‹ Curiosités des traditions, des moeurs et des légendesChapitre 46 sur 68 · DU CLERGÉ A DIVERSES ÉPOQUES · texte numérisé non relu

DU CLERGÉ A DIVERSES ÉPOQUES

L^éleciîon des ëvêques , pendant une longue suite de siècles, n*a eu lieu, comme Ta fort bien dit M. Guizot, ni suivant des règles générales, ni dans des formes permanentes ; « elle était prodigieusement irréguHèrc, diverse, sujette à une multitude d*accidents. » Les faits sont si nombreux, que nous n*avons qu*à choisir pour justifier celte assertion.

L*évéque de Milan, Âuxence de Cappadoce, célèbre arien, étant mort en 574, le peuple de la ville se trouva divisé en df ux factions qui menaçaient d*ea venir aux mains. Le gouverneur de la province, nommé Âmbroise, accourut alors à Milan^ et harangua le peuple dans Téglise. On raconte qu*un enfant s*écria alors par trois fois : Àm- Itroise, évéque. Et ce cri fut répété avec acclamation par

i Procope, de Belle penieo^ U r, cb. SS.

CURIOSITES DBS TIÀDITIONS.

le paiple. « Ambroise, exH^ômeuMBOl: surpris, dit l'abbé Fkwry, soitil de Féglisev fit peéparer ton traînai, et, eoMtre sa coittame, it donner la qaestkm à ^joeiqaet aeeoféSy afin de paraître un* niagîsliat sévère josfB'à h cruauté. Mais le peuple n*y fut pas tiMipé, et criait: Jftwf ffoumê nur nova fou pécké. U retoom tionblé dans sa roaisos, et Toulut fiiirt pNfeaaian de la tie pln^ iMopWqaey maâa eii Fea détourna; et pour se dealer aoppèa du peuple, son zâe encore peu éclané le posta jnaq^à foire eau«r chez k», devaait font le aïoode, des femmes publiques. Biais le peuple criait encore plus fort : A^ott« prenons iur nom Ion péché ^ ! » Ambroise essaya de s'enfuir à Pavie, s'égara pendant la nuit, fut gardé à Yue par le peuple, parvint de nouveau à s'échapper, et se catha chea un de ses amis 9» (ht bleatftc obligé de le livrer ; car l'empereur Yalentinien l*' , auquel on déféra rafiaire, rendit à Trêves un rescrit qui défendait, sous des peines très-sévères , de cacher Ambroise. Ce dernier alors se résigna à accepter la digpiité qu'on loi offrait' Il n'était encore que catéchumène ; on commença par le baptiser, et buiL jours après , on l'ordonna évéque. — Il fut depuis saint Ambroise.

Les lettres de Sidoine Apollinaire, qui, en sa qualité d'évéque de Glermont, joua un. grand rôle dans les affaires ecclésiastiques de son temps, offrent de curieux détails sur les élections d'évêques en Gaule. Yoicî entre autres ce quil écrit à l'un de ses amis, nommé Domnolus, à propos de Félectton d'un évéque de Châlon.

a Puisque, tu désires savoir ce qu'a fait à Ghàlon, avec sa religion et sa fermeté accoutumées, notre, père en

i HItt, eeelMattique, I. xin» dl. M.

ÉLECTION D'ÉVÈtîUES. 54T

«Christ, ie pontife Patient (évéque de Lyon), je ne pois tarder plus longtemps à te faire partager notre grande jeie. Il arriva en cetle viite, en partie précédé, en padrlle âwri des évèques de la protinœ, réunis pour demer imî ehéf à rfi^îse de ee mnoieîpe, troublée et cbanoelante dans sa discipline, depuis la retraite et la mort de l*évé* ^e Paul. L'asfiénd)lée des elercs trouva dans la ville des iîMStions diverses, toutes ces intrigues privées qui ne se forment jamais iqif an détriment du l»ien public, et qu'avait excitées un triumvirat de compétiteurs. L'un d'eur, prWé d^ail leurs de toute vertu, étalait llllustration d'une race antique ; nn autre, nouvel Âpicius, se faisait appuyer par les applaudissements et les clameurs de bruyantg parasites gagnés à Taide de sa cuisine; un troisième s'é^ tait engaié par un marcbé secret, s'il parvenait au bot 4e son ambition, à livrer les domaiRes de l'Eglise au pillage de ses partisans. Le saint Patient «t le saint Euphro^ nkis (évêque d'AiHvn), qui, dédaignant toute haine et toute faveur, étaient les premiers à sontentr fermement et rigidement le plus sage avis, ne tardèrent pas à reconoattre l'état des choses. Âirant de rien maonlester au pu- Me, ils tinrent d* abord tonseil en secret avec les évé^ qnes, leurs collègues ; pots, bravant les cris d'une tourtm êe furieux, ils iaiposèrent ioiH à coup les mains, sans qu'il se doutât de rien et formât aucun vœu pour être élii, à un saint homme, nommé Jean, recommandablepar •on bonoôtelé, sa charité et sa douceur. Jean a été d'a^ boni lacteuT, et a servi à l'autel dès son en&noe ; puis, à la suite de beaucoup de temps et de travail, il est devenu ^chidjacre... 11 n'était donc que prêtre du second ordre, eL, an milieu de £es factions si acharnées, personne •*«iaittit*piar «ees louanges im bonme. ipû ne demaadail

rien ; mais personoe aussi n*osait accuser un homme qut ne méritait que des éloges. Nos évêques ronl proclamé leur collègue , au grand étonnement des intrigants , à Textrême confusion des méchants, aux acclamations des gens de bien, et sans que personne osât ou voulût réclamer *. »

Rien n*était plus fréquent que ces ordinations forcées^ d'hommes qui. par timidité, peut-être aussi par crainte du célibat imposé aux ecclésiastiques *, se dévouaient à regret à la vie épiscopale, vie pleine d'honneurs, mais pleine aussi de dangers et d'inquiétudes. — En 441 , le concile d'Orange dut s'élever contre cet abus, et promulgua le décret suivant : « Quand deux évêques ordonnent par force, et malgré lui, un évêque, si celui qui aura été ainsi ordonné est digne de Fépiscopat, il sera mis en la place de l'un de ceux qui Font ordonné , et l'autre sera aussi déposé. Si celui qui a été ordonné par deux évêques seulement a consenti à son ordination, il sera pareillement condamné, j»

Dans une autre lettre adressée à Perpétuus, évêque de Tours, Sidoine rend compte d'une autre élection non moins singulière où il joua un grand rôle. L*évêqoe de Bourges était mort, et les compétiteurs étaient tellement nombreux, leurs partisans si passionnés, que, dans le but

i L. IV, epist. 35. Gaizot, HUL de la civil'uaiion en France, IS43, U i, p. 90.

t On vit sonvent des hommes qne Ton voulait ordonner prêtres malgié eax, s'accaser de crimes qu'ils n'avaient point commis, pour écliapper ainsi aax fonctions sacerdotales. Le k* canon dn concile de Valence (Daiphiné), en 374, porte : a Ceux qui étant snr le point d'être ordonnés diacres, t>rèires ou évêques, se confessent coupables de quelque péché mortel, ne seront pas promus aux ordres, parce qne, s*îls ne sont pas en effet eoipàbles des crimes dont ils s'accusent, ils le sont dn moins de mensonge. »

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