S6 CURIOSITES DES TRADITIONS
qui paraissait, à bon tllre, leur complice , et un grand nombre dlndividus , (ant nobles que gens du commua de l'un ei de Tautre sexe, soupçonnés d*avoir participé à ce crime ou de Tavoir connu, souffrirent la torture; quelques-uns furent noyés, d'autres misa mort secrètement. »
L'antre fait se passa au seizième siècle, et fut une réaction du puritanisme protestant contre les mœurs relâchées des catholiques.
«En 4565, ditdeThou, on rendit, à Orléans (alors au pouvoir des réformés), un jugement qu*on peut dire n*étre pas de ce siècle, et être bien contraire aux moeurs de la France, dont Jean le Fevre, célèbre ju» risconsulte, a autrefois écrit qu'on n'y condamnait point Tadullère. Des Landes, sieur du Moulin, ayant été atteint et -convaincu d'avoir débauché Godarde , femme de Jean Godin, pendant que son mari était à l'armée, fut condamné à mort; et l'un et l'autre furent pendus dans la place publique. Ce fut Puygrefûer, que le prince de Condé avait nommé prévôt de la ville, homme du vieux temps et juge sévère, qui ût rendre celte sentence, soutenant que, dans un temps où le vice faisait tant de progrès, l'on avait besoin d'un pareil exemple. Le jugement fut si mal reçu par les courtisans, que la plupart eurent l'imprudence dédire tout haut qu'ils seraient toujours très-opposés aux protestants, et qu'ils ne prendraient jamais pour leurs maîtres des gens qui, par une sévérité nouvelle et jusqu'alors inouïe parmi nous, avaient puni de mort l'adultère ^ »
-IL. XXXV, tradiict. française, in-4, t. iv, p. 551. — « M. Jehan Fabcr, en ses commentaires sar le code, dit qu'au royaume de France n'a jamais esté veu que pour adultère quelcun ait esté puny, et qoe Taduilèrejest si peu estimé, que presqoes on ne le tient pour pécbé. mais plosUtt poir
Jim
Bialgré ces deux exemples de justice impitoyable , ou peut dire qu'en géuéral, en France, t'adultère était puni par une peine plus infamante que rigoureuse. Suivant la coutume de Saint- André, près Avignon (année i292), les adultères étaient fustigés nus par la ville. La femme seule était quelque peu vêtue (pudibundis eooperlU). Les choses se passaient un peu moins pudiquement dans la vicomte de Turenne : la femme et Thomme couraient nus ; et ce dernier était traîné per geniialia ^
Des lettres royales, données en février 1537, en faveur des habitants de Villefranche, en Périgord, portent que les adultères surpris en flagrant délit ou convaincus de ce crime seront punis d'une amende, ou contraints de courir DUS par la ville *.
-Dans des lettres de rémission de Tannée 1479, citées par du Gange, au mot Adultebiux, on trouve le passage suivant : « Le suppliant par joyeuseté et esbatement commença à dire à Nicolas le Blanc qu'il estoit marié en son pays, et que néanmoins il avoit esté trouvé avec une femme, en la ville d'Eu, et avoit eu sa compaignie; pourquoy il falloit qu'il fust emplumé, ainsi que estoient les antres qui aloient avec autres femmes que les leurs. » Vemplumiment (qu'on me passe le mot) paraît avoir été irèS'Commun au moyen âge. Dans le règlement qu^en 1 189 Richard^Cœur-de-Lion, partant pour la Terre-Sainte, pro- 'mulgua pour le maintien de la discipline, à bord de sa flotte , on trouve Tarticle suivant : « Si quelqu'un est
me andaee ou gentillesse.» Practique judiciaire es causes crimineUâi, par messire JossedeDamhoadère, chevalier, Anvers, 15S4,fn-4, flg. Ouvrage curieux.
' Du Gange, V> Approbatvs.
1 Voy. encore dom Vaissète, Hittoire du Languedoc, (. rr, p. 17, 909, MS.
5S CURIOSITES BfiS TRADITIOl^S.
coBvaivea de ^, on M versera &a la tête de la l>oa bMiillaate , et on y secouera de la ptame d oretUer, a§D qm'on fHiisse le reconoaitre. il sera ensiiHe abandomé sur la première terre où ie vaisseau touchera ^. »
Ëa 44^, une relîgieiise ayant été maltraitée , e&dnte de nid, roulée dans des plumes, et promenée à rdionrs 6ur«i cheval, Philippe-Auguste fit noyer dans une cave d'eau bouiUanle les individus coupables de cette mauvaise plaisanterie dont on trouve de nombreux exemples.
'Dans un fabfîau, une femme, ayant à se venger d'un . curé , d'un prévôt et d'un garde forestier , qui étaient amoureux d'elle, les mande chez elle successivement, et trouve le moyen de les enfermer tout nus dans un tonneau rempli de plumes , d'où ils sont , à la fin, chassés par le mari, qui met aux trousses de ces corps emphimés tous les habitants et tous les chiens du village *.
« L'usage d'ouvrir une veine et de tirer du sang aux siAdats qu'on veut frapper d'une peine infamante remonte à la plus haute antiquité, dit Âuhi-Gelle. Je n'en trouf e pasia raison dans les anciens écrits que j*ai pu me procurer, mais je pense que ce fut d abord moins un châtiment qu'un remède employé envers les soldats dont Tintelftgence était troublée et Tactivité engourdie. Dans ta suite, la saignée devmt un châtiment ; et on prit Thaèitude de punir ainsi différentes fautes, sans doute dans l'idée que celui qui commet une faute est madade ^. »
1 Math^ea Paris, année 1189. — Noos reviendrons^ dans nn aoire volume, sur ce règlement curieax.
1 Recaeil de Legrand d'Aassy, iniS, t. iv, p. 826 et sulV. Le texte de ce fabliaa a été pablié dans le second volnme do cacneU deBarbaïai. — On connaît l'impradence gai riindit Scarron impotent.
3 Nuits attiques, \. x, ch. 8, coUecU Dnliochet, p. 501.
msmmmB
PEINES £T SUPPLICES. Ud
Paniû ks peneâ hifanMinfes, qni ont été très-ttoiiibveuses* c^D»eBcore les suivantes:
Od ajppelaH kamUtearm nne amende honorable ^i se luisait de la manière suivante : Les hommes qui y étaient cott^mnés devaient marcher tète, pieds et jambes n«s, fendant un certain temps, et le plus sonveat à la suite ifune procession, en portant une selle ou nn chien sur lents ëpMiies. (¥oy.dtt€ange,Terb. Hakmiscaba etCAi^HFSHKE.)
cr Tout honnne libre , qni , malgré la défense de l'em- . pereur, dit un capitulaire de Tan 860, cachera un malfaiteur ésns le palais, sera tenu de porter le criminel siir ses gaules jusqu'à la place publique , et là il sera attaché an même potean que lui. y>
m On attachera au faux témoin sur la poitrine deux hffignes de drap rouge, longues d'une palme et demie, et larges de nrois doigts ; on loi en attachera deux antres par derrière, entre les épaules, avec ordre de les perler tonjonrs. r> (Yoy. du Gange, iv, 225.)
Am moyen àge^ et dans la plupart des pays de TËurope, k femme qui avait hatln son mari devait monter à rebours sur nn âne, et parcourir Ea ville on le village en tenant râae par la qnene.
En 4595, le ha^K de Hombonrg décida que la femme qn aurait batlo son mari devait, solvant Tancien usage, monter sur nn âne, et que l'homme qui se serait laissé battre cooAliiraic Tâne par la bride *-. — La même peine était son.veill iniigée au mari^ cr eomme yceUlx conjoins
I Yoy. Michelet^ p. 58S. * Oii feiiait qoelqneMs subir ces pme^
liries wsaoaMvava vxl condamnés à mort. Vitne Saiii)aiiwaitr« évê-
- qu A&T«9Mras,et uiautra yréiat Bommé GamiU ayant coïKpiré.cantre
«aatoveUVaBO,. forenfi oonAmnâs à mort en 45S6c « Les malbeureniL, idit
rhistorieu suédois Geyer, furent tniaéi daai las.raes de StoekhoIm.ra»6-
eussent eu n*aguèr6s débat et riote Van h Vautre, et tant eussent procédé eu paroles que ladite femme féry, ba et villena sondit mari. Pour cause et occasion duquel fait et bateure, lesdiz juif et juive se doublant que par la rigueur et coustume du pais de nostre dite ville de Sealiz, ilz ne soient contrains et condempnez à cbevaucfaier un asne, le visage pardevers la queue dudit asne, ou en autres villenies et détestable amende, etc. » (Lettres de rémission de Tannée 1575, cilées par du Cange, v® Âsoius. )
Dans quelques localités, c'était le plus procbe voisin du mari battu qui le remplaçait, mais probablement cas d*absence, ou quand celui-ci s*y refusait. On trouve en effet le passage suivant dans des lettres de rémission de Tannée i585.
tt Icelui Martin commença à dire que Jehanne, femme de Guillaume du Jardiu, de la paroisse de Sainte-Marie des Champs, près Vernon sur Saines, avoit batu sondit mary, et qu'il conveuoit que ledit Vincent, qui estoit le plas.prouchain voisin dlcelluy mary batu, chevauchast un asne parmi la ville, et feist pénitence au lieu dudit
- batu... Ledit Marlin... de fait prist un asne qui estoit en la maison dudit Vincent, et ledit asne chevauchast parmi la ville, tourné le visaige pardevers te cul dudit asne, eu disant et criant à haulte vois, que c'estoit pour ledit mary que sa femme avoit batu. » (Du Gange, ilnd,)
Dans quelques pays les maris qui battaient leurs femmes étaient exposés au même châtiment qu'oa leur
- cin de chapes déctairéa, assis à rebonrs sur des rosses. Ton avec ue couronne de paille, t'aotre avec ane mitre d*écorce sur la tèle. Des 1
' travestis en pasqiUnsdrcolaient aoionr d>iu en criant : < Vokl le i ' Pierre Sunnanwader, le nonvean roi !» — Pou* les promenadet ea i ' bereao, voy. du Gange, v® ToiiBULurM.
€silsait subir le 1*' mai. G*est du moins ce que nous apprend un conseiller au parlement de Dijon , Philibert Colin, qui a publié sur ce sujet un poème latin très-rare, intitulé : De Majuma festivilale quœ fii maio metue in éuroi maritoi qui e/ferato irudque animo itœoribus p/agoi infigunt. Dijon, 1571, 1572, in-4.
En 1621, un avocat catholique nommé Floyd fut condamné par la chambre des lords à être exposé au pilori dans trois endroits différents^ et à être conduit d*un lieu è un autre, à cheval, le visage tourné vers la queue de ranimai. Â la même époque, la chambre des communes condamna deux officiers à monter un seul cheval dos à dos, les reins nus, avec un écriteau sur la poitrine. Ils devaient faire ainsi à Londres le trajet de Westminster à la Bourse.
a Si deux femmes se querellent jusqu'à se battre, en ^disant en même temps des injures, elles porteront, tout le long de la ville, et par la voie commune, deux pierres attachées par des chaînes, et ces pierres pèseront à elles ^eux un cent. La première les portera de la porte orientale à la porte occidentale, pendant que Tautre la stimulera d'un aiguillon de fer fixé à un bâton, et toutes deux iront en chemise. La seconde prendra ensuite les pierres sur ses épaules, et les reportera à la porte orientale, la première la stimulant à son tour ^ »
Hermanfried, qui possédait le royaume deThuringe avec «on frère Baderic *, « avait , dit Grégoire de Tours, une lemme méchante et cruelle, nommée Âmalaberge. Un jour
1 Jura tremonensiat Grimiîi, p. 731, cité par M. Michelet, Originee du droit, p. 8S4.
s U avait taé on autre frère, Berlbaire, pour s*emparer de ses Elaut.— Oréç. de Tours, 1. m, ch, 4.
«2 CURIOSITES BES TlASIirONS.
-MD mari, allam prendre mo repas, irouioi aenleiMiit la meîlié de la uMe cMrerte. 11 demanda k sa femme ee qne eela tonlallAre: c II conYint^ dil^Ue, qne ceiiî f qm se coateule de la mohië iTim re^yaMmeait la moitié c de sa table vide. » Exeité par cespamles, B^jnanfrîed s'éleva contre son frère, etc. p >
On trouve dans les kns de la clMivaka'ie on usage qui rappelle le fait raconté par Grégmce de Tonrs.
Des cberaliers de Joinville apnt été giavement insnltés par des Eospitalîers, Joinville s*ea plaignît an gmnd matire de TOrd? e. Celuî-cî c me r^andit qne 11 ro*en feroit le droit, et Fosage de la Terre-Sainte > fnl estoit tele qne il feroit les frères qui l'ontrage àvmcnt faite , manger snr leurs maniians, tant qne cil les en leveroît à qui Toutrage avoit esté faite ^. »
«L'an du Seignenr 1305, le jour de ITpq^haide, dit Jean de Leyde, comme Fillostre doc Goiliamne, comte d'Ostervant, était assis â la table do roi de Fraoee a?ec beaucoup d'antres princes, survint nn hérant qui se mit à couper et à diviser la toile de )a table devant le snsdit comte, disant qu'il ne devait pas s'asseoir à la table royale , le prince qai était privé d'armes et de boodier. Et comme Guillaume répoodalt qu'il avait armes etbooelier, le doyen des bérauts répondit : a Don, moasd- <[ gneur, car Guillaume, comte de Hollande, ion grand- « oncle, a été vaincu jadis parles Frisons, et anjonf4'bui ff encore il est cooché sans vengeance sor fai terre enneff mie. 9 Depuis ce jour^ le coade Guillaume comment à penser comment il pourrait éloigner de lui cette honte.» (€îté par du Cange, v^ IRensâie DivniBitE.)
1 Joinville, coUeetion Micbaiid-Posjoulat, r« «érie, 1. 1, p. VSv ch. Sgl
P£IIfBS ET SUPPLICES. 543
< Se ânena dievalier, ou gendlbomme avot t fût tnihîson «n aaciine partie, et estoit assis à taUe avec autres cliefalieac, geotiishoniiBes, ledit roy d'armes ou héraut lui doit aller couper sa touaille devant lui, et lui virer ie pain au coatraire, s'il en est recfuis par aucuns eheTatiers ou gentitehomaies, lequel doit eslre prest de le combattre sur cette querelle ; car ce n'est pas belle chose que un traître Boît bomouré comme un autre chevalier ou fenâl« bomme^. »
 Rome, les banqueroutiers devaient être coiffés en pU" blic d'vB bonnet noir (berrelum) de forme pyramidale. Au moyen âge, ils étaient soumis à des peines Infamantes di| même genre. — A Lucques, ils portaient un bomiet de couleur orange ; en Espagne, un collier de fer. A Padoué et dans d'autres villes, il y avait sur la place publique une pierre ai^ée jnerre de honte. Le négociant qui avait iait de mauvaises allaires et qui abandonnait ses biens à ses éréanders, devait s'y asseoir entièrement nu, et la frapper trois fois avec son derrière en répétant à haute voix : « Je cède mes biens. » 11 y a un jeu d'enfant fort connu qui nous semble dériver de cet ancien usage.
On pourrait dler, depuis Pbalaris, un certain nombre d'individus qui ont subi des supplices ou des pdnes qu'ils a;vaientinv]ent^s. Au neuvième siècle, Motawakkel-Siilah, dixième calife abasside de Bagdad, ayant voulu se venger du vizir Mohammed-Ibn-Hammad., qui avait voulu le détrôner, l'empêcha de dormir pendant plusieurs jours , et le fit enfin renfermer dans un fourneau de fer, hérissé de peimes aigUés etroogies au fieu^ syffUkt inventé par MolammodAui-iBône.
t Traité ms. De offido henàSonm,^ par lii«lirï«t^F>
EïïifS9\,\e grand vîzîr Ali-Pacha introduisît la coutume de faire conduire ignominieusement sur un araba (voitiire non suspendue) traîné par des bœufs , les fonctionnaires qui encouraient sa disgrâce, innovation qui fut cause de sa perte. Le kyzlar-agaçi Ismaîl, destitué par le grand vizir, était près démonter sur le char à bœufs, lorsque son successeur Nezir-Âga réclama, auprès de la kbasseki-sultane , au sujet d'un outrage fait à un personnage de rang si élevé : instruit de cette violation de Tétiquette, le sultan 6ta le sceau à Ali-Pacha, et envoya ce ministre en exil à Rhodes sur Taraba même qu*il avait préparé pour son ennemi ^
Faisons encore les rapprochements suivants. Dans le Rosier ou épitome hûtorial , abrégé des grandes chroniques de France, on lit au T 65 : «Philippe le Bel fit faire le Montfaucon, et de ce faire eut la charge messire Eoguer* rand de Marigny. » Or Enguerrand de Marigny fut pendu en 1315 à ce même gibet de MontCaucon. En 1328, Pierre Remy, principal trésorier de Charles IV, fut pendu à Monlfaucon, « à un grand gibet qu'il avait fait faire lui-même, dit le continuateur de Guillaume de Nangis, et dont ilavait donné, dit-on, le plan aux ouvriers. » Ainsi se trouva vérifiée une prédiction qu'on avait, disait-on,, gravée sur le principal pilier du gibet, et qui portail ces deux vers :
En ce gibet ici emmi Sera pendu Pierre Rémi.
Terminons ce chapitre par la mention de deux iMiges assez singuliers. Suivant Procope, il y avait, devant la
1 Voy. Vnmn pUtofeêqHCj Tftrqiiie, p. MM.
ELECTION D'ÉVÉQUES. 315
porte des rois persans, un trépied de fer où ceux qui avaienl encouru la disgrâce du* prince étaient obligés d* aller attendre qu'il eût prononcé sur leur sort. Personne ne pouvait les secourir, et i( leur était défendu de cher- <îher un asile dans les temples ^
Il y avait à Gonstantinople deux mains de bronze scellées dans une muraille du palais impérial. Lorsque les condamnés à mort, qui ordinairement étaient menés devant ladenaeure de Tempereur, avaient dépassé ce point, le prince lui-même ne pouvait les arracher au supplice.