EXCOMMUNICATION. — PENITENCES
L'osaf^e de rexoommimicatlon remonte aux premiers temps du cbrisiianisme. On frappait de cette peine ceux
' Outre les ouvrages déjà cilés, on peut encore consulter: Yoyage Uturgique en France, par le P. Lebrun ; — Martène, de Eceletiœ ritlhu^ 4786, 4 TOI. in-t^, — Mabillon, LHurgia gaUietna, 1719, in-l^, elc
qui succombaient dans les perséculions, ou retournaient à l*idolàtrie, les hérétiques, les schismatiques et tous les péclieurs publics.
Après le triomphe du christianisme , lorsque le clergé commença à jouer un rôle dans les aflaires publiques, les excommunications devinrent fort fréquentes, et il faut reconnaître qu* aux époques de barbarie, elles étaient à peu près le seul obstacle que TËglise pût opposer à la force et aux violences.
Les évêques devaient faire connaître les excommuniés, en envoyant leurs noms aux évêques voisins et à leurs diocésains, et en les faisant afûcher à la porte de l'église. (Concile de Ravenne, en 877, canon 10'.)
Les excommuniés ainsi dénoncés ne pouvaient licitement communiquer avec les autres fidèles, ce que Ton avait exprimé par ce vers,
Os, orare, vale, communio, mensa negator.
Cette règle souffrait cependant quelques exceptions, que Ton avait mentionnées dans un autre vers un peu plus obscur,
Uiile, lex, humile, res ignorata, necesse.
« Partitive, dit Tabbé Richard, on entend Futilité tant spirituelle que temporelle, soit de Texcommunié, soit du fidèle qui communique avec lui, soit d^une tierce personne. Ainsi on peut voir et consulter un casuistc ou un médecin excommunié, acheter de ses remèdes, lui écrire, lui parler, le saluer, le combler d'honnêtetés et d'amitié, dans le dessein de le convertir.
K Lex marque le mariage. Il est permis à une femme de communiquer avec son mari excommunié, et au mari
a?ec sa femme excommuniée, non-seulement quant au devoir du mariage demandé et rendu, mais aussi quant au gouvernement de la famille et de la maison, et quanta Ja conversation ordinaire.
te Humile signifie la dépendance des soldais à Tégard de leurs chefs, des enfants envers leurs pères, et des domestiques envers leurs maîtres.
ff Re$ ignorata signifie que Ton ne pèche point en communiquant avec une personne que Ton ne sait point être excommuniée.
<K Necesie indique à peu près la même chose qu'ulUe^.rt
Philippe P' ayant épousé Bertrade, femme de Foulques d*Ànjou, qui vivait encore, « fut interdit pendant quinze ans, dit Orderic Vital , par les papes Urbain et Pascal. Durant cette époque^ il ne porta jamais le diadème, il ne revêtit point la pourpre, et ne célébra aucune solennité royale. Aussitôt qu'il arrivait dans une ville de France, le son des cloches et le chant des clercs cessaient. Le deuil était public tant que le monarque pécheur n'avait pas quitté le diocèse. Cependant, par la permission des prélats de son royaume, il avait obtenu un chapelain qui
lui disait la messe ainsi qu'aux gens de sa maison
Comme le roi persista dans son crime, il fut exposé avec justice à la douleur de dents, à la gale, et à toutes sortes d'infirmités et d'ignominies '. i»
Le corps d'un homme mort sans avoirété relevé d'une excommunication lancée contre lui ne devait être enterré ni dans une église ni dans une terre consacrée. Il était jeté , sans être enseveli , dans un champ ou sur la
i Analyse des conciles, t. m, p. 828,
> Orderic Vital, 1. viii, collect. Gaizot, t. xxvii, p. 545. ,
voie publique. Toutefois on avait soin de le couvrir de terre ou d*un amas de pierres', et c'est ce que Ton désignait par le mot d'embloquer, imblocare ^.
C'était une opinion reçue au moyen &ge que le corp» d'un homme mort excommunié ne se corrompait pas, à rooînsque Fabsolution ne fût prononcée sur lui*. Les Grecs prétendaient qu*en frappant le ventre du cadavre des excommuniés, la peau résonnait comme celle d'un tambour. Aussi appelaient'ils ces corps, o«*{MiTa TujAiravixà.
On trouve dans Guibert de Nogent plusieurs textes relatifs aux jugements de Dieu sur les cadavres. « Un moine étant mort, dit-il, on se prépara à Tensevelir dans le cimetière de Téglise de Flavigny. Le fossoyeur ayant, par mégarde, creusé la terre dans un endroit où avait déjà été enterré un autre moine, ne trouva plus, dans cette dernière tombe, qu'une tête renfermée dans un capuchon, et des pantoufles à demi remplies de foin (ce qu*on avait fait jadis au moment de la sépulture, afin que les pantoufles demeurassent mieux attachées aux pieds) ; le tout était placé à l'extrémité de la tombe. Quelques moines ayant vu cela et nous l'ayant rapporté, nous admir&mes les jugements Incompréhensibles de Dieu, en vertu desquels nous voyons arriver des choses si mystérieuses et si étranges. Ce qu'il y a en cela de vraiment digne de notre étonnement, c'est que la tète eût été laissée, tandis que le reste du corps avait été enlevé de sa place, et transporté où il avait phi à Dieu.
a Un autre (ait k peu près semblable m'a été raconté par l'archevêque de Reims, Manassé, de précieuse mé-
1 Voy. dn Gange, t*. Imblocark.
« Mathiea PAris,«BBée IS4S.
moire, ci les moines du bienheureux Beoii, dans la villa, de Reims, m'ont encore confirmé ce récit.
« Un certain Artaud , archevêque de cette ville, avait été jadis enseveli aux pieds du bienheureux Rémi. Comme' on se trouva plus tard obligé de faire quelques changements dans les bâtiments, on rencontra et Ton ou^ vrit le sépulcre de l'archevêque ; on n*y trouva aucun: reste de son corps, mais seulement une chasuble qui ,. très-certainement, n'avait pas séjourné avec le corps , puisqu'elle était parfaitement conservée ; et il n'est pas douteux que si le corps eût pourri en cette place, la pourriture aurait aussi consumé la chasuble. Ainsi , de notre temps, nous voyons se renouveler, tels quMls sont rapportés par le bienheureux Grégoire, ces jugements de Dieu sur les cadavres des coupables, que Ton a ensevelis en terre sainte, lorsqu'ils n'y avaient aucun droite i^
On rencontre, dans un très-grand nombre de conciles,; surtout au treizième siècle, Tinjonction de faire, à diverses époques de Tannée , des excommunications générales, contre certaines classes de criminels.
« On devra, disent-ils, dans toutes les églises, à chacun des dimanches qui suivent immédiatement les quatre* temps , excommunier les sorciers , les empoisonneurs , les incendiaires, les faussaires, les usuriers, ceux qui brisent les portes des églises, empêchent l'exécution des testaments valides, ceux qui troublent la paix du roi oo du royaume, etc. (Concile d'Ecosse, 122^, canons 50, 51 ^ 68; concile d'Arles , 1234, canon 15 ; concile de Tours, 1256, canon 9.)
Dès le onzième siècle, le clergé avait fait un tel abus
i De Vita êua, 1. 1, eh. S4, eoUect. Gttizot, t. ix, p. 483 et nh.
des cxcomiriumcatîous , qu'elles commençaient déjà à tomber eu discrédit. Pierre Damien s'en plaignît ainst dans une lettre au pape Alexandre IL « Dans presque toutes les décrétales, on prononce Fanathème contre ceux qui y désobéiront ; ce qui cause une perte infinie pour les âmes, en donnant une occasion très-facile de tomber dans la mort éternelle, avant que Ton se soit aperçu d'avoir commis même une faute légère... C'est traiter tous les péchés d'égaux, comme les stoïciens. Saint Grégoire et les anciens papes n'en ont pas usé ainsi. Ils n*ont guère prononcé d'anathèmes qu'en matière de foi. C'est pourquoi TOUS devez faire ôler cette clause des décrétales, et y mettre une amende pécuniaire, ou quelque autre peine contre les transgresseurs *-. ))
Le concile de Tours, eri 1239, porte défense aux prélat» de porter des sentences d'excommunication avec précipitation, et de comprendre sous une excommunication générale ceux qui communiquent avec les excommuniés (canons 9 et 10).
Lors de la longue querelle des papes contre les empereurs d'Allemagne, les premiers, on le pense bien, n'épargnèrent pas des excommunications qui excitèrent souvent une vive réprobation.
a A rentrée du carême de Tannée 1245, dit Matthieu Paris, le seigneur pape Innocent IV, fit excommunier de nouveau , dans toute la France , l'empereur Frédé' rie 111, qui venait d'attaquer de nouveau les censures du pape et des personnes ecclésiastiques. Cet ordre ayant été transmis par les officiers ordinaires du pape à un prêtre qui habitait Paris, celui-ci fut très-chagrin d'être obligé
iLib.i,epist.l2.
d'excommunier Tempereur, quil chérissait pour des motifs que nous igooroos, tandis qu'il exécrait la cour romaine, dont il avait souvent éprouvé la cupidité. Aussi, un jour de fête, il s*adressa ainsi à ses paroissiens :
« Écoutez, vous tous tant que vous êtes. J'ai reçu Tor- « drc de prononcer contre Tempereur Frédéric sentence « solennelle d'excommunication, à la lueur des cierges « et au son desclochcs. Je n'ignore pas qu'il existe entre alui et le pape de grandes dissensions et une haine im- « placable, sans que j'en connaisse les motifs. Ce que je « sais fort bien, c'est que l'un est injuste envers Tautre. « De quel côté sont les torts? voilà ce que je ne sais pas. (( Mais , aussi loin que s'étend mon pouvoir , j'excomc munie et déclare excommunié celui qui est injuste <( envers Tautre, et j'absous celui qui souffre une injus- « tice si funeste à la chrétienté tout entière. )> Quoique ces paroles eussent été prononcées avec le ton de légèreté et de plaisanterie ordinaire aux Français, elles se répandirent de bouche en bouche, et parvinrent jusqu'aux oreilles de l'empereur. Celui-ci, attachant beaucoup de poids à 'ces paroles, envoya des présents magnifiques au prêtre , que le pape réprimanda et punit sévèrement ^ »
' i Mathieu Paris, année 1245, trad. Huillard-Brcholles, t. vi, p. 30 et saiv. — Voy. dans le même historien, et dans Matthieu de Westminster, le texte de Tassociation formée en 4247 par les seigneurs de France pour résister aux empiélements et aux censures du clergé. — On Irouve an tome m, p. 387 (édit. in-18), du recueil des fabliaux de Legrand d'Aussy, l'analyse d'une pièce très-licencieuse, intitulée VExcommumcallan du ribaud. Elle n'a pour but que de se moquer^des excommunications ecclésiastiques, et commence ainsi :
J'elcommunie tous les jaloux
Que leurs femmes ne font point coux. ..
Ce n'était point seulement les hommes que I*on excommuniait^ témoin le miracle suivant, opéré par saint Bernard.
ail était allé un jour à Fabbaye de Foigny, située sur le territoire de Laon, ditTun de ses biographes. Gomme on y préparait la dédicace d*un nouvel oratoire , une multitude incroyable de mouches firent irruption dans ce lieu; leur brait et leur bourdonnement désagréables incommodaient excessivement ceux qui entraient. Le saint, voyant qu'il ne pouvait les chasser autrement, s'écria : « Je les excommunie. » Et, le matin, on les trouva mortes et couvrant le pavé , en sorte qu'on les enleva avec ^des pelles. Ce fait devint si connu et si célèbre, que, parmi les voisins qui assistèrent en grande foule à la dédicace, la malédiction des mouches de Foigny était passée en proverbe *. »
c( On excommuniait autrefois les rois de France, dit Voltaire ; et depuis Philippe P' jusqu'à Louis VIII, tous Font été solennellement, de même que tous les empereurs, depuis Henri IV jusqu'à Louis de Bavière înclusîv^vement. Les rois d'Angleterre ont en aussi une part trèshonnéte à ces présents de la cour de Rome. C'était la folie du temps ; et celte folie coûta la vie à cinq ou six cent mille hommes. Actuellement , on se contente d'excommunier les représentants des monarques : ce n'est pas les ambassadeurs que je veux dire , mais les comédiens, qui sont rois et empereurs trois ou quatre fois par semaine, et qui gouvernent Tunivers pour gagner leur vie. Je ne connais guère que leur profession et celle des sor-
1 Yte de] saint Bernard, pur GttiHaame, abbé de Saint-Ttiierry de Reims, 1. 1, ch. 8, colt6ct.Gttizot, t. x, p. 907.
«iers à qai on Casse aujourd'hui cet honneur. Mais, comme il n'y a pins de sorciers depuis environ soixante à qua^ tre-vingts ans, que la bonne philosophie a été connue des hommes, il ne reste plus pour victimes qu'Aleiandre, César, Athalie, Polyeucte, Andromaque, Brutus, Zaïre et Arlequin ^. »
n y avait autrefois deux sortes de pénitents publics, les uns avaient commis et confessé des crimes publics, ou confessé publiquement des crimes secrets ; et ceux-ci faisaient pénitence sous le cilice, les jours solennels, pendant la messe ; les autres, qui n^avaient commis que des péchés secrets, dont Us ne s^étaient point publiquement accusés , ne faisaient point pénitence publique, ni sous le cilice, ni les jours solennels.
« Plusieurs, dit labbé Fleury, faisaient pénitence publique, sans que Ton sût en particulier pour quels pé^ chés ils la faisaient; et plusieurs faisaient pénitence en secret, même pour de grands crimes, comme les femmes mariées pour les adultères inconnus à leurs maris, et les autres d<mt la pénitence publique aurait trop causé de scandale, ou à qui la publication de leurs crimes aurait pu faire perdre la vie. » Le temps des pénitences était réglé suivant la qualité des péchés , mais avec quelque diversité, selon les usages des églises et selon le temps; car les canons pénitentiaux les plus anciens sont d'ordinaire les plus sévères. Saint Basile marque deux ans pour le larcin, sept pour la fornication, onze pour le parjure, quinze pour Tadultère,- vingt pour Thomicide, toute la vie pour Tapostasie'. Réginon, qui vivait à la fin du neu-
* IHetiomuikrpkUn9plUqw, art. Police bbs mcrACLB9. > Mœurs des chritUuM^ b* partie, ck. 9.