CURIOSITÉS DE« TRADITIONS
quel elle mit le corps et la tète; mais comme on aUaif dévaler ledit corps , la tète étant retombée sur l'échafaud , elle la çrit et la mît en sa robe; et étant descendue, elle la mit dans ledit drap, avec le corps, qu'on mettait dans un carrosse ^. » *.
Parlons maintenant de quelques autres genres de supplice. — Voici en quoi consistait, chez les anciens Perses, le supplice des auges.
a L'on prend, dit Plutarque, deux anges faites exprès, si égales , ne Tune n'excède point Tàulre en longueur ni en largeur, et couche Ton sur les reins, à la renverse, celui que Ton veut punir, dedans Tune d*icelles, et -puis le couvre Ton de l'autre, et les coût on l'une à l'antre, de sorte que les pieds, les mains et la teste du paUoit sortentdehors par des trous que Ton y fait expressément. Le demeurant du corps demeure couvert et caché an dedans. On lui donne à manger tout ce qu'il veut, et s'il ne veut manger, on le contraint par force en lui poignant les yeux avec des alênes ; puis qu^nd il a mangé, oa loi donne à boire du miel détrempé avec du lail, et lui en verse Ton non-seulement en la bouche, mais aussi sur tout le visage, en le tournant de sorte que le soleil lai donne toujours dedans les yeux : tellement qu'il a la face sans cesse toute couverte de mouches, et faisant dedans ces auges toutes les nécessités qu'il est force que l'homme buvant et mangeant fasse, il vient à s'engendrer de l'ordure et pourriture de ses excréments, des vers qui lui rongent tout le corps, jusquesaux parties nobles; puis quand ils voient que le patient est mort, ils le veut l'auge
1 Journal de Richelieu, 16<U, 3® partie, p. 187. ~ La femme dont il est iciqoesiion était aoe Yivandi(?re nommée la da Riez, à laquelle Tallemaot des Réaux a consacré ane historiette {Jfi 5S5}, t. u, p. 233.
PEINES ET SUPPLICES. 52f
de dessus, y trouvenC sa cbair toute mangée par celte vermine qui s*engendre jusques dedans ses entrailles. Mitbridate donc, après avoir langui Tespace de dix-sept jours en cette misère, finalement mourut a toute peine ^i»
En Perse , suivant le même historien , les empoisonneurs étaient punis de la manière suivante : <c On leur fait mettre la teste dessus une pierre plate, et, avec une autre pierre , la leur presse et bat Ton tant et tant, que Ton la leur brise et froisse toute. » (/6td., chap. 25. )
Lors des querelles des iconoclastes sous l'empereur Théophile (vers 856], on brûlait avec des lames de fer rouge les mains de ceux qui s'occupaient à peindre des images. — Deux moines, Théodore et Tbéophane, étant venus de Jérusalem pour soutenir leur dogme à Gonstantinople, Fempereur les fit amener devant lui, et, après avoir discuté avec eux, il leur fit graver sur le front des vers îambîques, dont le sens était que ces scélérats, chassés de la Palestine pour leurs crimes, s'étaient réfugiés à Gonstantinople, d'où on les bannissait pour de nouveaux forfaits. <
Au moment ou, en 1209, Jean-sans-Terre fut excommunié par Innocent III, Geoffroy, archidiacre de Norwich, commit l'imprudence de dire qu'il n'était point sûr pour des.bénéficiers d'être plus longtemps les officiers d'un prince eifcommunié ; le roi, ayant appris ce prdpos, fit emprisonner Tarchidiacre. « Puis, au bout de quelques jours, dit Mathieu Paris , il le fit revêtir d'ime chape de plomb, et le malheureux succomba, épuisé à la fois par
« Plutarque, Vie d'Ariaxerce, ch. 20, traduct. d'Ainyot, édit. Clavier, t. viii, p. 447.
^n CURIOSITÉS DES TBÂDltlONS.
la faim qu'il avait endurée et par la pesanteur d'un pareil fardeau. »
« En 1294, dit Guillaume de Nangis, le comte d'Acerra, dans la Fouille, à qui Charles, roi de Sicile, avait confié la garde de son comlé de Provence, ayante été trouvé et convaincu exécrable sodomite, et traître envers son sei* gneur, fut, par Tordre du roi lui-même, traversé d'un fer i>rûlant, depuis le fondement jusqu'à la bouche , et ensuite livré aux flammes. » C'est là un des rares exemples du supplice de Tempalement chez les Européens.
(( Le jugement du pain foH et dure est tiel (dit un écrit en anglo-jiorraand) , sçavoir que il (le condamné) sera mise en une basse meason (chambre) estoppé (fermé), et la girra nude sur le terre, sauns aucun littour, »rps on auter draps» et sans aucuns garnishe environ luy, savant un chose, qui covera ses privi membres, et que il girra sur son dorse , et que son teste soit veste, et ses pees este, et que un brach soit trahi à un quarter del meason ove (avec] une corde, et Tauter brach à Fauter quaier, et inssint in mesme le maner (ainsi de la même manière) soit fait de ses jambes, et que sur son corps soit mise ferre et pierre taunt(tant), corne il peut porter etplus» etlepr^ mier insuant, il aura pam fait de barley trois morcels sans aucun boyer (boire), et le second jour il boyra trgis foites^ tantsi come il peut de lewe (eau) que est prochain àrku^s del prison, excepté evire courount (courante), sauns aseuii pane, etceo serra sondict, tant qu'il soit mort. (Stanford^ 1. H, Plaeitorum coroms, ch. 62, cité par du Gange, ¥* Panisfortis.)
A la fin du seizième siècle, on trouve encore, en Angle* terre, un supplice connu sous le nom de petite forU H
Anv, et qui offre quelque lointaine analogie avee eelai dnpain fori e( dur. — Voici la descriplion qu*eii donne un témoin oculaire cité par Liogard. Il s'agit de la femme d'on riche citoyen d*York, nommée Margaret.Middleton, qui, le 25 mars 4S86, fut condamnée à mort pour avoir aocueilli un prêtre catholique en qualité dHnstituteun
« Après qu'elle eut fait sa prière, Tun des sbériffs or» donna aux exécuteurs de la déshabiller. Elle et ses quatre femmes le prièrent à genoux, pour l'honneur du sexe> de l'en dispenser ; mais ils ne voulurent pas y consentir. Alors, elle les pria de permettre que les femmes la désbabillassent, et qu'ils tournassent, pendant ce ten^, le visage d'un autre c6té. Les femmes lui ètèrentses vêtements, et lui passèrent une longue robe de toile; ensuite elle s'étendit très-paisiblement par terre, 1» figure couverte d'un mouchoir, et la plus grande partie de son corps de la robe de toile. Une planche fut placée sur elle; elle joignit ses mains près de son visage, mais le shériff lui dit : « Il faut vous lier les iBains. » Alors deux sergents séparèrent ses. mai&a et les attachèrent à deux poteaux ; après quoi ils placèrent des poids sur la planche, et, dès qu'elle les sentil, «lié s'écria ; « Jésus ! Jésus 1 Jésus ! ayez pitié de moi. » Ce farent les dernières paroles qu'on lui ait entendu proDOQcer. Elle fut environ un quart d'heure à mourir. Hue pierre angulaire de la grosseur du poing avait été placée sous son dos, et sur elle on avait posé sept a huit <!ems pesant, ce qui, lui brisant les cètes, les fit sortir à travers la peau ^. b Sous Jacques I^, un chef d'Higlilands, dans le comté
^ LiDgard, trad. de Wailly, t. it, p. 800.
de Ross , nommé Mac-Donald , avait pillé une pauvre veuve, qui, dans son désespoir, «s'était écriée à plu* sieurs reprises qu'elle irait demander justice au roi, dûtelle aller à pied jusqu'à Edimbourg. « C'est un long voyage, lui dit le brigand, et, pour que vous puissiez l'accomplir plus commodément, il faut que je vous fasse ferrer.» En effet, il fit venir un forgeron, qui, sur son ordre, cloua des souliers aux pieds de la pauvre femme, comme on met des fers à un cheval. Mais la veuve était une femme de tête; et, dès que ses blessures lui permirent de marcher, elle se rendit à pied à Edimbourg, et, se jetant aux pieds de Jacques, elle lui apprit l'indigne traitement qu'elle avait souffert. Le roi, indigné, fit saisir Mac-Donald, et douze de ses principaux affidés, et leur fit clouer aux pieds des semelles de fer. Us furent exposés dans cet état sur la place publique pendant trois jours, et ensuite exécutés *. »
Ces horribles supplices n'étaient rien auprès des tor« tures que Ton faisait souffrir aux grands criminels. — Yoici, par exemple, comment fut traité Balthasar Gérard qui, le 10 juillet 1584, assassina à Delft Guillaume T' de Nassau, prince d'Orange.
« Premièrement, dit Brantôme, il eut la gêne ordinaire et extraordinaire très-cruelle , sans qu'il sonnât jamais mot, sinon persister toujours en son dire. Puis, avant mourir, l'espace de dix-huit jours, il fut martyrisé trèscruellement. Le premier, il fut mené eu la place, où il trouva une chaudière pleine d'huile toute bouillante, dans laquelle lui fut enfoncé le bras dont il avait.fait le coup. Le lendemain, le bras lui fut coupé, lequel étant tombé à ses pieds, lui tout constamment le poussa du pied, du
âWalter Scott, HUioire d'Ecosse, !« série, ch. 17.
PEINES ET SUPPLICES. 5i5
haut en bas de Téchafaud. Le troisième jour, il fut tenaillé par devant aux mamelles , et devant du bras. Le quatrième, il fut de même tenaillé par le derrière, aux bras et aux fesses. Et ainsi, consécutivement, fut cet homme martyrisé l'espace de dix-huit jours, et toujours retourné en la prison, endurant tous ces martyrs très-constamnient. Le plus grand qu*il endura , après celui de la mort, c*est qu*il fut attaché tout nu au milieu de la place , et tout à Tentour de lui furent mises forces charretées de charhoD auquel on mit le feu , et étant embrasé en flamme ardente, ce pauvre patient se rôtit là un tout longtemps; et alors il s*écria et perdit patience, et puis fut été par amprès.. Pour la fin, en dernier martyr, il fut roué et mailloté, dont il ne mourut point pourtant, car on ne lui avait donné que sur les bras et jambes pour le faire plus languir; et vécut encore plus de six heures, demandant un peu d*eau pour boire, mais on ne lui en osa donner. Enfln, le lieutenant criminel fut prié de le faire parachever et étrangler, afin que son âme ne se désespérât pas, et ne se perdît. Le bourreau vint donc ; et ainsi qu^il fut près de lui, il lui demanda comment il se portait. Il lui répondit : « Gomme tu m'as laissé. » Mais ayant tiré la corde pour lui mettre au cou, il se releva, et comme ayant appréhension de la mort , qu'il n'avait eue encore (ce qui fut un grand cas, et que plusieurs observèrent en lui], il dit au bourreau : a Uâ ! laisse-moi ; me veut-on encore martya riser ? laisse-moi mourir ainsi.» Et ayant été étranglé, il finit ainsi sa vie. Yoilà de terribles tourments. Le gentilhomme qui vit tout cch me Ta ainsi conté ; et telles nouvelles arrivèrent à la cour et à Paris. Je m'en rapporte à la vérité *. »
i EdiUda Pantbéoo, t. i,p. 146.
Le spectacle de ces froides atrocilës, qui se perpëtaé* rent jusqu'à la fin du deroier sièele ^, ce spectacle ré- Tohait Montaigne.
« Tout ce qui est au delà de la mort simple, dît-il dans ses Estais , me semble pure cruauté; et notamment à sous qi^ devrions avoir respect d'envoyer les âmes en bon estât : ce qui ne se peut, les ayant agitées et déses*
pérées par tourmens insupportables Je conseilierois
que ces exemples de rigueur, par le moyen desquels on f eut tenir le peuple en office, s'exerçassent contre Jes corps des criminels. Car de les vmr priver de sépultare, 4e les voir bouillir et mettre à quartiers, cela toucberoit quasi autant le vulgaire que les peines qu'on faitsouffirir aux vivants : quoyque par effet, ce soit peu ou rien..... Je me' rencontray, un jour, à Rome, sur le poinct qu'on défaisoit Catena, un voleur insigne : on Testrangla sans aucune esmotion de rassistance;mai8 quand on vint à le «lettre à quartiers, le bourreau ne donnoit coup, que le peuple ne suivit d'une voix plaintive , et d'une exclamation, comme si chacun eust preste son sentiment à cette cbarrongne. Il faut exercer ces inhumains excèz contre Tescorce, non contre le vif \ »
Dès le cinquième siècle, saint Augustin attaquait avec force l'emploi des tortures au moyen desquelles les jages essayaient de découvrir la vérité. Sa voix resta sans écbo, etnous ne croyons pasqu'il s'ensoitélevé d'autrepeadant tout le moyen âge. Au seizième siècle, ce fut encore Montaigne qui, à une époque de crimes et de désordres,
* Voy., dans les historiens do temps, le récit des supplices deRsTSfllM -enlSIO, et de Damiens en 1757.— Voy. aussi, dans V Histoire ^AbbaiUt •de M. Loaandre, la relation du procès et de la mort da jenne Labarre.
s L. i>, cb. II, de la Cruauté,
où la vie âeThoinme était comptée pour peu de chose, prit, le premier, la défense de rhumanité.
« C'est ane dangereuse invention , disaft-fl , qae cellesdes géhennes, et semble que se soit plustôt on essay de patience que de vérité. Et celuy qui les peut souffrir cache la vérité, et celuy qui ne les peut souffrir. Car, pourquoi la douleur me fera-t*elle plustôt confesser ce qui en est, qu^elle mè forcera de dire ce qui n'est pas? Et au rebours, si celuy qui n a pas fait ce dequoy on Taccuse, est assez patient pour supporter ces tourmens, pourquoy ne le sera celuy qui Fa fait ; un si beau guerdon , que de la vie, lui estant proposé ? Je pense que le fondement de cette invention vient de la considéradon de l'effort de la conscience. Car au coulpable il semble qu'elle aide à la torture, pour luy làire confesser sa faute, et qu'elle l'affoiblisse : et de l'autre part, qu'elle fortifie l'innocent contre la torture. Pour dire vrai, c'est un moyen plein d*ineertitude et de danger. Que ne diroit^on, que ne feroit-on pour foyr de si grièves douleurs?
Etiam innocentes coglt menliri dolor.
D'où il advient, que celuy que le juge a géhenne pour ne le faire mourir innocent, il le fasse mourir et innocent et géhenne. Mille et mille en ont chargé leur teste de fausses confessions. Plusieurs nations moins barbares en cela que la Grecque et la Romaine, qui les appellent ainsi, estiment horrible éternelle, detourmenteretdesromprjsunhomme, de la faute duquel vous êtes encore en doute. Que peut*il mais de votre ignorance ? Estes-vous pas injustes , qui , pour ne le tuer sans occasion , luy faites pis que de letuer*?»
i L. II, cb. 5, de la Conscience.
Tel était, à la fin du seizième siècle S le noble langage d*un penseur éminent; mais il fallut près de trois siècies et rapproche d'une révolution sociale pour que Ton songeât à abolir les atrocités qui, pendant si longtemps, ont accompagné les procédures criminelles. On peut juger de l'importance qu*y attachaient les cours judiciaires, en voyant, en 1610, le parlement délibérer « des questions et tortures les plus ordinaires et cruelles, où il était besoin d'appliquer Ravalllac. » La délibération offrit un incident assez curieux , raconté ainsi par TEstoile.
(( Fust proposée, entre autres, la question de Genève, qu'on nomme la barale ou la beurrière : question si pressante et si cruelle, qu'on dit qu'il n'y a jamais eu criminel h qui on Tait donnée ,. qui n'ait esié contraint de parler. Sur quoi les opinions se trouvèrent fort diverses. Les uns, qui estoient les plus anciens , et par conséquent les plus sages et les meilleurs, l'approuvèrent; autres timides, nageans entre deux eaux, subjects à changer d'opinion et à revenir, ne firent rien qui vaille. l\ y en eust beaucoup qui remonstrèrent, mais mal à propos (comme si en ce grand fait il n'eust esté question que d'un meurtre ou assassinat ^*un particulier], que c'estoit chose Inaudite et contre les formes ordinaires de la cour, de se servir de questions et tortures extraordinaires, mesmes étrangères ; et mendier de nos voisins ce dont nous étions suffisamment garnis chez nous, ne manquans point, grâces à Dieu, d'aussi bons
* Parmi les oavrages composés aa dix-septième siècle sar cette tière, nous citerons celai da ministre arminien J. Grevius. Il est inlitalé: Tribunal reformatum in gvo sanioris et tutioris JusWiœ via judiei cMt' Jiaao inproceasu crimiiuU commonttratus, rejeeta et fagota tortura eajus iniquitaiem, muUiplicem fallaciam atque illicitum inier christiamu uêum libéra et necessaria dissertatione aperuit Joatmes Grevius cUveasis, guam captivus scripsit in ergastulo amsterodamensi, Hamhoarg, KS4.
outils et iDstrumens qa*eux , pour extorquer la vérité de ceux qui ne la voudroient pas dire. Il s'en trouva quelque^nns, que je ne puis autrement appeler que badins et oisons cornus , lesquels se fondans simplement et oisemenl sur la religion, dirent que quand l'invention en eust esté la meilleure du monde , toutcsfois que venant de la part des hérétiques, et mesmement de Genève, on ne s'en pouYoit servir utilement : ains qu'elle devoit , à pur et à plain, estre rejeitée *. »
Les cours judiciaires ne se départirent jamais de cette rigueur cruelle qui fitdonner aux membres de Tune d'elles le nom de bouchers de la Toumelle. Dans la deuxième moitié du dix -septième siècle, diverses ordonnances royales, entre autres celle de 1670, réglèrent les formalités à observer lorsqu'un accusé était soumis à la question. En 1697, un arrêt du parlement de Paris, du 18 janvier, réforma la manière de donner la question à Orléans, ^t supprima Testrapade , que l'on remplaça par l'extensioD et les brodequins '. Nous extrayons les détails suivants d'un Mémoire instructif qui fut rédigé à celte occasion.
« Si la question est donnée avec de l'eau, l'accusé sera, <iépouilié et en chemise, attaché par le bas des jambes.
^ Journal de VEstoile^ coUect. Michaud-Ponjottlat, 2« série, t.i, 3* partie, p. 594.
' L'estrapade se donnait de la manière saivante : On mettait une cleC de fer entre les deax revers des mains du condamné liées l'une sur Tautre <lerrière le dos, et, au moyen d'un câble passé dans une poulie fixée au plafond, on relevait à un pied de terre avec un poids de 180 livres at- ^cbé au piçd droit. C'était là la question ordinaire. Pour la question extraordinaire, on élevait jusqu'au haut du plafond le condamné au pied doqoel était attaché un poids de S50 livres, et en cet état on le laissait retomber par trois fois, ce qui, en général, lui Daisait perdre connaissance.
Si c*e8t une femme on fiUe, loi sera laîBtô nue jape ayec M chemise, et sera la jupe liée aux genoux.
c Si la question est de brodequins, Taccosé sera déehaussé nu-jambes, ee quisera fiiit après rinterrogatoire, et la visite du médecin et chirurgiens. La qnestioo de Teau ordinaii^e et extraordinaire avec extension se donnera avec on petit tréteau de deux pieds de hanteor, et quatre coquemars d'eau de deux pintes et chopine, mesure de Paris.
« La question ordinaire et extraordinaire avec extension se donnera avec le même petit tréteao, et quatre pareils coquemars d*eau; puis on ôtera le petit tréteau, et sera mis en sa place un grand tréteau de trois pieds iquatre pouces, et se continuera la question, avec quatre autres coquemars d'eau pareiHemeut de deux pintes et chopine chacun, lesquels coquemars d*ean seront versés dans la bouche de Taccusé lentement et de haut.
4 A cet effet, sera Taccnsé lié par les poings, et iceux attachés et liés entre deux cordes, à chacun poignet, d'one grosseur raisonnable, à deux anneaux qui seront scellÀ dans le mur de la chambre, de distance de deux pieds quatre pouces Fun de Tautre, et à trois pieds au moins de hauteur du plancher, par bas de ladite chambre. Seront pareillement scellés deux autres grands anneaux au bas du plancher, à douze pieds au moins dudit mur, lesdits anneaux Tua à la suite de Tautre, et éloignés Vunde l'autre d'environ un pied; dans lesquels anneaux seront passés des cordages assez gros, avec lesquels les pieds de Taccusé seront liés chacun séparément an-dessus des chevilles des pieds, lesdils cordages tirés à force d'hommes, noués, passés et repassés les uns sur les autres, en sorte que Taccusé soit bandé le plus fortement qu'il se
pourra. Ce fait, le questionnaire fera glisser le petit tréteau le long de cordages, le plus près desdits anneaux des pieds qu'il se pourra.
« L'accusé sera interpellé de déclarer la vérité.
c Un homme sera avec le questionnaire, tiendra la tête de Taccusë un peu basse, et une corne dans la bouche, afin qu'elle demeure ouverte. Le questionnaire prenant le nez du Taccusé, le lui serrera ; et le lâchant néanmoins de temps en temps pour lui laisser la liberté de respi*ratiott, et tenant le premier coquemar haut, il versera lentement dans la bouche de Taccusé. Le premier coquemar fait, il les comptera au juge, et ainsi des trois autres, lesquels pareillement finis, il sera, pour Textraordinaire, ittis un grand tréteau de trois pieds de hauteur à la place du petit, et les quatre autres coquemars d'eau donnés ainsi que les quatre premiers, à chacun de tous lesquels le juge interpellera l'accusé de dire la vérité ; et de lout ce qui sera fait et dit, et généralement de tout ce qui se passera lors de ladite question, en sera fait une trèsexacte mention.
« Sera mis une grande chaudière sous l'accusé, pour recevoir Feau qui tombera.
« Si pendant les tourments, l'accusé voulait reconnaître U vérité, et que le juge trouvât à propos de le faire souiafer,sera mis sous lui le tréteau, dont sera pareillement fait mention; et ensuite sera Taccusé remis au méooie état qu'il était avant -d^avoir été soulagé, et la question continuée ainsi que dessus, sans néanmoins qu^il puisse ^tre délié qu'après la question finie, après laquelle il sera détaché, mis sur un matelas près du feu, et interpellé de ^uvean par le juge de dire la vérité. Lecture lui sent faite de tout ce qui se sera passé depuis la lecture do
liaterrogaloîre, avant d*étre appliqué à la question; ei s'il peut signer, sera le procès-verbal de question signé de lui, sinon sera fait mention de son refus, et de la raison dudit refus.
(( Pour les brodequins. •— L*accusé, après l'interrogatoire sur la sellette , signé de lui , sera mis nu-jambes , et étant sur la sellette, lui sera mis quatre planches de bois de chêne entre les jambes, depuis les pieds jusque au-dessus des genoux, deux eu dedans, et une à chaque jambe en dehors, de deux pieds de hauteur chacune, et d'un pied de largeur, qui excèdent le haut du genou de quatre doigts ou environ; lesquelles planches enfermeront les pieds, les jambes et les genoux en dedans et dehors ; et seront percées de quatre trous chacune, dans lesquelles seront passées de longues cordes que le questionnaire serrera très-fortement, et après tournera lesdites cordes autour des planches pour les tenir pins serrées, et avec un marteau ou maillet il poussera à force sept coins de bois Tun après Tautre entre les deux planches, qui serreront entre les jambes à Tendroît des genoux, et le huitième aux chevilles des pieds en dedans^ à chacun desquels le juge fera les interpellations à Taecusé, derrière lequel il y aura un homme pour le soutenir. S'il tombait en défaillance, lui sera donné du via ; lesdiis coins finis sera délié et mis sur le matelas, ainsi qu'il a été dit ci-dessus.
(( Si la question de Teau était préparatoire, et que le froid ne permit pas que Taccusé la pût soutenir, sera différé jusqu'à ce que le temps soit adouci, sans qu'il soit permis de donner les brodequins, lesquels ne se donneront que dans le cas que Taccusé, par qnelque îaconunodilé, ne puisse soutenir Texiension.
« Si le temps n'était pas fort froid, Ton fera un peu ebaufTer l'eaudans la chambre de la quesiion, en laquelle il y aura absolument une cheminée et du feu pendant tout le temps de la question, et que Taccusé reste sur le matelas.
(( Si Taccusé est condamné à mort, préalablement appliqué à la question, et qu'il ne puisse souffrir celle' de l'eau avec extension, soit par la rigueur du temps ou par quel* que incommodité, lui sera donné sur-le-champ la question des brodequins, attendu que c'est un corps confisqué, et que les exécutions de mort ne se peuvent différer. Les médecins et chirurgiens resteront dans la chambre de la question, tant que la question durera, pour veiller soigneusement qu'il ne vienne faute de l'accusé ; et resteront encore dans ladite chambre quelque temps après que Taccusé sera sur le matelas, pour lui donner le soulagement nécessaire, et même le saigner s'ils l'estimaient à propos, ce qui arrive assez souvent, sans qu il soit besoin que les juges y soient présents ^ )>
Ce fut seulement en 1T80, par une déclaration datée du 24 août, que la question préparatoire fut supprimée. En- 4in, le 1^' mai 1788, une nouvelle déclaration, portant que <c répreuve de la question préalable, presque toujours équivoque par les aveux absurdes, les contradictîonset les rétractations des criminels, est embarrassante pour les juges qui ne peuvent plus démêler la vérité an milieu des cris de la douleur, et dangereuse pour l'innocence, en ce que la torture pousse les patients à des déclarations fausses qu'ils n*osent plus rétracter, de peur
' Mémoire instruetif concemani la manière en laquelle se donne la question avec extension ou par les brodequins^ Recueil des anciennes lois françaises, t. xx, p. 281 et saiy.
de voir renoiiTeler leurs tourments, » abolit, p(mr quelque$ années $i à tUre d'euaiy la question préalable dont la suppression précéda ainsi de bien ^eu de temps la ruine des autres institutions de la monarchie.
Chez les anciens, Thomme surpris en flagrant délit d'adultère y laissait le plus souvent Tinstrument de aoa crime, comme dît Bayle. « Qui t*a conseillé, dit Martial à un mari (1. m, ep. 85), qui t'j^ conseillé de couper le aex à Famant de ta femme? Pauvre mari, ce n'est pas de là que vient Toulrage. Qu'as-tu fait, imbécile? Ta femme n'y a rien perdu, puisque son déiphobe a sauvée. »
n y avait un autre châtiment fort singulier. « Péré* grinus, dit Lucien, ayant été surpris en adultère dans une ville d'Arménie, voulut s'enfuir sur le tmt de la maîsoa ; mais ayant été arrêté, il subit la peine du fouet, et fut trop heureux de s'échapper avec un raifort dansle der* rière. n (De morte Peregrifd,)
Parfois, le raifort était remplacé par un pdsson qui avait la tête fort grosse. « Blalheur à toi, dit Catulle à An* relius (ep. 15), malheur à toi ; puisses-tu être exposé au supplice des adultères, aux raiforts et aux mugils l »
A Rome, au quatrième siècle, lorsqu'une femme était <tonvaincue d'adultère, on la renfermaitdans une cabane; li elle était obligée de se prostituer à tout venant, H de sonner une cloche toutes les fois qu'elle se livrait à us iiomme. Ce fut seulement en 369 que Théodose abdit ^eelte odieuse coutume *.
Chez les Germains, le mari tondait sa femme adidtère, la dépouillait de tout vêtement, l'expulsait de sa maison en présence de ses parents, et la chassait à coups de fouet
> Voy. Socrate Soiomëne, 1. t, cb. fS.
PfiinES ET SUPPLICES. 385
par le boarg. (Tacite, de G$rmania , ch. 19.) -~ Chez les Anglo-Saxons, on lui coupait les Tétements à la hauteur de la oeîniure, on la fouettait, et on la livrait dans cet état aux risées du peuple. •— Chez les Burgondes, elle était DO jée dans la boue. Elle était brûlée chez les Saxons, les Francs et les Wisigoths. (Yoy. Grég. de Tours, L vi.)
c Si une femme, poursuivie en justice par son mari pour cause d'adultère, a recours à Tévéque, celui-d tk^ chera d'obtenir du mari qu*U ne la £asse pas mourir ; et, s'il ne le peut, il ne doit pas la lui remettre entre les mains, mais renvoyer où elle voudra se retirer. (donc. deTribur,895, can.46.)
Chez les Portugais, réponse adultère était punie avec son complice. Si le marine consentait pas à la mort de sa femme, l'amant était absous.
Chez les Polonais, suivant Ditmar, l'adultère était cloué sar une poutre par les parties génitales. On mettait un rasoirprèsde lui, et, dans cette position, il avait le choix, code sabir la mutilation ou de se racheter.
En France, les condamnations capitales pour fait d'adaltère ont été si rares, que l'on doit regarder comme nne exception les deux exemples snivants :
Deux frères, Philippe et Gautier d'Âunay, ayant séduit les belles-filles de Philippe le Bel, furent punis d'une manière terrible. « Ils expièrent, dit Guillaume de Nangis (année 1344), ils expièrent, par nn genre de mort et no supplice ignominieux, un si infâme forfait ; ils furent, à la y\\e de tous, écorchés tout vivants sur la place publique* On leur coupa les parties viriles et génitales , et , leur tranchant la tête, on les traîna au gibet public où, dépouillés de toute leur peau , ils furent pendus par les gaules et les jointures des bras. Epsuile, un huissiec