EPREUVES PAR L'EAU. 25T
Les épreuves étaient aussi en usage chez les Grecs. A Palice, ville de Sicile, il y avait une fontaine dans les eaux de laquelle Taccusé jetait son serment inscrit sur nnelablette.Sila tablette surnageait, il était reconnu innocent : au cas contraire , il était jeté dans les flammes qui ne manquaient pas de s*élever de la fontaine ^ Ailleurs, la femme accusée d*adultère se disculpait par un serment écrit sur une tablette que Ton suspendait à son cou. Elle s'avançait alors dans Teau jusqu'à mi-jambe ; si elle étail innocente, Tonde restait paisible; sinon, elle montait jusqu'au cou, et couvrait ainsi la tablette *.
c C'est le Rhin , ce fleuve au cours impétueux , qui éprouve, chez les Gaulois, la sainteté du lit conjugal, dit une épîgramme de Tanthologie grecque.... A peine le nouveau-né, sorti du sein maternel, a-t-il poussé le premier cri, que l'époux s'en empare ; il le couche sur son bouclier, il court l'exposer aux caprices des flots; car il ne sentira point , dans sa poitrine , battre un cœur de père, avant que le fleuve, juge et vengeur du maringe, ait prononcé le fatal arrêt. Ainsi donc, aux douleurs de Tenfantement succèdent, pour la mère, d'autres douleurs : elle connaît le véritable père, et pourtant elle tremble ; dans de mortelles angoisses, elle attend ce que décidera l'onde inconstante. ' o
Au moyen âge l'épreuve par l'eau froide, qui semble avoir été spécialement réservée aux classes inféricuros, consistait à jeter dans un bassin d'eau froide l'individu que l'on accusait d'un crime ou d'un mensonge. On lui
'Voy. Etienne de Byzanee, t* IlaXtxiii.
> Achille Tatius, deAmoribuê ClUoph,, 1. Tin, ch. 19. s AMhologie^ U i, ch.43, ép. i, cité par M. Am. Thierry, EUtolre de* Gnhu^ t. II, part, ii, ch. t.
258 CURIOSITÉS DES TKADITIONS.
Hart aupararant la maîo droite avee le pied gauche, et la main gauche avec le pîed droit. S*â samageait, il était déclaré coopaèle ; s*il enfeoçaii, on proclaniait soa i&» nocence ou la vérité de son témoignage. <— 1^'après Hmcmar, il était plongé dans Tean nn nombre de fois égal au nombre de crimes dont on f accutaU.
Un règlement dn monastère d'Oocfae, en Normandie , porte que le bassin qui doit servir à 1 épreuve de Teaii froide aura douze pieds de profondenr, vingt pieds de largeur en tous sens, et être rempli insqu'av'boird. Le tiers de ce bassin était recouvert de poutres et de planches pour porter le prêtre , les juges qm devaient fassister , Thomme qui devait entrer dans l'eao , et les deux ou trois autres qni devaient l'y foire cendre ^.
Un manuscrit deTabbaye de Saint-Bemi, de Beims, nuscritque Mabillon croit du neuvième siècle, prétend qae ce fut le pape Eugène H (mort en 827) qui instîtaa l'épreuve de Teau froide, pour empêcher que Ton ne jarât sur les reliques, ou qu'on ne mit la main sur l'autel '. Voici, suivant cet ouvrage, quelles étaient les cérémoDies observées à cette occasion. On chantait une messe à la* quelle les accusés assistaient et communiaient; mais le prêtre, avant de leur donner la communion, les conjeraîc, au nom de la sainte Trinité, de ne pas recevoir le corps de Jésus-Christ s'ils étaient coupables. Puis il les comnoniait en disant : a Que ce corps et ce sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ vous servent aujourd'hui d'épreuve.» La messe finie, il bénissait de Teau, la portait au lieu où
' Martëne, cité par Michclet, ONpvwf tf« inti, p. S4fl; • Voy. Mabillon, ilM^c/a,p.16M63.