B4 CURIOSITES DES TRADITIONS
tratlles, et l'ayant parfamé, comme ils purent, de vin et d'aromates, ils le renfermèrent dans un cercueil, et se mirent en route pour le transporter au monastère de SaintrDenis, où il avait demandé d*ètre enseveli. Ne pouvant le porter à cause de l'infection qui en sortait, ils le mirent dans un tonneau enduit de poix en dedans et en dehors, et enveloppé de cuir; ce qui ne put en ôter la puanteur. Arrivés avec peine à une chapelle de moines de Tévêché de Lyon nommée Nantua, ils le mirent en terre avec le tonneau qui le renfermait ^. »
Renaud, archevêque de Cologne, étant mort en Italie dans la seconde moitié du douzième siècle, a ses serviteurs, dit une vie anonyme de Louis VU, transportèrent jusqu'à Cologne le corps qu'ils avaient coupé par morceaux, cuit dans Teau bouillante et saupoudré de sel. »
Edouard 1*^ d'Angleterre, ((avant qu'il mourût (en 1307), dit Froissart, fit appeler son a!n&-né fils, qui fut roi après lui, pardevant tous ses hommes, et lui fit jurer sur sainis que, sitôt qu'il seroit trépassé, il le feroit bouillûr en une chaudière, tant que la chair se partiroit des os; et toutes fois que les Escots (Ecossais) rebelleroient contre lui, il semonceroit ses gens, et assembleroit, et porteroit avec lui les os de son père : car il tenoit fermement que, tant quil auroit ses os avec lui, les Escots n'auroient pmnt victoire contre lui. Lequel n'accomplit mie ce qu'il avoit juré ; ains fit son père rapporter à Londres, et là ensevelir contre son serment ; de quoi il lui meschey depuis en plusieurs manières, premièrement à la bataille d'Esturmelin, où les Escots eurent victoire contre lui *. »
Henri Y d'Angleterre étant mort, en 1422, « son corps.
1 Année 877, coUect. Guizot, t. iv, p. S89.
t L. I, part t, ch. 89, édit. dn Pinthéon, p*8S.i
dit JuTénal des Ursins, fut mis par pièces, et bouilli en une paesie, tellement que la chair se sépara des os ; Teau qui en restoit fut jetée en un cimetière, et les os avec la chair furent mis en un coffre de plomb avec plusieurs espèces d*espices, de drogues odoriférantes et choses sentant bon ^. »
Voici maintenant quelques détails sur les cérémonies qui s'observaient lors des funérailles solennelles des princes. — Chez les Byzantins, le corps de Tempereur était d*abord exposé, la lace découverte, dans la salle dite des dix-neuf lils, où se faisait le festin de la fête de Noël. Là, on chantait des psaumes, puis on le transportait dans le vestibule du palais nommé Ghalcé, où le patriarche, à la tête du clergé, les grands ofQciers de Tempire, les patrices, le sénat, venaient le saluer et lui'donner le baiser. Le maître des cérémonies criait trois fois à haute voix : Sortez^ empereur, le roi des rot>, le seigneur des seigneurs vous appelle; et chaque fois, ces paroles étaient suivies des lamentations des assistants. Le corps était ensuite porté en grande pompe à Téglise des Apôtres, où le chambellan l'enveloppait lui-même d'un suaire, et le déposait dans le tombeau *.
Le roi Lothaire II, fils de Louis d'Outremer, étant mort à Laon, en 986, « on lui fit, dit Bicher, de magnifiques fanérailies, où l'on rassembla tout ce qu'on put trouver de richesses royales. On lui éleva un lit orné des insignes de la royauté ; son corps fut enveloppé d*un vêtement de
* Histoire de Charles YI, collect. Micbaad-Poi^oalat, V^ série, t. n, p. 567.
< Voy. Lebeau, HUtoire du Bas-Empire^ t. xiv, p. 37, édit. Saint-Martin. — Ces détails se rapportent aux fanérailies de Gonstautia VI, mort en e59.
CURrOSITÉS DBS TEADITIOÏTS.
soie, recoBTeri d*«ae large nbe de pow^e, eroée àt fierresprédcttsesec teueâ^MT. Le lift fat porté per ks gmids du ro jaoae» précédés des éirèqiies et du eteigé me é^nœgtieft et croix. As mifien d'e«& nurdiak, en poossanl des géoûsseBseais» e^iqiî p<Mdl h cew—ne brillante d'or et de pierres précieuses^ STce sombie d'saires iasigiies. Les dÉaMs iÉMbres éudenl prea^iiie jMterrompns p«r tes pleais. Le» chenliers avisi saivaical fkÊcan è son raiii^ le visage abatte ; le reste de la troupe Tenait ensuite en pleurant» Lotbaire fiit enlerré à Idmsy eoeme il Fatalt ordonné K »
A partir do quiDEoème sièide, les Ustofiois noas ont f arto raconté, d'une nanlère finrt éétaiDée, les funévaaies des nns de France. GoHnc les eérénonies Hautes ai sereifles eireenstances deralentdMërer pesde celles fri 'obsetratcnt à la même épe q »e dans les autres pays, eeos allons denier <» «âPCfMo le récit des Miérailles de Cbarics Vi, mort à Firis en 1189. — Hons empw nftcf— s le récit de M onstrelet *.
f ^irès le trépas d« rai Charles^ dit-a, raSèfenl^ en son Mt les sëgneursde son eenseil, de la chambre des parlements et des comptes, Tuniversilé de Farîs et pln> aleors collèges , les écbevins» bourgeois et habitanis é^iecHe tille, et anenns Mtres ; et là par ses aernlcais lut mis en un eercneil de ptesÉb^ et porté m o e k réré* lemment par chevaliers et écuyers en la chapdiedeiiii dit bàtelde Saint-Pol, en laquelle il fut vingtiows eniiem. St divani les vingt jours, furent chantées et célébrées les*
I L. m, cb.llO,édit. Goadet. 1 1, p. 157.
» Ttf . «Mare HyéaaiL des innim, «■aèt ft9, Koit et Fmfk, le Umnàl d^mhwgmk drflri», et to rehUmi fatMê iam le 4*i«li
da Jowmaldel'imtUut hUlortque^ p. S69 et saiv.
messes en ic^e chapelle, en la forme et maoîère qu^oa Êàisoit aa vivant du roi, par ceux de sa dite chapelle; et (91 après par icenx étoit foit le service des morte pour l'âme de lai. Et allèrent joameilemeiit les quatre ordres des mendiants de Paris, les ims après les autres, faire service pour lui, et pareillement les chanoines et collëges, ebacun en son tour. Et d'autre partie, lui fut feiit, de. par ronlversité , un moult neUe service ; et depuis les quatre fiations de ladite université lui eu firent un particulièrement ; et gënéradement tous les collèges de Paris et toutes les paroisses lui firent chacun un service solennel ; et le dixième jour de novembre, fut porté le corps dudit roi, de son hôtel de Saint-Pol en Téglise de Notre-Dame de Paris, les processions de toutes les églises allant au devant dudit corps par ordre, et chacune en son degré ; et puis les prélats au dextre côté, c'est i savoir les évéques de Paris, de Chartres et de Thérouenne, les abbés de Saint-Magloire, de Saint-Germain- des - Prés , de Saint- Maur et de Sainte-Geneviève ; et au sénestre côté alloit rnmversité, les recteurs et docteurs, aussi près du corps comme les prélats. Et portoient ledit corps ses chevauchenrs et ceux de son écuyerie. Et après suivoient les maîtres d'hôtels et écuyers d'écuyerie , au côté dextre ; et au sénestre étoient les prévôts de Paris et des marchands; et les sergente d'armes entre deux; et au plqs près du corps étoit son premier valet de chambre*
^ Et ceux de la cour de parlement portoient le drap par dessus le corps, et au plus près du chef étoit son premier chambellan, et les autres ensuivant. Après lesquels suivoient les pages dudit roi ; et un petit ensuivant, alIoit le duc de Bedfort, Ânglois, qui étoit régent de France. Et n'étoit icelul coips accompagné de ûul des
princes de son sang, sinon seulement dadit duc de Bedfori. Laquelle chose étoit moult pitoyable à voir, attenda la grande puissance et prospérité en quoi ce noble roi avoit été vu durant son règne. Et après ledit duc suivoient le chancelier de France, les maîtres des requêtes, es seigneurs des comptes, secrétaires, notaires, bourgeois* et le commun de Paris, en grande multitude. Et étoit le corps sur une litière moult notablement, par dessus laquelle avoit un pavillon de drap d'or à un champ vermeil d'azur, semé de fleurs de lys d*or ; et par dessus le corps avoit une pourtraicture faite à la semblaoce du roi, portant couronne d'or et de pierres précieuses moult riches, tenant dans ses mains deux écus, Fun d'or et Tau Ire d'argent; et avoit en ses mains gands blancs et anneaux moult bien garnis de pierres ; et étoit icelle figure vêtue d'un drap d'or à un champ vermeil, à justes manches, et un mantel pareil fourré d*hermine, et Sj avoit unes chausses noires et uns solers (souliers) de velour d'azur semés de fleurs de lys d'or.
a En tel état, comme dit est, fut porté en grande rêvé* rence jusque dans l'église Notre-Dame de Paris, dedans laquelle chanta la messe pour ledit défunt le patriarche de Goustantinople. Après laquelle et tout TofQce achevé moult honorablement fut ledit roi porté à Saint-Denis ; et le portèrent les gens de son écuyerie jusqu^à une croix qui est en mie chemin de Paris et Saint-Denis. Â laquelle croix le chargèrent les mesureurs et porteurs de sel à Paris ^, chacun une fleur de lys à la poitrine; et le por-
1 On ne sait k quelle époqoe remonte ce prinlége des hgaauriiif» portears de sel. Suivant Hurlant {Dict. hist. de Paria, art. Ëakodaios)* il leur avait éié accordé parce qu'ils étaient chargés de saler les chairs ie ceux qae Ton embaumait.
FUNERAILLES. 2g9
tèrent jusqu'à une croix cmprès Saint-Denis, jusqu'à laquelle vinrent à rencontre de lui Fabbé dudit lieu de Saint-Denis et ses religieux, et tout le clergé de la ville eu procession, avec les bourgeois et le peuple, qui ayoient grande foison de torches et luminaires. Et de là en chantant et recommandant son âme à Dieu, fut porté jusqu'à l'église Saint-Denis. Et toujours durant cette allée, étoit le dit duc de Bedfort et les autres dessus nommés emprès le dit corps. Et lui venu en icelle ville de Saint-Denis, fut derechef le service fait par le dessus dit patriarche , mais il y eut une nuit entre les deux services ; et ne furent nuls là étant qui allassent à l'offrande, sinon le duc de Bedfort.
«Et pour vrai, y eut bien aux deux services vingt mille livres de cire, et à l'aumône seize mille personnes, lesquelles eurent chacun trois blancs, monnoie royale. Et après que le service fut fait et achevé en icelle église de Saint-Denis, et que le roi dessus dit fut mis en sa sépulture, emprès ses prédécesseurs rois de France, icelui patriarche fit la bénédiction comme il est de coutume. Et adonc les huissiers d'arme^ de chez le roi, qui étoient là présents, rompirent leurs petites verges, et les jetèrent dedans la fosse ; et puis mirent leurs masses en bas ce dessous dessus. Et lors le roi d'armes de Berri, accompagné de plusieurs hérauts et poursuivants, cna dessus la fosse : a Dieu veuille avoir pitié et merci de l'âme de « très-haut et lrè&-excellent prince Charles, roi de France, . et sixième de ce nom, notre naturel et souverain sei- « gneur ! » Et derechef après ce cria le dessus dit roi d'armes : a Dieu doint bonne vie à Henri, par la grâce cr de Dieu roi de France et d'Angleterre, notre souveraiu « seigneur 1 » Lequel cri^ accompli, les sergents d'armes
290 CURIOSITES DES TRADITIOIHS.
dessus diis redressèrent lears masses, les fleurs de Ijs dessus, en ctîaut tous à une voix : « Vive le roiî irive le « roi * ! »
Dans son récit, Monstrdet a ouUié de mentionner une de ces indécentes querelles qui troublaient trop soovent les cérémonies de ce genre. Voici conmient le fait est raconté par une des relations mentionnées pliis haut. Au moment où Ton allait enterrer le corps dans une chapelle de Téglise de Saint-Denis, « à rentrée y ut grand débat entre les religieux d'une part, et aucuns officiers de Thoslel du roy ; et estoit pour le poêle et aultres habillements estans autour le corps du roy que chacun desdites parties disoit à lui appartenir, et que tel estoit leur droit , et tirèrent Fun de cà « Tautre de là, et à peine qu'ils ne vicndrent à voye de faict; mais le régent fit Tûfiitre le débat entre main de justice , et fut le corps e^iterré *. »
Ces querelles indécentes se renouvelèrent plus d'one fois aux funérailles des rois et des princes. Lorsque le corps de Louis XII (1515) fut remis aux religieux de Saint-Denis , « lesdits rdigieux demandèrent aTOir le poille de drap d*or posé sur la portraiture du roi, disant qu'il leur appartenoit, et firent effort iceux religieux de le prendre, et ceux qui tenoieot ledit poille dirent qa''ûs
« Chronique d'Enguerrand de Monstrelet, 1. 1, eh. 877, édit dn Panthéon, p. 533 et saiv. Comme l'argent manquait pomr payer les fonèraflles dece prince, il survint, le 6 octobre 4422, on arrêt dn pariemeit ordonnant que l'on vendrait le pins profitaUement qœ (aire se pounit les meubles dufen roi. Voy. Viilaret, Histoire de France^ t. xiv, p. IW. — Toy. pour le mausolée de ce prince Curiosités BiBuoGRAPnoois, p. ITS.
• Journal de rimiUut kiêtoriçue, t, iv, p,S5I.
ne ] aaroieat poini, et qu'il appartenoU à messeigueurs lesmailres qui, du Tmiit, servoient et étoient au service do dil seigneur. Au moyen de quoi il y eut de grandes divisioDS tant d*un c6lé que d'antre. Et dirent les dits i%ligieux qu'ils ne chanteroient point s'ils n'avoient le dit poille, etc., » ce qui leur fut en6tt accordé ^.
Ce n'était point seulement aux funérailles des rois qu'on voyait éclater de honteuses disputes pour la possession du poêle funéraire. — Voici ce qu'on lit dans une histoire d'AbboTille :
I Le 1^ septembre 4405, les chartreux célébraient dans leur église le service d'un riche bourgeois nommé le Caucheteur. La famille, qui était riche, avait fourni, selon l'usage, un drap de grand prix pour la représentation mortuaire. Ce drap, la cérémonie terminée, devenait la propriété des chartreux. Mais les bénédictins de Saint- Pierre se présentèrent pour le réclamer en vertu de leur juridiction féodale. Sans respect pour l'église, sans respect pour le mort, bénédictins et chartreux se précipitent sur le drap et se le disputent à coups de poing. Le sénéchal, qui assistait au deuil, fait avancer les huissiers ; mais les moines de Saint-Pierre s'arment de poignards qu'ils avaient cachés sous leurs robes, et il fallut Tinter- Teution d'une troupe de sergents pour rétablir l'ordre. Le trésorier de Saint-Pierre, dont la violence avait allumé hi lutte, fut conduit en prison, et, par sentence du i" octobre de l'année suivante, les bénédictins Airent condamnés k restituer le poêle déchiré et mis en pièces, h fournir aux chartreux un crucifix de vermeil du poids de cent marcs, une Vierge et un saint Jean, des cierges
^ L*OMque H aUinemtai du f»f , AieUvcs evieoses d€ l'histoire ie France, l»" série, t. II, p. «7.
pour brûler à perpétuité devant ces deux images, deux chandeliers d'argent, soixante livres de rente pour fonder une chapelle, et à payer en outre quatorze mille livres d'amende, dont dix mille aux chartreux, et le reste au roi ; mais le parlement réforma cette sentence, et prononça Tacquiltement des religieux de Saint-Pierre ^ »
Des questions de privilèges et d'étiquette étaient aussi l'occasion de fréquentes querelles.
Le 22 mai 1271 , lors des funérailles de Louis IX et des autres personnes de sa famille mortes depuis. le départ de ce prince pour 'la croisade, les moines de Saint- Denis vinrent au-devant de Philippe le Hardi qui conduisait le convoi. Mais lorsque le roi voulut entrer dans Tabbaye, les portes lui en furent fermées. Il y avait dans le cortège l'archevêque de Sens et Tévêque de Paris, et, comme les religieux prétendaient être exempts de la juridiction de ces deux prélats, ils refusèrent de les laisser entrer dans leur église en habits pontiQcaux. 11 fallut que le roi et le convoi funèbre attendissent dans la rue jusqu'à ce que les deux prélats se fussent dépouillés de leurs ornements, dans un lieu situé hors de la juridiction des moines '.
a Le corps du roy Charles IX estant prest à partir de Nos tre-Dame, dit Brantôme, la cour de parlement eut quelque picque de presséance avec la noblesse deFEglise, d'autant qu'elle alleguoit tenir la place du roy qu'elle representoit du tout en tout en Tabsence du roy, qui estoit hors du royaume. Après disner, la cour de parlement envoya dire et commander à M. le grand aumosnierÂmyot de leur aller
1 Histoire d'Abbeville^ par F. C. Lonandre, IM4, in-8, 1. 1, p. SOS.— Ce foit est extrait des monaments de U cbartreose d*Al>beTiHe. * Geofliroi de Beauliev, ch. 49 .
^re grâces après dîsner, comme au roy ; lequel leur fit réponse qu*il n'en feroit rien, et que ce n'estoitpoÎQtde- Tanl eux qu'il les debvoitdire. Ils lui en firent faire deux commandements consécutifs et menasses; ce qu'il refusa «Dcore , et s'alla cacher pour ne leur respondre plus ; mais ils jurèrent qu'ils ne partiroient de là qu'il ne \înst; mais ne s'estant peu trouver, ils furent contrainc'ts de les dire eux-mêmes, et se lever avec des menasses grandes qu'ils firent, et injures qu'ils débagoulèrent contre ledict aumosnier, jusqu'à l'appeler maraud et fils de bouchier *. »
Les mêmes scandales signalèrent les funérailles de Henri lY. « En la préséance et ordre de marcher se meurent entre les compagnies force débats et altercations, dit TEstoile ; chose assés ordinaire en telles cérîmonies. Et y en eut une grande entre l'évesque de Paris et la cour de parlement, sur la place que doit tenir la cour près l'effigie du roy, de laquelle s'empara enfin violemment , et contre toute raison, l'évesque de Paris, qui remporta de haute lutte par dessus la cour, favorisé et soustenu , ainsi qu'on le disoit , de M. le comte de Soissons, qui en fist boire à la cour TaiTront tout entier. Les autres compagnies firent à coups de poing; principalement ceux des Aydes contre les Comptes , où les gourmades et horions donnèrent. la préséance à ceux qui sceurent mieux s'aider des pieds et des mains. » Le surlendemain, lorsque l'on procéda à l'inhumation du corps, « en cette cérimonie , y eust recharge de bravades à la cour : M. le comte de Soîssons refusa de rompre le basion en leur présence , encores que de toute ancienneté
* Vies des dames illustres, Anne de Bretaigne. édit. da Pauthéoa , t. II, p. 411.
on eo8t aocotttamé de ce faire. La célébratÂon de» grâces à leur tabte oe se fi&i point , leguel honneer toutes fois ne leur avoit jamais esté deuîé ni débattu^. »
« Les sauvages, dit Tavannes daus ses Mémoires, servent les images, einous portons à manger à celles de nos rois, quand ils sont morts ^. » £n effet, pendant les quarante jours qui s'écoulaient entre la mort du roî et ses funérailles, une effigie , représentant le monarque défunt, était placée sur un lit d'honneur, c Et est à entendre et sçavoir que, durant le temps que le corps fut en effigie en icelle salle, que , aux heures du dîner et soif per, les formeset façons du service furent observées et gardées, tout ainsi qu'on avoit accoutumé fiiire du vivant dudit seigneur (Charles IX), étant la table dressée partes officiers de fourrière, le service apporté par les gentilshommes servans, panelier, échanson et écuyer tranchant, l'huissier marchant devant eux, suivi par les officiers de retrait, de gobelet, qui couvroient ladite taUei avec les révérences et essais que Ton a accoutumé de £aiire ; puis après le pain défait et préparé , la viande el service conduit par un huissier, maître d'b6lel, panetier, pages de la chambre, écuyer de cuisine et garde-vaisselle, la serviette présentée par ledit maître d'hètel ao plus dlf^e personnage qui se trouve là présent, posr es^ suyer les mains dudit seigneur; la table bénite par quelque cardinal ou autre prélat , les bassins à eau à laver présentés à la chaire dudit seigneur, comme s'il eût été
* Journal de rEitoile(LonhTim), année 1610, collect. Blicluod-PoB- Jonlat, 3* série, 1. 1, p«610, 611 .
* On sait qali Rome on offrait inx ttaUies ées dîeaz on festin spleidide qni dorait plostenrs jours, et qne l'on nommait Uelistenàtm, Us dieu étaient placés sur des cousins, les déesses sar des sièges.
Tif ettssîs dedans. Les trois senricesdeladiie table conliûne» arb* hà% mémes foniies, cérémonies et essiÉs^ comme ils le souioient faire «q la Tîe dudit seigneur, sans oublier ceox avec la préseotalion de la coupe, aux* endroits et heures que ledit seigneur avoit accoutumé de boire à chacun de ses repas, etc. ^ »
La mode des effigies funéraires subsista en France jusqu'au dix-septième siècle , tant pour le roi que pour les personnages de distinction. Quelquefois même c'était un Tivant, revêtu des habits du mort , qui se plaçait sur le lit de parade ; et de vieux comptes de dépenses renfer« ment des articles ainsi conçus : TatU àuntely pour otxwr faU le chevalier moW.
Après l'assassinat des Guises, à Biois, on célébra à Toulouse, aux Pénitents noirs, un service funèbre en leur honneur. « Les deux princes étoient dépeints tous deux €n trois endroits : premièrement au grand autel, où mon* ^ieur le cardinal étoit, à dextre, avec son rocbet et robe fouge de pourpre, à genoux, tête nue; .et monseigneur le duc de Guise étoit à main gauche, aussi à genoux, tête nue et armé de toutes pièces. Secondement, au beau milieu de l'église, près la chapelle ardente, ces deux princes étoient couchés en deux lits de triomphe, vêtus, Tun de 'ouge, et Tautre de blanc ; et en troisième lieu, ils étoient eocore devant la grand'porte de l'église, revêtus tous ^eux de leurs habits ordinaires, poignardés en plusieurs eodroits, et sur leur visage et sur leur corps *. i»
Les funérailles étaient terminées par une cérémonie qui
* tfupoM et obsèques de Ckarles IX, Arcbifes cirifioses 4e l'histoire de Fnncejtesérie, t.Tiii,p. 259.
' AdvertyssemetU particttllier et véritable de tout ce qui s'est pussi en ^tilkde ThoUfse, ibid., 4» série, t. xn, p. WH.
s'observa jusqu'au dix- huitième siècle, et dont nous empruntons la description à une relatioa liontcmporame des obsèques dfi Charl^fiJX. a Lorsque le corps de ce prince élit été inhumé, vint monsieur le grand écuyer à tout un baston noir en sa main, lequel commença à crier: Le roy est mort, luy et trois aultres, portant les estendars et jetant leurs estendars, et faisant semblables cris, et puis vingt ung apportant la grande bannière de France, la getta dedans le monument en criant semblables cris, et inconlinant la retira en criant : Vive le roy! et tous les dessus nommez : Vive le roy ! Ilcm tous les héraults d'armes, tant de France que de Bretaigne, et autres hérauk faisant semblables cry, en disant: Le roy est mort, nostre maistreesl mort; incontinant réprindrent, criant: Vive le roy!
« Et ce faict, allèrent disner messeigneurs les princes
dessus nommez, ensemble toute la cour du roy, et d'une
autre part, la court de parlement avec Ghastellet, les gé-
néraulx et aultres, et le disner faict convint dire grâces,
et dist les dites grâces monsieur de Bayeulx ; après grâces
dictes, monsieur le grand maistre, seigneur de la Palice,
si vint et appella à haulte^voix : (( Tous les serviteurs do
a feu roy sont-ils ici? » Et on luy répondit ouy : « Et
« à cette heure, messeigneurs, je vous fais assavoir que
a le roy, nostre sire, Loys, douziesmedece nom, est tre-
« passé de ce siècle en Tautre, et que nostre maistre est
« mort, et que nous n'avons plus de maistre pour ce que
a chacun se pourvoye là où il se pourra pourveoir, ^
« en signe de vérité, je romps mon baston et Je gelte
a contre terre. » Incontinent ces paroles dictes, on coai-
mença à crier par toute la salle, tant grans que petits, à
haulte voix, Vive le roy! *. p
* L'Obaèque et enterrement du roy Louis A7/, Archives corieusei àe l'histoire de France, <" série, t. ii, p. 69.
Le cœur des rois de Frapce éiait rarement enseveli âvec leur corps, et les églises et les ordres religieux s*ea disputaient la possession, a Philippe III étant mort à Perpignan, sa chair et ses entrailles, dit Guillaume de Nan- |[is, furent ensevelis à Narbonne, dans la grande église, et ses os, ainsi que son cœur, furent portés à Saint-Deivs en France. Mais il s'éleva alors une grande querelle entre les religieux de Saint-Denis et les frères prêcheurs de Paris ; ceux-ci réclamant le cœur du feu roi pour Tensevelir dans leur église, parce que le jeune roi Phih'ppe (IV) en avait fait la promesse à un frère de Tordre des Jacobins. Le roi leur accorda leur demande , maU gré Topposition de beaucoup de gens, et, dans la suite, plusieurs docteurs en théologie décidèrent que le roi et les moines n'avaient pu faire une telle concession, ni les frères en profiter, sans la permission du souverain pontife '. »
On serappelle les vives discussions qui se sont élevées, il y a quelques années, entre différents membres de TAcadémie des inscriptions, au sujet du lieu où avait été enseveli le cœur de. saint Louis. On publia , de part et d'autre, de nombreuses brochures devenues aujourd'hui assez rares. On trouvera un résumé impartial de cette polémique dans la BUfliolhèque de VÉeole det chartes, i^^ série, t. iv, p. 496.
Remarquons, en passant, qu'en 1610, les jésuites obtinrent, pour leur église de la Flèche, le cœur de Henri IV, assassiné par un de leurs élèves. Le roi« qui le leur avait promis, avait imposé pour condition que ceux qui seraient choisis pour porter son cœ.ur marcheraient à pied
^ Gaillamne de Nangis, année 1S85, édit. Gérand, 1. 1, p. S66.
deptt» le Lonvre jnsqu^à. la Flèche (distanee d*enviroD soixante^oatre Keiies.) Mais cette condition ne fut pas observée.
En regafd de ces obsèques solennelles, nous ponvous dter-Ies fnnérailles misérables de quelqnes princes^ qui forent pourtant toat-pnissants de leor vivant. Une fatalité singulière semble , entre autres , s* être attachée aux tHMS premiers rois normands d'Angleterre. A peine Guillaume le Conquérant eut-il rendu le dernier sonpir , à Rouen , « que les plus riches de ses courtisans niontèrent à cheval, dit Orderic Vital, et allèrent en tonte hftte mettre leura biens en sûreté. Les domestiques d*iin ordre inférieur, remarquant que leurs maîtres avaiait dispara, pillèrent les armes , les vases, les vêtements, le linge et tout le mobilier do roi, et ayant laissé son cadavre presque nu sur le plancher, ils prirent la fofte. C*est ainsi que le plus puissant des héros, auqud récemment s'empressaient d'obéir plus de cent mille chevaliers, et quêtant de nations redoutaient avec effroi, maintenant dans une maison étrangère, fut honteusement dépooUlé par les siens, et laissé étendu sur la terre nue, depuis ]^ime jusqu'à tierce.
f On ne trouva pas même mi de ses serviteurs pour veillera ses obsèques. Alors Herloin, Ton des chevaliers do pays, excité par sa bonté naturelle, se chargea, poar l*amour de Dieu et Thouneur de sa nation, du soin des fanérailles : il se procpn, à ses frais, des enibanflieurs, des gardes-nort et une voilure ; il fit conduire le corps du fui au port de la Seine, et , Tapnt fait embarquer, il le conduisit jusqu'à Caen par eau, et ensuite parterre.... Au moment où Ton plaçait le corps dans la bière , et qu*on s'efforçait de le pl^, parce qu'elle se trouvait
trop petite par la maladresse des ouTriers, le centre, qui était trèsi^s, creva, et me intolérable odeur saffoqoa le peuple. Vainemeat la fumée de fencens et des astres aromates s^élevait des encensoirs : elle ne pouvait dimiouer rhorrible puanteur. Aussi les prêtres se hâtèrent de terminer la cérémonie, et de se retirer de suite, tout effrayés, dans leurs demeures *. »
Lorsque Goîllaume le Bous eut été tué à la chasse, « quelques serviteurs, dit le même chroniqueur, couvrent comme ils purent le roi tout sanglant avec de Tiles étoffes, et le transportèrent de la forêt à la ville de Winchester. Dans quelques églises, on ne sonna pas même les cloches pour le prince, tandis que souvent et pendant longtemps on les met en mouvement pour les pauvres et les femmes de la plus basse condition «. b
Henri I**, frère et successeur du précédent, n*eut pas m mttlteor sort que son père Guillaume. « Son corps, dit Mathieu Paris, resta plusieurs jours exposé à Rouen, sans être enseveli. Cette ville garda ses entrailles, sa cervelle et ses yeux. Le reste du corps ' fut entaillé profondément, et salé, à cause de Todeur fétide qui s'en cxlialait, et qui était insupportable pour les assistants; ptt's on Tenveloppa dans des peaux de bœuf. On dît que ie médecin qui, sous promesse d^iine grande récompense, loi avait ouvert la tête avec une hache, pour en extraire «cenelle, la trouva si corrompue, que, malgré les linges dont la tête était enveloppée, Todeur le fit tomber mort et le priva *de ce salaire sur lequel il avait compté. Ce ^wt là le dernier homme tué par le roi Henri. De Rouen,
' Bistoire de Normandie. \. tu, collect. Gaf20t,t. xxvii, p. «4 et sniv. •B>»d.,l.x,p.75.
le corps du roi fut porté à Gaen, où reposait Guillaume^ son père. Pendant que le cadavre était exposé daus Téglise, rhumeur noire et fétide qui en sortait traversa les cuirs de bœuf, et dégoutta dans des vases que les serviteurs avaient placés sous la bière. Ce spectacle glaça d'horreur ceux qui en furent témoins ^ d
On trouve dans Clément Maydestone une singulière histoire sur Henri IV d'Angleterre. Ce prince étant mort à Westminster, en 1415^ on transporta par eau son corps à Cantorbéry. Mais les bateliers ayant été surpris par une tempête, jetèrent le cadavre dans la rivière, et déposèrent à Cantorbéry le cercueil vide dans le tombeau. Maydestone tenait ce fait de Tune des personnes qui avaient été employées à transporter le corps '.
Citons pour la France les deux faits suivants : a Lorsque le corps de Louis XIV fut porté à Saint-Denis (9 septembre 4745), TafOuence fut prodigieuse dans la plaine, dit Duclos ; on y vendait toutes sortes de mets et de rafraîchissements* On voyait de toutes parts le peuple danser, chantei^ boire, se livrer à une joie scandaleuse ; et plusieurs eurent Tindignité de vomir des injures en voyant passer le char qui renfermait le corps '. »
Louis XV étant mort le 10 mai 1774. « ATinstant, toute la cour se transporta àChoisy ; il ne resta auprès du cadavre que les personnes nécessaires au service; on n'eut rien de plus pressé que de l'enlever du château; on ne remplit aucune des formalités d'usage, aûn d'abréger, et faute de trouver des gens de l'art assez intrépides pooc y satisfaire; au bout de deux fois vingt-quatre heures, fl
1 Grmde cArimt^M, année 1185, trad. Hnillard-BréboUes, C i,p.9M.
s Voy. Lingard, trad. de Wailly, t. ii, p. 401, note,
t Mémoiret acrftSt coilect. Michaad-Poojoolat, 2* série, t. z, p. I09«
fut transféré à Saint-Denis, ayec une suite de quarante gardes du corps : quelques pages portaient des flambeaux. Le cercueil était dans un carrosse de chasse, et passait à travers Fouverture du devant ; son escorte faisait courir le mort du même train qu*il les avait menés si souvent dans sa vie.
« Jamais monarque ne fut cond uit si lestement. La même iodécence régnait sur les chemins parmi lés spectateurs et à Saint-Denis : les cabarets étaient remplis d'ivrognes qui chantaient. Si c*est dans le vin qu'est la vérité» on connaîtra facilement la façon de penser du peuple au propos suivant. Ou voulait faire sortir un ivrogne d'un cabaret; pour s'en débarrasser, on lui disait que le convoi de Louis XV allait passer : « Comment, s'écria-t-îl,
a cet 'là nous a fait mourir de faim pendant sa vie y et
«il nous ferait encore mourir de soif après sa mort. » Un bon mot d'un autre genre mis dans la bouche de Tabbé de Sainte-Geneviève ajoute à ce vœu de la populace grossière celui des citoyens qui réfléchissaient davantage On plaisantait ce religieux sur la sainte, sur le peu de vertu que venait d'avoir la découverte de sa châsse ', si efficace autrefois : « Eh bien, messieurs, répondit-il, de « quoi vous plaignez-vous? est-ce qu'il n*est pas moVt? » £nûn le surnom 'de Louis le Désiré, qu'on décernait unanimement au successeur, était, sans doute, la satire la plus sanglante qu'on pût faire du règne de Louis U Bienaimé «. »
A EUe ayait été eiposée pendant la maladie du roi.
) Vie privée de Louis 27, Londres, 1781 , in-12 , t. it, p. 27S.
La peine de mort, ebec les Grecs elles Romains, s^mfligéait de différentes manières : par la décapitation, le poison, la strangnIaiioB, et la pendaison, le erocifiemeiit, la lapidation, peine réservée particnliècemeDt à ceux qû aTatent été surpris en adultère ; tantôt on brûlait les criminels, ou on les assommait à coups de massae, tantôt on les précipitait d'un lieu ^evé. — Il y avait à Atiiènes, dans le quartier de la tribi) Hippothoontide, un gouffre profond où Ton jetait les condamnés. Ce gouffre ét»t, en bas, garni de lames de fer pour que la mort fût plos prompte.
A Lacédémone, du temps d'Hérodote, les eiécotioas ne se faisaient jamais de jour. (Hérod., lîv. !▼, ch. 146.)
La noyade se rencontre danslliistoire de tous les peuples. Turnus Herdonius d'Âricie, calomnié par TarquîDy (( fut, dit Tite-Live (Ht. i, ch. $1), condamné à périr d'un nouveau genre de supj^ice. On le couvrit d*nne cfaâe chargée de pierres, et on le noya dans les eaux de Fé« rentina. »
a Nos pères, dit Cicéron, ont imaginé* un suf^lice réservé aux seuls parricides, afin que la rigueur du cfaitîment détournât du crime ceux que la iialore ne pourrait retenir dans le devoir. Ils ont voulu qu'ils fussent cousus vivants dans un sac de cuir, et jetés ainsi dans le Tibre. sagesse admirable I ne semblent-ilspas les avoir séparés de la nature entière, en leur ravissant à la fois le ciel, le soleil, Teau et la terre, afin que le monstre qui aurait ôté la vie à Fauteur de ses jours, ne jouit plus d'aucun des
élénents qui 80bC regardés comme le principe de tooi ce ^i existe? Ils n^enl pas tooIq que les corps des parrici- 4es fussent exposés aux bétes, dans la crainte que, nourries de cette chair impie, elles ne devinssent elles-mêmes plus féroces ; ni qu'ils fussent jetés nus dans le Tibre, de peur que, portés à la mer, ils ne souillassent ses eaux destinées à purifier toutes les souillures. En un mot, il B*est rien dans la nature d'aussi tîI et d'aussi vulgaire, dont ils leur aient laissé aucune jouissance. Qu*y a-t-il, en eflèt, qui soit plus de droit commun, que Tair pour les virants, la terre pour les morts, la mer pour les corps. qoî flottent sur les eaux, le rivage pour ceux que les flots ont rejetés? Eh bien, ces malheureux achèvent de vivre, sans pouvoir respirer Tair du ciel ; ils meurent, et la terre ne touche point leurs os ; ils sont agités par les vagues, et n'en sont point arrosés; enfin, r^etés par la mer, ils ne peuvent, après leur mort, reposer même sur les rochers ^»
L'empereur Justinien, dans ses Institutes pubriéeç en 533, rappelle encore cet antique usage emprunté à la légidation des Douze Tables, a Ce ne sera ni par le glaive, ni par le feu, dit-il, ni par aucune autre peine ordinaire, que le coupable sera puni ; mais, cousu dans un sac avec un diien, un coq, une vipère et une guenon, il 3era jeté dans la mer ou dans le fleuve voisin, afin que tous les éléments commencent à lui manquer même avant sa mort, que le ciel soit dérobé à ses yeux, et la terre à son cadavre. I» {InMut,, liv. lY, tit. 18, § 6.)
On retrouve souvent ce supplice dans notre histoire. U semble surtout avoir été en usage aux quatorzième,
' Plaidoyer pour Sextos Roscius, ch. 25 ^^.Œuvra cmplèiesy coUcct Dnbochet, t. ii, p. 41. ,
quinzième et seizième siècles S souvent pour des. dé* lits d'une nature assez singulière, comme en fait foi une ordonnance du prév6t de Paris, publiée le 25 juin 1495, et dont nous donnons la teneur, parce qu'elle relate un fait assez important et peu connu :
« Combien par cy devant ait été publié, crié et ordonné à son de trompe et cry public par les carrefours * de Paris, à ce que aucun n'en pust prétendre cause d'ignorance, que tous malades de la grosse vérole vuldassent incontinent hors la ville, et s'en allassent les estrangers «z lieux dont ils sont natifs, et les autres vuidassent hors ladite ville sur peine de la hart ; néantmoiqs, lesdiis malades en contempnant lesdiis cris, sont retournés de toutes parts, et conversent, parmi la ville, avec les personnes saines, qui est cbose dangereuse pour le peuplée! la seigneurerie qui est à présent à Paris.
a Lon enjùinty de recbef, de par le roy, et mondit sieur le prévost de Paris, à tous Icsdits malades de ladite maladie, tant hommes que femmes, que incontinent après ce présent cry, ils vuident et se départent de ladite ville et faubourg de Paris, et s'envoisent lesdits forains Caire leur résidence ez pays et lieux dont ils sont natifs, et les autres hors ladite ville et' faubourgs, sur peine û^eilrejeiés m la rivière, s'ils y sont pris le jourd'buy passé, et eojoid t-on à tous commissaires, quarteniers et sergents prendre ou faire prendre ceuli qui y seront trouvés, pour en faire Texécution '. »
Suivant une croyance générale, la maladie vénérienne nous serait venue d'Amérique, ou aurait été rappor-
* Voj. Dom Vaissète, HiHoire générale du Languedoc, 1. 1?, p. 5lf . s Recueil dfs anciennes lois françaises, t. xi, p. SIS. Cri touchaiU ki véroléêei la immondicee.
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lée en France après Texpéditionde Charles VIII à Naples. La pièce que nous venons de citer réfute ces deux opinions. En effet, 1*^ Christophe Colomb ne revint de son premier voyage en Amérique que le 15 mars 1493, et l'ordonnance du prévôt est du 25 juin delà même année, etmaitioRne plusieurs édits antérieurs; 2^ Texpédition de Charles VIII n*eut lieu que Tannée suivante. Les Italiens sont donc peut-être plus fondés à appeler cette maladie le mal français^ que nous ne le sommes àPappeler mal de Najdes.
En ÂngleterrCj on noyait les voleuses dans un fossé plein d'eau. (DuCange, v^'Fossa.)
Jusqu'au milieu du seizième ^ècle, on jeta les faux monnayeurs dans Teau bouillante. — Voici, d'après un compte de l'Ordinaire de Paris de Tannée 1417, quelles dépenses ce supplice occasionnait :
a A Ëstienne le Bré, maître de la haute justice du roi noire sire..., douze sols pour trois.maçons et. leurs aides qui firent le trépié pour asseoir la chaudière où furent boullus trois faux monnoyeurs ; Uem, quatre sols parisis pour quatre sacs de plâtre à faire ledit trépied, quatre sols pour celuy qui blanchit ledit trépié, avant que iesdits maçons y voulussent ouvrer; vingt sols pour un cent et demi de coterels et un demi-cent de bourrées qui furent arses ledit jour pour faire bouillir Teau «n la chaudière ; boit sols parisis pour une «queue et deux muids où fut mise Teau, lesquels, la nuit que la justice fut faite, furent mal pris et emblés ; trois sols pour une queue d'eau de quoi furent bouillis iceux faux monnoyeurs ^ »
1 Sauvai, Hfaloire et recherches des antiquités de Paris^ t. m. p. 374. — Vpy. de pareilles qaiuances dans le premier yolumeùeV Histoire du pripiUge de saint Romain, par M. Floqnet.
L*horribIe waiç/fSéd dn fe« a été, on le sait, en osjge jasqii*à la fin da dernier siècle. — Bonions-nous à citer la manière dont, suivant Hérodote, on Tinfligeailaux Êioi devins en Scytbie :
c On remplit de menn Imhs on ebaiîot aoqoel on attelle des boeafe ; on place les devins an miKeii de«ces lagois, les pieds attadiés, les mains liées derrière le dos, et nn bàillcm à la boncbe. On met ensaite le fea au focjots, et Ton chasse les boenfs en les épouvantant. Pluneofs de ces animaux sont brûlés avec les devins ; d*antres se saovent k demi brûlés, lorsque la iamme a consumé le timon^. )) • Le supplice dé la rope, usité dans TanCiquité, fut trèscommun au moyen 4ge et dans les temps moderaes, et il sinfligeait de plusieurs manières. €tiez les Grecs, le patient était attaché sur une roue que Ton tournait avec rapidité. Sur les colonnes Tniîane el' Automne, on voit des hommes attachés aux roues des chariots. Grégoire de Tours en parie ainsi dans son troisième livre : c D'antres, dit41, furent étendus sur romîèreëes routes, etdespieex étant fixés en terre, on fit passer dessus des voitares chargées, et on brisa ainsi les os* de ces malhcarem, dont les corps furent ensuite donnés en pâture aux oiseaux et aux chiens, b
Bouchard, Tun des assassins de Charles le Bon, comie de Flandre (2 mars ^12T), » fut, par un ralfinaneat de rigueur, dît Suger ( Vie de LnuU le Groe), Ké sur une roue élevée, où il resta-exposé à la voracité des eorbeaux et des oiseaux de proie; ses yeux forent arrachés de leurs orbites; on lui mit toute la figure en lambeaux;
* L. nr, cb. 69.
PBIRBS ET SUPPLICES. 307
ffsn&t percé d'un millier de flèclies, de d'aids eC de javelots qu'on lui lançait d'en bas, il périt de la manière la plos cruelle. •
Dé ëdit contre les voleors de grands chemins, publié à Paris an mois de janvier 1554, décrit ainsi le supplice delanme:
<( Que tous ceux et celles qui doresoayant seront trou- Tcz eonlpables desdicts délits, crimes et maléfices^ et qui en auront esté duëment altaints et conraincus par justice, seront punis en la manière qui s'ensuit : c'est à scavoir, les bras lear seront brisez et rompus en deux endroits, tant haut que bas, avee les r^s, jambes et cuisses, et mis sur une roue haute, plantée et élevée, le tîsage contre le ciel, où ils demeureront vivants pour y faire pénitence, tant et si longuement qu'il plairaàNostre- Seignenr les y laisser, et morts jusques à ce qu'il en soit ordonné par justice, afin de donner crainte ^ >
An dix-septième siècle, Claude, argentier de madame de Barabouillet et grand amateur d'exécntioiis, se plat* gnait amèrement « quil n'y avait plus de plaisir à voir f raaer, parce que cqs coquins de bourreaux élran- « glaient aussitôt le patient, et que, si on faisait bien, on. « les raserait eux-mêmes '. »
Ce supplice subsista jusqu'au dernier jour de la monarchie. En 1789, on allait rover à Versailles un homme qui, dans une lutte, avait involontairement tué tum père, lorsque, dit M. Michelet, « le peuple^ trouvant le supplice encore plus barbare que l'acte, empêcha l'exécution et renversa Téchafaud. » (HUtoire de la révoludon française, 1. 1, p. 235. )
1 Keeneil des aoeieuiet Ms ftaaçaises, t. lo, p^ 4M. s Tallemant, t. rr, p. 117.
Vécorchement , dans Vantiquité , semble n'avoir guère été pratiqué qu'en Perse. Hérodote raconte que Gambyse, • ayant Ifait mourir et écorcher un juge prévaricateur , nommé Sisamnès , fit couvrir de sa peau le sî^e où ce juge 8'asse3^it pour rendre la justice, puis donna au fils la place du père , lui recommandant d'avoir toujours ce siège à Tesprit ^.
L'empereurValérien, tombé en 260 au pouvoir de Saper, fut, dit-on, écorcbé vif. Le célèbre hérésiarque Manës, vers 276, condamné par Behram P% roi de Perse, eut le même sort. Sa peau fut remplie de paille, et exposée à l'une des portes de Djondischaoor. — Il en arriva aulaot à Barke^r, prince arménien révolté contre les Perses, vers la fin du quatrième siècle '.
Au siècle suivant, Gosroès I^, pour^punir la lâcheté d'un de ses généraux, nommé Nacoragan, le fit écorcher vif; « de sorte, dit Agathias, qui se livre à une dissertation sur ce supplice, de sorte que sa peau étant renversée depuis la tête jusqu'aux pieds, elle conservait encore la figure des membres d'où elle avait été arrachée. 11 la fit ensuite recoudre et enfler, et attacher au haut d'un rocher •. »
Au moyen âge, chez les Européens, ce supplice fut très- rare, et nous en citerons seulement les deux exemples suivants. Ce fut, suivant Guillaume de Nangis, le châtiment dont Philippe le Bel punit, en 1514, les amants de ses belles-filles. — Trois ans plus tard, en 1SI7, le pape Jean XXII ayant dégradé Hugues Geraldi,- évèque de Gabon,
1 L. ▼, ch. as.
• V07. encore Proeope, Guerre iee Persee, 1. 1, ch. 8. s Vie de JuHinien, 1. 1?, ch. 0. — SoiTant cet hiitorien, Sapor lenic rinTentenr de ce sappUce.
peine;s et supplices. soo
le livra ensuite au juge séculier d'Avignon , pour être écorcbé vif, tiré à quatre chevaux, et brûlé, comme coupable de sortilèges destinés à faire périr le pape ^
ËQ 1S£ri, au mépris d'une capitulation, le général turc Mustapha fit subir ce genre de mort à un noble vénitien, Brogadino, qui, pendant deux mois et demi, avait défendu courageusement Famagouste contre lui. La peau fut bourrée de foin , placée sur une vache, promenée dans le camp et dans la ville , et attachée à la vergue d'une galère. Mustapha Texpédia ensuite à Constantinople, où, après avoir été pendant longtemps exposée dans le bagne à la vue des esclaves chrétiens et envoyée dans différentes villes de Tempire, elle fut enfin rachetée par la famille de Brogadino ; elle est aujourd'hui renfermée dans un tombeau de Téglise Saint- Jean-et-Paul, à Venise. Chez les Romains, on sait que Ton enterrait vives les vestales qui avaient violé leur vœu de chasteté. En France, cet affreux supplice paraît avoir été réservé principalement auxfemmes qui, souvent, expiaient ainsi des fautes assez légères. Ainsi, en 1302, sur laseiftence du bailli de Sainte-Geneviève, on enterra vive une femme qui avait volé une cotte, deux anneaux et deux ceintures '.
La potence a été au moyen âge le genre de supplice le plus commun ; aussi , suivant la remarque de M. Michelet, les synonymes du mot pendre sont fort nombreux.
* Bern. Guidonis, Yita pontificum, p. 680. — GaUia chriitiana^ 1. 1, p. 138.
« Voy. Sauvai, Histoire deParis^ !. x, t. ii, p. 594. — Suivant cet' auteur, Philippe-Auguste fit ëuterrer vif un prévôt de Paris q^ avait juré foussement avoir acheté une vigne.— Dans ie Bigorre, au treizième siècle, l'homicide était enterlré avec le cadavre de sa victime. Voy. du Gange, verbis Sevburi, Subterratio, Hum ari.
Pendre jusqu'à la mort, ravir à la terre, Toœr am oiseaux, eoofier à Tair assez haut pour (|u*an cavalier, le casque haut, puisse dessous passer à cheval ; dievaucher dans Tair, travailler le gibet, chevaucher Tarbre seç, elc. ^
Pour doouer une idée des formalités qui s'<^servaieat dans quelques villes lors de la pendaison d*un crimiad, nous emprunterons le passage suivant à une histoire d*AbbevjUe.
« Quand la peine de mort était prononcée, on appelait le vicomte ou son lieutenant, on mandait le voleur dans la salle des échevins, et le maire lui disait : if on omi, |NH<r ration de tes méfaits^ iu es condamné à mourir. Et il le livrait au vicomte, qui le conduisait sous escorte au siège de sa justice. Pendant ce temps, le mayeur ordonnait de sonner trois coupsde cloche, et, quelques instants après, on le voyait apparaître sur les plombs de Téchevinage, pour proclamer le jugement en présence du peuple ; puis le corps municipal montait à cheval , et se rendait à la vicomte, pour reprendre le voleur des mains du vicomte. Le mayeur, en arrivant à la porte, y trouvait le condamné, lui pkiçait une corde au cou, et raccompagnait jusqu'au pilori. Le mayeur saisissait le patient par la tète, et l'attachait au pilori. Les sei^nis du vicomte s'en ^nparaient ensuite, et le conduisaient aux fourches patibulaires. Là, ils remettaient le coupable au maire et aux échevins, qui faisaient parfaire Vexéculiony jusqu'à ce que le larron fût pendu et mort '. »
* Origines du droite 1. 1?, ch. 2. — A ce vocabulaire on peut ajoater Texpression snivante de VlHon, condamné \ être pendo :
Or d*ane oorde d'osé toise Scaura mon col que mon col poise.
9 Histoire d'AbtevUU, par F. C. Lonaadre, f SM^ IMl, t. n, p. IM-
FEIIfES ET SUPPLICES. 511
En France, an quinzième ôècle, mie femme poovah, en l'époosant, sauver la Tîe d'un homme condamné à mort. On lit dsois le joomal d*un bourgeois de Piaris : « Le 10 janvier 1430, on mena onze hommes es balles de Paris, et leur coupa les têtes à tons dix. Le onzîesme estoit un très-bel Jeune fils d'environ vingt-quatre ans ;| il fut despouillé et prest pour bander ses yeux , quand une jeune fille, née des halles, le vint hardiement demander ; et tant fit par soa bon ponrchas, qu*il fut ramené au Chastelet, et despois furent espousés en- 8eiid[»le ^. 9 — Plusieurs contes populaires font allusion à cette singulière coutume. <t Ce conte , dit Henri Esâenne, est fort commun du Picard, auquel déjà estant à reschdie, on amena une pauvre fille, qui s'estoit mal gouvernée, en luy promettant qu^on loy sauvermt la vie, s*ll vouloit promettre sur sa foy et la damnation de son asme, qu'il la prendroit à femme ; mais entre autres choses, rayant voulu voir aller, quand il s'aperçut qu'elle estoit boiteuse, se tourna ver^e bourreau et luydict : Àtiaque, iUêaque^ alU doeque. j) — On raconte un trait analogue d'un Normand, auquel on fit la même proposition, lorsqu'il était déjà au pied du gibet, et qui, ayant considéré la femme qu'on lui offrait, répondit :
Lèvres serrées, nez pointu ; J*aime mieux être pendu.
En France, le supplicede la potence ne parait pas avoir été infligé aux femmes antérieurement au quinzième siècle. Jusqu'alors on les enterrait vives, comme nous l'avons dît plus haut, ou bien on les noyait dans un fossé
1 Edit. da Panthéon, p. 68S.
Sf2 CURIOSITES Df S TRADITIONS.
plein d*eau. Mais dès Tannée 4414, on trouTe des lettres de rémission accordées à une femme de Limoges « condamnée à eslre et morir pendue, i» (Yoy. du Gange, ¥• FossA. ) — D*après un chroniqueur , il semblerait qu'à Paris la première exécution de ce genre n*eut lieu qu'en 1449. La femme qui subit ce supplice était une voleuse, coupable eu ouire d*avoir crevé les yeux à un enfant. — <( Grande quantité de peuple s*esioit rendu de toutes parts au lieu de Texécution, dit Jesgoi Gbartier, spécialement des femmes et filles, pour la grande nouveauté que c'estoit de voir pendre dans la France une femme ; car oncques cela ne fut vu dedans ce royaume; ladite femme fut pendue toute deschevelée, revestue d*une longue robe, ceinte d*une corde sur les deux jambes, jointes par ensemble au dessous des genoux ; aucuns disoient qu'elle avoit requis d'être ainsi exécutée, là coutume de son pays estant telle en semblable cas ; les autres disoient que la sentence le portoit ainsi, afin qu'il en restast plus longue mémoire aux autres femmes ^ . j»
On donnait souvent aux condamnés des animaux pour compagnons de supplice. Bertrand, chefdes meurtriers de Charles le Bon, comte de Flandre, fut pendu à une fourche avec un chien. « Chaque fois qu'on frappait celui-ci, l'animal déchargeait sur lui sa colère, lui dévorait la figure de ses morsures, et quelquefois même, ce qui fait horreur à dire, le couvrait de ses ordures. » (Suger, Vie de LouU le Gros, )
< Histoire de Charles Vll^ 4671, in-fol., p. 158. Voy. aossi Jwnua tTun bourgeois de Paris, édit. citée, p. 730. — Saaval se trompe en mettant ce fait en U45, et les auteurs du Recueil des anciennes loif françaises, t. ix, p. 109, ont tartdeciter à cette occasion Monstrelet dont la chronique s'arrête à Tan née 1444.
PEINES ET SDPPJJCR^ 3îS
Ud fuero d^Âragon, de Tannée 1247, porte : (( On le mettra tout nu, on lui pendra au cou, par derrière, un cbat, on le mènera ainsi d'une porte de la ville à l'autre, en le frappant de courroies, de manière que le brigand et le chat soient également frappés. »
En France, jusqu'au quatorzième siècle, on pendait les jaifs la tête en bas, et entre deux chiens.
(( Outre le supplice de la potence, dit le P. Labat, il y en a deux auires en usage en Italie, la matsolé et la mannaye. Le premier est pour les assassins et les autres criminels de cette espèce. Lorsque le patient est sur Téchafaud, ayant les mains, les pieds et les genoux liés, les yeux bandés , le bourreau le frappe, entre Toreille et l'œil, avec iine massue d'un bois dur et pesant, qui l'étourdit et le jette sur le côté. Dans cet état, il lui perce la gorge avec un long couteau, à peu près comme on égorge un cochon , et lui ouvre toute la poitrine. Celte exécution paraît plus cruelle et plus inhumaine aux spectateurs qu'elle ne Test en effet aux patients , qui , entièrement étourdis par le coup de massue, sont achevés par le couteau avant d'être revenus du premier coup qu'ils ont reçu.
« C'est aveé la mannaye qu'on coupe la tête. Cette manière est très-sûre, et ne fait point languir le patient. Ce supplice est pour les gentilshommes et pour tous ceux qui jouissent des privilèges de la noblesse, comme sont tous les ecclésiastiques, séculiers ou réguliers.
f L'instrument appelé mannaye est un châssis de quatre à cinq pieds de hauteur, d'environ quinze pouces de largeur dans œuvre; il est composé de deux montants d'environ trois pouces en carré, avec des rainures en dedans, pour donner passage à une coulisse dont nous
dirons Tusage ci-après. Les deux montants sont jotiti» TuB à l'autre par trois traverses à tenons et à mortaises, une à chaque extrémité, et une environ k quinze pouces au-dessus de celle qui ferme le châssis ; c'est sur cette traverse que le patient, à genoux, pose son cou : au-des* sus de cette traverse est la traverse mobile, en coulisse, qui se meut dans les rainures des montants. Sa partie inférieure est garnie d*un large couperet, de neuf à dix poucé^ de longueur, et de six pouces de largeur, bien tranchant et bien aiguisé. La partie supérieure est chargée d'un poids de plomb, de soixante à quatre-vingts livres, fortement attaché à la traverse ; on lève cette traverse meurtrière jusqu'à un pouce ou deux près de la traverse d*en haut, à laquelle on l'attache avec une petite corde ; Fexécuteur ne fait que couper cette petite c^>rde; et la coulisse, tombant à plomb sur le cou du patient, le lui coupe net, et sans danger de manquer son coup.
a J'ai oui dire qu'on se sert quelquefois, en Angleterre, de cet instrument, pourvu que les patienta en veulent faire la dépense ^. i»
La mannaja, on le voit, B*est pas autre chose que ht guillotine , mentionnée déjà, au commencement du seizième siècle, par Jean d'Auton, historiographe de Louis XII. A Tannée 1507, il raconte ainsi le supplice d'un nommé Demetri Justiniani, « des plus gros du peuple gras de la ville de Gennes, lequel avoit meu le peuple à sédition, et entretenu en sa rébellion contre le roj
1 Voyage du P. Labat a Espagne et en Ualie, 47SO, in-IS, t. va, p. SI . — Voy. aussi Voyage historique et politique de Suisse^ d'Italie et d* Allemagne^ publié sans nom d'antear de 4755 ii I74S, 1. 1, p. itS. — Ce fat an moyen de la mamu^a qw, en 1599, Béatrîx et Loerèee GcMi fveni décapita
Monté sur reschaffault de luy mômes, il se meit à geooox, et <{sleiHiii le col sor le chappus. Le bourreau preint une corde, à laquelle tenoit aHaché un gros bloc, à-toot une doulouere tranchaDle, hantée dedans, venant d'amont entre deux posteaux, et tin la diète corde en manière, qne le bloc tranchant à celny Genneuob tomba entre la teste et les épaules. Si que la teste s'en alla d'un eélé, et le corps tomba de l'autre ^. »
Au seizième siècle, la vumnaja a été représentée plu^ sieurs fois par la gravure, entre antres, dans les Symbo- Uo9 qtieslionési de unwerio génère, par Achille Bocchi , 1âS5, in-4.0n eoonait encore deux antres gravures antérieures à celte q[>oque, Fone de Georges Pentz, mort en iS50; l'autre de Henri Âldegrave ou Aldegraver, portant ia date de 4555. Elles représentent, Tune et l'autre, le supplice du fils de Titus Manlius *.
L'assertion du P. Labat, relativement à l'emploi de la manmaja en Angleterre, n'est pas parfaitement exacte. Toutefois il est certain que dès le seizième siècle, et peutélre antérieurement, elle était employée à Halifax', d'où
* Histoire de Louis XIT, c)i. 28. Comment un Gemevois, . . eut la teste trmekée à Gemm, 46(5, iB-4, p. 928.
* ytky.Reckerckes htstoriquet sur la fuUhtUie, Home britannique, décembre 1846. ^ L'aateur de cel arliele (qai n'a pas connu le passage de Jean d*Àaton) semble, de ce que ces deax gravures sont daes à des artistes aHemands, conclure qne la guillotine était usitée en Allemagne. La preuve n'est pas sofûsamment concluante, car i) est plus que probable qne ces deax gravures, représentant une scène d'histoire romaine, sont la reproduction d'un dessin de quelque artiste itaUen. Toutefois nous devons dire qu'on trouve une gravure représentant le m^me supplice dans l'œuvre d'an autre graveur allemand, Lucas de Cranach, mort en 1555. Voy. Reeberchts historiques et physiologiques sur la guillotine, par M. L. Dubois, Paris,1W3,p. 36, in-S.
k s Une gravure en a été donnée dans le Britannia de Gamdcn» édition de 1722.
elle fat imporlée à Edimbourg, par le régent d'Ecosse Morton, qui fut lui-même, en 1S81, décapité par ce procédé ^ — Un antiquaire anglais du dernier siècle, Pennant, Tit cet instrument dans une des salles basses du parlement d'Edimbourg, et Ta décrit ainsi : <i C'est une machine d'environ dix pieds de haut, ayant la forme d'un chevalet de peintre : à quatre pieds de la base se trouve une traverse, sur laquelle le patient pose sa tête, qui est maintenue par une barre transversale placée an-dessus.Les faces intérieures des montants sont pourvues de coulisscts, dans lesquelles on ajuste une hache bien aiguisée, et dont la partie supérieure est garnie d'une lourde masse de plomb. Celte masse est maintenue au sommet du cadre par une cheville, arrêtée elle-même au moyen d'une corde : Texécuteur coupant la corde , la hache tombe et tranche la tête du patient '. »
Ce fut probablement à la suite des guerres d'Iialie que cet instrument fut importé en France. On le retrouve employé à Toulouse, en 1652, au supplice du duc de Montmorency. « En ce pays-là , dit Puységur à propos de celte exécution , on se sert d'une doloire qui est entre deux morceaux de bois; et quand on a la tête posée sar le bloc, on lâche la corde, et cela descend et sépare la tête du corps. » (Mémoires , 1747, in-i2, 1. 1, p. 157.)
On voit donc combien était peu fondé l'orgueil du docteur Guillotin, lorsque, le 1*"' décembre 1789, exposant
' Walter Scott, dans son Histoire d'Ecosse, I" série, ch. 29, a décrit ainsi ce supplice : Le criminel était attaché sar des planches, le corps conrbé et la tète placée sons nne hache pesamment chargée de plomb, et sDspendae à une corde passée dans nne poulie. On Iftchait la corde, et la hache en tombant faisait tomber la tête.
* PeniumVs tour, t. m, p. S65, Bévue hrUamique, article cité.
à rAssemblée nationale, dont il était membre, le plan et les effets de la machine qui a pris son nom /il prononçait d'un air triomphant cette phrase devenue célèbre : a Moi, avec ma machine, je vous fais sauter la tète d'un clin d'œil , et vous ne souffrez pas. »
La perte des yeux, des oreilles, du nez, des membres, la mutilation, furent non-seulement dans Tantiquité, mais encore au moyen âge, des supplices infligés très-fréquemment; l'histoire byzantine et l'histoire carlovingienne fournissent surtout de nombreux exemples du supplice de Taveuglement^
Les autorités ecclésiastiques infligeaient si souvent, et même pour des fautes légères, la mutilation, que plusieurs conciles durent proscrire ce supplice. — Ainsi y le 15' canon du concile tenu à Mérida, en 666, 6te aux évêques et aux prêtres le droit de mutiler les serviteurs de l'Eglise ; et le 6* canon du concile de Tolède, en 675 , en défendant aux évêques de juger par eux-mêmes les causes emportant la peine capitale, leur interdisait d'ordonner la mutilation des membres , même pour les serfs de leur église. Les contrevenants devaient être déposés, frappés d'excommunication , et privés de la communion jusqu'à la mort. -— Le iS*' canon du concile de Francfortsur-Mein, en 794, défendait aux abbés de faire aveugler ou mutiler les moines, quelques fautes que ceux-ci eussent pu commettre.
L'article 67 des lois de Guillaume le Bâtard est ainsi conçu : « Nous défendons de tuer ou pendre le criminel
' Voy. da Cange, v» Abacinàre. — Aa douzième siècle, c Henri, un âes familiers de Louis VI, ayant conspiré, contre ce prince, fut, par an eicès d'indulgencte, condamné à perdre les yeux et les organes de la génération.» (Suger, Fie âelouk le Gros.)
5t8 CURIOSITES DES TRADITIONS.
q«€l qull smt ; mais on Ini arracben les yeux ; od loi coupera les pieds oo les parties génitales, on les nniiis, afin qu'il ne reste pins de lui qu'an tronc vivant eu némoire de son crime ^. x> — D'après la cootome d'Avignon de 1243, le faux ténoin était condamné à perdre le nez et la lèvre jnsqu'anx dents. En Suisse, le mène supplice frappait les blasphémateurs, qui en France étaient aussi pnnis très-rifooreosement.
L'auteur des Uysières êe Paru a eu, dans ce romao, b singulière idée de proposer qu'on remplaçât la peine de mort par la privation de la vue, cl il avait annoncé qui! ferait l'exposition de ce nouveau système pénal, dans un article de lait^imedas Deux-Mondet, article qm n'a point paru. Si son système parvenait jamais à prévaloir, les malheureux auxquels un vice de conformation, une maladie on un accident aurait fait perdre la vue, seraient obligés, pour se distinguer des malfaiteurs, de se munir d'un certificat analogue à celui du grammairien arabe Zamakbscbari, mort en 1144. — Cet écrivain, ayant eu un pied gelé en voyageant dans le Kharism, portait toujours avec lui une attestation de ce fiiit, signée par un grand nombre de personnages con^érables, afin qu'on ne le soupçonnât pas d'avoir commis quelque crime, en punition duquel il aurait eu le pied coupé.
Les corps, oo, du mmns, les tètes des suppliciés, sur- V)ut pour les personnages de distinction, restaient exposés pendant un temps ]^s on moins long. — En 1326, le vieux Hugues Sponsor, favori d'Edouard II, ayant été, malgré ses quatre-vingt-dix ans, rois à mort à Bristol, sa tête fuff envoyée à Londres ; son corps , coupé en
i Cité par M. Michelet, p. 37S.
qaalre<piartiers, fut expédié aox principaleB Tîlles d*Angleierre K Les têtes des comtes de 'Honi et d^EgmonC, décapités à Bruxelles ai 4568, furent plaeées sor des bassins, et exposées pendant deux heures '.
«J'étois encore enfant, dit«d'Âubigné *, quand mon père, passant par Âmboise un jour de foire, yit les tètes de ses compagnons de la conspiration d*Âmboise sur des poteaux, qui étaient encore reconnaissables; et dont il fut tellement ému, qu'il s'écria au milieu de sept à huit cents personnes qui étoient là : « Ils ont décapité la France, les bourreaux ! » Et puis il donna des deux à. son cbeval. Je me sois mis aussitôt à piquer après lui, parce Que i avois yu sur son visage une émotion extraordinaire, et l'ayant joint, il me mit la main sur la tête, en me disant : «Non enfant, il ne faut point épargner ta têter après la mienne, pour Ténger ces chefs pleins d'honneur dont tu viens de Toir les têteà; si tu t'y épargnes, tu auras ma malédiction. » Quoique notre troupe fût de vingt chevaux, nous eâmes assez de peine à nous sauver des mains de cette populace, qui s'émut à de tels propos, et qui se mit en devoir de nous maltraiter. »
Lorsque Saint-Preuil, maréchal de camp et gouverneur ^'Arras, fut décapité à Amiens, le 9 novembre 1641 , « une femme de Paris, qu'on dit avoir été autrefois son hôtesse, iQonta sur Técbafaud avec un drap mortuaire, dans le-
*V<ry. Froissait, 1.1, «h. M.
* BraDtAmc^Bs la Vie du comte d^Mguemont^ a donné beancoip de ^Uilssor leur snpfiiee. II raconie qae TexécatioD se fit derrière oi ri- ^ean, et que les corps furent jetés par une trappe sous réctaafaad.
' KiJstotref , édit. ^a Panthéon, p. 47i. Les sonvoiira de d'Anbigné l'ont trompé ponr la date de et ùiit qn*!! donne comne «'étant passé en iSS8. La conspiration d'Ajnbdse B*ent lien qu'en 1SG0.