainsi du reste. Dans les occasions de tentation, ils y ajoutaient le souffle pour chasser le démon ^. »
Du temps de Tertullien, c'était déjà une coutume établie dans TEglisede prier non à genoux, mais debout, les dimanches et durant le temps pascal. Le 20*^ et dernier canon du concile de Nicée rétablit cet usage , qui était tombé en désuétude, et qui lut encore prescrit plusieurs fois parle concile de Constantinople, en 692(90^ canon}, et par celui de Tours, en 815 (37* canon). D'après le 82"^ eanon du 4* concile de Garlhage, en 398, les pénitents seuls devaient rester à genoux pendant ces époques de rémisiiony comme on les appelait, où les ûdèles pouvaient prier debout '.
Au huitième siècle, quelques personnes prétendaient qu on ne pouvait prier Dieu qu'en trois langues, Thébreu, le grec et le latin, regardées comme saintes à cause de rinscription mise sur la croix de Jésus-Christ. Le 52*" canon du concile de Francfort, en 794, s'éleva contre celte erreur. Toutefois , dans TEglise latine, le latin seul lut employé pour la célébration de roffice divin. A la fin du onzième siècle, le roi de Bohème, Wratislas, ayant demandé au pape Tautorisation d'employer la langue slave dans les cérémonies religieuses, le pape lui répondit par une défense expresse de le faire.
Il y avait différents degrés d'abstinence ; les uns observaient ïomophagie, c est-à-dire, s'abstenaient de tout aliment cuit ; les autres, la xérophagie^ c'est-à-dire, se
1 Mœurs des chréiietu,\i^ partie, ch. S.
« Voy.sur ce snlei^ de l* Ancienne coutume de prier et d'adorer àelaut, par J. le Lorrain, Liège, 1700, 2 vol. in-lâ.
bornaient aux viandes sèches, au pain, aux noix, attx amandes, etc.
Le jeûne, d'une pra&ique facile pour les peuples de rOrient , était irès-pénîble pour les nations des pays septentrionaux, auxquelles une nourriture plus substantielle est nécessaire. Aussi Tobservation de l'abstinence dut être maintes fois recommandée dans les conciles, le 9* canon du concile tenu à Ghelchyt (Northumberland), en 785, défendait aux ecclésiastiques démanger en secret lesjours de jeûne.
Le concile d'Elvîre, en 303, ordonnait aux fidèles d*Espagne de célébrer tous les samedis, à lexception des «lois de juillet et d*août, les jeûnes appelés iuperpmitoiM, c*est-à-dirc, le jeûne où l'on passait vingt-quatre heures sans manger. Le jeûne qui, comme celui du carême (depuis le onzième siècle), ne durait que jusqu'à jione , c'èst-à-dirc, jusqu'à trois heures de Taprès-midi, s'appelait demi-jeûne. Primitivement, le jeûne du carême durait jusqu'au coucher du soleil.
Le jeûne qui, comme nous le verrons plus loin, servait de préparation aux épreuves judiciaires, fut souvent pratiqué dans un but de superstition. — Le concile tenu à Saragosse , en 380 , condamne ceux qui jeûnaient le dimanche, qui s'absentaient des églises pendant le carême, pour se retirer dans les montagnes ou dans quelque maison isolée. Le 64* canon du concile de Garthage, en 398, enjoint de ne pas reconnaître pour catholiques ceux qui afi'ectaient déjeuner le dimanche.
Le concile d'Erford (Allemagne), en 932, défendaii aux laïques de simposcr des jeûnes sans la permission de l'évoque diocésain ou de son grand-vicaire. Un grand nombre de personnes s'imaginaieut qu'en se soumetianli
EXCOMMUNICATION. fit
rabstiDence, ils se rendraient propres à deviner ravenir.
Le condle de Bcrghamstède (Angleterre), en 696, ordonne de meure en Jiberié Tesclave auquel son mattre aura donné de la viande un jour de jeûne. Si resclave avait de lui-même mangé de la viande, il devait payer une amende de six sols, ou être batto de verges.
Dans les jeûnes qui étaient seulement ordonnés par la règle de leur convent, les moines ne jeûnaient que jus-^ qu'à none, au lieu de jeûner jusqu'à la nuit, comme ils le faisaient pendant le carême, et le soir ils allaient au réfectoire prendre un seul verre d*eau : c*était ce qu*on appelait Us hibérés. Cet usage subsista jusqu'à la fin du troisième siècle. Plus tard, à ce rafrafcbissement on ajouta un morceau de pain ; mais il fallait chaque jour en demander la permission au supérieur, comme on le faisait à Tabbaye de Saint- Victor de Paris. Lorsqu'on était arrivé au réfectoire, le religieux qui servait venait se mettre à. genoux devant le supérieur, et disait tout haut : Detur, si plaeett fralribus tantisperpanit^ ne noceat potus (qu'il soit donné, s'il vous platt, tant soit peu de pain aux frères, pour que la boisson ne fasse aucun mal). Le supérieur répondait : Deiur ^.